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jeudi 14 mars 2013

Masterclass de Sono Sion au Festival asiatique de Deauville


Sono Sion était l'invité d'honneur du 15ème Festival asiatique de Deauville, qui s'est déroulé du 6 au 10 mars 2013. Plusieurs films de Sono Sion ont été projetés : I am Sono Sion (1985), Love (1986), The Room (1992), Bad Film (1995), I am Keiko (1997), Suicide Club (2001) et The Land of Hope (2012). Le réalisateur japonais s'est également prêté au jeu de la Masterclass, interrogé par Stéphane du Mesnildot, spécialiste du cinéma nippon. Voici la vidéo de cette Masterclass :



Pour en savoir plus, lire cette interview de Sono Sion datée du 6 février 2010. Sono Sion y revient sur plusieurs film de sa carrière ainsi que sur des projets toujours non finalisés, comme le biopic sur Varg Vikernes, chanteur de Burzum, groupe phare de la scène de back metal en Norvège. Une histoire trash qui n'est pas sans rappeler les ambiances de Cold Fish...

samedi 8 septembre 2012

Sono Sion - Bicycle Sighs (1990)

Bicycle Sighs est le premier long-métrage de Sono Sion, réalisé après quatre courts-métrages (dont I Am Sono Sion !). On y trouve un Sono Sion très jeune, un film en 8mm sur le baseball et des êtres invisibles, des courses poursuites en bicyclette, un masque de dragon, des ours qui fument la pipes... Un premier film assez délirant qui fit le tour des festivals internationaux au début des années 1990.


Shiro (interpété par Sono Sion) et Keita, à peine vingt ans, sont deux amis d’enfance qui gagnent leur vie comme livreurs de journaux à bicyclette, dans la ville provinciale de Toyokawa (la ville de naissance de Sono Sion). Dans un Japon où la réussite professionnelle est primordiale, Shiro et Keita sont deux perdants. Si Shiro semble s'accommoder de cette situation, Keito commence à se poser des questions. Pour passer le temps, Shiro incite Keita à continuer à tourner un court-métrage qu'ils avaient commencé au lycée. L'histoire de jeunes gens qui jouent au baseball et sont bientôt accompagnés par un être (d'abord invisible) à la tête de dragon (vous avez dit surréalisme ?). Keita refuse de tourner le court-métrage, qui lui rappellent son amour perdu pour Kyoko, ancienne camarade de lycée partie étudier à Tokyo il y a trois ans.

Keita et Shiro sur bicyclette.
Les "êtes invisibles" du court-métrage.
Bicycle Sighs est rempli d'absurde et de désespoir, comme dans beaucoup de films de Sono Sion, mais la mise en scène est ici très "légère", avec un ton bon enfant, qu'on ne retrouvera pas dans les longs-métrages suivants : The Room (1992) et I Am Keiko (1997). Les extraits en noir et blanc du court-métrage sur le baseball et les "êtres invisibles" sont particulièrement drôles, comme un mélange de Godzilla/Bioman sous amphétamine tourné à l'époque du cinéma muet. Autre scène absurde : la conversation entre Teika et son père, transformé en... ours qui fume la pipe ! Pour l'anecdote, la voix du "papa-ours" est celle de Noboru Iguchi, réalisateur de films gore aujourd'hui bien connu. On lui doit notamment The Machine Girl, Zombie Ass et Sushi Dead. Noboru Iguchi a même réalisé plusieurs films pornographiques... comme Sono Sion ! Et tous deux ont réalisé des films pour la société de production Sushi Typhoon. C'est donc réjouissant de les voir réunis dans Bicycle Sighs, au début de leurs carrières.

Shiro (Sono Sion) au téléphone.
La jeune Kyoko filmée par Shiro. Upskirt alert.

Bicycle Sighs, comme les tous films de Sono Sion avant Suicide Club (2001), ne sont toujours pas disponibles en DVD malgré une reconnaissance croissante de l’œuvre du réalisateur depuis Love Exposure en 2008.

dimanche 29 juillet 2012

Sono Sion - Himizu (2011)


Alors que Guilty of Romance est le premier film de Sono Sion a être distribué en France (depuis le 27 juillet), Himizu, primé au festival du film de Venise en septembre 2011 et sorti en salles au Japon en début d'année, est disponible depuis quelques jours sur les sites consacrés au cinéma asiatique... avant une éventuelle sortie en France, qui sait ? Depuis l'excellent Love Exposure (2008), Sono Sion a gagné en notoriété et ses films suscitent de plus en plus d'intérêt - comme Cold Fish (2010), Guilty of Romance (2011) et, justement, Himizu.

Sumida, Keiko et leurs amis réfugiés.
Sumida au milieu des décombres.
Himizu est une adaptation d'un manga de Minoru Furuya, partiellement lisible ici. Sumida, 14 ans, vit avec sa mère (vaguement prostituée) dans une maison délabrée près d’un lac où il loue des bateaux. Son père a quitté le foyer et, quand sa mère part avec son nouvel amant, Sumida se retrouve seul. Il doit alors subvenir à ses propres besoins et abandonner l'école. Un malheur n'arrivant jamais seul, ces événements ont lieu juste après le tsunami qui a dévasté une partie du Japon en mars 2011. Sumida est donc entouré par quatre personnes sans domicile - qui ont tout perdu à cause du tsunami - et vivent dans des tentes à côté du lac. Ces personnes vont tout de même se révéler d'une grand aide pour Sumida, tout comme Keiko, une camarade de classe, amoureuse de lui.

Sumida version cinéma et version manga.

