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jeudi 21 juin 2012

Jean-Pierre Melville vu par Jean Parvulesco

En 1974, peu de temps après la mort de Jean-Pierre Melville, réalisateur du Samourai et du Cercle rouge, l'écrivain Jean Parvulesco (qui n'a, à l'époque, publié aucun livre) publie dans la revue Matulu l'article "Jean-Pierre Melville dans le cercle rouge". Jean Parvulesco considère le réalisateur comme un activiste caché, engagé dans un combat subversif à la limite de l'occulte. Notons pour l'anecdote que dans A bout de souffle de Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Melville joue le rôle d'un écrivain appelé... Jean Parvulesco ! Ce dernier fréquentait effectivement plusieurs personnalités de la Nouvelle Vague à l'époque. Voici quelques extraits de l'article consacré à Jean-Pierre Melville.

Jean-Pierre Melville dans le rôle de Jean Parvulesco dans A bout de souffle.

 [...] Plus qu'un homme seul, Jean-Pierre Melville était un homme séparé, un activiste forcené du vide qui sépare du monde et des autres, un fanatique glacé et serein du vide qui traduit en termes d'infranchissable. le secret de sa vie tenait, tout entier, dans ce que Nietzsche appelait le pathos de la distance.

La séparation, pourtant, ni l'éloignement du monde, n'étaient, chez Jean-Pierre Melville, une forme de désertion, bien au contraire. Le monde, pour lui, il ne s'agissait pas de le fuir, mais de le changer. Car tel est l'enseignement intérieur de l'enseignement intérieur de l'engagement pris par Jean-Pierre Melville envers sa propre vie, sa relation souterraine avec ce que Rimbaud avait appelé "la vraie vie" : ne pas changer soi-même devant le monde, mais changer le monde afin qu'il se rende conforme et s'identifie au rêve occulte, à l'image lumineuse et héroïque que l'on porte au fond de soi. Comment transfigurer, comment changer le monde si, comme le dit, toujours, Rimbaud, "le monde est ailleurs" ? Aux voies dites traditionnelles, Jean-Pierre Melville avait su préférer l'action directe, la voie de l'action directe, l'action occulte d'un petit nombre de prédestinés à l'accomplissement des grandes entreprises subversives du siècle, et qui, piégés à l'intérieur du Cercle Rouge, changent, pour s'en sortir, les états du monde, le cours de l'histoire et de la vie. Et c'est aussi ce que Jean-Pierre Melville avait trouvé dans l'action politique, dans ses options subversives d'extrême droite : une confrérie, une caste de combattants de l'ombre qui s'imposent à eux-mêmes une rigueur, un dépouillement terribles, indifférents aux résultats immédiatement visibles de leur action, attentifs seulement aux exigences de leur sacrifice et à la gloire cachée de leur longue rêverie activiste sur le mystère du pouvoir absolu.

Jean-Pierre Melville et un chat

[...] Le cinéma de Jean-Pierre Melville est un cinéma chiffré en profondeur, tout comme l'aura été sa propre vie. Car, chose certaine et claire, l'expérience des confrontations permanentes, de la permanente remise en question des pouvoirs de la liberté cachée et de la liberté ultime de tout pouvoir secret, expérience dans la laquelle on reconnaît le problème des rapports de force auxquels se résument tous les films noirs de Jean-Pierre Melville, est, aussi, l'expérience intérieure de tout pouvoir politique en prise directe sur la marche de l'histoire. Derrière le cinéma exaltant le mystère de solitude et de vide ardent du crime, Jean-Pierre Melville s'est employé à cacher en semi-transparence le véritable discours, l'unique tourment de sa vie.

[...] La morale intime de Jean-Pierre Melville est la morale secrète du samourai, du guerrier mystique pour qui, indifférent quant à l'issue finale de son épreuve, seul compte le combat de la lumière invisible de ses armes. Cette morale ne s'enseigne pas, son secret ni son souffle de vie ne sont transmissibles : on n'y accède que par la prédestination, ou par l’œuvre intime en soi, du "seigneur inconnu du sceptre et de l'épée".

Cette morale, c'est déjà le Bushido de la grande solitude occidentale de la fin, la solitude du tigre lâché dans la jungle de béton, dans le monde trois fois maudit du renversement final de toutes les valeurs.

jeudi 12 avril 2012

Jean Parvulesco : Au grand soleil de minuit


Ci-dessous, un poème de Jean Parvulesco reproduit dans le Cahier Jean Parvulesco, publié en novembre 1989 par les éditions des Nouvelles Littératures Européennes. Un cahier aujourd'hui difficilement trouvable où l'on trouve notamment des poésies, des articles sur l'art et le cinéma, des écrits géopolitiques, des notes sur Ezra Pound, ainsi que le premier texte d'importance publié par Jean Parvulesco : un texte sur George Bernanos pour les Cahiers de l'Herne en 1967.

Au grand soleil de minuit

Gens Julia

Quelle plus belle flamme, sous le chapiteau d'acier
qu'abrite morganatiquement la douce et belle féminité de
l'Adorable Loge de la Souvenance ? Inconsolables, nous
labourons, ou comme en songe, nos terres d'impuissance
tout bas, plus bas encore sur le domaine de la Maudite

Engeance que nous sommes devenus, le jour de son départ
pour la Grande Ourse ; nous dissolvant dans les airs, et
aveuglés, chaque printemps avec lui nous choisissons
le Même Sentier en Feu, l'entrée dans la muraille
des oriflammes rouges et blanches, qui à l'orée du non-être
reconstituent le très secret passage sous le Portique des
Noirs, et la grandeurs suprêmement dénigrée de ceux qui se
confient à l'abreuvoir des Anciens Dieux. Héroïquement, le
chant d'une seule fidélité silencieuse, soleil des glaciers
au tranchant des gouffres. Comment peuvent-ils vouloir qu'on
l'oublie, lui vie de notre vie et moelle incandescente de
nos os, courant de fond de la rivière en nous de l'immémoire ?
Quelqu'un s'écrie, quand la marée des anciens sanglots réveille
sous ces bouleaux, Jules et son double : que l'ombre immense de
l'Aigle Hypnotique de l'Atlantide nous rompt encore une fois
le souffle, et fasse frémir les forêts hallucinées de nos
poitrines dénudées en cette nuit ardente, que l'espérance
nous revienne avec la violence montante de son regard qui
flamboie au-dessus du grand Continent, au-dessus des hautes
vallées d'Engadine, au-dessus des neiges noires de l'Himalaya.

samedi 7 avril 2012

Jean Parvulesco - Le Manteau de glace (1988)

jean parvulesco manteau glace

Publié un an après le roman La Servante portugaise, Le Manteau de glace, qualifié de "récit", est en réalité un traité poétique d'une vingtaine de pages, suivi de treize poèmes de Michel Marmin. Comme dans les premiers écrits de Jean Parvulesco (ses poésies), l'écriture, volontairement alchimique et oraculaire, est difficile de compréhension. A côté, Stéphane Mallarmé est bien plus pénétrable. Jean Parvulesco cite Ezra Pound, Rimbaud, Schopenhauer, Ingmar Bergman et le méconnu Hans Carossa pour théoriser les concepts de "poésie rouge", "poésie noire" et "poésie blanche". Qu'est-ce à dire ? Citons.

Si la poésie rouge est affirmation limpide du règne du soleil dans sa gloire, ou bien alors sauvegarde et maintien immémoriel du chant dans les temps de la détresse de ses nuits profondes, la poésie noire, de son côté, en appelle aux théurgies négatives de la mise en ténèbre des cieux.

