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lundi 26 décembre 2016

Xenophon, l'Armée Rouge Japonaise et le cinéma d'avant-garde

Le cinéma révolutionnaire d’extrême gauche japonais de la fin des années 60, incarné par Koji Wakamatsu et Masao Adachi, ainsi que l’activisme terroriste de l’Armée Rouge Japonaise, suscitent depuis quelques mois un regain d’intérêt : en plus de rétrospectives et de livres consacrés à Koji Wakamatsu et Masao Adachi, on constate la sortie de trois documentaires : Children of the Revolution de Shane O’Sullivan, Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution – Masoa Adachi de Philippe Grandrieux, et enfin, L’Anabase de May et Fusako Shigenobu, Masao Adachi, et 27 années sans images d’Éric Baudelaire, qui nous a accordé un entretien. Retour sur ce mouvement politique méconnu en France.


Du Japon à la Palestine... des manifestations étudiantes au terrorisme international


Revenons d’abord sur quelques points historiques afin d’expliquer l’essor de l’Armée Rouge Japonaise , racontée en détails par Michael Prazan dans le livre Les Fanatiques, histoire de l’Armée Rouge Japonaise. En avril 1968, plus de 200 universités se mettent en grève après la découverte d’un scandale financier à Nichidai, l’université la plus défavorisée de Tokyo. Dans un contexte politique particulièrement violent où des étudiants nationalistes et d’extrême gauche contestent le renouvellement du Traité Mutuel de Sécurité Etats-Unis-Japon (AMPO) ainsi que l’engagement du pays du soleil levant dans la guerre du Vietnam, les manifestations tournent en affrontements entre les étudiants et les forces de l’ordre. Dès 1969, le mouvement se radicalise avec la création de la Faction Armée Rouge, une armée clandestine qui n’hésite pas à commettre des attentats contre la police et fomenter un attentat – déjoué – contre le Premier ministre japonais. Le 31 mars 1970, neuf membres de la Faction Armée Rouge détournent un avion de la Japan Airlines vers la Corée du Nord.

En 1971, la Faction Armée Rouge se sépare en deux branches : l’Armée Rouge Unifiée et l’Armée Rouge Japonaise (ARJ). L’Armée Rouge Unifiée, dans une descente aux enfers mise en scène en 2008 par Koji Wakamatsu dans United Red Army, ne fera pas long feu. A l’occasion d’un camp de formation militaire, 14 membres de l’Armée Rouge Unifiée (dont une femme enceinte de huit mois) sont battus et torturés à mort par leurs camarades lors de séances d’autocritiques. Cette dérive morbide et grotesque se terminera par la prise d’otage d’une aubergiste par cinq membres de l’Armée Rouge Unifiée, retransmise en direct à la télévision. Bilan : neuf jours de prise d’otage et trois morts (deux policiers et un civil). Au Japon, cette histoire tragique met fin à l’activisme terroriste d’extrême gauche.

United Red Army de Koji Wakamatsu

Au même moment, Fusako Shigenobu et la douzaine de membres de l’ARJ sont au Liban, dans l’intention d’internationaliser son mouvement et de participer à la libération du peuple palestinien de l’oppression israélienne. L’ARJ se lie au Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), une organisation marxiste créée par George Abache. Parmi les actions perpétrées par l’ARJ, on peut citer l’attentat de l’aéroport Lod de Tel Aviv le 31 mai 1972 (26 morts), la prise d’otages de l’ambassade de France à La Haye en 1974, et l’attentat à la voiture piégée devant l’ambassade des États-Unis à Naples le 14 avril 1988 (5 morts). Le 8 novembre 2000, Fusako Shigenobu est arrêtée à Osaka et condamnée à vingt ans de prison pour falsification de passeports et tentative d’homicide involontaire pour l’organisation de l’occupation de l’ambassade de France à La Haye. L’ARJ est officiellement dissoute. Voilà pour le volet politique et militaire de l’histoire.