L'adaptation de Sono Sion est encore plus noire et dépressive que le manga, peu distrayant à l'origine. C'est de loin le film le plus noir de Sono Sion jusqu'à présent. Si la trame du manga est reprise dans le film, Sono Sion y a apporté plusieurs changements. Tout d'abord, le Japon post-tsunami. Immédiatement après le raz-de-marée qui a causé la mort de près de 20.000 personnes, Sono Sion a modifié son script pour y inscrire et a littéralement tourné au milieu des débris et des villes sinistrées. Le film est d'ailleurs compris entre deux travellings sur le paysage désolé nippon. Ensuite, Sono Sion n'a pas gardé tous les personnages du manga. Il a ainsi supprimé des amis de Sumida, dont un auteur de manga, mais a ajouté les réfugiés vivant dans des tentes au bord du lac. Il a également fait de Yoruno Chozo, l'ami de collège de Sumida, un homme âgé qui a perdu tous ses biens depuis le tsunami. Enfin, Sono Sion a concentré l'action sur le personnage de Sumida et sa crise existentielle  tandis que le manga s'attarde plus sur des personnages secondaires.

Un peu de couleurs pour changer de la boue.
Un drapeau nazi s'est invité sur le plateau de tournage de Himizu.
Brève apparition de Yoshitaka Yuriko six ans après le Testament de Noriko.

Si la distribution du film met en avant deux jeunes acteurs débutants (dans les rôles de Sumida et Keiko), on retrouve des acteurs déjà présents dans plusieurs films de Sono Sion, notamment Cold Fish. A noter l'apparition de Yoshitaka Yuriko (actrice dans le Testament de Noriko en 2005) et de Takahiro Nishijima (le personnage principal de Love Exposure). Autre élément qui prouve que l'on regarde un film de Sono Sion : l'usage récurrent de la musique classique (le "Requiem" de Mozart et l'"Adagio for strings" de Samuel Barber. Quand sono Sion choisit un thème musical, il n'hésite pas à l'employer à la moindre scène dramatique. Et ces scènes sont légion dans Himizu ! Après la musique, la littérature. Si Guilty of Romance (clin d’œil aux Crimes de l'amour du marquis de Sade) tourne autour d'un livre de Franz Kafka, Himizu se développe autour de la "Ballade des menus propos" de François Villon. Un poème sur la connaissance de soi que récitent Sumida et Keiko :
Je connais bien mouches en lait,
Je connais à la robe l'homme,
Je connais le beau temps du laid,
Je connais au pommier la pomme,
Je connais l'arbre à voir la gomme,
Je connais quand tout est de même,
Je connais qui besogne ou chôme,
Je connais tout, fors que moi-même.
Lors d'un entretien en 2010, Sono Sion avait en effet parlé de son admiration pour la littérature française dont... François Villon !

Sumida et Keiko. La nuit.

Au final, Himizu s'avère être un seishun eiga [film sur la jeunesse] post-Fukushima violent et dépressif. D'où l'omniprésence des décombres, des détritus, de la boue, et la difficile libération de la parole des personnages. D'où les répétitions et les ressassements des mêmes paroles, comme un mantra. Sono Sion n'était jamais allé aussi loin dans son thème de la destruction de la famille ou de toute autorité. Himizu est un film radical sur la faillite d'une société : les parents n'élèvent plus leurs enfants, l'école n'est pas nécessaire, même l'amour n'a plus de sens. Pendant un temps, seul le meurtre est envisagé comme la seule façon de servir la société.

Le cri final.

 Certains trouveront Himizu excessif et trop "criard" mais depuis Suicide Club en 2001, Sono Sion s'avère être justement le cinéaste de l'excès par excellence : du drame familial (le Testament de Noriko) au gore (Cold Fish), en passant par l'onirisme (Into a Dream), le grotesque (Strange Circus) et l'amour fou (Love Exposure). Le nouveau film de Sono Sion s'appelle Land of Hope... on peut donc s'attendre à un film moins sombre.

dimanche 13 mai 2012

Land of Hope de Sono Sion : la bande-annonce

Injustement oublié de la sélection 2012 du festival de Cannes, Sono Sion va sortir à l'automne 2012 son film Land of Hope, inspiré par le séisme du 11 mars 2011 et le tsunami qui engloutit la centrale nucléaire de Fukushima. Plus de 15.000 morts faut-il le rappeler. Sono Sion s'est déjà attaqué à cette catastrophe dans son film Himizu, tourné juste après le tsunami, dans les décors marécageux apocalyptiques du Japon post-311. Un film encore inédit en France mais primé au festival de Venise.

Land of Hope, tourné en janvier-février 2012 et monté à vitesse grand V, fait plus que se servir du décor ravagé du Japon tsunamisé. Il traite directement du tsunami et de ses conséquences dans une ville japonaise.


Lire également :
- Interview avec Sono Sion
- Interview avec l'actrice Megumi Kagurazaka

lundi 6 février 2012

Sono Sion - Utsushimi (2000)

Sono Sion utsushimi
Alors que l’œuvre de Sono Sion est de plus en plus reconnue et diffusée dans le monde (son dernier film Himizu a été primé à la Mostra de Venise tandis que Cold Fish et Guilty of Romance ont au moins été projeté dans plusieurs salles françaises), il est également de plus en plus aisé de visionner les premiers films du réalisateur nippon. Il y a encore quelques mois, il était mission impossible pour un occidental de voir les films de Sono Sion sortis avant Suicide Club, en 2001. Ce qui constitue tout de même six courts métrages et quatre longs métrages (disponibles dans le coffret DVD "Sono Sion Early Works Before Suicide") ! On a déjà chroniqué ici The Room et I Am Keiko. Avant de s'attaquer à son premier long métrage, Bicycle Sighs, c'est le tour d'Utsushimi.

Sono Sion utsushimi
Moi, Sono Sion...
Sono Sion utsushimi Araki
Noboyusji Araki en pleine séance photo.

Dans un entretien réalisé en février 2010, Sono Sion évoquait ce film, "un semi-documentaire sur la pratique photographique d'Araki et en même temps une fiction érotique et dramatique". Utsushimi est en effet un film un peu bâtard entre la fiction et le documentaire. Le film est présenté comme "un film sur le corps humain", tourné au début de l'année 1999.

Sono Sion utsushimi Araki
Araki : le maître en scène !

