samedi 31 décembre 2011

Josephine Baker par Pierre de Regnier

Pierre de Régnier, fils de Pierre Louÿs, Henri de Régnier et Marie de Heredia, est l'auteur d'une œuvre courte mais très estimable qui comprend notamment les recueils poétiques Erreurs de jeunesse (1924) et Stances, instances et inconstances (1926), l'essai La Femme (1928), ainsi que les romans Colombine et la grande semaine (1929) et et La Vie de Patachon (1930). Pierre de Régnier a aussi donné dans le journalisme, notamment dans la revue Candide. Dans le numéro du 1er novembre 1925, un Pierre de Régnier enthousiaste consacre un article à la Revue nègre du Théâtre des Champs-Élysées qui rendit célèbre Josephine Baker et introduisit le jazz en France. Livrenblog a publié des extraits de cet article consacré à cette revue inédite révolutionnaire.

revue negre 1925
Affiche originale de la Revue nègre de 1925 dessinée par Paul Colin.

On en a déjà beaucoup parlé. Il y a des gens qui y sont retournés deux fois et même six. Il y en a d'autres, qui se lèvent brusquement au bout de deux scènes et qui s'en vont en claquant les portes, en criant au scandale, à la folie, à la déchéance, et au culte des divinités inférieures.
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La Revue commence à dix heures et quart.
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Tout Paris est là dans la salle éteinte.
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Et les musiciens de l'orchestre nègre portant leurs instruments, défilent un à un dans l'obscurité devant le rideau gris perle.
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Et le rideau se lève.
Un port, la nuit, très loin, là-bas... des cargos illuminés, la lune, des marchandises sur le quai... et des femmes en chemise, ou en robes, si vous voulez, coiffés de madras, entrent, les unes derrière les autres, pour chanter une petite chanson. Ce sont les girls, qui, à la scène, ont toutes l'air, sauf une, presque blanches.
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Charleston.
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C'est alors qu'entre en scène, très vite, un personnage étrange, qui marche les genoux pliés, vêtu d'un caleçon en guenilles, et qui tient du kangourou boxeur, du sen-sen gum et du coureur cycliste.

josephine baker paul colin
Joséphine Baker par Paul Colin.
Joséphine Baker.
Est-ce un homme ? Est-ce une femme ? Ses lèvres sont peintes en noir, sa peau est couleur de banane, ses cheveux déjà courts, sont collés sur la tête comme si elle était coiffée de caviar, sa voix est suraiguë, elle est agitée d'un perpétuel tremblement, son corps se tortille comme celui d'un serpent ou plus exactement il semble être un saxophone en mouvement et les sons de l'orchestre ont l'air de sortir d'elle-même ; elle est grimaçante et contusionnée, elle louche, elle gonfle ses joues, se désarticule, fait le grand écart et, finalement, part à quatre pattes, avec les jambes raides et le derrière plus haut que la tête, comme une girafe en bas âge.
Est-elle horrible, est-elle ravissante, est-elle nègre, est-elle blanche, a-t-elle des cheveux ou a-t-elle le crâne peint en noir, personne ne le sait. On n'a pas le temps de savoir. Elle revient comme elle s'en va, vite comme un air de one-step, ce n'est pas une femme, ce n'est pas une danseuse, c'est quelque chose d'extravagant et de fugitif comme la musique, l'ectoplasme si l'on peut dire, de tous les sons que l'on entend.
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Et voici le final.
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Une boîte de nuit.
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Une danse barbare dansée par les girls et par Joséphine Baker. Cette danse, d'une rare inconvenance, est le triomphe de la lubricité, le retour aux mœurs des premiers âges : la déclaration d'amour faite en silence et les bras au-dessus de la tête, avec un simple geste en avant avec le ventre, et un frémissement de tout l'arrière-train. Joséphine est entièrement nue, avec un petit collier en plumes bleues et rouges autour des reins, et un autre autour du cou. Ces plumes frétillent en mesure et leur frétillement est savamment gradué.
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Joséphine qui tourbillonne dans son plumage, les girls qui hurlent et le rideau tombe, sur un roulement pharamineux de la batterie et un coup de cymbale définitif.

vendredi 30 décembre 2011

Breton, Aragon, Musidora et le cinéma comme "grande réalité"

Surréalisme et cinéma ont vite fait bon ménage, comme en témoigne l'exemple suivant. La pièce de théâtre Le Trésor des jésuites d'André Breton et Louis Aragon a paru dans le numéro spécial de la revue Variétés, "Le Surréalisme en 1929" (à télécharger ici). Cette pièce devait être jouée le 1er décembre 1928, à l'occasion du Gala Judex destiné à venir en aide à la veuve de l'acteur René Cresté qui s'était illustré en 1917 dans le rôle de Judex dans le ciné-feuilleton de Louis Feuillade. René Cresté était mort en décembre 1922. Son nom resurgit dans les journaux en octobre 1928 quand on apprit que sa veuve, ayant à sa charge une fille infirme, après la perte de son emploi, avait tenté de se suicider. Le Gala Judex fut finalement repoussé au 7 février 1929 et Le Trésor des jésuites ne fut pas joué. Ce fut chose faite, une seule fois, le 17 mai 1935 à Prague, à l'initiative d'un groupe surréaliste tchèque.

musidora irma vep
Musidora est Irma Vep dans Les Vampires de Louis Feuillade.

Musidora, célèbre pour avoir tenu le rôle d'Irma Vep dans le ciné-feuilleton Les Vampires de Louis Feuillade, grand succès commercial en France en 1915, devait interpréter un des personnages de la pièce. En pleine Grande Guerre, Musidora devient vite une muse pour les poètes. La première rencontre de Breton et de Musidora a lieu en 1917 lors de la représentation théâtrale du Maillot Noir. À cette occasion André Breton lui lance un bouquet de roses. Dans une lettre du 23 juillet 1917 adressée à Théodore Fraenkel, André Breton écrit : "Musidora est bien la femme moderne en quelque chose". Dans une lettre de 1922 ou 1923, Aragon confirme l'importance de l'actrice : "l'idée que toute une génération se fit du monde se forma au cinéma, et c'est un film qui la résume, un feuilleton. Une jeunesse tomba tout entière amoureuse de Musidora dans Les Vampires, le ciné-feuilleton en dix épisodes de Feuillade".

pearl white mystere new york
Pearl White en couverture de la revue Picture Magazine en août 1922.

Voici le prologue du Trésor des jésuites, un dialogue entre le Temps et l’Éternité, dans lequel il est question des ciné-feuilletons Les Mystères de New York, de Louis Gasnier, avec l'actrice Pearl White, et Les Vampires, de Louis Feuillade, avec Musidora.

