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lundi 26 décembre 2016

Nick Kent - Apathy for the Devil, a 1970's Memoir

Une quinzaine d’années après son recueil Dark Stuff (L’Envers du Rock en français – et qui comprend des articles formidables sur Brian Wilson, Syd Barrett, Keith Richards ou les Happy Mondays), Nick Kent a publié en 2010 ses mémoires des années 1970 : Apathy for the Devil. Le titre parle de lui-même : dans les années 1970, l’innocent rock des sixties était vraiment passé dans le côté obscur, avec ses histoires de dope, de violence, de cynisme et de star system putassié.



Pour Nick Kent, les années 1970 ont débuté en janvier 1972, avec l’apparition de David Bowie, grimé en Ziggy Stardust, et rencontrant un succès international étonnant. 1972 correspond également à la fin des années 1960, selon Anrew Loog Oldham, manager des Rolling Stones de 1962 à 1967. Oldham souligne que, entre 1967 et 1972, l’époque commençait déjà à être plus préoccupée par l’argent et la pérennité de la mode rock. Le rock était devenu un métier à part entière, une carrière, un salariat, et, pour certains, une mine d’or. Les petites frappes vaguement provocatrices des sixties se sont progressivement transformées en êtres viciés, venimeux et vaniteux, comme un personnages pervers issu d’un roman de Jean Lorrain. Les années 70 sonnent comme la fin d’une utopie hédoniste, innocente et subversive. Il faudra l’arrivée du punk vers 1976 pour jeter un coup de pied dans cette idéologie bourgeoise bien huilée. Un coup de pied bien bref, il est vrai, d’autant plus vain quand on compare les dérives marchandes de la musique des années 80 à celles des années 70. C’est donc dans cette époque tourmentée que Nick Kent nous emmène.

Si les 100 premières pages s’attardent sur l’initiation au rock de Nick Kent dans les années 1960 et dressent un panorama large de la scène musicale de l’époque (des MC5 au Grateful Dead, en passant par Can et Captain Beefheart), le reste du livre est divisé en chapitres-années, dont voici quelques passages marquants ou anecdotiques.

1972


Nick Kent écrit ses premiers articles pour le New Musical Express, dont les faibles ventes menacent l’existence. Avec une poignée d’autres journalistes, Nick Kent est chargé de donner du sang neuf au journal et capter le zeitgeist, l’ère du temps, pour attirer des nouveaux lecteurs. A la fin de l’année, soit à l’âge de 21 ans et quelques mois après ses débuts professionnels, Nick Kent va même interviewer Led Zeppelin, alors le groupe-phare du Royaume-Uni. Les choses étaient bien simples à l’époque…

1973


Au cours d’un séjour aux États-Unis, Nick Kent fait son pèlerinage chez Lester Bangs, le célèbre critique pour le journal Creem, fan du Velvet Underground et de Lou Reed, défenseur du rock le plus exigeant. On apprend que c’est à Detroit, en compagnie de Lester Bangs, que Nick Kent écouta pour la première fois le dernier album des Stooges, Raw Power. Au cours de son séjour américain, il rencontre également Iggy Pop et David Bowie. Tout réussit au premier, rien ne va pour le second, en voie de clochardisation et de démence toxique. Incroyable : Iggy Pop est toujours en vie !

1974


Nick Kent rencontre pour la première fois, à Paris, lors d’un concert des New York Dolls, Malcolm McLaren, le futur manager des Sex Pistols. On apprend que McLaren ne s’est pas du tout intéressé au rock entre 1963 et 1974 ! Beatles, Rolling Stones, Who, Bob Dylan, Jimi Hendrix, etc… inconnus au bataillon ! Pour un Londonien branché, c’est bien le comble ! C’est également en 1974 que Nick Kent écrit son fameux article sur Syd Barrett, le fondateur de Pink Floyd, plongé dans une nébuleuse lysergique irréversible depuis 1970.

Syd Barrett en couverture du NME le 13 avril 1974

1975


Nick Kent commence à être sérieusement accroché à la cocaïne et à l’héroïne. Il fait brièvement partie des Sex Pistols, en juillet-août, en tant que guitariste. A l’époque, le groupe est composé de Steve Jones, Paul Cook et Glen Matlock. Johnny Rotten ne fera son apparition qu’en octobre. Nick Kent écrit un long reportage sur Brian Wilson, autre génie du rock cramé par le LSD et la paranoïa, dès 1967 – ce qui ne l’empêcha pas d’enregistrer encore quelques bons albums avec son groupe, les Beach Boys : Friends en 1968, Sunflower en 1970 et Surf’s Up en 1971.

1976


Venu saluer John Cale aux studio d’Island Records à Basing Street, Nick Kent croise Bob Marley et ses potes rastas, dans les toilettes, en train de fumer un spliff « gros comme une branche d’arbre ». OK. En juin, au 100 Club, pour faire la promotion des Sex Pistols, Malcolm McLaren charge Sid Vicious, un fan du groupe, de dérouiller Nick Kent avec une chaine de vélo. Sympathique.

1977


Junkie à temps plein, Nick Kent passe ses journées à chercher de la dope et à se défoncer. Dans ses pérégrinations, il rencontre fréquemment Sid Vicious et sa groupie Nancy Spungen. Sid s’est excusé pour l’altercation du 100 Club. Sid est un véritable crétin. Iggy Pop fait son grand retour, chaperonné par David Bowie. Keith Richards se fait serré à Toronto pour détention de stupéfiant, la tournée américaine de Led Zeppelin tourne à la catastrophe, dans un tourbillon paroxystique de violence et dédain. Du grand n’importe quoi, ces années 1970…

Sex Pistols en couverture du NME le 26 mai 1977

1978-1979


Les Sex Pistols explose en plein vol, les Clash reprennent le flambeau. Nick Kent raconte avoir rencontré Joe Strummer pour la première en août 1969, au Plumpton Jazz and Blues Festival, à un concert de… King Crimson !