Vient ensuite la poésie blanche, matérialisée par les écrits de Michel Marmin. Attention : ces extraits sont sortis de leur contexte, ce qui en complique la compréhension.

La poésie blanche est la poésie de la sur-signification, la poésie de la vitrifaction solaire et apocalyptique des signes de la fin et de leur dédoublement en non-signes, porteuse des paroles vertigineusement transparentes qui font à n'en plus finir qu'il y ait une fin après la fin même de toute fin.

Et c'est encore elle, la poésie blanche,qui veille pour qu'au plus haut degré de la désignification cosmogonique des paroles sacrifiées et se débattant, mais consentantes, dans l'holocauste de leur propre sens virginal, dans les champs péréclités de leur honte et de leur propre immémoire agonisante, celles-ci, les paroles d'après toute fin, proclament sans cesse, ou plutôt tant que cela durera, le seul historial trans-historique de la falaise et de son lit de glaciation, tout en confessant, comme dans un songe légendaire, la fracture de l'échine du non-être et le déversement des moelles qui doivent suivre, qui suit - en nous-mêmes, au tréfonds des cieux - la violation mystagogique du Septième Sceau et tout ce que cela engage, provoque et déclenche, et avec quelle primitive et royale sauvagerie.

mercredi 7 mars 2012

Jean Parvulesco - La Servante Portugaise (1987)

La sortie du roman de Jean Parvulesco La Servante portugaise, en 1987, est passée inaperçue à l'époque, sauf par la revue Style, créée par Luc-Oliver d'Algange, et à laquelle collaborait Jean Parvulesco lui-même. Dans son deuxième numéro, Style, en plus de publier un poème inédit de Jean Parvulesco ("Le Pacifique nouvel axe du monde"), livre une note de lecture de La Servante portugaise, signée Luc-Oliver d'Algange. En voici des extraits.

jean parvulesco servante portugaise
La récente parution de La Servante portugaise ne manquera pas d'apparaître, à ceux qui savent encore lire, comme le signe annonciateur de l'imminente résurgence, en France, d'une authentique littérature sacrée. Celle-ci, d'ailleurs, ne fut jamais occultée qu'en apparence. or, à l'heure qu'il est, ces apparences sont destinées à devenir de plus en plus transparentes, jusqu'à, finalement, disparaître. Je veux dire que face à la littérature profane, naturaliste, universitaire ou mondaine, il y eut toujours une autre littérature, qui sous divers aspects (célébrateurs, herméneutiques, mystiques, épiques ou prophétiques) relève indubitablement du sacré, au même titre que les hymnes védiques, le Zohar, les poèmes de Saint-Jean de la Croix ou les cycles arthuriens. Encore faut-il percevoir les complicités qui, au-delà de l'histoire et de la géographie profanes, unissent le plus lointain et le très-proche, l'immémorial et l'instant où nous sommes, ce qui fut dit et ce qui doit encore être déchiffré, et le livre de Jean Parvulesco nous y porte irrésistiblement.

[...]

A l'instar d'autres livres de Jean Parvulesco, La Servante portugaise est aussi un livre de Haute-Magie et une mise en demeure métahistorique. une apocalypse dirions-nous, mais au sens étymologique de révélation, ce qui, d'ailleurs, n'atténue en rien le caractère terrible de l'expérience à laquelle nous sommes conviés. Mais sans doute faudrait-il parler ici d'une apocalypse radieuse, porteuse d'une espérance dont la vastitude idéale serait la mesure d'un Ciel d’Été, tracé, divisé vertigineusement (en vue de quelle géométrie ouranienne ?) par la criante vitesse des vols d'hirondelle.

L'histoire de ce "roman" serait en quelque sorte celle d'Orphée et d'Eurydice. L’Eurydice est la préexistence de l’œuvre sur laquelle, au moment de l'accomplissement, il ne faut point se retourner. Celui qui s'avance dans les ténèbres des signes et des mots doit garder à l'esprit, mais hors de portée de ses yeux de chair, cette silhouette antérieure qui ne le suit que parce qu'il s'avance vers la sortie des ténèbres, la Grande Lumière de la Souveraineté du Sens. Telle serait la victoire d'Orphée, son échec le vouant à être dépecé par les Ménades pour avoir été infidèle à cette unique souveraineté.

L'importance du livre de Jean Parvulesco, d'une beauté incandescente, est de nous replacer d'emblée au cœur de cette dramaturgie qui est elle-même le cœur battant de la spiritualité hespériale. Après les ténèbres, mais long aura été le chemin, nous voici de nouveau au seuil des très-philosophales splendeurs de l'Aube Dorée.

lundi 13 février 2012

Parvulesco, Rohmer et le genou de Claire

On connaît bien les liens qui ont uni l'écrivain Jean Parvulesco au cinéaste Éric Rohmer. Une amitié qui a débuté le 15 janvier 1950, comme l'affirmait Parvulesco dans un entretien donné quelques jours après la mort du réalisateur du Genou de Claire. Dans son roman Bal Masqué à Genève (1999), Jean Parvulesco évoque dès l'incipit une scène de ce film - qui met en scène la jeune Aurora Cornu (présente dans le roman Un retour en Colchide). Un incipit mystique qui n'étonnera guère l'habitué de Jean Parvulesco.

rohmer genou de claire
Jean-Claude Brialy dans Le Genou de Claire.

Maintenant je peux le dire, je n'avais pas mis longtemps à l'apprendre, ou en tout cas pas trop longtemps : il n'y avait rien de plus menteur que le temps sur le lac Léman, et cela à Genève surtout et dans les alentours immédiats de Genève.

Or quel est donc, à Genève, le mystère de cette angoissante, de cette dangereuse incertitude du temps qu'il fait, du temps qu'il fera ? Ces considérations ne sont guère oiseuses, ni parasitaires, et encore moins niaises. Car là, toute clarté peut être tenue d'avance pour meurtrière, et jamais la radieuse limpidité d'un jour d'été se levant comme un premier commencement du monde sur les Roseraies de la Grange ne finira autrement que dans les ténèbres enflammées de l'orage, qui rompent le jour et l'obscurcissent jusqu'au noir sans retour, alors que, d'autre part, l'aube, les matinées remplies de brumes équivoques et persistantes, d'un jaune noirâtre et sale, prenant, parfois, les allures sulfureuses de je ne sais quelle vision empruntée aux cauchemars des somnolences à demi éveillées, où des glissades au ralenti nous portent le long de troubles chenals aventureux à Bornéo, ou dans les îles de la Sonde, cessent le plus souvent de continuer sur la lancée de leur prédestination d'obscurité et d'orage pourpre et noir pour se transformer, comme par enchantement, vers le milieu de la journée, en de paisibles et lumineuses stations sur le lac d'un vert profond, tailladé au loin par de longues barres scintillantes.

laurence de monaghan genou de claire
Laurence de Monaghan dans le rôle de Claire.

On se souvient peut-être encore d'une brève séquence du Genou de Claire d’Éric Rohmer, brève, trop brève dirais-je, mais de quelle insoutenable beauté tragique, donnant à voir la naissance d'une tempête d'été sur le lac Léman, mais à Annemasse. Si le déchaînement des éléments y devient vite extrême, et la menace fondamentale qui s'en dégage est celle du vertige même de la ruée formidable, ensauvagée, vers l'indifférencié, vers l'obscurcissement et l'oubli le plus vide et le plus noir, une certitude subsiste néanmoins quant au retour proche ou lointain du jour, et dans l’œuvre d'Éric Rohmer c'est bien de cette certitude du retour du jour, essentiellement mystique et spirituelle, que résulte le brusque avènement du chant. Car il y a chant, il y a toujours chant chez Éric Rohmer, chant qui embrase tout et qui sauve tout, qui établit le mouvement salvateur, le passage dramatique du jour vers la nuit mais aussi et peut-être bien plus encore vers le jour du plus profond de la nuit.