Le Temps : Mirage, nous sommes au cinéma. les images de l'écran, infidèles comme de jolies femmes, s'effacent sous les yeux des spectateurs. Qu'importe ! Le rôle du cinéma n'est-il pas simplement de charmer les heures des hommes ?
L’Éternité : Les heures... les heures de loisir, les heures de travail. Qu'est-ce que les heures ? La pellicule s'altère, les grandes maisons d'exploitation s'effondre les une après les autres. il n'en va pas autrement de la vie, ce film impossible à suivre et dont cependant un jour s'éclaire mystérieusement le sens.
Le Temps : Bah ! tout passe.
L’Éternité : Non.
Le Temps : Qu'est-ce donc qui persiste ?
L’Éternité : Ce qui trouve dans la vie un écho merveilleux... Tiens, puisque tu t'intéresses au cinématographe, je vais te faire assister à l'apothéose d'un genre oublié, que les événements de chaque jour font renaître. On comprendra bientôt qu'il n'y eut rien de réaliste et de plus poétique à la fois que le ciné-feuilleton qui faisait naguère la joie des esprits forts. C'est dans Les Mystères de New York, c'est dans Les Vampires qu'il faudra chercher la grande réalité de ce siècle. Au-delà de la mode, au-delà du goût. Viens avec moi. je te montrerai comment on écrit l'histoire.

Yojiro Takita - Groper Train Wedding Capriccio (1984)

yojiro takita groper train
Le parcours de Yojiro Takita est symptomatique de celui de bon nombre de ses confrères qui, à la fin des années 1970, ont commencé leur carrière cinématographique par le genre érotique du Pinku Eiga et du Roman Porno). On peut citer par exemple les cas de Hideo Nakata (la série Ring) et de Kiyoshi Kurosawa (Cure, Kairo). Yojiro Takita, auréolé en 2009 de l'Oscar du meilleur film étranger pour Departures, a donc débuté sa carrière en réalisant toute une série de films érotiques comiques dans la première moitié des années 1980. Sa spécialité ? S'emparer du chikan, terme qui s'applique aux hommes et désigne l'acte ou l'auteur d'attouchements sexuels sur des femmes et jeunes filles dans les transports en commun aux heures de pointes. Un véritable phénomène nippon !

yojiro takita groper train
Un mélomane dinguo qui compose de la musique classique sur une calculatrice Casio.

yojiro takita groper train
Un détournement de censure comme on en fait seulement au Japon !

Entre 1981 et 1985, Yojiro Takita réalise pas moins de onze films de chikan densha, soit "le train des pervers", dont Groper Train Wedding Capriccio (痴漢電車 ちんちん発車 - Chikan densha: chinchin hassya), en 1984. Pas besoin de scénario complexe : ici, un détective privé doit enquêter sur la vie des deux enfants d'un homme millionnaire sur le point de mourir, afin de rédiger son testament et de leur léguer sa fortune. Comme dans de nombreuses familles, les enfants et les proches du mourant se déchirent pour toucher le pactole. Meurtres, fausses tentative d'assassinat et trahison sont au rendez-vous. Le détective réussira-t-il à faire éclater la terrible vérité ?

yojiro takita groper train
yojiro takita groper train
yojiro takita groper train
Scène typique du Roman Porno, genre essentiellement basé sur le plaisir féminin.

Avec cette mince trame narrative, Yojiro Takita alterne les scènes obligatoires de sexe (soft) et de scènes comiques souvent grotesques et désopilantes. Les films érotiques de Yojiro Takita, surtout la série du "train des pervers", sont véritablement burlesques : à l'instar du détective dont rien que le physique et la démarche le rapprochent de l'inspecteur Gadget ! La scène où il tripote les culottes des femmes dans le métro afin de leur faire ouvrir la bouche pour vérifier qu'elles n'ont pas d'amalgame dentaire en diamant est particulièrement savoureuse. Autre moment de rigolade, la scène reproduite ci-dessous, hommage décalé à Rencontres du troisième type de Steven Spielberg ! Décidément, le film érotique nippon est plus funky que son homologue européen.

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jeudi 29 décembre 2011

Shozin Fukui - √ 964 Pinocchio (1991)

shozin fukui 964 pinocchio
A l'instar de Sogo Ishii et Shinya Tsukamoto, Shozin Fukui a commencé par réaliser des films expérimentaux à faible budget qu'on peut qualifier de cyberpunk. Shozin Fukui a d'ailleurs été brièvement assistant-réalisateur de deux personnes sus-nommée à la fin des années 1980. En 1991, après deux courts et un moyen métrage, il sort son son premier long-métrage : √ 964 Pinocchio. A ne pas montrer à tout le monde ! Si le scénario est un peu confus, c'est surtout l'ambiance du film qui frappe le spectateur : une ambiance malsaine, proche de la folie, et où la violence est surtout intérieure malgré un final explosif.

shozin fukui 964 pinocchio
Deux clientes mécontentes du manque d'ardeur de Pinocchio 964.

A une époque non identifiée, un scientifique fou fabrique illégalement des androïdes dont le but est de satisfaire sexuellement des clientes pour le moins lubriques et perverses. Un jour, une cliente dominatrice exigeante n'est plus satisfaite par son androïde, Pinocchio 964, et le jette à la rue. Errant tel un zombie dans les rues de Tokyo, il est recueilli par Himiko, une amnésique cachant un troublant secret, qui entreprend de l’aider à vivre et à s’adapter dans un monde où la mémoire serait inutile. Alors que le scientifique fou, effrayé à l'idée que les autorités découvrent son androïde, et donc ses activités illégales, lance son équipe à la recherche de Pinocchio 964, ce dernier commence à retrouver l'usage de la parole et de la pensée... pas forcément pour le meilleur !

shozin fukui 964 pinocchio
shozin fukui 964 pinocchio
shozin fukui 964 pinocchio
Pinocchio 964 : carrément méchant, jamais content...

Dans un entretien très riche donné à Midnight Review, Shozin Fukui explique que les acteurs principaux de √ 964 Pinocchio n'ont plus jamais joué dans des films après cela. On apprend également que le filma été tourné pour moitié en guerilla shooting, c'est-à-dire à la sauvette dans la rue. On s'en doutait... notamment pour la longue scène où Pinocchio court dans les rues tokyoïtes comme un taré. Après √ 964 Pinocchio, Shozin Fukui sort un deuxième long-métrage où il est encore question d'expérimentations scientifiques déviantes, Rubber's Lover (1996).