L'aspect documentaire, d'abord. Sono Sion filme le travail de trois personnalités : le célèbre photographe érotomane Noboyushi Araki, le danseur de butoh Akaji Maro et le couturier Shinichiro Arakawa. A vrai dire, Sono Sion filme surtout une séance photo d'Araki, au cour de laquelle il photographie une dizaine de femmes nues, le tout, sans censure pixelisée. Araki est un peu excité, il transpire, il shoote frénétiquement. Une impulsivité qui tranche avec la retenue des cours de danse d'Akaji Maro et la médiation des créations de vêtements de Shiniricho Arakawa. Pour l'anecdote, notons qu'Akaji Maro apparaît dans d'autres films de Sono Sion, dont The Room et Suicide Club, mais également dans des films de Takashi Miike et Shinya Tsukamoto !

Sono Sion utsushimi Araki
Encore un chef-d’œuvre pour Araki !

Sono Sion utsushimi
Plan-culotte : un classique pour Sono Sion, bien avant Love Explosure.

L'aspect "documentaire ses les tournages du film", ensuite. Comme pour marquer une transition entre le documentaire et la fiction, Sono Sion se met en scène, lui et son équipe, lors des répétitions d'Utsushimi. Avec beaucoup d’auto-dérision, Sono Sion met en scène une équipe fatiguée qui répète dans une tension palpable, jusqu'au départ du directeur de photographie qui part sans laisser de trace, après avoir divorcé de sa femme - qui participe évidemment aussi au tournage du film ! Un passage assez comique.

Sono Sion utsushimi
Un faux flot de sang.

Sono Sion utsushimi
L'héroïne sort d'un faux sexe féminin en pleine rue.

La fiction, enfin. Sono Sion reste dans le comique - même dans la potacherie. Délibérément filmé de manière approximative et je-m'en-foutiste (la perche du preneur de son ostensiblement visible sur plusieurs plans, des moitiés de corps de membres de l'équipe apparaissent de ci de là, etc...), Utsushimi tranche avec l'esthétisme sobre de The Room et le minimalisme d'I Am Keiko. Loin d'être sobre, le film ressemble plutôt à un film de fin d'année d'étudiants bourrés ! C'est comique, un peu bête, parfois grotesque, comme cette scène où les deux personnages principaux sont munis de sexes géants et courent en pleine rue. L'histoire est somme toute assez simple : une lycéenne décide de perdre sa virginité avec un cuisinier dont elle est amoureuse. S'ensuivent quelques marivauderies classiques.

Œuvre très barrée, Utsushimi n'atteint pas les sommets mais comportent de bonnes scènes, notamment le shooting d'Araki, les coulisses du film et la scène d'amour entre les deux personnages principaux. Le reste est ultra-potache. Utsushimi n'est donc pas destiné à tous les publics !

samedi 7 janvier 2012

Sono Sion et Tokyo GAGAGA

Lorsqu'on évoque la carrière du réalisateur japonais Sono Sion (maintenant célèbre pour ses excellents films Love Exposure et Guilty of Romance), on cite souvent son implication dans le collectif artistique Tokyo GAGAGA qui consistait, vers 1993, à manifester dans la rue pour dénoncer la société japonaise. Une des manifestations de ce mouvement éphémère et marginal a été filmée par Jean-Jacques Beineix au début de son reportage Otaku, diffusé en France en mai 1994. Cette scène insolite (le documentaire n'est pas consacré à Tokyo GAGAGA et Sono Sion n'est pas interrogé) prend maintenant valeur de témoignage sur une période méconnue de Sono Sion qui avait, à l'époque, déjà réalisé plusieurs films dont The Room.

sono sion tokyo gagaga
Sono Sion en pleine manif Tokyo GAGAGA.

Dans un long entretien réalisé en février 2010, Sono Sion s'est expliqué sur ce collectif artistique : "entre 17 et 21 ans, j'ai écrit des poèmes avant de tourner des films auto-produits en 8 mm. Après ces premiers essais cinématographiques j'ai voulu revenir vers la poésie et j'ai créé le mouvement Tokyo GAGAGA. Vu de loin, ce mouvement pouvait paraître comme des manifestations de rue mais en fait il s'agissait de personnes qui écrivaient des poèmes sur des drapeaux et marchaient dans la rue en arborant leurs drapeaux. Il n'y avait aucun message politique ou social définis. Les policiers venaient souvent empêcher nos manifestations mais comme il n'y avait aucune raison pénale de nous en empêcher, ils ne pouvaient pas nous arrêter. Cette activité n'avait rien d'artistique. Ce n'était même pas un performance. Nous étions environ 200 personnes à descendre dans la rue et je pense que personne ne pensait faire quelque chose d'artistique. C'était comme si une foule se rendait à un concert de punk. Tout ça n'avait rien de politique, il n'y avait aucune revendication. Nous n'étions pas des gauchistes. En apparence, on pouvait comparer ça à une renaissance des luttes des années 1960 mais nous prenions simplement du plaisir à écrire des poèmes et à les montrer. Et je criais GAGAGA, GAGAGA !"

Ci-dessous, l'extrait vidéo d'Otaku qui montre une manifestation de rue de Tokyo GAGAGA.

mardi 1 novembre 2011

Sono Sion - The Room (1992)

Sono Sion The Room
Deuxième long métrage de Sono Sion, après Bicycle Sighs (1990), The Room (Heya - 部屋 en japonais) a obtenu le Prix spécial du Jury lors du festival Sundance de Tokyo en 1992. Par la suite, il a projeté dans 49 autres festivals internationaux, dont Berlin et Rotterdam. Une reconnaissance étonnante pour un film singulier que la majorité des spectateurs pourrait taxer d'ennuyeux. Rien à voir avec les récents films multi-vitaminés de Sono Sion comme Suicide Club, Exte ou Cold Fish. The Room tient plus du cinéma contemplatif, comme I Am Keiko (1997) : succession de longs plans fixes, dialogues réduits au minimum (le tout tient sur un simple feuillet), et seulement deux acteurs principaux (et deux seconds rôles). Tout ça dans un superbe noir et blanc et une post-synchronisation originale : les acteurs chuchotent au lieu de parler à voix haute !

Sono Sion The RoomUn des rares plans du film qui ne se passe pas en milieu urbain.

