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mardi 25 septembre 2012

Dorothy Azner - The Wild Party (1929)

The Wild Party de Dorothy Azner est le premier film parlant de Clara Bow, alors l'actrice la plus adulée du public aux États-Unis, après soin succès dans des films comme It et Wings. Clara Bow est d'ailleurs surnommée la "It Girl", d'après l'expression de la dramaturge Elinor Glyn. En 1928, selon les statistiques de plus de 2.700 cinémas, Clara Bow est l'actrice qui engendre le plus d'entrées, deux fois plus que ses concurrentes les plus proches ! Un vrai tiroir-caisse. Mais comme de nombreuses actrices, Clara Bow redoute le cinéma parlant à cause de son accent de Brooklyn. Elle pense même sa carrière terminée.

Clara Bow et sa fourrure : It Girl !

Le tournage de The Wild Party se déroule du 2 au 29 janvier 1929. Ce même mois, Clara Bow reçoit plus de 45.000 lettres de fans, un record pour l'époque. La pression est sur les épaules de l'actrice. Le film est une adaptation de Forbidden Fruit de Warner Fabian, une histoire tout ce qu'il y a de plus classique pour l'époque Jazz Age des petites flappers. Les années 20 célébrées par Scott Fitzgerald et Anita Loos. Dans une université réservée à la gent féminine, des jeunes filles à la sexualité débordante préfèrent faire la fête et allumer les garçons plutôt que d'étudier. Stella Ames (Clara Bow) est l'étudiante la plus populaire et la plus délurée : avec son groupe d'amies, elle préfère séduire les hommes, faire le mur, fumer des cigarettes et boire de l'alcool. Cet hédonisme basé sur le loisir et une libération de femme instrumentalisée pour des besoins mercantiles (le film date exactement de la campagne de publicité initiée par Edward Bernays, "Torches of Freedom", incitant les femmes à fumer pour symboliser leur liberté) est mis à mal lorsque Stella Ames tombe amoureuse de Gil, le nouveau professeur d'anthropologie. Entre le véritable amour et ses flirts de soirées alcoolisées et enfumées, son cœur balance.

Clara Bow (troisième à partir de la gauche) et ses copines en fourrure.
Concours de jambes nues en salle de classe.
Concours de jambes nues, suite. Clara Bow réprimandée ne sait plus comment se tenir.

The Wild Party est typique des films de Hollywood avant 1934, c'est-à-dire avant l'instauration du Code Hays : les femmes y sont provocantes et fortes (les hommes sont menés par le bout du nez), elles fument, boivent et font la fête. Ce film, bon enfant, échappe aux sujets plus scabreux de prostitution, de divorce, d'adultère et d'avortement. Les scènes en chemises de nuit, en robes décolletées, en maillots de bain ou en jupes au-dessus du genou sont légion, souvent avec humour. Ainsi cette scène où les filles font exprès de relever leurs jupes et de montrer leurs jambes lors du premier cours du professeur d'anthropologie. Ou cette scène de bal costumé où Clara Bow et ses amies arrivent en manteau de fourrure... mais pour dévoiler un simple maillot de bain ! Et, évidemment, se faire exclure du bal.

1929. Bal en maillot de bain à l'école. Classique.

Outre ces scènes d'humour, The Wild Party montre des scènes plus dures : une bagarre dans des bars où des hommes ivres tentent d'abuser des filles (justement habillées en fourrure et en maillot de bain !) ou une fin de fête mondaine avec son lot de "paumés du petit matin" pour citer Jacques Brel. Le rôle de flapper donné à Clara Bow est plutôt typique que l'image qu'elle dégage dans la presse à scandale et ses apparitions cinématographiques.

Clara Bow au lit avec son prof d'anthropologie. Oups.

The Wild Party est un succès, ce qui n'est pas une surprise à l'époque. Mais les appréhensions de Clara Bow sur sa carrière à l'ère du parlant vont se révéler justes. Pas parce que sa voix passe mal à l'écran mais par ce que l'actrice est lasse du cinéma et souffre de problème de santé. Elle tournera en tout onze films parlant de 1929 à 1933. Call Her Savage (1932) est chroniqué ici.

mercredi 25 mars 2009

John Francis Dillon - Call Her Savage (1932)

Clara-Bow-Call-Her-Savage
Call Her Savage est l'avant-dernier film de l'actrice Clara Bow (1905-1965). Tourné de septembre à novembre 1932 et sorti dans la foulée (ça c'est de la blitz post-production !), le film est l'œuvre de John Francis Dillon, un vétéran du cinéma hollywoodien, puisqu'il totalise 130 films à son compteur. Call Her Savage est d'ailleurs un de ses derniers puisqu'il meurt en 1934. Comme beaucoup de films produits entre 1930 et 1934, c'est-à-dire avant l'instauration du code Hays, Call Her Savage met en scène des personnages riches et pervers, des femmes fatales et des hommes goujats. Les sous-entendus sexuels, le péché et la luxure y sont omniprésents mais, Hollywood oblige, la dernière bobine fait place à l'apaisement et la rédemption.