Les vies secrètes de Masao Adachi et May Shigenobu


L’histoire de l’ARJ est liée à celle du cinéma indépendant et contestataire de la fin des années 60. Masao Adachi personnifie à lui seul ce lien entre cinéma et action directe. Après avoir réalisé des films expérimentaux, il rencontre le réalisateur et producteur Koji Wakamatsu, pour lequel il tourne des détournements de films documentaires médicaux (Abortion et Birth Control Revolution) et des films politiques érotico-anarchistes (Sex Game et Female Student Guerilla). Il signe également les scenarii de plusieurs classiques de Wakamatsu dont Quand l’embryon part braconner (interdit au moins de 18 ans lors de sa ressortie en France en 2007) et Les Anges violés. Il joue également un second rôle dans La Pendaison de Nagisa Oshima (qui n’a pas encore réalisé L’Empire des sens).

Armée Rouge / FPLP : déclaration de guerre mondiale de Masao Adachi et Koji Wakamatsu

En 1971, Koji Wakamatsu, Masao Adachi, Nagisa Oshima et Kiju Yoshida (autre cinéaste d’extrême avant-garde) sont invités au Festival de Cannes. Avant de retourner au Japon, Wakamatsu et Adachi se rendent au Liban dans le but de filmer des résistants palestiniens. Ils font alors la connaissance de Fusako Shigenobu qui les présente à des représentants du FPLP dont l’écrivain Ghassan Kanafani et Leila Khaled. Après plusieurs semaines au Liban, en Syrie et en Jordanie, Wakamatsu et Adachi retournent au Japon pour monter le documentaire de propagande Armée Rouge / FPLP : déclaration de guerre mondiale. Il s’agit du dernier film d’Adachi jusqu’en 2007. En effet, en 1974, celui-ci retourne à Beyrouth pour filmer une suite à son film de propagande mais devient finalement membre à part entière de l’ARJ. Il vivra dans la clandestinité jusqu’à son arrestation au Liban en 1997 et son extradition au Japon en 2000. Emprisonné pour falsification de passeports, il est libéré au bout de 18 mois. En décembre 2010, la Cinémathèque française a organisé une rétrospective de ses films. Ne pouvant quitter le Japon – le gouvernement le lui refuse – Adachi s’est adressé au public français dans une vidéo (voir ci, de la 37è à 52è minute).

Une seconde personne a vécu dans la clandestinité pendant 27 ans : May Shigenobu, la fille de Fusako, née le 1er mars 1973 au Liban. En 2001, après l’arrestation de sa mère au Japon, May devient officiellement japonaise. En 2002, elle publie une autobiographie : De la Palestine au pays des cerisiers : 28 années avec ma mère, malheureusement seulement disponible en japonais. Interrogée en octobre dernier par la BBC, elle s’exprime sur sa vie clandestine au Moyen-Orient. Elle travaille actuellement comme commentateur politique, journaliste et spécialiste du Moyen-Orient pour la chaîne de télévision, Asahi Newstar. En 2010, elle apparaît dans le documentaire de Shane O’Sullivan, Children of the Revolution, consacré à deux personnalités du terrorisme des années 70 : Ulrike Meinhof et Fusako Shigenobu.

Fusako et May Shigenobu dans les années 1970

Masao Adachi et May Shigenobu sont les deux protagonistes du film d’Eric Baudelaire, L’Anabase de May et Fusako Shigenobu, Masao Adachi, et 27 années sans images.

Xenophon, Eric Baudelaire et l'anabase


Anabase est le nom donné depuis Xenophon au retour difficile, voire erratique, vers chez soi. Un terme approprié pour Masao Adachi, Fusako et May Shigenobu, qui sont donc « revenus » au Japon après 27 ans de clandestinité. L’Anabase d’Éric Baudelaire est une exposition en trois parties qui comprend une série d’affiches en monochrome noir (des portraits des membres de l’ARJ, des photographies d’enfance de May et des images extraites des films de Masao Adachi autour de la notion de la révolution) ; un catalogue établissant la chronologie de l’ARJ et expliquant la démarche d’Éric Baudelaire (disponible ici) ; et enfin un film de 66 minutes. Dans le catalogue de l’exposition, Jean-Pierre Rehm commente : « tournées en Super 8 mm, et comme dans la veine du fukeiron, des vues de Tokyo et de Beyrouth aujourd’hui se mêlent à quelques images d’archives, de télévision, à des extraits de films, pour dérouler le décor sur lequel les voix de May et d’Adachi vont faire remonter leur mémoire. Il y est question de vie quotidienne, d’être une petite fille dans la clandestinité, d’exil, de politique, de cinéma, et de leurs rapports fascinés. Pas une enquête, une anamnèse morcelée ».



