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mercredi 2 octobre 2013

Martial Raysse par Michel Bulteau

En 2008, Michel Bulteau a publié Sinéma, les anges sont avec toi, une "fantaisie" mettant en scène l'artiste Martial Raysse, surtout connu aujourd'hui pour ses néons clignotant sur le fronton du cinéma MK2, quai de Loire, à Paris. Martial Raysse a réalisé bien d'autres œuvres depuis la fin des années 50 : d'abord des toiles abstraites, puis des peintures "néo-réalistes" proches du mouvement Pop Art, avant de tourner plusieurs films dans les années 70. Il a beaucoup expérimenté avec les néons et les vitraux d'église. Une rétrospective 1960-1974 lui a récemment été consacrée à New York à la galerie Luxembourg & Dayan. Malgré des œuvres majeures, Martial Raysse est étonnement méconnu en France. Lui et Michel Bulteau se connaissent depuis les années 70 et ont beaucoup voyagé ensemble, de New York à Sana'a, en passant par Venise. Sinéma, les anges sont avec toi est une sorte d'hommage à l'artiste. En voici un extrait.

Martial Raysse - Nu jaune et calme (1963-1967)

Le mystère éclairé au néon

Martial Raysse sait que la poésie ne va pas sans précision. Que la poésie est un réalisme supérieur. Voilà pourquoi, dans Heureux Rivages, il peint, caché dans un feuillage, un amour avec un pistolet à flèches.

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"Les gens exigent qu'on leur explique la poésie. Ils ignorent que la poésie est un monde fermé où l'on reçoit très peu et où il arrive même qu'on ne reçoive personne", a écrit Jean Cocteau.
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Martial Raysse - Heureux rivages (2007)

Raysse a conjugué élégance et obscurité pour rendre visibles des images à la place des étoiles.
"Dans le pays d'où je viens, dit-il, j'ai toujours pensé qu'une fois la forme issue du projecteur, mur, plafond, toit, rien n'arrêtait sa course... Ces obstacles formant un écran permettaient simplement de lire son image, ici, dans ce pays ouvert comme une montre arrêtée, je vois comme on dit vivre, cette forme sourdre en moi, rond de fumée jusqu'aux plus lointaines planètes." (Oued Laou, 1969.)
Nous sommes en pleine allégorie extatique. Nous écoutons une prière en langue étrangère. c'est l'heure du Muezzin, l'heure des chants d'oiseaux, et celle des cris de hyènes.
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C'est aussi Thomas Browne que Martial Raysse m'évoque. Ce prosateur baroque, quand il discourt sur les jardins, ne se contente pas seulement des fleurs, des arbustes et des arbres, mais étend sa vision aux volières, aux étangs à poissons, à une grande variété d'animaux, faisant de son jardin le summum de la terre.
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Décidant d'ignorer le symbolisme des voyelles cher à Rimbaud et à quelques alchimistes, Martial Raysse, pour l'exposition de la galerie Arte Gogona, en novembre 1992, se lance dans un commentaire visuel des trois consonnes : X, Y, Z. Il s'agit de trois des Six images calmes.
La croix retrouve le mouvement (la vie) et devient un X. Y est le signe de l'union du masculin et du féminin dans le Grand Œuvre. Z, une sorte de trophée emplumé que n'aurait pas dédaigné ce vieux phraseur de Zarthoustra.
Raysse est assez d'accord, je crois, avec la phrase de Mallarmé : "Toute chose sacrée et qui veut demeurer sacrée s'enveloppe de mystère." Et parfois d'un mystère éclairé au néon.

jeudi 16 août 2012

Qui est donc le baron Bulto ?

Michel Bulteau a publié sous le pseudonyme de baron Bulto plusieurs courts ouvrages dont le plus récent est Oscar Wilde à Hollywood. Dans Aérer le présent, un livre d'entretien avec Jean-Jacques Faussot publié en 1995, Michel Bulteau revient sur ce mystérieux baron.


Jean-Jacques Faussot : le baron Bulto... C'est sous ce pseudonyme homonymique que tu as signé : Le Rêve absolu, L'Ennemi des tentations, Carnet de Stresa.