Sono Sion The RoomAkaji Maro : un tueur à gage taciturne.

Sono Sion The RoomYoriko Dogouchi, timide et mystérieuse.

Ennuyeux, The Room l'est délibérément. Dans un Tokyo énigmatiquement désert, un tueur à gage cherche un appartement à louer. Il se rend donc dans une agence immobilière où il est reçu par une salariée quasi-mutique et renfermée. Nous ne connaîtrons jamais les noms des personnages principaux. La seule identité de la jeune femme est son numéro de salariée : 8499537. Les plans fixes, dénués de dialogues, se suivent : le tueur à gages et la jeune femme dans le métro, dans un premier appartement, dans le métro, dans un deuxième appartement, dans le métro, dans un troisième appartement, ainsi de suite. Soit le spectateur se laisse bercer par ce rythme lent, répétitif et minimaliste, soit il décroche complètement et ne verra jamais la chute du film.

Sono Sion The RoomLe métropolitain de Tokyo complètement vide.

Sono Sion The RoomVisite d'appartement façon Sono Sion.

Le rôle du tueur à gages est tenu par Akaji Maro, célèbre danseur de butoh, acteur et ami de Sono Sion. On le voit d'ailleurs dans plusieurs de ses films : Utsushimi (dans son propre rôle), Suicide Club et Like A Dream, Il joue également dans la trilogie de l'ère Taisho du génial Seijun Suzuki : Zigeunerweisen, Kagero-za et Yumeji. Le rôle de la jeune femme est joué par la charmante Yoriko Doguchi : on peut la voir aussi dans plusieurs films de Kiyoshi Kurosawa, dont le godardien anarcho-érotique The Excitement of the Do-Re-Mi-Fa Girl, Cure, Licence to Live et Charisma.


The Room : visite du premier appartement.

jeudi 27 octobre 2011

Sono Sion - I Am Keiko (1997)

Sono Sion I Am Keiko
En 1997, le réalisateur nippon Sono Sion réalise I Am Keiko (Keiko Desukedo), après un hiatus de cinq ans au cours duquel il s'est investi dans le mouvement de poésie urbaine d'avant-garde Tokyo GAGAGA. C'est son premier long-métrage depuis The Room (1992). pour en savoir plus sur la biographie, lire cet entretien-fleuve réalisé en février 2010.

Sono Sion I Am KeikoPremier plan du film : Keiko Suzuki.

Sono Sion I Am KeikoHommage à la France ? Un paquet de Gauloises bleues traîne sur la table.

Pour qui a déjà les films comme Suicide Club (2001), Love Exposure (2008) ou Cold Fish (2010), il sera impossible de déceler la "patte" de Sono Sion. Proche de son premier court-métrage I Am Sono Sion ! (1985, dont voici un extrait dans lequel un Sono Sion hystérique se fait tondre le crâne), c'est-à-dire assez expérimental, I Am Keiko a la particularité de mettre en scène une seule actrice, Keiko Suzuki, une jeune fille cloîtrée dans son appartement et obsédée par le temps qui passe (il y a un réveil ou une horloge dans la plupart des plans). A la mort de son père, la jeune femme se met soudainement à enregistrer chaque minute de ses trois dernières semaines précédant son 22ème anniversaire.

Sono Sion I Am KeikoLe réveil : objet fétiche du film.

Sono Sion I Am KeikoUn appartement épuré.

Sono Sion I Am KeikoLèvres de Keiko. Quel jour étrange.

Sono Sion I Am KeikoJohnny Thunders chante : "Get off the phone".

Sono Sion I Am Keiko
Le travelling du film : Keiko dans la neige.

Le film consiste en une succession de plans fixes : un premier plan fixe de quatre minutes sur le visage, de face, de Keiko versant une larme ; puis un plan fixe de six minutes sur un réveil rouge, avec la voix de Keiko qui explique qu'elle est née le 8 décembre 1973 à 0:12 et qu'elle aura 22 ans dans trois semaines. Keiko compte à plusieurs reprises jusqu'à 60. I Am Keiko est le film parfait pour apprendre à compter jusqu'à 60 en japonais. Il ne se passe pas grand chose dans le film puisqu'il ne se passe pas grand chose dans la vie de Keiko. Les plans fixes s'accumulent. Pour rompre la monotonie, Sono Sion et en scène une semaine de Keiko en imaginant une parodie de journal TV dans lequel une Keiko déguisée raconte ses journées. L'avant-dernière scène est un travelling de plus de sept minutes dans lequel Keiko marche dans la neige, un parapluie rouge à la main. Le film se termine par le plan fixe du réveil rouge et le décompte de la fin du film.


Dans une parodie de journal TV, Keiko raconte un de ses journées.

mercredi 8 juin 2011

Interview de Go Hirasawa sur l'Art Theatre Guild of Japan

Du 7 juin au 23 juillet 2011, la Maison de culture du Japon à Paris organise une rétrospective sur la maison de production Art Theatre Guild of Japan (ATG). Une occasion à ne pas manquer puisque toutes les projections sont gratuites. À ses débuts, l’ATG fonc­tionna comme une struc­ture de dis­tri­bu­tion à voca­tion euro­péenne et favo­risa la dif­fu­sion de films natio­naux clas­sés non commerciaux. Refuge des mal-aimés des grands stu­dios (Nagisa Ôshima, Shôhei Imamura, Kijû Yoshida, Masahiro Shinoda), hôte bien­veillant de talents hors nor­mes (Toshio Matsumoto, Shûji Terayama, Hiroshi Teshigara) et d’indé­pen­dants irré­duc­ti­bles (Shindô Kaneto, Susumu Hani, Akio Jissôji, Kazuo Kuroki), le sys­tème ATG (économie de moyen, par­tage des ris­ques avec les réa­li­sa­teurs-pro­duc­teurs, pri­mauté de l’art) fut un moment uni­que dans l’his­toire du cinéma mon­dial.

Logo de l'Art Theatre Guild of Japan (ATG).

Le critique Go Hirasawa, professeur d'histoire du cinéma à l'Université Meiji de Tokyo et co-auteur du récent livre Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte, revient sur l'histoire de l'ATG.