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Début de √ 964 Pinocchio.

lundi 26 décembre 2011

FJ Ossang, Fernando Pessoa et Dom Sebastiao

pessoa froid special matins voyage
En 1999, l'écrivain et cinéaste FJ Ossang a publié le poème de 10 pages, dans le froid spécial des matins de voyage via Pessoa (édité par Derrière la salle de bains). Dans cette errance spatio-temporelle (du Lisbonne du 16è siècle au Londres punk de 1977), Ossang convoque Fernando Pessoa, Christian Rosenkreutz, Victor Chklovski, Stanisław Witkiewicz, Raymond Abellio, Arthur Cravan, Stanislas Rodanski, les Sex Pistols et Dom Sebastiao. Dom Sebastiao, Roi du Portugal et des Algarves de 1557 à 1578, "devenu le Roi caché d'une légende christo-musulmane en matérialisant l'Expansion Mythique des fils de Lusus afin de se dissoudre dans l'universalité et atteindre à la toujours renouvelée création du monde". La destinée du conquérant Roi Sebastiao, soupçonné de folie, n'est pas sans rappeler celle du conquistador espagnol Lope de Aguirre, mythifié au cinéma en 1972 par Werner Herzog. Dom Sebastiao figure donc logiquement au panthéon de FJ Ossang, aux côtés du Comte de Lautréamont, de Roman Fedorovitch von Ungern-Sternberg ou William Burroughs.

fernando pessoa
Fernando Pessoa, auteur du Banquier anarchiste et du poème "Le Cinquième Empire".

Voici quelques extraits de dans le froid spécial des matins de voyage via Pessoa.

Tombé dans le froid spécial des matins de voyage,
qui ne se demande à quoi bon vivre.
L'aurore est vaine, et le voyage ne conduit nulle part,
si l'on considère qu'à peine sommes-nous débarqués
nous attendons qu'une autre étiole se détache du ciel,
descende sur les épaules, et nous expulse encore dans
Ce froid spécial des matins de voyage.
Fernando Pessoa s'est penché sur la question à tel point
qu'il est aujourd'hui rendu au bout de tous les voyages.
Le voici devenu l'emblème du Cinquième Empire,
le point de ralliement de tous les irréguliers
pour qui Naviguer est plus nécessaire que Vivre -
à supposer qu'il existe des marins convaincus d'arrêter
la tempête en se jetant par dessus bord.

[...]

Maintenant, je me souviens : le train pour Genève via Lyon m'attendait
au petit matin, dans cette gare qu'Abellio a promise à l'accueil
des convois rebelles de la fin des Temps.
L'aurore à Thulé-Matabiau.
C'était à Toulouse, en soixante-seize ou dix-sept, et j'espérais
rencontrer Rodanski à Lyon, dans une des imprévisibles chambres de l'hôpital
psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu. Je comptais pousser ensuite
jusqu'à l'eau verte de Genève. (Les Sex Pistols commençaient à être
célèbres.) Masqué sous un pseudonyme digne du Caput Mortuum, John
Lydon proclamait : No Future for you ! Nous sommes le poison dans la machine.
Les fleurs dans la poubelle. L'aventure derrière l'écran.
Arthur Cravan n'était pas si loin, mais le 101's club n'est pas devenu
le Cabaret Voltaire. 1916-1976, Zurich-Londres aller-retour, Nostalgie
Nostalgie, tu es l'autre nom de la mort.
La veille, c'était un beau soir d'hiver, et j'avais marché dans le crépuscule
des carmins bords de Garonne, avant d'enfiler les petites
ruelles du vieux centre, et de découvrir "Le Retour des Dieux"
de Fernando Pessoa (Manifestes du Modernisme Portugais) à l'étal d'un
libraire affectant les ouvrages de critique sociale.

mercredi 21 décembre 2011

William Burroughs par Dominique de Roux

En 1972, Dominique de Roux publie Immédiatement, un recueil d'aphorismes, de courtes réflexions poétiques, politiques et d'instantanés de l'époque. A l'époque, de Roux a publié plusieurs essais dont La Mort de L.-F. Céline (1966), L’Écriture de Charles de Gaulle (1967) et Gombrowicz (1971) ainsi que des romans comme La Maison jaune (1969). Renouant avec la fonction originelle de l'aristocratie, de Roux se veut un soldat, un révolutionnaire, d'abord dans les lettres, plus tard dans l'action directe au Portugal et en Angola. On lit dans Immédiatement des textes superbes sur Ezra Pound et Jean Parvulesco, des piques à l'encontre de Servan Schreiber, Philippe Sollers, Jean Paulhan et autres cuistres (voir cette vidéo, à partir de 8'40 pour comprendre son goût de la provocation). A l'écoute de la beat generation, Dominique de Roux a aidé, avec Christian Bourgois, à la reconnaissance en France d'écrivains comme Jack Kerouac, William Burroughs ou Allen Ginsberg. L'extrait suivant, une rencontre avec William Burroughs à Londres, témoigne de cet intérêt pour l'auteur du Festin nu.

william burroughs
William Burroughs, l'Homme Invisible, en 1960.

W. Burroughs. Je vais le voir dans son mastaba de Cavendish Street à Londres, guidé par Claude Pélieu et Mary Beach. Un couloir sombre, plusieurs couloirs pour aboutir au foyer.C'est l'Homme Invisible mais un Homme Invisible joué par Buster Keaton. Visage aigu de Lovecraft, de tous les Boréaux, plus Islandais qu'Irlandais. Se saoule pour ne pas penser à Dieu. Fièvre de sectateur. Sa hantise du Monde Blanc de l'Amérique Blanche, comme Jack Kerouac, parti un jour sur la route avec le sac à dos taillé par sa mère qui avait glissé dans les poches les sandwiches, la couverture, les vitamines et le billet de retour. Il fallait qu'il puisse retourner au cimetière de son village. Quand Kerouac en avait assez de ses admirateurs il leur tapait dessus ; Burroughs, lui, tirait au fusil ; maintenant à Londres si un beatnik sonne il met la chaîne sur la porte entrebâillée et lui dit : "Rien à vous dire, écrivez-moi une carte postale". Burroughs appartient à l'autre monde, c'est pourquoi il peut décrire l'Enfer du monde moderne. Vit retiré. Volonté d'anonymat. il fulmine entre ses dents une heure durant parce que le propriétaire de la maison qu'habite Pélieu a invité les deux Bobbies, de faction devant la maison d'un député, à prendre une tasse de thé. "Il faisait si froid n'est-ce pas". Or la maison empestait le hachisch et il y avait des pipes qui traînaient. "Bloody Cop, bloody Cop", répétait Burroughs à Pélieu, Bacchus dans la chaleur des herbes et des pavots.

mardi 6 décembre 2011

FJ Ossang raconte ses débuts dans le cinéma

Dans cet entretien de sept minutes, le poète, musicien et réalisateur F.J. Ossang, notamment auteur du journal de voyage Les 59 Jours, revient sur ses premiers pas dans le monde du cinéma. A la fin des années 1970, il est déjà l'auteur de plusieurs recueils de poésie et l'initiateur de la revue Cée, co-éditée un temps par Christian Bourgois, et qui publie les textes d'auteurs de renom comme Claude Pélieu et Stanislas Rodanski. F.J Ossang est également musicien : d'abord dans DDP (De la Destruction Pure), puis au sein des Messageros Killer Boys.