Par contre, la leçon des ténèbres qui se dégage de la montée de l'orage sur le lac de Genève même est celle d'un enseignement sans merci ; le clair milieu du jour une fois atteint, la nuit de tardera plus à revenir, la plus grande nuit, et gare à celui qui s'éloignera du jour avant que l'heure n'en soit venue, car cet éloignement, alors, ne saurait être que porteur des fruits les plus détestables de l'impuissance et de l'oubli, d'une irréparable diminution ontologique appelée - toujours - à finir dans les petites cendres du non être.

samedi 3 décembre 2011

Jean Parvulesco répond à Olivier Germain-Thomas

Entre 1978 et 1995, Olivier Germain-Thomas anime l'émission "Agora" sur la radio France Culture. En plus de Kenneth White, Philippe Sollers et bien d'autres, il interroge l'écrivain méconnu Jean Parvulesco. En 1989, pour l'émission "Océaniques" diffusée par France 3, il s'entretient une nouvelle fois avec ce dernier. En 1991, Olivier Germain-Thomas publie Agora, les aventuriers de l'esprit, un recueil de 26 entretiens réalisés dans le cadre de son émission radiophonique. L'entretien le plus étrange, le plus crypté, le plus dangereux, est celui de Jean Parvulesco. En voici la chute, où le Roumain francophone livre sa vision du roman, en directe ligné de la romance médiévale. Une conception qu'il défend également dans Les Mystères de la villa Atlantis.

Jean Parvulesco
Jean Parvulesco repose maintenant au nouveau cimetière de Boulogne.

O G-T : Depuis La Servante portugaise, le "grand œuvre" du roman se poursuit. Jusqu'où ? Quelle vision d'ensemble avez-vous de vos romans, de la mission spéciale de vos romans dans leur succession ? Comment en êtes-vous venu au roman ? Parlez-moi de vos roman déjà parus, de vos romans en chantier, de vos romans à venir, ou qui ne viendront peut-être jamais, romance d'un long rêve prédéterminé.

Je ne sais pas si je vais pouvoir répondre à vos questions d'une manière qui soit et satisfaisante et tout à fait claire, mais je vais essayer de le faire. Suivant les conceptions originelles qui ont été, en de tous autres temps, et pour la dernière fois lors du bref ensoleillement ontologique et théologal de notre haut Moyen Âge, les conceptions hyperboréennes du printemps du cycle actuel de l'histoire occidentale de la fin, ce que vous appelez, vous, aujourd'hui, ici, le "grand œuvre" de mes romans en cours se doit d'être pensé et compris, se doit d'être vu et existentiellement poursuivi - à nouveau - en tant que Romance, dans le sens du roman, de la "romance" de la Table Ronde, dans le sens aussi du "roman amoureux" de l'embellie courtoise et des manipulations nuptiales les plus occultes des Fedeli d'Amore, des agents à couvert de la Fede Sancta.

Ainsi se fait-il que l'expérience si tragiquement aventureuse du "grand œuvre" actuellement en cours à travers certains de mes romans se pose, aujourd'hui, à son niveau le plus saisissable, à son niveau de témoignage, dans les termes d'une poursuite, d'une écriture ininterrompue du roman, en fait d'un même roman, en tout cas de la même "romance".

Roman après roman, toujours le même roman même si l'action le véhicule, son propre historial de l'être, évolue sans cesse, et toujours, aussi, la même "romance", car il n'y a pas, car il n'y a jamais eu qu'une seule et même Romance d'Amour, romance établissant les développements nuptiaux visibles et les plus clandestins aussi de l'Unique Maîtresse de l'Unique Amour, Reine d'Amour, Reine Guenièvre constituant le Pôle Ardent de la Forteresse Amour, son "cœur vivant et battant dans les profondeurs de Son Sang", où "chantera la Source du Sang, qui a déjà chanté".

Véhiculés subversivement par la même spirale prophétique, dont la montée ni le secret ne leur appartient guère, chacun de ces romans, publié ou à publier : La Servante portugaise, Les Mystères de la villa Atlantis, La Conspiration de l'Axe Majeur, Un Bal masqué à Genève, L'Hôtel Victoria, vient définir un nouveau palier de montée ontologique du témoignage d’œuvre en cours, et qui à chaque fois risque de dépasser vertigineusement, intègre nuptialement la somme des achèvements antérieurs en vue très certainement de ce Passage de la Ligne dont l'inconcevable espérance attire, porte tout en avant.

Un dernier mot. J'avais écrit, un jour, que, dans les profondeurs, la France n'est pas à proprement parler une nation, mais une conjuration, une "société secrète", le produit d'un pacte héroïque et salvateur, de prédestination et d'être eschatologique. Dans un certain sens, on peut en dire autant du roman, du grand roman occidental et de son aventure finale : le roman est en lui-même une conspiration, une société secrète d'influence et de passage, de présence charismatique au-dessus des gouffres.

jeudi 17 novembre 2011

Parvulesco, Douguine et l'empire eurasiatique

Dans son journal-roman Le Sentier perdu, publié en 2010, entre les analyses politiques sur l'Inde, Sept ans au Tibet de Jean-Jacques Annaud, les Mémoires de Leni Riefensthal, le canular antimaçonnique Diana Vaughan ou sa dernière rencontre avec Ava Gardner, à Barcelone, en 1963 ("Ava, couverte de sueur, les cheveux dans les yeux, dépoitraillée, les lèvres peintes d'un rouge foncé, presque noir, les yeux scintillants comme deux diamants aux feux sombres, paraissait en proie à une excitation fiévreuse"), Jean Parvulesco, écrivain d'extrême avant-garde, cite in extenso l'article de Reinhardt Jünger-Meinert sur une émission de Radio Moscou d'Alexandre Douguine consacrée, justement, à Jean Parvulesco lui-même et sa géopolitique grand-européenne. Lecture essentielle pour la compréhension du concept d'empire eurasiatique, en 1997 (il y a 14 ans !) .

Alexandre Douguine et Jean Parvulesco.

Récemment, Alexandre Douguine a consacré, sous le titre de Finis Mundi, une fort exceptionnelle émission, sur Radio Moscou, à l'exposition des doctrines littéraires, spirituelles et géopolitiques, à l'analyse très fouillée de la vie et de l’œuvre visionnaire de Jean Parvulesco, émission d'une durée d'environ deux heures et qui n'a pas manqué de provoquer des remous tout à fait considérables dans les milieux intellectuels d'avant-garde de la capitale de la Russie.

Soutenue par un important dispositif d'accompagnement musical, ainsi que par la participation de plusieurs interprètes professionnels des textes cités, l'émission d'Alexandre Douguine s'est efforcée de passer en revue la totalité de, l’œuvre écrite, disponible à ce jour, de l'auteur des Mystères de la villa Atlantis, en mettant en l'accent grave sur les dimensions occultistes opératives de celle-ci, ainsi que sur les dimensions métapolitiques supérieures de ses engagements géopolitiques dans les voies du prochain avènement de la nouvelle Europe grandes-continentale, de l'"Empire Eurasiatique de la Fin", autrement dit de la l'intégration impériale finale du Grand Continent comportant l'Europe de l'Ouest et de l'Est, la Russie et la Grande Sibérie, l'Inde et le Japon, version révolutionnaire finale du concept haushoferien fondamental de Kontinentalblock.