Comment êtes-vous devenu critique de cinéma et organisateur de rétrospectives du cinéma japonais d'après-guerre ?

A la fin des années 1990, j'étais étudiant en histoire du cinéma, et m'intéressais particulièrement au cinéma des années 60. Mon mémoire de fin d'études était consacré à Masao Adachi et Koji Wakamatsu. Grâce à ce mémoire, j'ai rencontré Masao Adachi et Koji Wakamatsu ainsi que Masao Matsuda (cinéaste, scénariste, acteur et activiste d'extrême-gauche). J'hésitais à continuer mes études mais lorsque j'ai terminé mon mémoire, Masao Adachi s'est fait expulsé du Liban vers le Japon en 2000, j'ai décidé de projeter ses films et d'éditer un livre sur lui. A l'époque, je ne savais pas comment organiser des projections de films et éditer des livres, j'ai tout appris sur le terrain. C'est ainsi que je suis entré dans le milieu du cinéma, en me spécialisant dans les films expérimentaux et politiques des années 1960. J'ai rencontré Roland Domenig et nous avons organisé à Vienne un premier cycle dédié à l'ATG. Nous avons été aidés par Inuhiko Yomota qui été mon professeur de faculté et qui bénéficie d'un bon réseau international dans le milieu du cinéma. Avec Inuhiko Yomota et d'autres critiques de cinéma, nous avons continué à réfléchir sur le cinéma des années 60-70, ce qui m'a permis plus tard d'enseigner à mon tour à l'Université. Depuis dix ans, mon temps se passe donc à monter des rétrospectives et éditer des livres de cinéma.

Il est mort après la guerre de Nagisa Oshima (1970).

Malgré la diversité des cinéastes qui ont réalisé des films grâce à l'ATG, peut-on trouver un dénominateur commun du style ATG ?

L'ATG a vu le jour en 1961 dans le but de promouvoir des films étrangers Art et Essai anti-commerciaux et de les distribuer au Japon. En 1968, l'ATG a décidé de produire ses propres films. On retrouve alors des réalisateurs qui ont déjà sorti des films dans des studios prestigieux comme Shochiku (Nagisa Oshima, Kiju Yoshida, Shinoda Masahiro) et qui rêvaient de réaliser des films qui n'avaient aucune chance de passer dans un grand studio. Même si ces réalisateurs venaient d'horizons différents, on retrouve la même envie qui est celle de réaliser des films anti-commerciaux. Bien sûr, les conceptions personnelles des réalisateurs sur les buts de l'ATG divergeaient. Par exemple, l'idée de Kiju Yoshida était de réaliser un film de qualité avec un très petit budget. Toshio Matsumoto et Shûji Terayama ne venaient pas du milieu du cinéma : Matsumoto venait des documentaires et des films éducatifs ; Terayama du théâtre. Le fait de se retrouver leur donnait une opportunité énorme. Le point commun de tout ce groupe était celui de créer une Nouvelle Vague.

Marginaux à l'époque, les films de l'ATG bénéficiaient-ils malgré tout d'une bonne distribution ?

En 1961, l'ATG possédait 10 salles de cinéma dans tout le Japon, plus la décennie avançait, moins l'ATG possédait de salles. Économiquement, ça ne flamboyait pas mais le contexte politique et social de l'époque poussaient le public à s'intéresser à un cinéma expérimental, donc l'ATG s'en sortait quand même. Le tournant a été la période 1972-74 où l'économie du cinéma Art et Essai a commencé à s'effondrer. L'ATG a donc rencontré des difficultés. A la fin des années 70, l'ATG s'est dirigé vers le cinéma sur 8 mm, avec des films de jeunesse tournés par des réalisateurs tout juste sortis de l'Université, dans le but de trouver un nouveau public.

Pour simplifier, on peut diviser l'histoire de l'ATG en quatre périodes : 1961-1968 : la distribution ; 1968-1974 : la production ; 1974-1977 : l'appel à de grands noms comme Shohei Imamura ou Kon Ichikawa ; enfin 1978-1984 : la volonté de changer radicalement de direction avec des films de jeunesse.

L'Extase des anges de Koji Wakamatsu (1972).

En 1972, L'Extase des anges de Koji Wakamatsu a provoqué un scandale. Que s'est-il passé ?

Même si l'ATG avait tendance à faire venir des artistes différents de TV ou du théâtre, Koji Wakamatsu était le premier à venir du cinéma érotique (pinku eiga). Il avait tendance à mettre en scène des sujets politiques provocateurs. A partir ds années 70, les mouvements politiques commençaient à s'affaiblir. Avec ce film, Koji Wakamatsu a essayé de provoquer et de ranimer les contestations des années 1968-69. Mais à cette époque, un autre mouvement d'extrême-gauche violent porté par l'Armée Rouge Unifiée commençait à émerger et à attaquer des camps militaires américains afin de voler des armes et commettre des actions terroristes urbaines. Avant la sortie d'Extase des anges en salles, une bombe a été posée dans le même poste de police de Shinjuku que celui qui explose dans le film, ce qui a crée un lien direct entre l'actualité et le cinéma. Cette utilisation de l'actualité a été critiquée par ceux qui estimaient que cela incitait au terrorisme. Également à la même période, on a découvert que des membres de l'Armée Rouge Unifiée s'étaient entretué au cours d'un entrainement militaire. Les cinq derniers membres vivants s'étaient réfugiés dans un chalet d'Asama en prenant la propriétaire en otage. Encerclés par la police, ils ont finalement étaient arrêtés au bout de neuf jours [ndla, Wakamatsu est revenu en détails sur ces événements tragiques en 2008 dans son film United Red Army]. Tous ces faits sordides ont été médiatisés pendant la projection d'Extase des anges, ce qui a décidé plusieurs salles de cinéma à refuser de projeter le film. Malgré tout, plusieurs personnes ont soutenu le film au nom de la liberté d'expression.

Cache-cache pastoral de Shûji Terayama (1974).

Que reste-t-il de l'esprit de l'ATG dans le cinéma japonais actuel ?