FJ OssangF.J. Ossang, l'homme à la caméra.

En 1981, il entre à l'Institut des hautes études cinématographiques (Idhec). Deux courts métrages et un long métrage sont réalisés : La Dernière énigme (1982), Zona Iniquinata (1983) et L’affaire des divisions Morituri (1984). La carrière cinématographique de F.J. Ossang est lancée. il réalisera par la suite trois autres longs métrages : Le trésor des îles chiennes (1990), Docteur Chance (1997) et Dharma Guns (2010).

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samedi 3 décembre 2011

Jean Parvulesco répond à Olivier Germain-Thomas

Entre 1978 et 1995, Olivier Germain-Thomas anime l'émission "Agora" sur la radio France Culture. En plus de Kenneth White, Philippe Sollers et bien d'autres, il interroge l'écrivain méconnu Jean Parvulesco. En 1989, pour l'émission "Océaniques" diffusée par France 3, il s'entretient une nouvelle fois avec ce dernier. En 1991, Olivier Germain-Thomas publie Agora, les aventuriers de l'esprit, un recueil de 26 entretiens réalisés dans le cadre de son émission radiophonique. L'entretien le plus étrange, le plus crypté, le plus dangereux, est celui de Jean Parvulesco. En voici la chute, où le Roumain francophone livre sa vision du roman, en directe ligné de la romance médiévale. Une conception qu'il défend également dans Les Mystères de la villa Atlantis.

Jean Parvulesco
Jean Parvulesco repose maintenant au nouveau cimetière de Boulogne.

O G-T : Depuis La Servante portugaise, le "grand œuvre" du roman se poursuit. Jusqu'où ? Quelle vision d'ensemble avez-vous de vos romans, de la mission spéciale de vos romans dans leur succession ? Comment en êtes-vous venu au roman ? Parlez-moi de vos roman déjà parus, de vos romans en chantier, de vos romans à venir, ou qui ne viendront peut-être jamais, romance d'un long rêve prédéterminé.

Je ne sais pas si je vais pouvoir répondre à vos questions d'une manière qui soit et satisfaisante et tout à fait claire, mais je vais essayer de le faire. Suivant les conceptions originelles qui ont été, en de tous autres temps, et pour la dernière fois lors du bref ensoleillement ontologique et théologal de notre haut Moyen Âge, les conceptions hyperboréennes du printemps du cycle actuel de l'histoire occidentale de la fin, ce que vous appelez, vous, aujourd'hui, ici, le "grand œuvre" de mes romans en cours se doit d'être pensé et compris, se doit d'être vu et existentiellement poursuivi - à nouveau - en tant que Romance, dans le sens du roman, de la "romance" de la Table Ronde, dans le sens aussi du "roman amoureux" de l'embellie courtoise et des manipulations nuptiales les plus occultes des Fedeli d'Amore, des agents à couvert de la Fede Sancta.

Ainsi se fait-il que l'expérience si tragiquement aventureuse du "grand œuvre" actuellement en cours à travers certains de mes romans se pose, aujourd'hui, à son niveau le plus saisissable, à son niveau de témoignage, dans les termes d'une poursuite, d'une écriture ininterrompue du roman, en fait d'un même roman, en tout cas de la même "romance".

Roman après roman, toujours le même roman même si l'action le véhicule, son propre historial de l'être, évolue sans cesse, et toujours, aussi, la même "romance", car il n'y a pas, car il n'y a jamais eu qu'une seule et même Romance d'Amour, romance établissant les développements nuptiaux visibles et les plus clandestins aussi de l'Unique Maîtresse de l'Unique Amour, Reine d'Amour, Reine Guenièvre constituant le Pôle Ardent de la Forteresse Amour, son "cœur vivant et battant dans les profondeurs de Son Sang", où "chantera la Source du Sang, qui a déjà chanté".

Véhiculés subversivement par la même spirale prophétique, dont la montée ni le secret ne leur appartient guère, chacun de ces romans, publié ou à publier : La Servante portugaise, Les Mystères de la villa Atlantis, La Conspiration de l'Axe Majeur, Un Bal masqué à Genève, L'Hôtel Victoria, vient définir un nouveau palier de montée ontologique du témoignage d’œuvre en cours, et qui à chaque fois risque de dépasser vertigineusement, intègre nuptialement la somme des achèvements antérieurs en vue très certainement de ce Passage de la Ligne dont l'inconcevable espérance attire, porte tout en avant.

Un dernier mot. J'avais écrit, un jour, que, dans les profondeurs, la France n'est pas à proprement parler une nation, mais une conjuration, une "société secrète", le produit d'un pacte héroïque et salvateur, de prédestination et d'être eschatologique. Dans un certain sens, on peut en dire autant du roman, du grand roman occidental et de son aventure finale : le roman est en lui-même une conspiration, une société secrète d'influence et de passage, de présence charismatique au-dessus des gouffres.

mardi 29 novembre 2011

Documentaire sur Johnnie To

Johnnie To got his gun
Yves Montmayeur a sorti en 2010 "Johnnie Got His Gun !", documentaire consacré au réalisateur et producteur Hong-kongais Johnnie To. Comme son titre l'indique, ce documentaire délaisse les comédies romantiques comme Needing You (2000) et Yesterday Once More (2004) pour se consacrer à la facette la plus connue et la plus appréciée de Johnnie To : les polars et les films sur la triade. Yves Montmayeur suit donc Johnnie To sur les tournages de plusieurs films dont les chefs-d’œuvre Breaking News (2004) et Exilés (2005), ainsi qu'au Festival de Cannes lors de la sortie d'Election, pour finir, en 2010, sur le tournage de Life without Principles, présenté en septembre dernier lors du Festival de Venise.

johnnie to got his gun
Il est beaucoup question d'armes à feu dans le documentaire !