Apathy for the Devil recèle de bien d’autres anecdotes. Une lecture plus que recommandée.

[Article initialement publié le 2 février 2011]

dimanche 30 octobre 2011

Volker Schlöndorff - A Degree of Murder (1967)

Anita Pallenberg Degree of Murder
En 1967, Volker Schlöndorff, jeune réalisateur du Nouveau Cinéma allemand présente au Festival de Cannes son deuxième long-métrage : Mord und Totschlag (Vivre à tout prix en français, mieux connu sous le titre international A Degree of Murder). L'année précédente, le premier film de Schlöndorff, Les Désarrois de l'élève Törless, adapté du roman de Robert Musil, avait déjà obtenu le Prix de la Fédération Internationale de Presse Cinématographique au Festival de Cannes au Festival de Cannes. En 1979, Schlöndorff sera auréolé de la Palme d'Or avec Le Tambour.

Anita Pallenberg Degree of MurderLa belle et douce Anita Pallenberg.

Anita Pallenberg Degree of MurderHans Peter Hallwachs et Anita Pallenberg.

Aujourd'hui, Vivre à tout prix jouit d'une notoriété parmi les amateurs des Rolling Stones car il met en scène Anita Pallenberg, petite amie de Brian Jones au moment du tournage et petite amie de Keith Richards au moment de la sortie du film. En plus de cela, la musique de Vivre à tout prix est composée par Brian Jones, entouré d'un "super groupe" réunissant Jimmy Page (guitariste des Yardbirds et futur Led Zeppelin), Nicky Hopkins (pianiste récurrent des Stones à l'époque) et Kenny Jones (batteur des Small Faces). Une musique blues teintée d'expérimentations au sitar, à l'orgue et à l'autoharpe, dans la lignée de la musique des Rolling Stones de l'époque (Aftermath, Between the Buttons). Malheureusement, cette musique de film est toujours inédite, sans doute pour des obscures raisons de droits d'auteur. Pis, c'est le film lui-même qui n'a jamais été restauré et publié en VHS ou DVD. Restent des copies pirates de fort mauvaise qualité.

Anita Pallenberg Degree of Murder
Au lit avec Anita Pallenberg.

Anita Pallenberg Degree of MurderAnita Pallenberg et Hans Peter Hallwachs à l'arrière d'un taxi.

Le scénario de Vivre à tout prix est simple : en pleine nuit dans son appartement, Marie (Anita Pallenberg) tue par inadvertance son petit ami Hans qui la brutalisait. Marie décide de ne pas prévenir la police et engage deux hommes pour faire disparaître le corps de la victime. Marie tombe vaguement amoureuse des deux hommes. Le film de Volker Schlöndorff, pas extraordinaire, s'inscrit dans la mouvance du cinéma de la contre culture : musique rock, belle jeune femme indépendante et insouciante, mini-jupe, dialogues simples, économie des moyens de production, etc. Vivre à tout prix est enfin le premier film d'Anita Pallenberg. Elle n'y brille que par sa beauté et sa fraîcheur. Par la suite, elle jouera notamment dans Barbarella de Roger Vadim, Dillinger est mort de Marco Ferreri, Performance de Nicolas Roeg (film sulfureux avec Mick Jagger) et Le Berceau de cristal de Philippe Garrel.

dimanche 9 janvier 2011

The Kinks en concert à Paris en 1965


Le 7 juillet 1965, The Kinks se produit à la Mutualité, à Paris. Un concert de 20 minutes, pas une de plus. L'événement est filmé par l'ORTF pour l'émission Discorama (diffusée le dimanche à 12h30 !). On y voit surtout l'excitation du public, assis, mais criant et trépignant à l'écoute des Kinks. En 18 mois, le groupe, composé des frères Ray et Dave Davis, Pete Quaife et Mick Avory, a déjà publié sept singles et deux albums. Le 4 août 1964, "You Really Got Me" sortait dans les bacs et allait devenir numéro 1 au Royaume-Uni. 3 mois plus tard, The Kinks enchaînait avec "All Day and All of the Night". La machine était lancée.

Le concert intégral de la Mutualité est visible ici.

Setlist
1. Bye Bye Johnny
2. Louie Louie
3. You Really Got Me
4. Got Love if You Want It
5. Long Tall Shorty
6. All Day and All of the Night
7. You Really Got Me (seulement le riff d'introduction)
8. All Aboard


"You Really Got Me"
On notera la jolie jeune femme à la toute fin de la vidéo.

samedi 6 novembre 2010

Yves Adrien et les filles catholiques


Yves Adrien, critique rock repenti, influencé jusqu'à l'os par Alfred Jarry et les Stooges (un bon mélange) a écrit dans son recueil 2001, une apocalypse rock (les textes datant de 1989-1990), des phrases sublimes sur le rock and roll. Le rock et la vierge Marie sont les deux lumières de notre temps - et la chandelle verte perdue. L'auteur de la chronique cruciale (en 1973) "Je chante le rock électrique", sait de quoi il parle, jusqu'à embellir la vérité (il a raison, seule la légende restera, comme les chroniques de Chrestien de Troyes). Dans son recueil, on peut lire cette phrase superbe, qu'on jurerait de Remy de Gourmont :

Dis-leur que les filles catholiques certains soirs sont l'audace, les yeux noirs, le baiser vertical qu'on décoche à la Some Weird Sin dans les gravitations de la chapelle aux fleurs : que la pureté peut être orgiaque à l'heure où l'on prie pour ses ennemis.

Spacemen 3 - OD Catastrophe (1986)


Le plus grand groupe psychédélique et bruitiste des années 1980, Spacemen 3, a sorti en 1986 un bréviaire musical conseillé à tous les nourrissons. Après 1986, le groupe a muté vers des terres plus éthérées qui laissaient moins la place à des influences telles que le Velvet Underground et Jesus and Mary Chain. Très bon également mais rien qui n'égale la première missive, définitive, à écouter en boucle, sous peine de devenir cinglé. Les vrais savent. Sonic Boom, aka Spectrum, moitié de Spacemen 3, passe en concert au Nouveau Casino, à Paris, le 10 novembre. Sonic Boom a produit le dernier album, excellentissime, de MGMT. Encore une fois, vrais reconnaissent vrais. "OD Catasrophe" est le "White Light / White Heat" des années 1980.