Pour faire simple, le cinéma japonais actuel n'existerait pas sans l'ATG, même si ce n'est pas une influence partagée et revendiquée par les réalisateurs ou producteurs d'aujourd'hui. Jusqu'au début des années 60, devenir un réalisateur revenait à signer un CDI chez un grand studio. Il y avait quelques mouvements de cinéma underground mais ces films ne passaient pas dans les salles de cinéma grand public. L'ATG a établit un système de distribution qui a donné un élan aux réalisateurs qui voulaient créer des films moins commerciaux. A l'ATG, la règle générale était que pour un budget de 80.000 euros, le réalisateur et l'ATG versaient chacun 40.000 euros. C'est toujours ce système qui perdure au Japon : un comité de réalisation réunit de l'argent pour tourner le film et un studio se contente de financer la distribution. D'une certaine façon, on peut dire que tous les films japonais aujourd'hui sont indépendants. Jusqu'à la naissance de l'ATG, les réalisateurs recevaient un salaire, c'était inimaginable de réaliser un grand film avec très peu de budget.

Que pensez-vous de ces trois réalisateurs japonais reconnus internationalement : Takashi Miike, Tetsuya Nakashima et Sono Sion ?

Les premiers films de Takashi Miike sont très intéressants, ce sont des œuvres expérimentales réalisées avec très peu de budget, mais aujourd'hui, ses films grand budget ne m'intéressent pas vraiment. De Tetsuya Nakashima, seul Kamikaze Girls m'intéresse. Dans le cas de Sono Sion, je m'intéresse surtout à ses premiers films tournés en 8 mm, et à Love Exposure, sorti en 2008. Parmi les trois réalisateurs cités, Sono Sion est celui qui est le plus dans la lignée de l'ATG. Mais je m'interdis d'analyser le cinéma contemporain. Mon intérêt est d'analyser ce qui s'est passé autrefois pour mettre en lumière le cinéma contemporain. Il y a bien sûr des œuvres que j'apprécie, mais je préfère garder une certaine distance.

PS : remerciements à Aya Soejima pour la traduction.

lundi 6 septembre 2010

Sono Sion : la bande-annonce de Cold Fish

Le 10 septembre, le nouveau long métrage de Sono Sion, Cold Fish, sera projeté hors-compétition au festival de cinéma de Venise. La bande-annonce sous-titrée en anglais vient de sortir :



Interrogé en février dernier ici-même, Sono Sion, qui venait d'en terminer le montage, nous expliquait le scénario de Cold Fish, qui promet d'être glauque et sanglant !

Avec Love Exposure, ma carapace a explosé et je n'ai plus d'amour, voilà, le film. Je n'ai ni amour ni espoir ni dieu, c'est fini. Il me reste la tristesse, le désespoir, l'obscurité et l'univers absent de lumière. Pour me consoler, j'ai tourné ce film. C'est inspiré d'un fait divers, l'histoire d'un type qui a tué entre 50 et 100 personnes, on ne sait pas combien de personnes il a vraiment tué, on ne sait pas non plus comment il a fait pour passer inaperçu aussi longtemps. C'est un tueur en série qui a commis une série de crimes parfaits. La police japonaise a retrouvé cinq victimes mais on présume qu'il y en a plus que ça, personne ne sait vraiment combien. La police n'a pas réussi à trouver tous les cadavres. Personne sauf le tueur ne sait le nombre de victimes. Dans Cold Fish, le personnage principal n'est pas le tueur lui-même mais une personne manipulée par lui. Le film va sortir cette année.

Lire également :
- Interview avec Sono Sion (6 février 2010)
- Love Exposure (2008)
- Interview avec 3 A.M. (3 mai 2009, en anglais)
- Hazard (2005)

mercredi 10 février 2010

2010 February interview with Sono Sion

Sono-Sion-Interview
On Februray 5, during the festival Voir l'invisible, cinema L'Ecran in Saint-Denis (close to Paris, France) showed Sono Sion's Love Exposure for the first time in France. The following day, Suicide Club was shown with the presence of the director himself. He gave the following long interview where he talks about this career before Suicide Club, Tokyo GAGAGA collective, his film Hazard, French literature, his new film Cold Fish and the shooting of Lords of Chaos, a film dealing with Norwegian black metal musical scene and satanism in the 1990's.


Sono-Sion-Interview

How long do you stay in Paris ?

Three days, I leave tomorrow. I came here for the festival and tomorrow I go to Norway to shoot my next film, Lords of Chaos. I will look for places to shoot and cast people for supporting roles.

Will Jackson Rathbone play the first role ?

It's almost decided but supporting roles are not booked. The Lord of Chaos project started last year in Los Angeles.

OK. We'll talk about Lords of Chaos later. First of all, I'd like to congratulate you for Love Exposure which is a great film. Still, it was not shown in France except for this festival. Why that ?

(laughs) I don't know. Maybe because of the lenght of the film. Cinemas can only show it twice a day.

But the film was shown in the U.K. And in Germany.

Yes it was but I don't decide this kind of things.

Who does ?

Buyers and distributors do. If there are no distributors, the film can't be shown. In France, no distributors wanted to pay to show Love Exposure. That's it.

Still, everytime the film was shown, critics were really good. They even said that Love Exposure was the best film released in 2008. Aren't you frustrated that your film doesn't encounter a larger audience in more countries ?

Of course I am but what can I do ?

In France only three of your films are available on DVD... So we're obliged to download them illegaly on the Internet. What do you think about that ?

That's because I am not popular here. A DVD boxset called Before Suicide Club including all my early films will be released very soon in USA. So you'll find films like I Am Sono Sion, Bicycle Sighs or The Room. All my early films. All these films are already available in Japan.

Sono-Sion-Interview
How's your situation in Japan ?

Hopefully in Japan one can easily find my films ! If it were not the case what will I do ? But in the same time, In Japan, I am considered as a very special director. I don't encounter a great success but at least I am free to do whatever I want. If you want to be mainstream and gain success, you must follow the rules. My films are not "middle of the road", I am like a misfit. People politely accept me. Let's say they tolerate me.