"Johnnie Got His Gun !" regorge de scènes passionnantes et très instructives pour tout amateur de Johnnie To. Par exemple, lorsque Cheng Sui-Keung, le directeur de la photographie attitré de To, explique la répétition et le tournage - en une seule prise - du plan-séquence d'ouverture de Breaking News. De même, lorsque Johnnie To explique l'importance de l'éclairage artificielle dans le film nocturne PTU. Ou encore lorsque l'acteur Simon Yam déambule dans les décors inachevés de ce qui deviendra l'hôtel-bordel où se déroule la fusillade finale d'Exilés.

johnnie to got his gun
Photo du tournage d'Exilés.

Johnnie To explique comment il travaillé son style en œuvrant pendant près de vingt ans pour la télévision, allant jusqu'à filmer vingt scènes par jour. A l'âge de 12-13, il avait eu une "révélation" en voyant Pour une poignée de dollars de Sergio Leone. Aujourd'hui, on peut aisément dire que Johnnie To est, comme Sergio Leone, passé maître dans la mise en scène des duels et des fusillades. Il déclare d'ailleurs filmer les scènes de pistolets comme des combats d'épées. Chaque balle, chaque tir a son importance et sa raison d'être.

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Ci-dessus, un extrait du tournage de Breaking News.

jeudi 17 novembre 2011

Parvulesco, Douguine et l'empire eurasiatique

Dans son journal-roman Le Sentier perdu, publié en 2010, entre les analyses politiques sur l'Inde, Sept ans au Tibet de Jean-Jacques Annaud, les Mémoires de Leni Riefensthal, le canular antimaçonnique Diana Vaughan ou sa dernière rencontre avec Ava Gardner, à Barcelone, en 1963 ("Ava, couverte de sueur, les cheveux dans les yeux, dépoitraillée, les lèvres peintes d'un rouge foncé, presque noir, les yeux scintillants comme deux diamants aux feux sombres, paraissait en proie à une excitation fiévreuse"), Jean Parvulesco, écrivain d'extrême avant-garde, cite in extenso l'article de Reinhardt Jünger-Meinert sur une émission de Radio Moscou d'Alexandre Douguine consacrée, justement, à Jean Parvulesco lui-même et sa géopolitique grand-européenne. Lecture essentielle pour la compréhension du concept d'empire eurasiatique, en 1997 (il y a 14 ans !) .

Alexandre Douguine et Jean Parvulesco.

Récemment, Alexandre Douguine a consacré, sous le titre de Finis Mundi, une fort exceptionnelle émission, sur Radio Moscou, à l'exposition des doctrines littéraires, spirituelles et géopolitiques, à l'analyse très fouillée de la vie et de l’œuvre visionnaire de Jean Parvulesco, émission d'une durée d'environ deux heures et qui n'a pas manqué de provoquer des remous tout à fait considérables dans les milieux intellectuels d'avant-garde de la capitale de la Russie.

Soutenue par un important dispositif d'accompagnement musical, ainsi que par la participation de plusieurs interprètes professionnels des textes cités, l'émission d'Alexandre Douguine s'est efforcée de passer en revue la totalité de, l’œuvre écrite, disponible à ce jour, de l'auteur des Mystères de la villa Atlantis, en mettant en l'accent grave sur les dimensions occultistes opératives de celle-ci, ainsi que sur les dimensions métapolitiques supérieures de ses engagements géopolitiques dans les voies du prochain avènement de la nouvelle Europe grandes-continentale, de l'"Empire Eurasiatique de la Fin", autrement dit de la l'intégration impériale finale du Grand Continent comportant l'Europe de l'Ouest et de l'Est, la Russie et la Grande Sibérie, l'Inde et le Japon, version révolutionnaire finale du concept haushoferien fondamental de Kontinentalblock.

Alexandre Douguine a présenté son analyse de l'ensemble de l’œuvre de Jean Parvulesco par une suite vivante, soutenue, concentrée, souvent provocante à dessein, de brèves interventions ponctuelles, qu'armaient de substantielles citations de celle-ci, parfois dramatisées. la présence irradiante de l'Inde, et de certaines doctrines tantriques hindoues des plus prohibées, dans l’œuvre de Jean Parvulesco y a été puissamment soulignée, à maintes reprises, avec une force et une accentuation des plus significatives.

Limonov Douguine Carrere
De gauche à droite : Édouard Limonov, le chanteur Iegor Letov et Alexandre Douguine.

Et nous nous saisirons de l'occasion présentée par notre compte rendu sur cette émission pour relever également l'avancée révolutionnaire opérée actuellement par Alexandre Douguine en direction d'une nouvelle interprétation géopolitique des rapports suprahistoriques spéciaux de l'Inde et de la Russie, des rapports prédestinés, profondément occultes, mais dont l'heure est à présent venue pour que l'on en révèle l'importance absolument certaine, décisive.

Aussi Alexandre Douguine déclarait-il, récemment, que "la Russie est le seul vrai Empire du Milieu, le heartland fondamental eurasiatique, le pont occulte entre l'Orient et l'Occident. "On n'arrive aux Indes qu'à travers la Russie, qu'à travers Moscou". Et ensuite : "c'est la raison de l'avortement, aussi mystérieux que tragique, de tous les essais, de toutes les tentatives - essais dont Jean Parvulesco a su saisir les traces, encore brûlantes, avec une impensable clairvoyance, dans son Retour des Grands Temps - de ceux qui ont cru pouvoir rejoindre l'Inde autrement que par le passage obligé de la Russie. "Mon pays, Russie, Inde blanche", s'était écrié le grand Nikolay Kluyev. Car la Russie est l'Inde primordiale, la terre sacrée des commencements des temps avant les temps actuels, du commencements des temps Antérieurs. Tilak, tout comme Jacolliot, ont prouvé que les Védas avaient été composées dans certaines terres polaires extrêmes, que des fouilles archéologiques récentes montrent comme des territoires placés par le destin sous le contrôle et la protection de la Russie. Le retour à Bénarès, le roman au propos chiffré d'Olivier Germain-Thomas dont Jean Parvulesco nous dévoile les significations cachées dans Le Retour des Grands Temps, n'est-il pas très précisément voué à montrer que tout ce que l'on peut encore découvrir de l'Inde, sans passer par la Russie, ce sont les "cendres de la Bien-Aimée", le "retour à l'Inde noire". Car l'"Inde blanche" c'est seulement la Russie qui peut nous donner l'accès, la Russie transcendantale, dissimulée, sainte autant que sanglante, à la fois violée et vierge, et vierge à jamais. Et Alexander Blok ne s'était-il pas écrié, lui aussi, dans une terrible envolée mystique et amoureuse, "Ma Russie, ma Femme ? Nuptialement, prophétiquement ; tantriquement".

