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mardi 29 novembre 2011

Documentaire sur Johnnie To

Johnnie To got his gun
Yves Montmayeur a sorti en 2010 "Johnnie Got His Gun !", documentaire consacré au réalisateur et producteur Hong-kongais Johnnie To. Comme son titre l'indique, ce documentaire délaisse les comédies romantiques comme Needing You (2000) et Yesterday Once More (2004) pour se consacrer à la facette la plus connue et la plus appréciée de Johnnie To : les polars et les films sur la triade. Yves Montmayeur suit donc Johnnie To sur les tournages de plusieurs films dont les chefs-d’œuvre Breaking News (2004) et Exilés (2005), ainsi qu'au Festival de Cannes lors de la sortie d'Election, pour finir, en 2010, sur le tournage de Life without Principles, présenté en septembre dernier lors du Festival de Venise.

johnnie to got his gun
Il est beaucoup question d'armes à feu dans le documentaire !

"Johnnie Got His Gun !" regorge de scènes passionnantes et très instructives pour tout amateur de Johnnie To. Par exemple, lorsque Cheng Sui-Keung, le directeur de la photographie attitré de To, explique la répétition et le tournage - en une seule prise - du plan-séquence d'ouverture de Breaking News. De même, lorsque Johnnie To explique l'importance de l'éclairage artificielle dans le film nocturne PTU. Ou encore lorsque l'acteur Simon Yam déambule dans les décors inachevés de ce qui deviendra l'hôtel-bordel où se déroule la fusillade finale d'Exilés.

johnnie to got his gun
Photo du tournage d'Exilés.

Johnnie To explique comment il travaillé son style en œuvrant pendant près de vingt ans pour la télévision, allant jusqu'à filmer vingt scènes par jour. A l'âge de 12-13, il avait eu une "révélation" en voyant Pour une poignée de dollars de Sergio Leone. Aujourd'hui, on peut aisément dire que Johnnie To est, comme Sergio Leone, passé maître dans la mise en scène des duels et des fusillades. Il déclare d'ailleurs filmer les scènes de pistolets comme des combats d'épées. Chaque balle, chaque tir a son importance et sa raison d'être.


Ci-dessus, un extrait du tournage de Breaking News.

vendredi 13 mai 2011

Patrick Yau - Expect the Unexpected (1998)



Un film chinois. Hong-Kongais faut-il préciser, car en 1998 le litige entre Hong-Kong et la Chine était à son climax. A cette époque politique charnière pour l'empire du milieu, un dilemme se posa pour les producteur de cinéma. Partir aux États-Unis gagner de l'argent et faire des films de merde (John Woo) ou rester en Chine et développer un cinéma national avec un budget limité mais des idées plein la tête. Johnnie To, le Jean-Pierre Melville aux yeux bridés, en imperméable et en ray-ban, n'a pas réfléchi longtemps. Il a choisi de rester en Chine et de fonder en 1997 sa propre maison de production, Milky Way. A raison, puisqu'en 1999, Johnnie To connait un succès international avec The Mission, une bombe de fraicheur salutaire. Jusqu'à maintenant (2011), Johnnie To a réalisé des chefs-d’œuvre incontestables dont Breaking News (2004) et Exilé (2006). Ce sont deux seuls exemples mais la liste est en cours. To est un metteur en scène imparable.



Donc Johnnie To choisit de rester en Chine. Expect the Unexpected est produit par Johnnie To mais est réalisé par Patrick Yau, un autre orfèvre du polar chinois hautement influencé par Jean-Pierre Melville mais qui dépasse le Melville pour porter l'action en milieu urbain chinois (donc très dense). Au héros solitaire et mélancolique melvillien succède le triadeux faussement altruiste et adepte de la gâchette hasardeuse (AK47 pour ton voisin). Un genre de polar qui connait son âge d'or depuis dix ans, quand on s'est rendu compte que Hong-Kong et Johnnie étaient les seuls inventeurs du polar actuel. En France, on s'en fout encore moyennement mais Johnnie To embauche quand même des acteurs français (belges ?) comme Johnny Halliday.