Alexandre Douguine a présenté son analyse de l'ensemble de l’œuvre de Jean Parvulesco par une suite vivante, soutenue, concentrée, souvent provocante à dessein, de brèves interventions ponctuelles, qu'armaient de substantielles citations de celle-ci, parfois dramatisées. la présence irradiante de l'Inde, et de certaines doctrines tantriques hindoues des plus prohibées, dans l’œuvre de Jean Parvulesco y a été puissamment soulignée, à maintes reprises, avec une force et une accentuation des plus significatives.

Limonov Douguine Carrere
De gauche à droite : Édouard Limonov, le chanteur Iegor Letov et Alexandre Douguine.

Et nous nous saisirons de l'occasion présentée par notre compte rendu sur cette émission pour relever également l'avancée révolutionnaire opérée actuellement par Alexandre Douguine en direction d'une nouvelle interprétation géopolitique des rapports suprahistoriques spéciaux de l'Inde et de la Russie, des rapports prédestinés, profondément occultes, mais dont l'heure est à présent venue pour que l'on en révèle l'importance absolument certaine, décisive.

Aussi Alexandre Douguine déclarait-il, récemment, que "la Russie est le seul vrai Empire du Milieu, le heartland fondamental eurasiatique, le pont occulte entre l'Orient et l'Occident. "On n'arrive aux Indes qu'à travers la Russie, qu'à travers Moscou". Et ensuite : "c'est la raison de l'avortement, aussi mystérieux que tragique, de tous les essais, de toutes les tentatives - essais dont Jean Parvulesco a su saisir les traces, encore brûlantes, avec une impensable clairvoyance, dans son Retour des Grands Temps - de ceux qui ont cru pouvoir rejoindre l'Inde autrement que par le passage obligé de la Russie. "Mon pays, Russie, Inde blanche", s'était écrié le grand Nikolay Kluyev. Car la Russie est l'Inde primordiale, la terre sacrée des commencements des temps avant les temps actuels, du commencements des temps Antérieurs. Tilak, tout comme Jacolliot, ont prouvé que les Védas avaient été composées dans certaines terres polaires extrêmes, que des fouilles archéologiques récentes montrent comme des territoires placés par le destin sous le contrôle et la protection de la Russie. Le retour à Bénarès, le roman au propos chiffré d'Olivier Germain-Thomas dont Jean Parvulesco nous dévoile les significations cachées dans Le Retour des Grands Temps, n'est-il pas très précisément voué à montrer que tout ce que l'on peut encore découvrir de l'Inde, sans passer par la Russie, ce sont les "cendres de la Bien-Aimée", le "retour à l'Inde noire". Car l'"Inde blanche" c'est seulement la Russie qui peut nous donner l'accès, la Russie transcendantale, dissimulée, sainte autant que sanglante, à la fois violée et vierge, et vierge à jamais. Et Alexander Blok ne s'était-il pas écrié, lui aussi, dans une terrible envolée mystique et amoureuse, "Ma Russie, ma Femme ? Nuptialement, prophétiquement ; tantriquement".

Alexandre Douguine
Alexandre Douguine, eurasiste convaincu et lecteur de Jean Parvulesco.

Cette émission d'Alexandre Douguine sur Jean Parvulesco restera donc, sans aucun doute, comme une instance fondamentale de la prise de conscience suprahistorique grande-européenne en train de naître et de s'affirmer aujourd'hui à la pointe de l'immense vague révolutionnaire qui s'apprête à tout balayer sur son chemin, la vague de fond d'une nouvelle Révolution Mondiale Totale, de la nouvelle Totale Weltrevolution qui se lève à l'horizon de notre attente sans heure.

Avec Alexandre Douguine, la délégation grande-asiatique de Moscou prend aujourd'hui sa véritable place au sein du front révolutionnaire impérial grand-européen, au sein de la nouvelle Révolution Polaire en marche vers l'accomplissement de son destin final, dont personnes ne saurait se figurer la véritable identité, et bien moins encore le vrai visage.

Et ne faut-il pas voir, déceler un signe prémonitoire dans le fait que, grâce au travail majeur d'Alexandre Douguine, l’œuvre visionnaire de Jean Parvulesco est parvenue ainsi à rayonner, depuis Moscou, vers le corps continental asiatique de notre future unité polaire impériale eurasiatique ?

mardi 19 avril 2011

Eric Rohmer par Jean Parvulesco

Le 1er février 2010, quelques jours après la mort d'Éric Rohmer, le Spectacle du Monde a publié un entretien entre Arnaud Guyot-Jeannin et Jean Parvulesco. Ce dernier, grand ami du cinéaste, est même apparu dans trois de ses films : l'Amour l'après-midi (1972), les Nuits de la pleine lune (1984) et l'Arbre, le maire et la médiathèque (1992). On peut également de nombreux passages sur Éric Rohmer dans les livres de Parvulesco, notamment dans Un retour en Colchide. Voici donc des extraits du témoignage de Jean Parvulesco un des grands cinéastes français du 20ème siècle.

Éric Rohmer, les Amours d'Astrée et de Céladon (2007).

Dans quelles conditions avez-vous fait la connaissance d'Éric Rohmer ?

Je l'ai rencontré pour la première fois il y a tout juste soixante ans, exactement le 15 janvier 1950. C'était au Carrefour, un café de Saint-Germain-des-Prés, aujourd'hui disparu mais qui a eu son heure de gloire. Je lui ai été présenté par Jean-Luc Godard, dont je suivais alors les cours de filmologie à la Sorbonne. Je n'étais, à cette époque, qu'un véritable vaurien, sans foi ni loi, une sorte de psychopathe social. Éric Rohmer enseignait à Vierzon et vivait à Paris, rue Victor-Cousin. Il présidait déjà le ciné-club du Quartier latin, tout en assurant la direction de la Gazette du cinéma. Je peux dire aujourd'hui que cette rencontre, qui allait inaugurer une amitié irréductible, substantielle et ininterrompue de soixante ans, eut quelque chose de fulgurant, une sorte de fatalité préconçue.


Les films de Rohmer laissent poindre les valeurs auxquelles il était attaché. Ainsi, dans Perceval le Gallois (1978), ne souhaitait-il pas réhabiliter les grandes valeurs religieuses et aristocratiques françaises et européennes ?

Éric Rohmer était un ami de longue date de Pierre Boutang, avec qui il avait fait l'École normale supérieure, et dont il partageait - assez confidentiellement, il est vrai - les choix existentiels et les positions politiques. Avec Perceval le Gallois, que d'aucuns tiennent pour son film le plus important, Rohmer réussit à retrouver l'atmosphère profondément mystique du Moyen Age occidental, conçu comme une période de grâce agissante, d'élévation spirituelle - inconcevable de nos jours - et de vertigineuse approche du sacré. Je suis persuadé qu'Éric Rohmer a vécu toute sa vie plongé dans l'atmosphère spirituellement ardente dont il avait dévoilé le mystère intime dans son Perceval. D'où une certaine hostilité, tantôt ouverte, tantôt sournoise, d'une partie des milieux du cinéma. Et c'est un vrai miracle qu'il ait pu, malgré cela, accomplir la carrière qui fut la sienne.

Comment Rohmer vous a-t-il dirigé ?