Éric Baudelaire nous explique ici sa démarche.

La genèse du projet


« En 2008, j’étais pensionnaire à la villa Kujuyama à Kyoto. J’ai regardé de près l’histoire de la gauche japonaise, le mouvement étudiant contestataire, qui a eu une grande ampleur dans les années 1968-69. J’ai trouvé intéressante la manière dont ce mouvement s’est plus ou moins autodétruit suite à la décision d’entrer en clandestinité. J’ai ainsi découvert l’histoire de Fusako Shigenobu et son curieux départ pour le Moyen-Orient. En faisant des recherches, j’ai appris que Fusako avait eu une fille, May. J’ai commencé une série d’entretiens avec elle sans trop savoir où on irait. Deux ans plus tard, après avoir vu les films de Masao Adachi, j’ai compris l’importance de celui-ci en tant que scénariste, réalisateur et militant politique. Il y avait quelque chose à faire autour de ces deux histoires ».

Le fukeiron ou la « théorie du paysage »


« Je me suis intéressé au fukeiron, la « théorie du paysage », issue du film AKA Serial Killer, tourné en 1969 par un collectif de réalisateurs dont Masao Adachi, à la suite d’un fait divers : Norio Nayagama, un jeune homme de 19 ans, avait volé une arme dans une base militaire américaine et avait tué quatre personnes. Pour comprendre l’histoire de ce tueur, ils ont commencé à faire une série de repérages en filmant les lieux dans lesquels cet homme avait vécu de sa naissance à son arrestation. En filmant ces paysages, ils ont compris que ces repérages étaient le film lui-même. D’où la théorie qui veut que les structures du pouvoir se dissimulent dans les paysages et conditionnent les gestes des hommes. Après 1969, cette théorie n’a vraiment jamais utilisé. Adachi et Wakamatsu sont partis à Beyrouth en 1971 avec l’idée de faire un film autour de la théorie du paysage mais très rapidement leur film est devenu un documentaire de propagande ».

« J’aimais bien l’idée de réactiver cette théorie près de 40 ans plus tard pour la retourner sur son auteur, pour comprendre l’itinéraire de Masao Adachi, de May Shigenobu et de l’Armée Rouge Japonaise, en allant au Japon et à Beyrouth, dans les lieux où ils ont agi ».

La rencontre avec Masao Adachi


« Quand j’ai contacté Masao Adachi pour savoir s’il participerait au film, il m’a imposé une condition : que je filme certaines images pour lui lorsque je serai au Liban. Si Adachi me demande cela, c’est qu’il a l’idée que ces images remplaceront en quelque sorte celles qu’il a tournées (200 heures de pellicules) dans les années 70 et qui ont disparu dans un bombardement en 1982. Dans le dispositif de mon film, on comprend que certaines images qu’on voit sont des images de fukeiron d’Adachi qu’il m’a demandé de filmer. Quelque chose se joue entre le sujet et l’auteur du documentaire. Il y a une mise en abîme de la question de l’auteur à l’intérieur même du film ».

[Article initialement publié le 3 janvier 2012]

jeudi 14 mars 2013

Masterclass de Sono Sion au Festival asiatique de Deauville


Sono Sion était l'invité d'honneur du 15ème Festival asiatique de Deauville, qui s'est déroulé du 6 au 10 mars 2013. Plusieurs films de Sono Sion ont été projetés : I am Sono Sion (1985), Love (1986), The Room (1992), Bad Film (1995), I am Keiko (1997), Suicide Club (2001) et The Land of Hope (2012). Le réalisateur japonais s'est également prêté au jeu de la Masterclass, interrogé par Stéphane du Mesnildot, spécialiste du cinéma nippon. Voici la vidéo de cette Masterclass :