Alexandre Douguine
Alexandre Douguine, eurasiste convaincu et lecteur de Jean Parvulesco.

Cette émission d'Alexandre Douguine sur Jean Parvulesco restera donc, sans aucun doute, comme une instance fondamentale de la prise de conscience suprahistorique grande-européenne en train de naître et de s'affirmer aujourd'hui à la pointe de l'immense vague révolutionnaire qui s'apprête à tout balayer sur son chemin, la vague de fond d'une nouvelle Révolution Mondiale Totale, de la nouvelle Totale Weltrevolution qui se lève à l'horizon de notre attente sans heure.

Avec Alexandre Douguine, la délégation grande-asiatique de Moscou prend aujourd'hui sa véritable place au sein du front révolutionnaire impérial grand-européen, au sein de la nouvelle Révolution Polaire en marche vers l'accomplissement de son destin final, dont personnes ne saurait se figurer la véritable identité, et bien moins encore le vrai visage.

Et ne faut-il pas voir, déceler un signe prémonitoire dans le fait que, grâce au travail majeur d'Alexandre Douguine, l’œuvre visionnaire de Jean Parvulesco est parvenue ainsi à rayonner, depuis Moscou, vers le corps continental asiatique de notre future unité polaire impériale eurasiatique ?

samedi 12 novembre 2011

Sogo Ishii - Electric Dragon 80.000 V (2001)

Sogo Ishii electric dragon
Cinéma punk ! C'est ce qu'on dit du cinéma de Sogo Ishii, entré en scène avec des films mutli-vitaminés et nihilistes comme Panic in High School (1978), Crazy Thunder Road (1980), Shuffle (1981) et Burst City (1982). Du cinéma coup de poing façon Battle Royale de Kinji Fukasaku ou Shinya Tsukamoto. Ce qui n'a pas empêché Sogo Ishii de réaliser des films plus classiques comme Le Labyrinthe des rêves (1997). Comme dans ses premiers films barrés, Sogo Ishii revient dans Electric Dragon 80.000 V à ses amours punks. Dans film en noir et blanc de 55 minutes (format proche des films de Shinya Tsukamoto), Sogo Ishii délivre un film expérimental passionnant.

Sogo Ishii electric dragon
Au centre
Sogo Ishii electric dragon

Un gamin (Dragon Eye Morisson) monte sur pylône électrique et se prend une décharge. Depuis ce choc, Dragon Eye est irritable et pratique la boxe. La seule manière de le calmer est de lui envoyer des décharges électriques, jusqu’au jour où il découvre la guitare électrique, moyen par lequel, il arrive à se contrôler et à se dégager de cette puissance incontrôlable. Accessoirement, Dragon Eye a un métier : retrouver les lézards et autres reptiles. Un Ace Ventura trash. Sans aucune raison particulière, Dragon Eye est confronté à Thunderbolt Bouddha, un autre homme électrique, portant un semi-masque de métal, dont le métier est d’installer des paraboles électriques dans Tokyo.

Sogo Ishii electric dragon
Sogo Ishii electric dragon

Dans cette ambiance électrique, ode aux ondes électromagnétiques et aux antennes de téléphonie mobile, Sogo Ishi réalise un film dingue. Ci-dessous, un extrait de la passion guitaristique du personnage principal :

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dimanche 6 novembre 2011

Takashi Miike - Ambition Without Honor (1996)

Takashi Miike Ambition without honor
En 1996, Takashi Miike est en pleine bourre et commence à faire parler de lui en dehors du Japon. Shinjuku Triad Society (1995), son treizième film, s'est fait remarqué ; Miike peut enfin faire diffuser ses films dans les salles de cinéma et non plus seulement en vidéo. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à tourner pour le marché vidéos, comme le montrent The Way to Fight ou Ambition Without Honor (Jingi naki yabo en japonais). Comme son titre l'indique, ce dernier est un film de yakuza qui rend hommage à la série Combat sans code d'honneur de Kinji Fukasaku. Moins élaboré et "miikéen" que Shinjuku Triad Society, Ambition Without Honor reste un film correct, très classique dans le scénario et la mise en scène. C'est tout de même meilleur que Bodyguard Kiba (1993) et, surtout, Bodyguard Kiba 2 (1994).

Takashi Miike Ambition without honorTestuya va devoir jouer du flingue pour s'en sortir.

Takashi Miike Ambition without honorUn assassinat nocturne en pleine préparation.

Takashi Miike Ambition without honorMauvaise posture !

Tetsuya (interprété par Yuta Sone, qu'ont voit dans d'autres Miike : Gozu, Yakuza Demon, Zebraman et Waru) a seulement 17 ans quand il tue le chef d'une famille de yakuzas, dans le but d'intégrer lui-même la famille rivale, les Shiramatsu. Quand il sort de prison, sept ans plus tard, personne ne se déplace pour l'accueillir. Les temps ont bien changé : les deux familles rivales ont fait la paix et coexistent tant bien que mal. Tetstuya ne l'entend pas de cette oreille et veut à tout prix rejoindre les yakuzas. Face à l'indifférence et au mépris que lui voue la famille Shiramatsu, Testsuya décide de forcer son destin de criminel, en parasitant les activités illégales des yakuzas, en laissant de côté son honneur. Ce parcours de criminel laissera son lot de morts et de sacrifiés.

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Le fait d'arme de Testuya qui lui vaudra sept ans de prison.

samedi 5 novembre 2011

Interview de Takashi Miike pour 13 Assassins

Film de samouraïs sanglant, 13 Assassins était en compétition lors du festival international de Venise en 2010. Il n'a reçu aucune récompense même si Quentin Tarantino, qui a joué dans Sukiyaki Western Django de Miike et encense le réalisateur nippon depuis des années, était président du jury. "QT" a préféré récompenser Somewhere de son ex-copine Sofia Coppola !

takashi miike 13 assassins
13 Assassins est une adaptation du film du même nom d'Eiichi Kudo, sorti en 1963. Le scénario est simple : en pleine époque Shoguns (vers 1840), un seigneur abuse de son autorité et de sa force pour contraindre le peuple à assouvir ses envies. 13 hommes se réunissent pour former un groupe de 13 assassins, afin de mettre un terme aux méfaits du seigneur des terres. Le film se termine par un combat final de 50 minutes remplies de fausse hémoglobine !