Il me demandait toujours d'« être exclusivement [moi-même] », de « ne pas essayer de jouer ». Dans l'Arbre, le maire et la médiathèque, il ne m'avait donné aucune indication sur le texte à dire, voulant simplement que je dise ce que j'estimais être le plus de circonstance dans une conversation matinale à Saint-Germain-des-Prés, chez Lipp, avec François-Marie Banier assis devant moi, près de la fenêtre. Le courant était instantanément passé, sous l'influence magnétique d'Éric Rohmer.


En résumé, comment décririez-vous sa vision du monde et du cinéma ?

Je crois que cette vision est exprimée dans sa plénitude dans ses trois derniers grands films, l'Anglaise et le Duc (2001), Triple agent (2004) et les Amours d'Astrée et de Céladon (2007), qui constituent le sommet de son œuvre. Avec l'Anglaise et le Duc, il a procédé à un mystérieux processus de réincarnation de l'aventureuse et fascinante Grace Elliott, agent secret de la cour de Saint-James au milieu des tourbillons sanglants de la Révolution. Maîtresse de l'ignoble Philippe Égalité et protégée par Robespierre, Grace Elliott est parvenue à traverser indemne l'horreur absolue de la fin d'une certaine conception aristocratique de la vie et de l'histoire françaises. Par un aventureux dédoublement existentiel, Eric Rohmer a réussi à la faire littéralement se réincarner dans le corps de l'actrice, Lucy Russell. Davantage qu'à une simple interprétation - si brillante fût-elle -, cette dernière s'est livrée à une véritable réincarnation métapsychique du personnage de Grace Elliott. Ce film relève, en fait, davantage de la métempsychose active que de la mise en scène.

Avec Triple agent, Eric Rohmer a su transfigurer les origines occultes du pacte germano-soviétique scellés par les accords Ribbentrop-Molotov. La mystérieuse ambiguïté de ce couple équivoque s'il en fut se répercute admirablement dans les méandres de l'action du film.

Enfin, avec les Amours d'Astrée et de Céladon, Rohmer est parvenu à retrouver les origines transcendantales, « divines », de la future civilisation européenne grand-continentale, une civilisation fondée sur le mystère ardent de l'« absolu amour » et explicitement définie à travers le discours du druide, dont la prophétie constitue l'axe même de cette œuvre testamentaire. Car ce druide prophétique n'est autre que Rohmer lui-même. Ce film exprime aussi une certaine quête forestière - la forêt en tant qu'« ouvert sacré de l'être » en terme heideggerien -, qui s'avérera à l'épreuve comme étant l'horizon même de la puissance créatrice d'Éric Rohmer et de son propre destin.

Lire également :

- Yves Adrien et Jean Parvulesco
- Jean Parvulesco répond à Olivier Germain-Thomas
- Parvulesco, Douguine et l'empire eurasiatique

vendredi 8 avril 2011

Yves Adrien et Jean Parvulesco

Jean Parvulesco Retour en Colhide
Dans le dernier livre publié de son vivant, Un retour en Colchide (2010), sorte de journal intime halluciné et de projet métapolitique et ésotérique immédiatement opératoire, Jean Parvulesco évoque de nombreuses rencontres, de nombreuses lectures et de nombreuses analyses. Vladimir Poutine côtoie le tsar Nicolas II, les Papes Jean-Paul II et Benoît XVI, Elizabeth d'Autriche, le peintre roumain Horia Damian, l'éditeur Vladimir Dimitrijevic, Louis Pauwels (dans un dialogue effrayant avec Jean Parvulesco lui-même), l'écrivain post-punk Nicolas Bonnal, l'historien Mircea Eliade, le géopolitologue Henri de Grossouvre, les réalisateurs David Lynch et Éric Rohmer, l'actrice rohmérienne Aurora Cornu ; bien d'autres... Une énumération qui n'étonnera pas outre mesure les lecteurs de Jean Parvulesco.

Plus étonnante, cette rencontre avec Yves Adrien, le critique rock légendaire, à la fois amateur des Stooges, du Wu-Tang Clan, d'Alfred Jarry et de Thérèse de Lisieux. Extrait :
Ce 28 octobre 2005, au parc de la Muette, rencontre, dans l'après-midi, avec Yves Adrien et Édouard Burgalat [note de Tomblands : vraisemblablement faut-il comprendre Bertrand Burgalat]. C'est un bien grand jour. Yves Adrien et moi nous nous surveillons, nous nous attendons depuis une trentaine d'années, sans que nous nous soyons, à ce jour, rencontrés. C'est le "noble voyageur", personnage hors du temps et des temps, "venu d'ailleurs", qui subit avec une indifférence affectée les stigmates transparents de son état de grâce, qui se trouve là, devant moi ; l'incroyable accomplissement, tout arrive. Un ange à double identité, noire et blanche, la blanche l'emportant de loin sur la noire qui, subtilement, ne sert que de faire-valoir. Cette ambiguïté est-elle autre chose qu'une étincelante voilure ?

Yves Adrien rock critiqueYves Adrien dans les années 1970.

Une grâce aristocratique le commande, impitoyablement ; selon un mot de Charles Dickens, elle "porte l'estampille du ciel", et sa soumission est la garantie de son excellence prédestinée. Une grâce aérienne commande à son être, à tout instant. Et c'est sans doute ce qui crée un certain malaise, une certaine peur. Sans cesse il impose à ce monde une présence étrangère, d'outre-monde. Qui sont ses étranges, ses mystérieuses protections occultes, qui parvienne tà le maintenir hors des atteintes des "centrales du Chaos" ? Un jour, on saura peut-être qui était Yves Adrien, mais ce sera trop tard, bien trop tard.

En attendant, il est chose certaine que les opérations confidentielles dont il a la charge en ce monde contribuent à rétablir en permanence les déficiences imposées à celui-ci par les ténèbres menant leurs jeux cachés. Sa vraie patrie n'est-elle pas quelque part du côté de la constellation d'Orion ? Ce qu'il faut savoir, c'est que les temps d'Orion reviennent, et ceux de ses anciennes zones d'influence religieuse et civilisationnelle ; et qu'il ne s'agit pas seulement de l'Égypte, mais aussi du cœur irradiant de l'Eurasie, de la "Grande Europe".

Therese de Lisieux lit de mortSainte Thérèse de Lisieux sur son lit de mort.

Yves Adrien m'a confié qu'il ne se séparait jamais d'une petite image de sainte Thérèse de Lisieux la représentant sur son lit de mort, les yeux clos, la bouche entrouverte, on dirait qu'elle respire encore ; le visage secrètement brûlé, comme taché par la grande fièvre de la mort ; au-dessous de l'image, une brève citation des écrits de la sainte : " ...ô mon Dieu, vous avez dépassé mon attente". La même image de Thérèse n'a pas un seul instant quitté, depuis une trentaine d'années et plus, ma table de chevet.

Nous autres, l'"armée clandestine" des dévots inconditionnels de sainte Thérèse de Lisieux, constituons actuellement une des armatures les plus sûres de l'Église, le visage de la petite sainte illuminant nos vies en profondeur, comme un vivant soleil de grâce. Comme une garantie de salut, de victoire d'avance acquise par sa veille toute-puissante. Je ne peux encore en être certain, mais il se peut que cette nuit même - la nuit du 8 au 9 novembre 2005 - sainte Thérèse de Lisieux m'ait enfin accordé son pardon. (ce mystérieux pardon serait-il à mettre en relation avec ma rencontre avec Yves Adrien ? Je me le demande.)