Pour en savoir plus, lire cette interview de Sono Sion datée du 6 février 2010. Sono Sion y revient sur plusieurs film de sa carrière ainsi que sur des projets toujours non finalisés, comme le biopic sur Varg Vikernes, chanteur de Burzum, groupe phare de la scène de back metal en Norvège. Une histoire trash qui n'est pas sans rappeler les ambiances de Cold Fish...

samedi 9 février 2013

Ryuichi Honda - Pussycat Great Mission (2004)

Ryuichi Honda est un fan des années 60. Son film le plus célèbre est peut-être GS Wonderland, une comédie assez réussie sur le mouvement pop-rock Great Sounds, inspiré des Beatles, qui déferla sur l'archipel nippon à la fin des années 60. C'est toujours agréable d'écouter The Spiders, The Carnabeats, The Mops ou The Golden Cups (leur morceau "LSD Blues" à écouter ici). Ce n'est pas original mais c'est rafraichissant et plein d'énergie. Avant GS Wonderland, Ryuichi Honda a rendu hommage à un autre courant sixties : les films de sexploitation, notamment ceux de Russ Meyer. En 2004, à l'occasion de la sortie DVD de Faster, Pussycat! Kill! Kill!, il se voit proposer la réalisation d'un moyen métrage (43 minutes). Il accepte.

La contre-plongée est de rigueur pour ce film.
Pussycat Great Mission! reprend les principaux éléments de Faster, Pussycat! Kill! Kill! Trois jeunes femmes sexy à forte poitrine sont en cavale dans le Japon rural. Elles sillonnent les routes à bord d'un pick-up... dans lequel se trouve le cadavre d'un homme. Qui est-il ? Pourquoi est-il mort ? Nous ne le saurons pas. Interpelées par un policier pour excès de vitesse, les trois jeunes femmes provocantes (les combinaisons en latex et autres tops ultra-moulants remplacent le kimono traditionnel) ne vont pas réfléchir à deux fois pour user de violence. Harry (oui, c'est apparemment un prénom féminin), décalque de Tura Satana, interprétée par la plantureuse Kei Mizutani, boxe à mort le policier. Au moment du meurtre, un camion conduit par une jeune fille, croise les trois bad girls. Ni une ni deux, celles-ci remontent dans leur pick-up à la poursuite du témoin potentiel.

Ce policier n'aura pas vraiment le temps de se détendre.
Pussycat Great Mission!, un film sur la libération sexuelle.
L'une des Pussycats est danseuse. Et très chaude.
Pussycat Great Mission! est visiblement tourné avec un budget très limité.Mais l'ssentiel est là : prêcher la bonne parole russmeyeresque au Japon. Le trio des Pussycat est menée par la froide tueuse Harry (Kei Mizutani), le corps bien serré dans sa combinaison moulante... mais accusée d'être frigide. La rigolote de la bande est interprétée par Nao Eguchi (connue pour ses photos de charme). Yukari Nunokawa joue le rôle la pussycat bien obéissante et amoureuse de Kei Mizutani. Ce trio se frote à une faune locale un peu freak, comme dans les films de Russ Meyer. Ici, on a le droit à un riche propriétaire en chaise-roulante (sa jambe a été mangée par un requin !) qui vit reclus avec deux serviteurs : un colosse muet et une jeune fille innocente (Chiharu Muraishi, en maillot de bain pendant tout le film).

Nao Eguchi : la danseuse très chaude des Pussycats.
Chiharu Muraishi, l'ingénue de service.
Pussycat Great Mission! n'atteint pas la qualité des films de Russ Meyer. Mais ça reste un bon divertissement de 43 minutes.

dimanche 20 janvier 2013

Takashi Miike - For Love's Sake (2012)

Avec For Love's Sake, Takashi Miike adapte une nouvelle fois un manga : Ai to Makoto. Très populaire dans les années 70, ce manga a déjà été adapté à l'écran à plusieurs reprises : une série TV en 74-75 et trois films entre 1974 et 1976. Trente-six ans plus tard, le stakhanoviste de la pellicule Takashi Miike décide de s'y mettre. Depuis quelques années, Takashi Miike adapte beaucoup de mangas et de dessins animés : Crows Zero, Crows Zero 2, Yatterman, Ninja Kids! et donc Ai to Makoto. A ce rythme-là, Takashi Miike sera plus connu pour ses adaptations de manga que ses films de yakuzas.