J'ai lu ça et là qu'Expect the Unexpected, à cause de son dénouement étonnant, était une métaphore de la fin de Hong-Kong et de la suprématie de la Chine. Il faudrait m'expliquer. Comme le tire du film l'annonce, la fin du film est inattendue, c'est pourquoi je ne la dévoilerai pas. En revanche, donner une portée politique à ce film est une fraude ultime. En quoi ce film serait plus politique que The Mission ou Breaking News, et tant d'autres films de Johnnie To (et de Patrick Yau) que j'ai tous vus ? Il y a comme une sorte de chasse aux sorcières aux cinéastes chinois qui vient des occidentaux et qui est insupportable. Que Johnnie To ou Patrick Yau réalisent un meilleur film que Luc Besson (avec un budget moindre) me paraît normal (cf Banlieue 13). C'est une question de talent.


Peu importe, Johnnie To fait partie du jury de l'auto-célébration mondaine et financière du Festival de Cannes. Mais c'est trop facile de taper sur l'ambulance. Quand Sono Sion aura la Palme d'Or, j’applaudirai. Pas avant.

samedi 19 décembre 2009

Johnnie To - Vengeance (2009)


Vengeance ou : quand Johnnie (To) rencontre Johnny (Hallyday), chanteur et acteur belge franco-suisse ex-quasi monégasque. Johnny, quoi. Dans ce film sorti en grandes pompes au Festival de Cannes, Johnny Hallyday reprend un rôle initialement prévu pour Alain Delon, qui a décliné la proposition après la lecture du scénario. Il a pourtant accepté de jouer dans Astérix aux Jeux Olympiques. Pour le coup, il n’avait pas dû lire le scénario. Étrange personnage que Delon.



Le scénario est simple : héros vieilli et malade, Costello (même nom que le héros du Samouraï de Jean-Pierre Melville, interprété par Alain Delon à l’époque…) veut venger le massacre de la famille de sa fille à Hong-Kong. Pour parvenir à ses fins, il engage trois tueurs professionnels rencontrés par hasard dans son hôtel lors de l’exécution d’un contrat. La vengeance commence.


L'ambiance se veut ici familiale et bon enfant, comme dans bon nombre de films de Johnnie To (les fameux "potes gangsters"...). Sur un scénario écrit par l'habituel Wai Ka Fai, To tourne avec ses acteurs habituels : Anthony Wong, Lam Ka-tung, Lam Suet et Simon Yam. La première moitié du film est très classique avec un scénario bien ficelé mais prévisible. C’est justement quand on se dit que tout est trop prévisible que le film prend toute sa dimension et son originalité. On assiste alors à une scène de fusillade haut-de-gamme et novatrice dans une déchetterie aux abords de Macao (Johnnie To réinvente au moins une fois par film les fusillades, on se demande où il va chercher tout ça), un revirement complètement mystique de Johnny Hallyday et une question éthique pour gangsters : « qu’est-ce que la vengeance ? »


Au final, Vengeance est un bon polar, avec pas mal de temps morts et un rythme assez lent mais une bonne ambiance. Les dialogues sont réduits au strict minimum, Johnny Hallyday n’a presque aucun dialogue. To préfère faire parler un gros plan sur un flingue ou sur le regard d'un Johnny. monolithique. On retrouve les scènes habituelles chez To : la cuisine, la bouffe, la préparation des flingues, les défis d’adresse au tir entre gangsters, les fusillades en plein air ou dans des immeubles exigus, les opérations chirurgicales clandestines et les planques en milieu rural. Le tout emballé par une maîtrise de la mise scène qui n’étonne plus personne (par habitude de l’excellence) mais qui n’est pas à la portée du premier chien coiffé. Johnnie To est décidément un très grand réalisateur.