How do you chose your actors ? You often direct people from J-pop, girls and boys bands. They are not professional actors. By the way, the actress Hikari Mitsushima is very pretty.

It is true that my actors often come from the musical scene but they're not very famous idols. I am pleased to see that they become famous after they act in my films. For instance, Hikari Mitsushima was awarded several times in Japan for her performance in Love Exposure. So her celebrity has increased and she can continue her career.

Sono-Sion-Interview
You began your career by writing poetry with the collective Tokyo GAGAGA. What was all about ?

When I was seventeen years old I wrote poetry before shooting 8mm films. I did this until I was 21 years old. After my first attempts in cinema I decided to go back to poetry and create the Tokyo GAGAGA movement. At first one could consider this as simple street demonstrations but basically people wrote poems on flags and walked in the street waving thoes flags. There was no political or social meaning, no clear message. Policemen often came to break these "demonstrations" but like there was no law to to ban us do so, they couldn't arrest us.
Was it inspired by the Dada movement ?

It really had nothing to do with art nor performance. About 200 people were walking down the streets and I think none of them considered it was art. It was more like a crowd heading to a punk rock show. It wasn't politic, there was no revendication at all. One could outwardly view this as a revival of 1960's demonstrations but we were just enjoying writing and showing poems in the streets. I was shooting GAGAGA ! GAGAGA !

What does that mean ?

It's the sound of the soul. It doesn't mean anything.

It reminds me the lettrist movement created by Isidore Isou in the 1950's or the scat in jazz music. It's pre-eminently a phonetic work.

Yes, exactly. That's it.

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What did you want to do when you decided to quit poetry and begin cinema ?

It's two differents things. At first I quit cinema to create the Tokyo GAGAGA movement. I already released several films including Bicycle Sighs and The Room. Then I created Tokyo GAGAGA. When I got bored I went in San Francisco for a year. I wrote the script for Suicide Club.

Speaking of Suicide Club. I know in Japan suicides are quite common even among teenagers but the collective suicide thing is a fiction isn't it ?

Of course it's a fiction. There are not such collective suicides but the year after Suicide Club, in 2002, one discovers the existence of websites where dozens of people decided to commit collective suicides. I don't know if these people watched Suicide Club but let's say that I fortelled what could or would happen.

About your way to shoot films, I remarked that there's a lot of scenes shot with hand-held camera in the guerilla shooting style used by Hisayasu Sato, that is shooting in public places without any autorisation.

That's right. The first sequence in Suicide Club is shot in the guerilla shooting style. But of course, after a moment, people working in the Shinjuku station noticed it and asked me to stop it.

Speaking about Hisayasu Sato, what do you think about pinku eiga [Japanese erotic films] ?

I watched a lot of pinku eiga but they're not an influence in mly work. I rather like european erotic films like Emmanuelle or swedish softcore erotic films. I also like Russ Meyer films. When I was young, I saw a lot of european erotic films.

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Is it true that you directed two pinku eiga and that you used to pseudonym to dot it ?

I shot one classical pinku and a homosexual one but I don't remember if I used a pseudonym. To be frank they were not pinku like the films distributed by Nikkatsu. They were both pure porn films. Of course genitals were pixelized because of japanese censorship.

Do you like the photographer Nobuyoshi Araki ?

Yes I do. We know very well each other. We are friends and we sometimes we have drinks together. One day I asked him to act in myfilm called Utsushimi. I did it on 2000, one year before Suicide Club. This film is a semi-documentary about Araki and his work. In the same time, it's also a erotico-dramatical fiction.

What french directors do you like ?

A lot. I don't know which one pick up. I like René Clément even if he's not my favorite one. When I was a student I liked Jean-Luc Godard films a lot.

Godard is Swiss, he's not French !
(laughs) Alright ! So I'd say François Truffaut. I also like Robert Bresson who directed The Trial of Joan of Arc in 1962. It's really a great film.

It's strange because Robert Bresson is quite austere, almost jansenist, He's the opposite of your style.

Yes but directors I like have nothing to do with my own style. And I like absurd and weird directors like Paul Verhoeven. Robocop. Showgirls is one of my favorite films if not the fovorite one.

Sono-Sion-Interview
What about the japanese cinema. I know that you hate Ozu.

The japanese cinema turned bad and less spectacular becuse of Ozu.

But your last film Be shure to share is a simple family story just like in Ozu's films ?

It's true but I did it for purpose. I wanted japanese critics say "Sono Sion can make a beautiful film when he wants to do it" because they were really harsh with Love Exposure. So with Be Sure to Share they said "It's alright, Sono Sion is now a mature director".

But Love Exposure won an award in the Tokyo Festival ?

It's true but it was the audience award. Most of japanese critics thought it was a coarse film.

Did they ? On the contrary I find this is a very pure film.

I agree with you. Love Exposure is a very pure film.

Sono-Sion-Interview
About the themes and the meaning of your films, one can say that according to you people can't really live et express because of institutions, whatever they are, school, family, church or society. You seem to laud extreme individualism even anarchism.

One can be free within institutions but one have to get rid of these institutions and of one self institution. To quote the french poet Paul Eluard, when you're an adult, you have to institutionalize people, to find an institution in everyone, vice versa. The ideal is to be free within the institution.

In the begining of Strange Circus, you quote a phrase from Huysmans decadent book Against Nature [original title : A Rebours]. This book tells the story of an aesthete who decides to live totally isolated from the society and create his own world. It's another proof of anarchism.

Yes it is and this year I plan to shoot a film dealing with Oscar Wilde and the Marquis de Sade and include elements from Joris-Karl Huysmans and Georges Bataille's books.

Do you like french literature ?

I love it. I love Jean Genet.

From the names you quote, I can tell you like rebels !

I like french poets like Guillaume Apollinaire and François Villon.

So not only rebels but even convict people !

(laughs) It's true that few of them went to jail ! Whatever, I like french literature.

Maybe do you plan to direct a biopic about one of them ?

No I don't, most of the biopics are terribly boring.