Une des meilleures scènes du film : danse dans un bar à hôtesses.

Ai to Makoto raconte l'histoire d'amour entre Ai Saotome, une fille d'une famille riche, et de Makoto Taiga, un jeune bagarreur d'une famille pauvre. L'amour d'Ai (qui signifie justement "amour") pour Makoto (qui signifie "fidélité") remonte à l'enfance, le jour où le jeune garçon a porté secours à Ai, qui skiait tout schuss sur une piste noire sans pouvoir s'arrêter. Ce geste héroïque n'est pas sans conséquence pour Makoto : celui-ci se blesse au front, lui laissant une large cicatrice pour le reste de sa vie. Ai tombe immédiatement amoureuse de son nouveau "chevalier" mais celui-ci lui témoigne son hostilité : il lui explique que s'il avait su qu'elle était la fille d'une famille riche, il ne l'aurait pas secourue. Dix ans plus tard, Ai et Makoto se retrouvent à Tokyo. Si la jeune fille est une lycéenne modèle, Makoto passe son temps à cogner tout ce qui bouge (y compris des yakuzas) et se retrouve dans un lycée de cas sociaux.

Emi Takei dans le rôle de la samaritaine Ai Saotome.
Satoshi Tsumabuki dans le rôle du mauvais garçon torturé Makoto.

Toujours éperdument éprise de Makoto, Ai demande à son père (homme riche et respecté) de faire intégrer le jeune délinquant dans un lycée prestigieux (genre Janson de Sailly). Ai espère ainsi éloigner de la violence (douce vision rousseauiste) et gagner enfin son amour. Peine perdue : le rebelle sans cause frappe un professeur dès le premier jour. Il est donc expédié au lycée Hanazono : le lycée de cas sociaux où ne règne que la violence. Makoto va vite marquer son territoire en s'attaquant à un puissant gang de filles, dirigée par la teigne Gumko (interprétée par Sakura Ando, cheftaine de la secte Zéro dans Love Exposure de Sono Sion). Makoto va ensuite fréquenter Yuki, une lycéenne mystérieuse au visage d'ange triste... De son côté, Ai ne désespère toujours pas de conquérir le cœur de Makoto.

Sakura Ando à la tête d'un gang de jeunes filles.
Ito Ono, 17 ans, dans le rôle de la mystérieuse Yuki.

Avec For Love's Sake, Takashi Miike renoue avec un genre qu'il avait déjà abordé en 2001 avec La Mélodie du malheur : la comédie musicale. For Love's Sake contient six ou sept chansons kitschissimes qui s'intègrent plutôt bien au film. Comme dans le récent Ace Attorney, les décors du films sont un des points forts du film, surtout le lycée Hanazono et le bar à hôtesses dans lequel travaille brièvement Ai. Miike a toujours quelques éclairs de génie dans la mise en scène. C'est le cas dans la scène littéralement théâtrale dans laquelle Yuki raconte son enfance. Simple et efficace. En son temps, Seijun Suzuki aurait pu imaginer une telle mise en scène.

Joli décor de studio.

Malgré ces bons points, For Love's Sake est loin d'être une grande réussite. Le film est trop long (2h13) et souffre de plusieurs baisses de régime. Surtout, c'est le scénario qui n'est pas très stimulant. Miike s'attache surtout à raconter la bluette entre Ai et Makoto et à filmer des bagarres ennuyeuses (heureusement moins longues que Crows Zero). Miike fait l'impasse sur l'élément fondamental de l'incompréhension entre Ai et Makoto : les différences sociales. Dommage. For Love's Sake est donc un film moyen, ce qui est devenu la norme pour Takashi Miike depuis de longues années.

vendredi 23 novembre 2012

Yasujiro Ozu - Mon épouse, cette nuit (1930)

Mon épouse, cette nuit (その夜の妻 / Sono Yo No Tsuma en japonais et That Night's Wife en anglais) est le seizième film de Yasujiro Ozu. Tourné de mai à juillet 1930, ce film muet est une adaptation du livre d'Oscar Shisgall, From Nine to Nine (aujourd'hui complètement oublié), tout juste publié en épisodes dans la revue Shin Seinen. Comme le titre du livre l'indique, l'intrigue se déroule entre 9 heures du soir et 9 heures du matin. Mon épouse, cette nuit est un drame social à suspens tourné au trois-quarts en huis-clos. Six des sept bobines du film ont été tournées dans le même décor.