Bombance, duel d'adresse et taquinerie entre tueurs à gages : une scène 100% Johnnie To.

samedi 7 novembre 2009

Johnnie To - A Hero Never Dies (1998)


Un an avant The Mission et la reconnaissance internationale, Johnnie To a réalisé A Hero Never Dies, l'histoire de Jack et Martin, deux gardes du corps qui s'aiment bien mais qui travaillent pour deux chefs de triade qui se font la guerre. Un jour, leurs chefs décident de se débarrasser d'eux. Jack et Martin vont alors s'allier pour se venger.

Martin (Ching Wan Lau) et sa copine Fiona (Fiona Leung).

Martin en bonne compagnie.

Le film comporte deux grandes scènes: la première est une confrontation "amicale" entre Jack et Martin dans un bar où il s'amusent à casser des verres de vin avec une pièce de monnaie. La seconde est une fusillade dans un hôtel thaïlandais. Du grand art.


Jack (Leon Lai) flingue de jour comme de nuit.

Cet homme va-t-il bientôt mourir ?

Le générique du film est "Sukiyaki" du groupe américain A Taste of Honey (une adaptation d'une chanson japonaise de Kyu Sakamoto sortie en 1961). Cette chanson a été reprise en partie par Snoop Doggy Dogg en 1993 dans sa reprise de Slick Rick, "Lodi Dodi". Ci-dessous, un extrait de la scène du bar où Jack et Martin gâchent du vin hors de prix.

vendredi 27 mars 2009

Johnnie To - Breaking News (2004)


Johnnie To. Réalisateur et producteur hong-kongais de très bon goût. Satkhanoviste de la pellicule, on lui doit les chefs-d'œuvre que sont The Mission (1999), Fulltime Killer (2001) et Exiled (2006). Trois polars où To réinvente les scènes de fusillades et fait évoluer le statut de gangster, après Jean-Pierre Melville et John Woo. C'est bien ça: Johnnie To est le successeur de John Woo. On se demande même qui est le meilleur, en comparant The Killer à The Mission ou Exiled à A Better Tomorrow 2. Impossible de trancher. To semble moins chevaleresque mais s'avère un metteur en scène hors pair.

Tout misogyne qu'il est, Johnnie To n'oublie pas de donner le beau rôle à une femme, ici Kelly Chen, sublime, froide et brûlante.

Pour ce qui est de la mise en scène, Breaking News est un sommet du genre. A partir d'un scénario très mince (des gangsters poursuivis par la police et coincés dans un immeuble), To réalise un film haletant sans temps mort. Dans ce film, quatre gangsters organisant un méfait sont découverts dès le début du film par la police. L'embuscade tourne mal et les gangsters s'échappent, ce devant une équipe de télé qui s'empresse de diffuser la défaite policière. La population hong-kongaise conspue alors la police.

Sam Luet, père de famille pris en otage par des gangsters humanistes.

Les gangsters font la bouffe avec plaisir. Un temps mort dans le récit qu'apprécie Johnnie To.

La chasse aux gangsters va vite virer au show télévisé quand la police décide d'organiser leur intervention comme un sitcom. Il ne s'agit plus d'une intervention policière mais d'une guerre médiatique. La police se fait d'ailleurs prendre à son jeu quand les gangsters diffusent par internet leurs propres images de la prise d'otages. Un huis clos très convaincant. Johnnie To est particulièrement brillant quand il donne âme aux gangsters et les fait préparer le repas avec leurs otages (dont Sam Luet en père de famille !). Le repas, scène typique des films de To, tout comme les discussions entre gangsters pendant les fusillades (courtesy of John Woo ?)




Ci-dessus, le début du film, un plan séquence de sept minutes qui vaut le coup, contrairement au plan séquence parfaitement gratuit de Brian de Palma dans Mission To Mars. Cette séquence est à l'image de Johnnie To: un metteur en scène de génie qui transcende l'histoire la plus banale. Mais pas au point d'être aussi banale qu'un barbecue entre astronautes sur le départ. Ne soyons pas ridicules. Il s'agit ici d'une affaire de police.