Dans cet entretien de 18 minutes, Takashi Miike évoque le tournage du film, qu'il ne considère pas comme un film d'action mais comme un drame à voir en famille.

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mardi 1 novembre 2011

Sono Sion - The Room (1992)

Sono Sion The Room
Deuxième long métrage de Sono Sion, après Bicycle Sighs (1990), The Room (Heya - 部屋 en japonais) a obtenu le Prix spécial du Jury lors du festival Sundance de Tokyo en 1992. Par la suite, il a projeté dans 49 autres festivals internationaux, dont Berlin et Rotterdam. Une reconnaissance étonnante pour un film singulier que la majorité des spectateurs pourrait taxer d'ennuyeux. Rien à voir avec les récents films multi-vitaminés de Sono Sion comme Suicide Club, Exte ou Cold Fish. The Room tient plus du cinéma contemplatif, comme I Am Keiko (1997) : succession de longs plans fixes, dialogues réduits au minimum (le tout tient sur un simple feuillet), et seulement deux acteurs principaux (et deux seconds rôles). Tout ça dans un superbe noir et blanc et une post-synchronisation originale : les acteurs chuchotent au lieu de parler à voix haute !

Sono Sion The RoomUn des rares plans du film qui ne se passe pas en milieu urbain.

Sono Sion The RoomAkaji Maro : un tueur à gage taciturne.

Sono Sion The RoomYoriko Dogouchi, timide et mystérieuse.

Ennuyeux, The Room l'est délibérément. Dans un Tokyo énigmatiquement désert, un tueur à gage cherche un appartement à louer. Il se rend donc dans une agence immobilière où il est reçu par une salariée quasi-mutique et renfermée. Nous ne connaîtrons jamais les noms des personnages principaux. La seule identité de la jeune femme est son numéro de salariée : 8499537. Les plans fixes, dénués de dialogues, se suivent : le tueur à gages et la jeune femme dans le métro, dans un premier appartement, dans le métro, dans un deuxième appartement, dans le métro, dans un troisième appartement, ainsi de suite. Soit le spectateur se laisse bercer par ce rythme lent, répétitif et minimaliste, soit il décroche complètement et ne verra jamais la chute du film.

Sono Sion The RoomLe métropolitain de Tokyo complètement vide.

Sono Sion The RoomVisite d'appartement façon Sono Sion.

Le rôle du tueur à gages est tenu par Akaji Maro, célèbre danseur de butoh, acteur et ami de Sono Sion. On le voit d'ailleurs dans plusieurs de ses films : Utsushimi (dans son propre rôle), Suicide Club et Like A Dream, Il joue également dans la trilogie de l'ère Taisho du génial Seijun Suzuki : Zigeunerweisen, Kagero-za et Yumeji. Le rôle de la jeune femme est joué par la charmante Yoriko Doguchi : on peut la voir aussi dans plusieurs films de Kiyoshi Kurosawa, dont le godardien anarcho-érotique The Excitement of the Do-Re-Mi-Fa Girl, Cure, Licence to Live et Charisma.

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The Room : visite du premier appartement.

dimanche 30 octobre 2011

Volker Schlöndorff - A Degree of Murder (1967)

Anita Pallenberg Degree of Murder
En 1967, Volker Schlöndorff, jeune réalisateur du Nouveau Cinéma allemand présente au Festival de Cannes son deuxième long-métrage : Mord und Totschlag (Vivre à tout prix en français, mieux connu sous le titre international A Degree of Murder). L'année précédente, le premier film de Schlöndorff, Les Désarrois de l'élève Törless, adapté du roman de Robert Musil, avait déjà obtenu le Prix de la Fédération Internationale de Presse Cinématographique au Festival de Cannes au Festival de Cannes. En 1979, Schlöndorff sera auréolé de la Palme d'Or avec Le Tambour.

Anita Pallenberg Degree of MurderLa belle et douce Anita Pallenberg.

Anita Pallenberg Degree of MurderHans Peter Hallwachs et Anita Pallenberg.

Aujourd'hui, Vivre à tout prix jouit d'une notoriété parmi les amateurs des Rolling Stones car il met en scène Anita Pallenberg, petite amie de Brian Jones au moment du tournage et petite amie de Keith Richards au moment de la sortie du film. En plus de cela, la musique de Vivre à tout prix est composée par Brian Jones, entouré d'un "super groupe" réunissant Jimmy Page (guitariste des Yardbirds et futur Led Zeppelin), Nicky Hopkins (pianiste récurrent des Stones à l'époque) et Kenny Jones (batteur des Small Faces). Une musique blues teintée d'expérimentations au sitar, à l'orgue et à l'autoharpe, dans la lignée de la musique des Rolling Stones de l'époque (Aftermath, Between the Buttons). Malheureusement, cette musique de film est toujours inédite, sans doute pour des obscures raisons de droits d'auteur. Pis, c'est le film lui-même qui n'a jamais été restauré et publié en VHS ou DVD. Restent des copies pirates de fort mauvaise qualité.

Anita Pallenberg Degree of Murder
Au lit avec Anita Pallenberg.

Anita Pallenberg Degree of MurderAnita Pallenberg et Hans Peter Hallwachs à l'arrière d'un taxi.

Le scénario de Vivre à tout prix est simple : en pleine nuit dans son appartement, Marie (Anita Pallenberg) tue par inadvertance son petit ami Hans qui la brutalisait. Marie décide de ne pas prévenir la police et engage deux hommes pour faire disparaître le corps de la victime. Marie tombe vaguement amoureuse des deux hommes. Le film de Volker Schlöndorff, pas extraordinaire, s'inscrit dans la mouvance du cinéma de la contre culture : musique rock, belle jeune femme indépendante et insouciante, mini-jupe, dialogues simples, économie des moyens de production, etc. Vivre à tout prix est enfin le premier film d'Anita Pallenberg. Elle n'y brille que par sa beauté et sa fraîcheur. Par la suite, elle jouera notamment dans Barbarella de Roger Vadim, Dillinger est mort de Marco Ferreri, Performance de Nicolas Roeg (film sulfureux avec Mick Jagger) et Le Berceau de cristal de Philippe Garrel.

samedi 29 octobre 2011

Marc-Edouard Nabe - L'Enculé

Vingt-deux mois après son pavé de 686 pages, L'Homme qui arrêta d'écrire, Marc-Édouard Nabe revient avec L'Enculé, premier roman sur l'Affaire DSK, qui passionna les journalistes et les futurs électeurs français pendant près de cinq mois, du 14 mai (jour du viol de Naffisatou Diallo au Sofitel, à New York) au 18 septembre (soir de l'entretien déjà mythique entre DSK et Claire Chazal, sur TF1). L'Enculé : un beau bébé de 250 pages, beau papier, belle typographie et même maquette de couverture que L'Homme qui arrêta d'écrire. Trois semaines après sa publication, le livre a peu fait parler de lui : un article de Patrick Besson (un ami) dans Le Point (hebdomadaire dirigé par un autre ami, Franz-Olivier Giesbert) et un entretien sur Europe 1 dans l'émission "Des clics et des claques". C'est maigre pour un livre consacré à "l'événement de l'année" !