Turn on, drop in, tune out.

dimanche 17 octobre 2010

Interview de Mick Jagger en 1971

Pour l'émission Pop 2 du 13 février 1971, Patrice Blanc-Francard s'entretient (essentiellement en français) avec Mick Jagger dans sa chambre d'hôtel à Paris. Le chanteur des Rolling Stones évoque successivement le public français, le symbole que représente son groupe, l'incident du concert d'Altamont en 1969, sa musique, la politique et John Lennon.

samedi 9 octobre 2010

Le Velvet Underground à l'honneur en France en 1972

Le 10 juin 1972, la télévision française se surpassa par le biais de l'émission Pop 2 en diffusant un reportage de 23 minutes sur le concert de Lou Reed, John Cale et Nico, interprété au Bataclan à Paris le 29 janvier 1972. Un concert mythique disponible en édition pirate pendant de nombreuses années avant d'être officiellement édité en 2004 (en quantité limitée et numérotée). En 1972, le Velvet Underground était dissout depuis deux ans et Lou Reed, par la grâce de David Bowie, commençait à devenir un artiste reconnu.



La télévision française avait filmé le concert en intégralité et de façon remarquable. Sans être sûr à 100 %, je crois que c'est Philippe Garrel, le cinéaste et compagnon de l'époque de la chanteuse Nico, qui tient la caméra. Cette hypothèse est renforcée par l'utilisation systématique du plan séquence, une pratique chère à Philippe Garrel dans les années 1960-70. Quoi qu'il en soit, les images sont superbes. Les extraits du concerts sont entrecoupés de commentaires de Philippe Paringaux et Yves Adrien, alors critiques à Rock & Folk. Yves Adrien allait publier quelques mois plus tard son manifeste "Je chante le rock électrique", véritable panégyrique à la gloire des Stooges, des Flamin' Groovies, des New York Dolls et de Kim Fowley. Rétrospectivement, on ne peut qu'acquiescer.

L'émission Pop 2 diffuse les chansons suivantes : "Berlin", "Waiting for the man", "Heroin", "Ghost Story" et "Femme Fatale".

Reportage français sur les Rolling Stones en 1968

Reportage de 8 minutes diffusé le 16 novembre 1968 sur l'ORTF. A l'époque, il n' y avait qu'une seule chaîne de télévision française mais au moins les reportages étaient plus intéressants et mieux filmés qu'aujourd'hui.



Des journalistes rencontrent Keith Richards à Londres. Le guitariste, en pleine mutation byronienne sous opiacés, évoque la manière dont est appréhendé de son groupe, les Rolling Stones, et l'image qu'il véhicule, opposée à celle des Beatles. Keith évoque même son bref séjour en prison (une seule nuit) pour avoir laissé des personnes fumer du cannabis dans sa propriété de Redlands en 1967 !

Le reportage se poursuit avec Mick Jagger, se faisant coiffer pour les besoins du film Performance dans la Rolls Royce de John Lennon. Il parle de la dernière manifestation à laquelle il a participé, évoque l'anarchie et la révolution, et le film One + One tourné sous la direction de Jean-Luc Godard. En français, il répond aux questions sur Ravi Shankar qui aurait influencé la musique pop.

mercredi 6 octobre 2010

What Is Royal Trux ? (1990)



En 1990, peu après la sortie du double album extrême Twin Infinitives (publié chez Drag City), Royal Trux, composé de Neil Hagerty et de Jennifer Herrema, part brièvement en tournée. Rien de bien méchant : quelques dates dans des bars et des clubs miteux devant une poignée de spectateurs (le barman et les piliers de comptoirs habituels). Il faut dire qu'à l'époque, les performances de Royal Trux sont loin d'être enjouées. Sur des bandes pré-enregistrées de percussions répétitives, Neil Hagerty triture sa guitare pour en sortir des riffs minimalistes et bruts de décoffrage, Jennifer Herrema, plus ou moins défoncée, récite des paroles peu compréhensibles sans aucun sens du rythme. A l'instar de Twin Infinitives. On aime ou on déteste.


Le toujours difficile réveil des junkies...

Royal Trux décide de filmer ses concerts pour les intégrer à un film intitulé What Is Royal Trux ? Le scénario est très mince : Royal Trux est poursuivi, pour on ne sait quelle raison, par deux personnes (flics ?) portant des masques à nez pointus tirés d'Orange Mécanique. Pour échapper à ces êtres qu'on imagine malfaisants, Royal Trux décide de partir en tournée. Les deux tiers du film sont donc composés d'extraits de concerts dont ceux du 31 octobre à New York et du 9 novembre à Chicago.

Jennifer Herrema fume et écrit les paroles d'une chanson.

Enfin des crédits de film qui tiennent sur un seul écran.

What Is Royal Trux ?, définitivement indisponible depuis plusieurs années, est téléchargeable en cliquant ici. Qualité VHS. Le film n'a jamais été édité en DVD. Peut-être un jour, qui sait ? L'album Twin Infinitives lui-même a été récemment réédité par Drag City.


Royal Trux en concert à New York le 31 octobre 1990.

vendredi 1 octobre 2010

Lech Kowalski - DOA - A Punk Movie (1978)


Lech Kowalski, D.O.A., death on arrival, en 1978, c'est à voir... Disons que le film est tourné en 1978 mais qu'il est sorti en 1981. Kowalski livre ici sa première salve punk avant ses documentaires sur les junkies du Lower East Side et sur Johnny Thunders (voir le documentaire excellent Born To Lose). Un essai réussi puisque DOA fait maintenant autorité dans les films consacrés à la scène punk. En même temps, la concurrence ne fait pas florès tant les cinéastes sont passés à coté du mouvement punk. Pourtant le mouvement le plus excitant depuis l'avènement des Beatles et des Rolling Stones.