Lire également :

- Jean Parvulesco - Les Mystères de la villa Atlantis
- Dominique de Roux par Jean Parvulesco
- Jean Parvulesco - Rapport secret à la nonciature
- Yves Adrien et les filles catholiques

vendredi 25 mars 2011

Jean Parvulesco - Les mystères de la villa Atlantis (1990)

Jean Parvulesco Mysteres Villa AtlantisDans Les mystères de la villa Atlantis, Jean Parvulesco publie le journal intime/roman complet de Jean Raimondi, subitement disparu à Deauville le 14 septembre 1980, fête de l'Élévation de la Croix. Disparu, semble-t-il, vers les "Indes Noires".

Les Mystères de la villa Atlantis
offrent une fameuse distribution. Parmi les personnages du roman, on trouve Jacques Bergier, Barbet Schroeder, Bulle Ogier, Frédéric Pardo, Philippe Garrel, "à la veille précisément de reprendre le tournage de son étrange Berceau de cristal, Jean-Pierre Rassam, Claude Sautet, Éric Rohmer, Jean-Pierre Mocky, Robert Bresson, Daniel Schmid, Pascal Jardin, Alain Ravennes, Philippe Sollers, Ezra Pound et François Mitterrand. Le roman est également parsemé de nombreuses citations des Évangiles, de Plotin, Ernst Jünger, Gérard de Nerval, Thérèse d'Avila, Sainte Thérèse de Lisieux, Gustave Meyrink, Eliphas Levi, Raymond Abellio, Jean-Jacques Schuhl, Dominique de Roux (forcément), Norman Spinrad, H.P. Lovecraft et Martin Heidegger. Heidegger ? "Non point le philosophe, mais le haut visionnaire qui, après l'échec de Sein und Zeit, n'a plus arrêté de s'enfoncer, comme extatiquement, dans les ténèbres ardentes de la poésie, de la plus grande poésie et des sous-bois hantés de celle-ci, par où, qui sait, parfois, l'être scintille encore dans ses traces, dans ses haleines et ses fruits sauvages".

Jean Parvulesco Ezra PoundJean Parvulesco et Ezra Pound dans les années 1970 à l'aéroport d'Orly.

Le roman débute à la librairie du Drugstore Publicis, à l'Étoile, à Paris, sur une évocation d'Approches, drogues et ivresse d'Ernst Jünger, et se termine dans le même Drugstore, par une discussion entre Jean Raimondi et Jacques Bergier, sur l'appartenance prétendue du même Ernst Jünger à la Consultante Schwarzenberg, une société nihiliste, égrégore paramaçonnique issu de groupes occultistes d'engagement bouddhiste tibétain. Entre ces deux événements fondamentaux, le lecteur se retrouve plongé dans le journal intime/roman de Jean Raimondi, dans une quête métapolitique et érotico-mystique de l'avènement du Grand-Continent Eurasiatique. Du Jean Parvulesco pur jus. A la fin de son journal, Jean Raimondi explique sa mission finale :
"J'ébauche déjà le plan de ma propre expédition secrète au Harrar, et plus loin que tout Harrar rimbaldien, vers les "Indes Noires" de l'Être blanc et noir entrevu par Nerval quand il avouait que cette nuit-là, pour lui, la nuit sera "blanche et noire", vers l'Antarctique en suprême auto-blanchissement à laquelle était venue aboutir la fugue ontologique d'Arthur Gordom Pym".

Claude Sautet © Les Grands Films Classiques / François Darras.

Tout comme Frédéric Pardo et Barbet Schroeder, Claude Sautet est l'une des personnalités secondaires - en réalité primordiales - du roman. Jean Raimondi - Jean Parvulesco - se fend d'ailleurs d'un vibrant hommage de plusieurs pages sur le cinéma de Claude Sautet, "génialement bâti comme une interrogation à peine dissimulée sur ce que l'on pourrait appeler, avec les mots pourissants d'aujourd'hui, l'impossibilité du mariage" :
Comme dans le livre de Malcolm Lowry, la vraie vie, la vie encore et toujours vivante de Claude Sautet ne se passe qu'"au-dessous du volcan", dans la fournaise occulte de ce qui s'interdit de connaître l'interdit et la honte des choses qui se donnent à voir sous le jour de leur propre impuissance, des chemins sans retour de l'oubli de l'être. La profonde, l'irrémédiable, la vertigineuse et si bele tristesse du cinéma de Claude Sautet est la tristesse même de l'existence séparée, de l'existence ayant perdu jusqu'au souvenir même du Yihud et du souvenir sans souvenir de ses chairs vivantes et adorantes.

Autre moment alléchant, le réveillon 1979-1980 chez Alain Ravennes, en compagnie de Robert Bresson et Philippe Sollers :
A minuit, Philippe Sollers met le feu, et brûle, dans un plateau d'argent, et quelle délicieuse flambée bleuâtre, diabolique, une épaisse liasse de billets de 500 francs, "pour humilier, rabaisser, injurier le Veau d'Or dans ses matières mêmes, pour, l'espace d'un instant, rompre la chaîne".

Jean Parvulesco.

Jean Parvulesco profite de ce roman pour donner, une fois de plus, son idéologie du roman occidental. Attention, il s'agit d'une seule et même phrase :
Je suis persuadé que tout grand roman ne saurait parler de rien d'autre que du secret même du roman, du dévoilement tour à tour conçut suivant la plus extrême, la plus brutale des violences et, aussi, et en même temps peut-être, tout à fait virginalement, j'entends le dévoilement à n'en plus finir du secret du roman en tant qu'essence même du roman, tout roman n'étant en vérité que le roman de la naissance éternelle du roman, du seul roman, ou, plus clairement, plus tragiquement dit de la Seule Romance, dévoilement de l'être intérieur, de la forme intérieure du roman, de sa forme absolument occulte, du roman dans ses gouffres mêmes, et je parle au singulier - je dis le roman - parce que tous les romans occidentaux ne font qu'un seul roman, mouvement indéfiniment repris de sa propre forme première et celle-ci ayant virginalement émergé avec le roman - la romance - du Cycle Arthurien, où la Reine Guenièvre est Marie - c'est bien ce que j'appelle la forme absolument occulte du roman - et toutes ses Dames de Compagnie ne sont que ses remplaçantes existentielles, conduisant, toutes, suivant la mise en structure sérielle de leurs noms voilés, de leurs souffles, de leurs corps appelés à l'œuvre, de l'entaille et de la fournaise philosophiques de leurs sexes à la fois éperdument scellés, éperdument entrouverts et utiles, conduisant, dis-je, toutes, vers le Lieu Unique en Marie, où "veille le Graal", l'être même de l'Unique et son Reflet, ce Reflet étant Marie et leur rapprochement, lui, la Romance, la Seule Romance.
Voir également :
Nicolas Bonnal et Jean Parvulesco
Dominique de Roux par Jean Parvulesco
Jean Parvulesco - Rapport secret à la nonciature (1995)

vendredi 4 février 2011

Jean Parvulesco - Rapport secret à la nonciature (1995)

Jean-Parvulesco-Rapport-secret-nonciature
En 1995, Jean Parvulesco a publié un court récit de 120 pages, Rapport secret à la nonciature. Titre pour le moins énigmatique, qui n'étonnera pas l'amateur de Parvulesco, écrivain occulte, souterrain, clandestin, mystique et métapolitique. Rapport secret à la nonciature, autobiographie mi-réelle mi-rêvée (mais qui saurait démêler le réel du rêve ?) commence par l'emprisonnement de Jean Parvulesco dans l'actuelle Bosnie, dans un camp de travail de la Yougoslavie titiste. Sous le joug des communistes et de la police politique secrète (UDBA), Parvulesco creuse des tombes pour les fusillés.