Clara-Bow-Call-Her-SavageClara Bow mélomane fanatique: "Combien de fois il faudra que je te le dise ? Je déteste les guitares désaccordées !"

Il est vrai que le film part sur de bons rails. Un chemin de fer biblique, dirons-nous... A la fin du 19è siècle, des migrants américains se font attaquer par des Indiens. La lutte est sévère et plusieurs colons sont tués. Un homme mourant reproche à Salis Jennings son comportement immoral, notamment le fait qu'il trompe ouvertement sa femme. Colérique, Salis l'achève. Son crime ne restera pas impuni, le prévient-on. Dieu se vengera sur lui ou ses descendants... Justement, 18 ans plus tard, Ruth, la fille de Salis, accouche d'une fille, qui est le fruit d'une liaison adultérine avec un Indien. La revanche de Dieu commence...

Clara-Bow-Call-Her-SavageA Hollywood, on ne plaisante pas avec la Bible... Enfin, pas trop...

La fille adultérine n'est d'autre que Nasa Springer alias Clara Bow. Une véritable peste incontrôlable qui passe en quelques secondes de la douceur à la rage folle. Être la fille d'un des plus riches propriétaires terriens du Texas ne la réjouit pas vraiment. Elle est du genre à fouetter un homme parce qu'il rit trop fort ou à casser une guitare sur la tête d'un chanteur mexicain. Une dure à cuire, une bad girl. Son seul ami est Moonglow, le fermier de la famille, d'origine indienne et secrètement amouteux de Nasa. Excédé par son comportement, son père décide d'expédier Nasa à Chicago dans une école privée pour jeunes filles. Elle y passe deux années de bringues et de rixes et acquiert le surnom de "Dynamite". Sur un coup de tête, elle épouse Lawrence Crosby, un riche noceur qui s'avèrera souffrir de troubles mentaux. La roue commence à tourner...

Clara-Bow-Call-Her-SavageUne blonde et une brune dans une soirée mondaine: Catfight !

S'il n'est pas ouvertement outrancier (à part la réplique de Clara Bow: "Vous savez que vous êtes le premier homme que je connais depuis un mois avec qui je n'ai pas couché ?"), le film est imprégné d'un parfum pervers. Les personnages, surtout Clara Bow, victime du péché originel (deux générations adultères), se comportent de façon odieuse. Surtout les riches des grandes villes. Opulence et corruption. Évidemment. Le spectateur la sachant marquée par le Seigneur, il ne peut juger les actes de Clara Bow sans y voir le mal: le sadisme, la zoophilie (oui!), l'égoïsme, la colère, la fierté et, pour finir, le soupçon d'inceste...

Clara-Bow-Gilbert-Roland-Call-Her-SavageNasa Springer (Clara Bow) et Moonglow (Gilbert Roland)... Y a ambiguité...

Clara-Bow-Nude-Call-Her-SavageUne fille belle, seule, riche et désespérée, une bouteille d'alcool fort, des cigarettes et une nuisette: la flapper dans toute sa splendeur.

Ironiquement, il existe beaucoup de points communs entre l'héroïne du film et Clara Bow. Issue d'une famille pauvre de Brooklyn, elle a vécu dans le dénuement et la folie avant de percer dans le cinéma. Sa mère épilpetique la battait régulièrement et essaya même une fois de la poignarder dans son sommeil avant de faire une crise d'épilepsie. Clara elle-même, Cosette américaine, souffrit toute sa vie de troubles mentaux et de dépressions, le mode de vie d'actrice superstar n'arrangeant rien. Mais elle perça et devint la plus grande actrice de son temps, devenant la It Girl, selon l'expression d'Elinor Glyn. Sa filmographie comprend entre autres The Plastic Age (1925), Wings (1927) et It (1927). Elle se retira définitivement du monde du cinéma en 1933 après Hoopla. Grande actrice. L'idole de Louise Brooks, d'ailleurs.