Sid Vicious : gros con devenu icône chez les pré-pubères.

Kowalski suit la tournée américaine historique des Sex Pistols, très courte, qui fut suivit de l'explosion du groupe. Ici peu de groupes américains : on y voit ni les Heartbreakers (le meilleur groupe de punk de tous les temps) ni Richard Hell ni les Ramones. Mais on on voit par exemple la connerie des fans des Sex Pistols, des bobos avant l'heure, et la connerie des institutions britanniques qui n'y comprennent rien non plus.

Johnny Rotten : gros punk roux fantasme de Greil Marcus.

Moment ultime : évidemment la séquence entre Sid Vicious, bassiste des Sex Pistols, et Nancy Spungen, groupie de son état, dans une chambre du Chelsea Hotel à New York, complètement défoncés, parlant de cendre de cigarettes et de rien du tout. Pathétique. Du grand punk. Du grand guignol. Avec les provocations nazies adéquates.


dimanche 29 août 2010

The Libertines - Live @ Reading Festival (28.08.2010)


The Libertines a donné au festival de Reading, le 28 août 2010, le dernier de ses quatre concerts de "reformation". On ne sait toujours pas aujourd'hui si le groupe compte effectuer une tournée ou enregistrer un nouvel album.

Setlist
01) Horrorshow
02) The Delaney
03) Vertigo
04) Last Post On The Bugle
05) Tell The King
06) Boys In The Band
07) Music When The Lights Go Out
08) What Katie Did
09) What Became Of The Likely Lads
10) Can't Stand Me Now
11) Death On The Stairs
12) The Ha Ha Wall
13) Don't Look Back Into The Sun
14) Time For Heroes
15) Time For Heroes 2
16) The Good Old Days
17) Radio America/Up The Bracket
18) What A Waster
19) I Get Along

Bootleg : concert intégral à télécharger ici (téléchargement direct) ou là (torrent). L'enregistrement provient de la vidéo du concert, diffusé en direct par la BBC 3. Le son est donc excellent, de qualité professionnelle.


The Libertines : The Delaney.

vendredi 23 juillet 2010

Nina Antonia parle de Johnny Thunders


Nina Antonia a publié en 1987 la première et seule biographie sur Johnny Thunders, un des musiciens les plus talentueux du 20è siècle. Dans son livre In Cold Blood, réédité et augmenté en 2000, Antonia aborde les heures glorieuses (et moins glorieuses) de Johnny Thunders, guitariste des New York Dolls, puis chanteur-guitariste des Heartbreakers, puis chanteur-guitariste de Gang War (avec Wayne Kramer des MC5), puis guitariste-chanteur plus ou moins solo, jusqu'à sa mort à la Nouvelle-Orléans en 1991. Une mort très controversée puisqu'on ne sait toujours pas aujourd'hui s'il est mort d'une overdose ou s'il a été assassiné. D'autant que Johnny Thunders était atteint de leucémie. Mais peu importe...

L'unique album des Heartbreakers: "Down to kill like a motherfucker".

Ce qu'on retiendra de Johnny Thunders, ce sont surtout ses concerts exceptionnels donnés avec les Heartbreakers de 1976 à 1980 et 1984. Sur scène, les Heartbreakers étaient les meilleurs. Ils explosaient toute la concurrence punk : Sex Pistols, Buzzcocks, Clash au Royaume-Uni ; Dead Boys, Richard Hell and The Voidoids, Ramones aux États-Unis. Le seul groupe qui pouvait rivaliser avec les Heartbreakers, mais dans un autre registre, était Television. Aujourd'hui, des dizaines et des dizaines de bootlegs de concerts des Hearbreakers sont disponibles pour témoigner de l'excellence du groupe. Qui commençait, on ne sait pourquoi, leurs concerts au Max's Kansas City (mais jamais au CBGB), par des bruits de sirènes et de marches militaires hitlériennes, avant d'enchaîner par "Pipeline" ou "Chatterbox". Et de livrer 40 minutes de musique superbes. Et cela deux fois par soir, car à l'époque, le groupe donnait presque toujours deux concerts par soir, le premier à 22h et le second à 1h du matin.

Please Kill Me, livre à mettre entre toutes les mains. Johnny Thunders à l'extrême droite.

Pour plus de renseignements sur Johnny Thunders, voir la chronique de l'excellent documentaire Born To Lose de Lech Kowalski.

Peu avant sa mort, Johnny Thunders a également joué dans le film What About Me de Rachel Amodeo.

Lire Please Kill Me (en anglais de préférence) de Leigs McNeil, le meilleur livre sur le punk new-yorkais et sur la musique en général.

Nina Antonia est l'auteur d'In Cold Blood.



jeudi 8 juillet 2010

Pete Doherty - Live @ La Cité de la Musique (07.07.2010)


Bootleg du concert cliquez ici.

Cinquième ou sixième concert de Pete Doherty à Paris cette année, cette fois-çi dans le cadre du festival Days Off. L'affiche annonçait "Pete Doherty + Guests". En vérité, c'est bien seul que le musicien débarque sur scène, accompagné de sa guitare et d'une bouteille de vin. Dans une salle aussi froide que celle de la Cité de la Musique, qui ressemble plus à une salle de mariage post-moderne, Pete Doherty n'a aucun mal à instauré une ambiance propice à un concert acoustique chaleureux et bon enfant. C'est bien sûr moins intimiste que son dernier concert à la Maroquinerie mais le cœur y est.