L'impitoyable hiver de 1948, je me trouvais à l'ouvrage au camp de travail forcé desservant les mines de charbon de Litva-Banovici, près de Sarajevo, en Bosnie [...] Classé d'emblée parmi le petit groupe des politiques dits "absolument irrécupérables", je devais, outre le travail de la journée dans la mine, me livrer aussi, "à la tombée de la nuit", à certaines "obligations spéciales". Dont celle de mettre, au flanc de la colline aux fosses communes, les malheureux qui, de temps en temps, tentaient de s'évader du camp et qui, presque toujours, se faisaient reprendre et exécuter sur place ; ou les victimes de certains interrogatoires, parfois trop poussés, voire même des accès de rage paranoïaque des jeunes gardiens du camp, des "membres d'élite" des "jeunesses communistes" sous le commandement d'un officier des forces de sécurité de l'UDBA faisant, sur place, fonction de commissaire politique.

Jean-ParvulescoJean Parvulesco, espiègle et mystérieux.

Lors de sa deuxième évasion, Jean Parvulesco assiste à des événements mystiques dignes de communions catholiques (à base de pains). Malheureusement pour lui, à Dubrovnik, alors qu'il tentait de s'échapper vers l'Italie, il se fait arrêter par la police titiste et retourne en camp de travail. La troisième évasion sera la bonne. Trente-cinq ans plus tard, en 1984, quelques mois après les apparitions mariales de Medjugorge, Jean Parvulesco, alors établi à Paris, se rend (clandestinement, bien sûr) sur les lieux où il fait une rencontre marial des plus troublantes, prélude à une révolution spirituelle. Mais rien ne se passe... Jusqu'en 1994, soit dix ans passés, Jean Parvulesco croise enfin un signe, une femme, qui lui révèle les prémices de "la Grande Déferlante du nouvel embrasement marial et christologique". Le livre se termine par une ode au Sacré-Cœur, sis dans le 18ème arrondissement de Paris.

Vous aviez bien raison de penser que certaines suites de Medjugorje allaient très nécessairement avoir lieu en France : il fallait que cela se fasse, mais cela ne s'est pas fait. Pourquoi ? A cause de certaines complicités, terrifiantes, des complicités dont on a pu voir qu'elles se trouvaient implantées jusque dans le camp même de la Foi l'inusable puissance de l'Ennemi est en effet parvenue à déjouer nos plans. Nos plans les plus secrets, impénétrables en profondeur. Cela, pour le moment. Mais c'est nous qui allons avoir le dernier mot, nous le savons d'avance. L'immense embrasement de la Foi renouvelée, de la Foi vivante et limpide, jeune, révolutionnaire, qui submergera l'Europe - l'Europe de l'Ouest et, ensuite, l'Europe de l'Est - et qui va s'étendre jusqu'aux ultimes confins du Grand Continent Eurasiatique, aura son épicentre déflagrationnel et sismique en France, et c'est bien à vous -même et à vos groupements spéciaux d'intervention et de présence spirituelle d'agissante que reviendra la tâche de régir, d'encadrer l'ensemble des vagues successives dont sera faite la Grande Déferlante du nouvel embrasement marial et christologique de ce monde-ci, et des mondes que l'on ne sait même pas voir mais qui n'en sont pas moins déjà concernés par la formidable bataille spirituelle en cours, la dernière bataille, la bataille fondamentale de nous autres [...]

L'épicentre occulte du salut se trouve donc en France, à Paris même : au cœur de Paris, à Montmartre, puisqu'il s'agit du Sacré-Cœur de Montmartre. Et nous voilà revenus à la conspiration du Sacré-Cœur, que ni vous ni moi nous n'avions un seul instant quittée...

samedi 18 décembre 2010

Dominique de Roux par Jean Parvulesco


Dans son roman métapolitique, occultiste, "magique" et mystico-poétique L'Étoile de l'empire invisible (1993), Jean Parvulesco évoque son ami Dominique de Roux (1935-1977), éditeur, écrivain et activiste politique révolutionnaire. Au détour de réflexions métapolitiques en plein déroulement romanesque, un détour dont l'auteur est adepte, dans son style si particulier, Jean Parvulesco écrit quelques paragraphes sur l'engagement de Dominique de Roux dans la Révolution des Œillets, au Portugal, en 1974. Un passage qui n'influe en rien dans le déroulement du roman mais qui rend hommage à un homme aujourd'hui bien oublié. Il s'agit évidemment d'un roman.

Dominique de Roux.
On sait ou on ne sait pas ce que pendant, avant et après la Révolution des Œillets, en 1974, Dominique de Roux avait eu à faire au Portugal, en Afrique Autrale et aux Açores, au Brésil. Mais peut-on un seul instant envisager qu'il ait pu accomplir sa tâche, sa "mission secrète", ou tout au moins qu'il ait résolument pu tenter de le faire, sans le soutien sur place d'une structure activiste politico-stratégique, voire métapolitique, capable non seulement de traverser elle-même, et de lui faire traverser, à lui aussi, les remous de la Révolution des Œillets, mais encore et surtout de parvenir à contrôler, de l'intérieur, souterrainement, la marche visible et invisible de celle-ci et même, au bout du compte, d'en détourner les sens, d'en faire autre chose si ce n'est, en dernière analyse, le contraire même, ou presque ?

Et quelle aurait pu être cette structure activiste, cette structure activiste, cette structure politico-stratégique et métapolitique engagée sur place, sinon celle qu'eût pu proposer, à ce moment-là, l'Atlantis Magna ?

Retenons, d'autre part, les agissements anti-portugais et anti-français, anti-européens, anti-occidentaux pour tout dire, du fort interlope et peu scrupuleux personnage qui, lors de ces événements obscurs et troublés, faisait semblant d'être l'ambassadeur des États-Unis à Lisbonne, un certain Frank Carlucci. Ainsi que la longue série de trahisons majeures à mettre sur le compte de certains éléments douteux en poste à l'Ambassade de France à Lisbonne, du côté, surtout, de certains services d'un attaché militaire qui, on l'on reconnaîtra j'espère, n'en finissait plus de se rendre aux Açores et d'en revenir. Et qui, entre autres, y avait manigancé l'arrestation de Dominique de Roux avec, comme but final, sa liquidation sur place, et "aussi discrètement que possible", les Açores étant, à ce moment-là, "chasse gardée militaire française".


Mais ne me suis-je pas laissé dire que le crime d'intelligence avec l'ennemi politique anti-continental, crime imputable aux éléments ainsi visés de l'Ambassade de France à Lisbonne, sera un jour appelé à subir le feu d'une revisitation en profondeur, que rien de tout cela n'est ni ne sera oublié ?

De toutes les façons, la mise en échec finale de la mission secrète métapolitique de Dominique de Roux n'a pu être obtenue que par la neutralisation physique de celui-ci, et, d'ailleurs, plus longue échelle, cet échec n'en est absolument pas un, je dirai peut-être un jour, pourquoi. En fait, rien n'est encore décidé.

Dominique de Roux était parti pour Lisbonne avec, en poche, rien d'autre qu'une lettre de recommandation de deux lignes, mais une lettre de recommandation dont la force de frappe occulte était telle qu'il avait fallu aux autres, pour en finir avec ce qu'il avait aussitôt su mettre en branle, le neutraliser physiquement. La disparition d'un homme peut en effet suspendre, parfois, l'ensemble d'une action en cours.