Michel Bulteau. : Tu peux ajouter à ces titres Walk on the Wilde Side et la quatrième de couverture de Minuties. Le baron Bulto a fréquenté beaucoup de gens. Les plus infréquentables. C'était un redoutable caméléon. Un misanthrope, un incrédule. Un voleur. Un snob. Un donneur de mauvais conseils. Un révolution enragé et un contempteur de la Révolution. Un lâche. Un profiteur. Mais aussi un déçu haïssant à peu près tout le monde sauf quelques poètes fous et quelques musiciens drogués.

J-J.F. : Pourtant, son "œuvre" est plutôt doucereuse ?

M.B.: Insupportablement insipide, oui.

J-J.F. : Qu'est devenu le baron Bulto ?

M.B.: Mais il est mort, voyons.

J-J.F. : Y a-t-il des textes de lui qui ne sont pas publiés ?

M.B.: J'ai lu des pages de carnets londoniens et new-yorkais assez coruscantes - en fait, des ragots infâmes - susceptibles d'intéresser bon nombre de personnes.

J-J.F. : N'est-ce pas dans ces pages que l'on voit Anita Pallenberg jouer à la roulette russe avec ses enfants ?

M.B. : Tu es admirablement renseigné. Aussi une série de conversations avec Jack Dempsey, le dernier ami de Truman Capote. Et une bien curieuse relation avec Charles Manson par le biais de Patrick Geoffrois. Mais je ne sais dans quelle poussière diabolique tout cela dort.

dimanche 25 mars 2012

Baron Bulto - Oscar Wilde à Hollywood

baron bulto oscar wilde hollywood
Création littéraire de Michel Bulteau, le baron Bulto est un mélange de Baron Corvo et de personnages romanesques tirés des romans de Henri de Régnier ou Scott Fitzgerald. Le mot dandysme n'est pas loin. Ce baron Bulto est l'auteur d'une œuvre mince, tirée à peu d'exemplaires (200 ou 250) : L'ennemi des tentations (1984), Le rêve absolu (1986), Carnet de Stresa (1986), la quatrième de couverture de Minuties (1989) et, en 2010, Oscar Wilde à Hollywood. Dans son livre d'entretien Aérer le présent (1999), Michel Bulteau évoque un autre livre, inédit, Walk on the Wilde Side où l'on y croise Anita Pallenberg...

baron bulto carnet stresa
Carnet de Stresa, tiré à 250 exemplaires sur papier cristal bleu.

Voici le texte introductif d'Oscar Wilde à Hollywood :
J'ai beaucoup fréquenté le baron Bulto. Je l'ai croisé à Paris, à Venise, à Vienne, à New York, à Los Angeles. Pourtant, je le connais peu.

"Pour moi", disait avec bienveillance le prince de Metternich, "l'homme commence au baron..."

L'homme échappait. Sa conversation en disait assez peu sur le fond de son âme. Assez distant, le baron pouvait être drôle. "L'humour noir est mon sport préféré" disait-il. Je regrette de ne pas avoir noté ses divagations inattendues... Heureusement, il reste au fond de ma mémoire quelques anecdotes sulfureuses concernant des personnages appartenant à une époque disparue.

Le baron me faisait penser à ces roués de la Régence. Sa supériorité naturelle avait la magie des araignées d'eau cheminant à la surface des étangs.

Ses goûts vestimentaires n'avaient rien de surprenant. Il garda toute sa vie un goût pour les costumes en tweed et les chaussures à boucles. Il achetait ses chemises et ses cravates chez Charvet.

Son livre de chevet était : Vie de Henry Brulard. Je crois qu'il prenait aussi beaucoup de plaisir à la lecture de Restif de la Bretonne.

Le baron Bulto n'a laissé que peu de pages. j'en ai rassemblé ici quelques-unes. Certains lecteurs attentifs auront reconnu le texte qui donne son titre à ce petit ouvrage, paru dans le numéro de juin 1987 de La Nouvelle Revue de Paris.

Le baron nous a faussé compagnie en 1994.Nous étions peu nombreux à son enterrement à Possenhofen en Bavière. Je fus fort étonné d'y croiser le comte de Vaudreuil et John Drew Barrymore (qui avait fait le voyage de L.A. et avec qui je ne manquai pas d'aller boire quelques whiskies). Le dernier regret du baron aura été, j'en suis sûr, de ne pas pouvoir se joindre à nous.