Comme ces derniers temps, en France ou à l'étranger, le concert de Pete mélange des chansons des Babyshambles, un ou deux classiques Libertines, des titres de son album solo, des morceaux plus anciens, parfois jamais sortis officiellement (comme ici "The Sweet by By/Song They Never Play On Radio" qui date pourtant de 2004) et des reprises : ici, une tentative de "Blue Moon" et "Robin Hood" d'Ocean Colour Scene. On se souvient que sur les séances d'enregistrement des Libertines de New York en 2003, Pete reprenait déjà seul à la guitare "Huckleberry Grove" d'Ocean Colour Scene, un groupe peu connu en France.



Le public a eu le droit à un peu de spectacle : c'est toujours amusant de voir le comportement de Pete Doherty entre les chansons. Pete a répondu à quelques demandes du public comme le titre "France" et "The Good Old Days" mais a refusé de jouer des chansons comme "The Boy Looked at Johnny" (ma demande personnelle), "Up The Bracket" ou "Music When The Lights Go Out".



Un bon concert donc, bien qu'un peu court : 65 minutes. Un quart d'heure supplémentaire n'aurait fait de mal à personne d'autant que le public était réellement conquis.

Setlist

1) Arcady
2) Last of the English Roses
3) Sweet By and By / Songs They Never Play On Radio
4) From Bollywood To Battersea
5) For Lovers
6) You're My Waterloo
7) Sheepskin Tearaway
8) France
9) Can't Stand Me Now
10) Blue Moon
11) Back From the Dead
12) Salomé
13) The Good Old Days
14) The Lost Art of Murder
15) Robin Hood (Ocean Colour Scene)
16) Smashing
17) Albion

lundi 7 juin 2010

Ulli Lommel - Blank Generation ( 1980)


En 1980, quelques mois après la fin de la tempête punk new yorkaise, l'allemand Ulli Lommel décide de tourner un film autour de Richard Hell, pierre angulaire du punk rock, ex-Neon Boys, ex-Television, ex-Heartbreakers, chanteur bassiste des Voidoids et auteur de la chanson "Blank Generation". En 1980, Ulli Lommel, acteur à plusieurs reprises pour Rainer Werner Fassbinder, vient de tourner Cocaine Cowboys, sur un scénario de Victor Bockris (biographe de Keith Richards et ami de William Burroughs) avec le taré alcoolique Jack Palance et, déjà, une apparition d'Andy Warhol dans son propre rôle.

Richard Hell : un homme d'intérieur.

Johnny Thunders dit à Carole Bouquet : "Get off the phone".

Le scénario de Blank Generation est plutôt sommaire : Nada (Carole Bouquet), une journaliste française, tourne à New York un documentaire sur Bill (Richard Hell), chanteur de punk rock, toujours à la recherche d'un contrat avec une maison de disque. Nada aime Bill qui aime Nada mais l'amour est compliqué alors les deux personnes se disputent et se quittent. Dans le même temps, Offritz (Ulli Lommel lui-même), un ami de Nada, est à New York pour tenter d'interviewer Andy Warhol. A part ça, Richard Hell & The Voidoids jouent quelques chansons au CBGB, le feu club punk de la Bowery, ce qui constitue le plus grand intérêt du film.

Richard Hell face à Manhattan.

Le CBGB, 315 Bowery, NYC.

Andy Warhol : la philosophie de l'autiste.

Carole Bouquet ne joue pas très bien, Richard Hell et Ulli Lommel non plus. Ne parlons pas de la "méduse" Andy Warhol. Blank Generation vaut le détour pour la musique, les décors et l'ambiance du New York 1979-1980. Dans le côté "punk", on peut préférer The Foreigner d'Amos Poe (1977) ou What About Me de Rachel Amodeo (1992).


Richard Hell & The Voidoids répètent "Liars Beware" au CBGB.

mercredi 12 mai 2010

Interview de Spacemen 3 en 1991


L'année 1991 est une bonne année pour la musique. Screamadelica de Primal Scream, Loveless de My Bloody Valentine et Nevermind de Nirvana. Sans oublier Recurring, l'album posthume de Spacemen 3, un des groupes les plus essentiels des années 1980. Un groupe porté sur les drogues, la spiritualité, le Velvet Underground et le MC5. Un bon mélange. Malheureusement des dissensions musicales et comportementales vont entraîner la fin du groupe, concentré sur le duo Jason Pierce et Sonic Boom.

Dès lors chacun va suivre sa propre voix artistique. Jason Pierce au sein de Spiritualized et Sonic Boom au sein de Spectrum. Ce dernier va surtout exceller entre 1989 et 1994, avec des titres psychés ravageurs inspirés de Suicide, tandis que Jason Pierce va mener Spiritualized au zénith du psychédélisme gospel noisy en 1997 avec le chef-d'œuvre Ladies and Gentelemen we're floating in space, véritable voyage musical entre Sun Ra, Bessie Smith et les Beatles de 1967.



En janvier 1991, l'émission anglaise Rapido, animée par la grenouille Antoine de Caunes, propose des entretiens séparés de Jason Pierce et Sonic Boom. Fait rare : Jason Pierce arrive à aligner plus deux phrases à la suite. C'est un exploit.

Aujourd'hui, Jason Pierce jouit d'une véritable reconnaissance grâce à Spiritualized tandis que Sonic Boom se fait plus discret, recevant les lauriers d'une minorité, dont le groupe MGMT. En effet, Sonic Boom vient de produire Congratulations, l'excellent deuxième album de MGMT, qui convoque également Jennifer Herrema de Royal Trux, ce qui prouve le bon goût musical des musiciens de MGMT (qui rendent aussi hommage à Brian Eno).

lundi 10 mai 2010

Pete Doherty - Live @ La Maroquinerie (09.05.2010)




Deuxième concert de Pete Doherty à la Maroquinerie, annoncé seulement quelques jours avant la performance, comme le précédent, le 28 novembre 2008. Par bonheur, le bootleg du concert est déjà disponible en bas du post, grâce à la générosité de l'ingénieur du son... puisque le bootleg est un "sounboard", comme on dit.