Nabe DSk L'enculé
Nabe : éternel commentateur de l'actualité

L'Enculé : livre opportuniste sur un sujet qui a défrayé la chronique ? C'est vite oublier que Nabe n'a jamais cessé de la commenter, l'actualité ! Dans son Journal intime, évidemment, parsemé de commentaires sur les événements politiques et médiatiques quotidiens ; mais aussi dans ses articles pour L'Idiot International entre 1989 et 1990, et L'Imbécile de Paris en 1991 ; dans Une Lueur d'espoir (sur les attentats du 11 septembre 2001) ; dans Printemps à Bagdad (sur l'invasion de l'Irak par les États-Unis) ; dans ses articles publiés dans son journal La Vérité (et réunis dans le recueil J'enfonce le clou) ; dans ses huit tracts collés sur les murs de Paris entre juillet 2006 ("Zidane la racaille") et janvier 2009 ("Enfin nègre !") ; et donc, en octobre 2011, dans L'Enculé, sur l'"affaire Dominique Strauss-Kahn".

Ce livre sur l'affaire, s'il est inattendu, n'en est pas moins cohérent. Il est d'autant plus inattendu que lors de l'émission "Ce soir ou jamais" du 2 mai dernier, consacrée à la mort de Ben Laden, Marc-Édouard Nabe avait déclaré écrire un livre sur l'après-11-septembre et le printemps arabe. Il a donc préféré le printemps new-yorkais, en compagnie de Strauss-Khan, Diallo, Sinclair, Brafman, Taylor et compagnie.

DSK Dialo SofitelReproduction chinoise des neuf minutes de la suite 2806 du Sofitel de New York.

Nabe : mystique de l'anus, thuriféraire de la sodomie

Le titre L'Enculé sonne d'abord comme une énième provocation - hilarante - de Nabe. C'est sans compter sur l'habitude qu'à Nabe de faire référence à l'anus et à l'enculage depuis trente ans. En voici quelques extraits, pour rafraîchir la mémoire des amnésiques :

Dans Au Régal des vermines, déjà, Nabe exprimait son amour des Noirs et du jazz : "j'espère que les Noirs vont finir par enculer tous les Blancs" (phrase - tronquée - préférée de Gérard Miller)

Dans Une Lueur d'espoir, Nabe comparait le crash des avions sur le World trade Center à l'enculage du monde occidental : "évidemment c'est sexuel. La mort ne demande pas à la vie son avis lorsqu'elle l'encule. Sodomie surprise ! Pas le temps d'écarter les fesses, quelque chose est déjà dedans".

Dans le chapitre "Sodomie chez Saddam" de Printemps de Feu, Nabe enculait Schéhérazade : "juste à côté de son sexe, le revoilà : l'Autre ! Le Seul ! Le Point d'extravagance ! Le Joyau des Bijoux ! L'endroit le plus chic de l'Être ! La noblesse du Moi à l'état pur !"

Et dans L'Enculé, donc, avec, au hasard, ces quelques phrases de coït entre Dominique et Anne dans l'appartement luxueux du 153 Franklin Street : "je la retournai, écartai les deux fesses flasques de son gras cul, et plaçai ma queue de présumé innocent entre. Comme dans du beurre, et sans beurre (je n'ai jamais compris cette mythologie du beurre venue du Dernier tango à Paris). Première lambada à Manhattan ! L'anus d'Anne me happa comme un siphon, je me retrouvai en deux coups de cuillère à pot au fin fond de son rectum".

DSK Anne Sainclair
Anne Sinclair et DSK : le couple le plus balèze de l'univers.

L'Enculé

L'Enculé
est un roman, c'est écrit sur la couverture. Le lecteur se retrouve donc la tête de DSK, à partir de son réveil, le 14 mai, dans sa suite du Sofitel. C'est donc une sorte de monologue intérieur, plus dans la manière de Les Lauriers sont coupés d’Édouard Dujardin (1887) que du monologue de Molly Bloom dans Ulysse de James Joyce (1922). Dominique Strauss-Khan nous apparaît tour à tour répugnant, obsédé sexuel pathologique, sensible, attendrissant et finalement, très humain. La sympathie du lecteur pour DSK vient surtout de l'entourage détestable qui gravite autour du président déchu du FMI, notamment sa femme Anne Sinclair, ultra-sioniste névrosée et guerrière, et son avocat Benjamin Brafman, cynique plus ultra.

L'Enculé est un roman éminemment drôle, surtout dans sa première moitié : le Sofitel, le déjeuner qui s'en suit avec sa fille Camille (qui en prend plein la tronche), son arrestation, sa détention à Rikers Island (lire la scène dans laquelle un DSK diarrhéique se torche avec les pages de La Nuit d'Elie Wiesel - scène pourtant lue avec dégoût lors de l'émission "Des clics et des claques" d'Europe 1), son installation au 153 Franklin Street, sa lassitude envers Anne Sinclair, etc... Simplement une phrase, pour ne pas dévoiler tout le livre, cette scène dans laquelle DSK, libéré de sa femme, peut enfin passer plusieurs jours tout seul : "Je m'allonge sur le divan du salon, les yeux fermés, mon chien à mes côtés, et je m'écoute trois heures de chants SS".

DSK Sofitel DialoDSK et ses fameuses chemises bleues.

Tout roman qu'est L'Enculé, on ne peut pas ne pas se demander si Nabe risque un procès pour injure ou diffamation. On sait les gens tellement procéduriers. Au détour de la page 74, Nabe y fait allusion, avec amusement. Anne Sinclair dit à son mari : "Rachel aussi l'aime bien, ce Nabe... Je ne sais pas ce qu'elle lui trouve. En tout cas, qu'il ne s'avise pas d'écrire sur ton affaire. Sinon je lui fous un procès un cul !" Alors, procès ? Comme a conclu DSK son entretien TV avec Claire Chazal : "on verra... !"