I am estonished you quote the Marquis de Sade. He's evoked in few pinku eiga and the main carachter of Koji Wakamatsu's When the Embryo Goes Hunting is named Sado. Is Sade that popular in Japan ?

I don't think Sade is really popular but the act of sado-masochism is very spread in Japan. But most of the people ignore that it comes from two authors, Sade and Sacher-Masoch. People don't care about literature, they only care this deviant sexuel act. Wherever it comes from.

Sono-Sion-Interview
Getting back to anarchism, in your Hazard, one of the carachter is fond of Walt Whitman's poetry which lauds more or less an anarchic and free future.

(laughs, no comments).

Hazard was shot in 2002 but was only released in 2005. What happened ?

A lot of things happened. I don't know if I can say it but the producer disappeared with the money.

Can I write it ?

Yes you can because that was a long time ago. Now I can talk about it.

I consider Hazard like a film a rebours of Elia Kazan's America America. In that film, the hero leaves Turkia to go to New York for a better life. In Hazard, a Japanese goes to New York but in the end he doesn't stay and comes back in Japan as a new man.

(astonished) Well, that's a personal interpretation of the film. This is an interesting point of view but haven't see America America.

This idea of a new man coming back to Japan is kind of a nietzschean idea, like the cosmic baby coming back to the earth at the end of Kubrick's 2001 : A Space Odyssey.

(laughs) Wow ! Nietzsche, no less ! Hazard is a curious film. I began to write a script based on a true event, a real sadomasochism murder that took place in the USA. The murderer lived in New York so I went there to shoot the film. When the shooting began I decided to get rid of the original script, that is a film about this murderer. I totally changed my mind and forgot about the SM murder. At the same time, I understood that the producer wasn't very honest. I also remembered the film Easy Riders, especially the part shot during the carnaval in New Orleans. It's shot with a hand-helled camera with any artificial lights. So Hazard was shot that way, without artificial ligths. I only reworked the lights during the edtiting. Hazard is the matrix of my current style.

That's why the picture is a bit "rough", especially during night-time scenes ?

Yes and it creates a New American cinema aethetic which is competly in phase with the subject of the film.

I find Hazard is a beautiful film.

Thank you. In Japan, all the critics hated it.

Sono-Sion-Interview
It's a sort of a paradox that the hero of Hazard goes to New York to find his own identity although an anti-americanism exists in Japan.

Most of the japanese people aren't anti-american at all. On the contrary, Japan looks for the protection of the USA.

But in the 1960's, the demonstrations began to criticize the american occupation in Japan since the World War II.

Today, it's the opposite. All the 1960's demands are over. On the contrary, people think it's not very smart to go aigainst the US politics. Japan is more and more conservative and being in good terms with the USA is its interest.

What do you think of the statut of minorities in Japan ? Korean, chinese or bresilian minorities for instance.

I'm not interested in these questions. I'm more interested in sex. Sex more than politic.

What about the mix of sex and politic like Koji Wakamatsu did in the 1960's ?

No. Sex served with an anarchic sauce doesn't interest me at all.

Let's talk about Lords of Chaos. The shooting should have begin last automn but it's now delayed. What happened ?

The shooting begins next month. It was delayed because I eeded to find money. But during this laps of time I managed to shoot another film entitled Cold Fish. I just finished to edit it.

That's great. What's the plot of Cold Fish ?

With Love Exposure, my shell exploded and now I have no more love. That's it. That's the film. I have no more love nor hope nor god. It's all over. All I have is sadness, despair, darkness and a world withtout any lights. I shot this film to cheer me up. It's inspired by the real story of a man who killed between 50 and 100 people, we don't know exactly how many people he killed nor we don't know how he did not to be captured and be free that long. He's a serial murderer who comited dozens of almost perfect crimes. Japanese police only found five corpses but thinks that he killed more people than that. The murderer is the only one to know exactly how many people he killed. In Cold Fish, the main character is not the murderer but another person that he manipulates. The film will released this year.

In France too ?

(laughs) I don't know.

Sono-Sion-Interview
If the shooting of Lords of Chaos begins next month, it means that it won't be ready for the Cannes festival.

I don't know, it depends not only on me but also on the people at the head of the festival.

Who proposed you to direct Lords of Chaos ?

I contacted american producers before directing Love Exposure because I knew I won't continue to work in Japan. So I proposed to these producers several projects and we all agreed for Lords of Chaos.

The topic is quite similar to the one of Love Exposure. It deals with another religious cult : satanism.

When I proposed several projects to the americain producers, one of them was a film with panties and pretty girls. That was Love Exposure.

Have you listened to black metal, bands like Mayhem and Burzum ?

Yes I did but I don't really like black metal music.

Have you met Varg Vikernes ?

No I didn't want to meet him. I prefer to keep my own vision of the character and not to be influenced by the real man. But I visited all the places where the facts happened.

I read Varg Vikernes wasn't very happy with this film.

He is not but that's the way he is. He likes people to talk about him. He sent a letter to the producer telling that if the film is shot, well I'd be shot. But he's only playing his own character. I guess he wants to make music again so if he kills me he won't be able to play music that soon.

Sono-Sion-Interview
Is it true that you will build five wooden churches in order to burn them ?

It's true. We are gonna build these churches and burn them. I am not anti-Christ but I don't lke the institution created in the name of the Christ. Not so long time ago, I was watching a american TV documentary where a priest from Vatican was asked if Jesus Christ lived today, would he live in Vatican ? He answered no because the Christ would hate Vatican.

Christ never said to create a clerical institution.

Right.

Do you know the book written by Jacques Ellul, Anarchism and christianism ?

No I don't. What's his name ? Jacques Ellul ? I may have heard about him but I don't know that book.

Last question, Lords of Chaos is your first english-speaking film including a famous american actor. Will you be now at last under the limelights ?

I prefer people dislike me. Camera is hard-on penis to me.

Will Lords of Chaos be shot by a hand-held camera ?

Yes, it will because camera is hard-on penis that you have to keep in hand. A penis can't stand still by itself, can he ? So hand-helding camera is important to me.