En premières parties, Anto Dust, chanteuse folk très british ; puis Alan Wass, l'éternel protégé de Pete Doherty, qui n'arrive toujours pas à percé depuis plus de 5 ans et enchaîne les premières parties. Il a pourtant quelques bonnes chansons à son répertoire.


En grande forme et de bonne humeur, Pete Doherty monte sur scène à 21h30 pour la quitter à 22h40, après avoir délivré un bon set incluant des titres de son album solo, des classiques des Libertines, quelques raretés (la sympathique "Hooligans on E", au texte assez drôle) et même une nouvelle chanson. A noter, qu'à part "The Lost Art of Murder", aucun titre écrit avec les Babyshambles n'a été joué.

Bonne ambiance, bon public, pas trop de téléphones portables tenus à bout de bras par des groupies hystériques à la voix stridente. Pete Doherty s'amuse parfois avec le public, fait une pause clope, fait plaisir à certains en jouant des titres demandés à la sauvette. Étrangement, le concert se termine par un "For Lovers" poignant, interprété par un Pete ému qui venait de faire référence à l'auteur original du morceau, Wolfman, "probablement en train de mourir dans une cave", dixit Doherty. Un ange passe.

Le prochain rendez-vous avec l'artiste est prévu pour le 7 juillet. A moins d'un nouveau concert impromptu.


Extrait de la nouvelle chanson de Pete Doherty.


"What Katie Did", classique parmi les classiques.

Setlist
01. Lady Don’t Fall Backwards
02. From Bollywood To Battersea
03. Last Of The English Roses
04. Dilly Boys
05. What A Waster
06. Love Reign O’er Me
07. You’re My Waterloo
08. Ballad of Grimaldi
09. Time For Heroes
10. The Lost Art Of Murder
11. Music When The Lights Go Out
12. New Song (« You’re Going Nowhere »)
13. The Good Old Days
14. Salomé
15. Albion
16. Can’t Stand Me Now
17. What Katie Did
18. Hooligans On E
19. For Lovers

Bootleg "soundboard" du concert : http://www.sendspace.com/file/s4ilqa

vendredi 12 février 2010

The Rolling Stones - We Love You (1967)


On reconnait le style de Peter Whitehead, (superposition et accélération de l'image) cinéaste hors-pair, déjà réalisateur de plusieurs films sur les Rolling Stones dont le documentaire, Charlie is My Darling, sur la tournée de Stones en Irlande en 1965 et le clip de "Have you your mother, baby, standing in the shadow ?"

Les Rolling Stones enregistrent le 12 juin "We love you", qui remercie les fans pour leur soutien. Paul McCartney, John Lennon et Allen Ginsberg chantent les choeurs de ce morceau psychédélique influencé par la musique répétitive marocaine. Pour le clip, Peter Whitehead filme les Stones en studio. On y découvre, provocation, un Brian Jones sous influence qui a bien du mal à ouvrir les yeux. Vient ensuite une adaptation du procès des Stones. Keith Richards joue le juge, Mick Jagger l'accusé et Marianne Faithfull, le témoin. Le fameux manteau de fourrure de Redlands joue le rôle de la preuve ! Tout ceci relève évidemment de la potacherie. Pour certains, ce procès fait aussi référence à celui intenté à l'encontre d'Oscar Wilde en 1895 pour sodomie.

Sorti le 18 août 1967 au Royaume-Uni, "We love you" atteint la huitième place des charts.

Et voici la version colorisée du clip:


samedi 19 décembre 2009

Sex Pistols au London Weekend Show en 1976

Le 28 novembre 1976, le programme de télévision britannique London Weekend Show consacre son émission à l'émergence de la scène punk. L'émission contient des entretiens avec les Sex Pistols, les Clash, Siouxsie Sioux et Ron Watts, organisateur de concerts au 100 Club d'Oxford Street.

sex pistols london weekend show

La fin d'année 1976 fut pour le moins mouvementée pou les Sex Pistols. Le 9 octobre, le groupe signe un contrat de £40 000 avec EMI. Le 26 novembre, il publie le 45-tours "Anarchy in the UK". Le 1er décembre, les Sex Pistols créent le scandale en proférant des insanités dans l'émission de télévision familiale de Bill Grundy. Suite à ce tollé, la quasi totalité des concerts de l'Anarchy in The UK Tour est annulée, même à Londres. Le 6 janvier 1977, EMI rompt son contrat avec les Sex Pistols. Deux jours auparavant, à l'aéroport de Heathrow, les Sex Pistols éméchés se livrèrent à des actes dégradants. Le guitariste Steve Jones aurait même vomi sur des femmes âgées dans la salle d'embarquement. Une incivilité de trop pour EMI.

Ci-dessous, un florilège des séquences des Sex Pistols dans l'émission London Weekend Show.



Dates de l'Anarchy in the UK Tour
6 décembre : Leeds (avec Clash et The Heartbreakers)
9 décembre : Manchester (avec Clash, The Heartbreakers et The Buzzcocks)
10 décembre : Preston (avec Clash, The Heartbreakers et The Buzzcocks)
19 décembre : Manchester (avec Clash, The Heartbreakers et The Buzzcocks)
21 décembre : Plymouth (avec Clash, The Heartbreakers et The Buzzcocks)
22 décembre : Plymouth (avec Clash, The Heartbreakers et The Buzzcocks)

mardi 17 novembre 2009

Roi Heenok, Cocaïno Rap Musique Volume 2

Avant la sortie annoncée de Cocaïno Rap Musique Volume 2 le 15 décembre 2009, revenons sur le Roi Heenok, le seul gangsta rappeur francophone crédible malgré ce que pensent ses détracteurs, prompts à crier au canular et à dénoncer l’illégitimité artistique du Montréalais.

Le Roi Heenok : les silencieux étaient fournis à l'achat.