Car, ce que Dominique de Roux avait à faire, exigeait qu'il commençât par changer l'histoire, et non seulement l'histoire actuelle du Portugal, mais l'histoire continentale la plus grande, et celle-ci suivant l'ouverture métapolitique intercontinentale de l'Atlantis Magna et de sa ligne impériale africain et lusitano-brésilienne. Quand saura-t-on le reste, tout ? Bientôt, j'en prends l'engagement.

vendredi 26 novembre 2010

Nicolas Bonnal et Jean Parvulesco


Jean Parvulesco (né en 1929) est mort le dimanche 21 novembre 2010, jour de repos du Seigneur. L'homme, très secret et méconnu, n'en est pas moins mythique. Mythique y compris pour les personnes qui n'ont jamais lu ses livres. Il est vrai qu'un homme qui cumule les connexions entre le mysticisme (Julius Evola et René Guénon), l'ésotérisme (Raymond Abellio et Louis Pauwels), la révolution (Ezra Pound et Dominique de Roux), le cinéma (Jean-Luc Godard, Éric Rohmer, Jean-Pierre Melville et Barbet Shroeder) et la médiocrité (Marguerite Duras), ne peut que forcer le respect et l'admiration. De Jean Parvulesco, tout est encore à découvrir... Ironie du sort, son apparition la plus célèbre, en 1959, n'est pas de lui. En effet, dans A Bout de Souffle de Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Melville incarne sur la pellicule de manière magistrale Jean Parvulesco en répondant à la question : "quelle est votre plus belle ambition dans la vie ?", "Devenir immortel... et puis... mourir". C'est chose faite.


En janvier 2007, à l'occasion de la sortie du roman de Parvulesco Le Sentier Perdu, Nicolas Bonnal, écrivain français post-punk épris de Virgile, du Tasse, du romantisme allemand et de la série télé Le Prisonnier, s'est fendu pour Le Libre Journal d'un article reproduit ici. Il s'intitule "Horbiger descend en Enfer avec Parvulesco".

J’ai rencontré Jean Parvulesco il y a seize ans. C’était une époque où tout nous semblait encore possible. Le mur venait de s’effondrer, l’après histoire venait à peine de commencer son cycle mort, nous guettions de signes de l’invisible. En ce temps-là l’invisible nous motivait encore.

Jean venait de publier Les Mystères de la villa Atlantis, livre inaccessible au plus grand nombre et même au plus petit. Mon attention alors se portait sur Mitterrand, sur lequel il écrivait des phrases fabuleuses. Mitterrand couvert d’abeilles, Mitterrand héritier de Memphis…

Fabuleux est le mot qui pour moi décrit le mieux l’œuvre de Parvulesco. La constance et l’énergie de l’auteur lui ont gagné une estime étonnante dans le monde entier, de Vladivostok à Santiago du Chili aussi bien que de l’Atlantique à l’Oural. Actuellement, son maître ouvrage porte sur Vladimir Poutine et l’Eurasie. Il est traduit et célébré par toutes sortes de coteries ésotériques, lui qui avait commencé par fasciner Jean-Luc Godard lui-même (Dans A bout de souffle, Jean-Pierre Melville joue son rôle). Mais très vite l’oeuvre a été pour moi beaucoup moins importante que l’homme, même si je considère que Jean Parvulesco est le dernier écrivain. Ni le plus grand écrivain, ni le plus grand occultiste, ni rien de tout cela, mais le dernier auteur à avoir conçu une œuvre, au sens classique du terme. Il y en a peut-être d’autres, mais je ne les connais pas. Ce ne sont pas des amis.

Pauvre comme lui, j’ai beaucoup habité dans le XVIème où nous sommes toujours beaucoup vus, pratiquant un bon voisinage ésotérique entre Pompe et Muette, Passy et Boislevent. Là je l’ai écouté me parler des « combines », comme il dit, de métapolitique et de géopolitique, de galactiques et d’apocalyptiques. Rien ne s’est produit, et c’est là le problème. Nous en sommes restés au stade du fabuleux puis de l’affabulation. Nous avons été broyés par des forces supérieures, que Jean a toutefois pleinement cernées, professionnellement décrites. Mais nous n’avons pas été secondés, et les « nôtres », comme il dit aussi, se sont fait posséder, quand ils n’ont pas disparu. Mitterrand, Kohl, Chirac, de Gaulle même, tous des idiots utiles ? Le monde n’est-il destiné qu’à devenir une suite de supermarchés chinois, de territoires occupés et de déchets médiatiques ? Où sont passés Haushofer et Harrer, McKinder et Buchan ? On ne les a pas revus…

La pire des punitions pour une âme est de vivre en des temps d’iniquité. Nous voyons le monde tanné de la post-histoire nous détruire, détruire la France, l’Europe, la Chrétienté, les peuples et même les hommes et nous ne pouvons rien faire. Et, je le répète, ce qu’il avait de bien avec Parvu, c’est qu’il y avait des « combines ». Et il n’y en a plus ; ou nous n’en sommes pas, exilés sur le sol au milieu des huées. J’ai de moins en moins lu Parvulesco d’autant que son éditeur ne faisait plus son travail. Il vendait du Feng shui et de l’oméga 3.

Je ne lis presque plus, peine même à relire Flaubert, Emerson ou Gracian. J’ai reçu un dernier opus du maître, qui date des années 90 (la chronologie déconstruite est la spécialité maison), au cœur des méphitiques années Clinton, qui ont vu le retour de l’Amérique au premier plan, et que je finis presque par regretter… Il n’y avait pas encore eu l’euro, il n’y avait pas encore le 11 septembre, les deux vraies Fins du post-monde néocon, dont le cœur est à l’extrême gauche et le portefeuille à l’extrême droite. Le Sentier perdu est publié par une excellente petite maison perdue dans le pays basque, Alexipharmaque. Et voici ce qu’il écrit, au nez et à la barbe des gobeurs d’eschatologies diverses et avariées : « quand je tourne mes regards en arrière, toute ma vie m’apparaît comme un long cauchemar éveillé, comme un cheminement sans fin dans les ténèbres et dans l’impuissance d’être et d’agir ».

Dans un autre très beau passage, Jean Parvulesco s’en prend à notre classe politique folle, inepte, destructrice de la France et d’elle-même. Elle aura tout fait, elle, pour complaire au CAC 40 et à l’ONU, aux eurocrates et aux lobbies les plus sombres de notre histoire. Et c’est comme ça. C’est le signe des temps ultimes qui n’en finissent pas : une impuissance épouvantable, une apesanteur lourde.

Je savais Parvulesco très proche de Rohmer, jusqu’au jour où je l’ai vu braver l’opinion publique dans L’Arbre, le maire et la médiathèque du grand Rohmer, œuvre consacrée justement à la liquidation de l’histoire. C’était en 1993, lorsque nous pensâmes que la raclée prises par les socialistes leur suffirait pour longtemps. Elle n’a pas suffi, et nous nous éteignons tous les uns à côté des autres, comme des cierges que les croyants ne viennent pas rallumer. Nous attendons les salves du gaullisme ou du mitterrandisme, nous allons récolter le ségolénisme, qui sera peut-être une mouture marrante. Mais nous avions quand même chaussé des lunettes noires pour mieux jouir des nuits bleues.

Je vois peu Jean depuis des années, il est souvent malade. Moi, comme on sait, j’ai choisi les plates agonies des terres australes soumises aussi au suprême pouvoir, le Poder Adquistivo des classes dominantes de l’ère Clinton. Les manipulateurs de logiciels ont enterré les maîtres des symboles. Si nous pouvions sortir de terre…

En attendant, maître, bonne et même meilleure santé.