Retour sur l’ascension du Roi Heenok


Propulsé sur la scène rap en 2005 avec Propagande américaine: la dose, la mixtape et une promotion Internet efficace à coups de vidéos délirantes, hilarantes et provocatrices, le Roi Heenok se distingue des rappeurs français calibrés et conformistes de la fausse subversion, par des instrus minimalistes, des phrases à l’emporte pièce ("ça va devenir vrai dans cette pièce pour quelques instants", "ils pèsent rien dans leur balance, leurs montres valent moins que 100 dollars", "qu’est-ce qui s’putain d’passe, pute nègre ?" ou "mon médaillon touche à mon pénis") et des textes littéralement traduits du gangsta rap américain. Tous les clichés sont repris en français : trafic d’armes et de drogues, fascination pour l’argent, la mafia et les berlines de luxe comme en témoigne "Le Rêve Américain 2" :

84, le crack frappa Roi Heenok
Représente coke et marijuana
Relation mafia, d’la Suisse au Canada
Hors la loi, le blanchiment d’argent
Platine et diamant
La vie de gangster, la grosse chaîne,
Le succès dans les affaires, fait de l’air
La Mercedes, l’avion et l’hélicoptère
Mon revolver, 3.57 est Ruger
Un bébé Mac 11, le silencieux m’était fourni à l’achat

Dans "Clients satisfaits" :

J’ai du plaisir mon rap est bien cuit
Ma cocaïne aussi, Roi Heenok réussit
Vit la vie, conduit des BMW
Le cigare, le jacuzzi
Ma destinée, ma dynastie
Je trempe dans les billets US

Ou encore "Qu’est-ce que tu dis ?" :

Je cherche qu’à réussir
Réunir plus d’un million par semaine
La vie est courte, faut risquer
Heenok veut tous les tuer
Tuer tous ces pédés d’amateurs dans cette entreprise de rap français
Aucune finesse, appel de détresse
Paix aux voyous détenteurs de l’AK47
Grenades et mitraillettes
Chargés à bloc, j’amène une révolution
En moins de deux, je t’assois sur un banc
Et te ligote avec du ruban électrique

On note la touche surréaliste du Roi qui invente ici le concept de "ruban électrique". André Breton, complètement largué, s’interroge. En 2007, le Roi Heenok revient avec Cocaïno Rap Musique Volume 1, un hommage au rap old school d’Eric B & Rakim et EPMD. En 2008, le collectif Kourtrajmé réalise le "rapumentaire" Les Mathématiques du Roi Heenok. Le Roi pose avec de la marijuana et des armes à feu. Interloquée, la police montréalaise décide de se pencher sur le cas du Roi Heenok. Perquisition au Château Saint-Ambroise, le fief heenokien : armes à feu, stupéfiants, vêtements volés (!), trois personnes dont Heenok en garde à vue. Libéré grâce à ses "avocats juifs", Heenok performe quelques semaines plus tard au Social Club à Paris, sous les acclamations du public. Après l’annonce d’un enregistrement en duo avec Raekwon du Wu-Tang Clan (on attend toujours) et la sortie sans cesse repoussée de l’album La Guerre des étoiles, le Roi Heenok sort donc à la fin de l’année Cocaïno Rap Musique Volume 2.

Ça va devenir vrai dans cette pièce pour quelques instants.
 

Considérations sur le gangsta rap


Outre son phrasé atypique (c’est vrai que dans le rap français, tout le monde a le même flow ; être original est un crime, nouvel exemple du conformisme ambiant et totalitaire de cette industrie médiocre sponsorisée par Skyrock et son PDG polygame et "maître" d’une secte satanique), le Roi Heenok est critiqué pour le soi-disant ridicule de ses textes. Ah oui ? Je demande à ces personnes de traduire les textes d’Ice T ("Thé Glacé" comme dirait Antoine de Caunes), NWA, Capone & Noreaga ou 50 Cent avant de donner des leçons. Le gangsta rap est ontologiquement ridicule. C’est de l’entertainment avant tout. Un entertainment très lucratif typiquement américain. Après les hors la loi du Grand Ouest (Jesse James, Billy The Kid et consorts), les criminels entrepreneurs élevés au rang d’assistante sociale au grand cœur (Al Capone et sa soupe populaire pendant la dépression des années 1930) et la glorification des proxénètes (lire l’œuvre d’Iceberg Slim), le gangsta rappeur s’impose comme la synthèse contemporaine de tous ces acteurs. Ce n’est pas un hasard si, au début de sa carrière, Snoop Doggy Dogg était considéré comme le Lee Van Cleef du rap.

Snoop Doggy Dogg vs Lee Van Cleef. "Pass da gagnsta".

Le but du gangsta rappeur : réaliser le rêve américain de Horatio Alger en racontant des histoires de trafic de drogues, de putes et d’armes à feu. Dans le rap américain, plus on gagne d’argent, plus on est rebelle. Être un authentique rebelle, c’est posséder des berlines de luxe, des bracelets diamantés, des jets privés et des villas, tout en se revendiquant "de la rue". Et le public adhère. Comme le remarque le Roi Heenok, c’est littéralement un "rap jeu".


Le problème du rap français


Les gangsta rappeurs français (ou qui s’inspirent du gangsta) ne font que singer les rappeurs américains. Roi Heenok, lui, est américain. Pas la Mafia K’1Fry ni Stomy Bugsy ni Booba. Au lieu de s’inspirer du Parrain et de Scarface, deux films typiquement américains totalement incompatibles avec l’histoire et la culture de France (il n’y a ni parrain ni "balafré" en France, tout juste quelques malfrats vivant dans la clandestinité), pourquoi ne s’inspirent-ils pas des gangsters façon Jean-Pierre Melville et Michel Audiard ? Alain Delon et Lino Ventura plutôt que Robert de Niro et Al Pacino. Le seul à avoir agi dans ce sens-là est MC Jean Gab’1 qui depuis s’est tourné vers le cinéma et a délaissé le rap. Dans un entretien commandé et finalement censuré par Paris Match en 1998, Filip Nikolic des 2B3 (REP, fils) confie à l’écrivain Marc-Édouard Nabe : "Tout le monde n’est pas capable de parler de banlieue. Céline, lui était vrai. Les rappeurs n’ont qu’à lire Voyage au bout de la nuit, après ils auront le droit de parler de la banlieue d’aujourd’hui, parce que c’est la même que celle de 1932".


Alors qui est le plus ridicule, un Roi Heenok qui délivre un gangsta rap nord-américain en français ou des Français qui veulent se la jouer à la Al Pacino dans des barres de HLM délabrées ? Sans compter un autre point de détail particulièrement déroutant (mais les rappeurs n’en sont pas à une contradiction près), le côté "revendicateur et "politique" des gangsta rappeurs qui veulent se la jouer "à gauche" alors qu’il n’y a pas plus libéral et capitaliste que les gangsta rappeurs. Le gangsta rap, c’est l’idéal du darwinisme socio-économique et la loi du plus fort, genre "les plus faibles et les pauvres, on les emmerde, on est la pour l’oseille, y a que ça qui compte".

T'es jaloux c'est Roi Heenok.
Des types comme Kery James (Alix Mathurin à l’état civil) se prennent à tout le moins pour des sociologues et tout au plus comme des voix politiques. On est loin du "rap jeu" et de l’entertainment. Après les idiots utiles du capitalisme, voici venir les idiots utiles du rap et les nouveaux chiens de garde. Pas des bergers allemands, plutôt des caniches ou des teckels à poils ras. Kery James est le Gérard Miller du rap. Un donneur de leçons qui prône la paix et l’amitié dans les médias pour passer pour un type responsable et "conscient" mais qui est le premier à passer un tabac (accompagné de 4 ou 5 potes, pas fou le gars !) un autre rappeur. Si dans leurs textes et leur mode de vie, ils s’approchent de Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi (Bling Bling, belles femmes, pouvoir), ce sont les premiers à crier à l’injustice sociale. Finalement, un des seuls rappeurs sensés, même si sa musique est mauvaise, c’est Booba. Issu de la classe moyenne, il est rentré à fond dans le "rap jeu" et a fondé une véritable industrie lucrative avec sa marque de vêtements et ses disques. Et il ne vient pas la ramener avec des discours politiques. Seuls l’argent et les bijoux l’intéressent.

Conclusion


Donc vive le Roi Heenok. Et que les rappeurs français arrêtent de fantasmer sur les États-Unis. Comme Nicolas Sarkozy, une fois de plus, leur idole honteuse qu’ils n’assument pas. Et le Roi Heenok de conclure, lucide et définitif :
Ta pute à l’hôtel de bon marché c’est Roi Heenok
T’es jaloux c’est Roi Heenok
T’es sur mon pénis c’est Roi Heenok
Les ventes de uzis c’est Roi Heenok
Han, les ventes de pistolets illégaux c’est Roi Heenok
T’es sur le pénis à fond mais qu’est ce qui s’passe dans cette putain d’entreprise ?



mercredi 21 octobre 2009

Kenneth Anger - Puce Moment (1949)


Puce Moment, tourné en 1949, est à l'origine un extrait du long métrage Puce Women, sur les actrices du Hollywood des années 1920. Selon Kenneth Anger, "Puce Women était mon histoire d'amour avec le Hollywood mythologique. Une histoire d'amour hétérosexuelle avec toutes les déesses du cinéma muet... aujourd'hui des fantômes. Le projet est tombé à l'eau lorsque la construction d'une autoroute dans la vallée de San Fernando a entraîné la destruction de toutes les belles maisons des années 20. Puce Women a fini par n'être qu'un fragment mais mon idée originelle était de peindre des femmes éblouissantes à plusieurs moments de la journée. Il y avait Miss Dawn, Miss Morning, Lady Noon, Dame Afternoon et Dowager Evening. Puce Moment n'est qu'une partie de projet". Restent donc ces 6 minutes où une actrice fait sa toilette avant d'aller promener ses chiens.


Kenneth Anger précise la signification du titre Puce Moment : "Puce est la couleur de la robe à paillettes de l'actrice. C'est le nom donné à une couleur vert-violet irisée très en vogue dans années 1920".


Yvonne Marquis, l'actrice de Puce Moment quitta les États-Unis pour le Mexique jute après le tournage. Elle devint la maîtresse de Lazaro Cardenas, président mexicain de 1934 à 1940. Ce dernier est resté célèbre pour avoir accueilli Leon Trostky au Mexique lors de son exil.


En 1966, Kenneth ajouta une bande-son à Puce Moment. On peut donc écouter deux chansons superbes de l'inconnu Jonathan Halper qui ne donna plus signe de vie après ce coup de génie. En 1966, Jonathan Halper livre deux morceaux folk psychédélique totalement novateurs, "Leaving the old man behind" et "I'm a hermit".



Contrairement à l'actrice Yvonne Marquis et au musicien Jonathan Halper, Kenneth Ager continua sa carrière de cinéaste. En 1951, alors à Paris, il adapte une partie du Jeune et la mort de Jean Cocteau avant d'abandonner faute de financements. En 1954, il filme Inauguration of the pleasure dome, une sorte de ballet où l'on voit l'écrivain Anaïs Nin. En 1963, il réalise Scorpio Rising ; en 1969, Invocation of my demon brother (sur une musique de Mick Jagger) ; et en 1970 et 1981, deux versions de Lucifer Rising, un film sataniste auquel participe Jimmy Page, le guitariste de Led Zeppelin, les "stonettes" Marianne Faithfull et Anita Pallenberg, le réalisateur Donald Cammel (dont le père fut un ami du sataniste Aleister Crowley) et Bobby Beausoleil, disciple de Charles Manson et meurtrier emprisonné à perpétuité depuis 1970. Tout un programme. Depuis les années 1980, Kenneth Anger a réalisé une dizaine de courts métrages très rarement (parfois jamais) projetés sur les écrans.