A droite, Tokihiko Okada et ses faux airs de Johnny Depp.

L'histoire est simple :pour payer le traitement médical de sa petite fille malade, Shuji Hashizume (Tokihiko Okada), un artiste fauché, braque à main armée un magasin. Poursuivi par la police, il réussi à s'échapper en taxi et rentrer à son domicile où l'attend sa femme, Mayumi (Yagumo Emiko), qui veille depuis deux jours sans dormir sur la petite fille malade. Quand Shuji arrive chez lui, il apprend que sa fille est entre la vie et la mort. Il se réjouit malgré tout d'avoir pu trouver de l'argent pour payer le médecin. Soudain, on frappe à la porte : le chauffeur de taxi fait son apparition et on apprend qu'il est en réalité un policier (Yamamoto Togo). Alors qu'il est sur le point d'arrêter Shuji, Mayumi se saisit de l'arme à feu de son mari et menace le policier. Un accord est passé entre ce drôle de trio : si au matin la petite fille va mieux, le policier pourra arrêter Shuji... S'ensuit une nuit blanche au cours de laquelle la tension monte peu à peu.

Yagumo Emiko et Tokihiko Okada : couple prolétaire.
Passé la première scène d'action (le braquage et la fuite de Shuji),le film bascule dans le drame social psychologique avec un quatuor d'acteurs réunis dans quelques mètres carrés : le mari braqueur par nécessité, la femme désespérée mais compréhensive, la fille malade et le policier pris de pitié pour cette famille démunie. En enchaînant les gros plans et les plans plus larges, Yasujiro Ozu se repose surtout sur la prestation de ses acteurs. Et il fait bien puisqu'ils sont très bons. Le policier joue le rôle du dur à cuire impassible qui, finalement, est ému par cette famille pauvre. Le braqueur, Tokihiko Okada, joue le beau gosse aux faux airs de Johnny Depp. Sa femme joue les héroïnes dévouées au dernier degré en approuvant les actions de son ami, allant jusqu'à menacer le policier intrusif. Quant à la petite fille, elle geint et émeut comme il faut. Avec ce suspens bien entretenu : Shuji sera-t-il arrêté par le policier au petit matin ?

Moment de tension : en cavale, Tokihoko téléphone pour avoir des nouvelles de sa fille.

Yasujiro Ozu s'est exprimé sur le tournage de ce film : "l’acteur Tokihiko Okada y a joué pour moi pour la pre­mière fois. En dehors de la pre­mière bobine, les six autres furent tour­nées entiè­re­ment sur ce même pla­teau. La conti­nuité de ce film m’a vrai­ment posé des pro­blè­mes. Ce fut dif­fi­cile, mais j’ai beau­coup appris. M. Kido, le pré­si­dent de la com­pa­gnie, m’a féli­cité et m’a dit de pren­dre des vacan­ces dans une sta­tion ther­male".

Yamamoto Togo : juste un flic.
Mon épouse, cette nuit a été projeté dans des conditions idéales le 23 novembre à la Maison de la Culture du Japon à Paris (MCJP) : copié restaurée, accompagnement au piano et narration par un benshi ! L’art du benshi consiste à présenter les films muets, à commenter l’action à l’écran en révélant le contexte et les dialogues.


Extrait de Mon épouse, cette nuit d'Ozu (1930) [la projection est un poil trop rapide]

mercredi 21 novembre 2012

Masao Adachi et le bus de la révolution (écrits sur le cinéma, la guérilla et l'avant-garde)

Les éditions Rouge Profond viennent de publier la première monographie française consacrée au réalisateur japonais Masao Adachi. Le titre est savoureux : Le Bus de la révolution passera bientôt près de chez toi. Écrits sur le cinéma, la guérilla et l'avant-garde (1963-2010). On y trouve des textes autobiographiques, critiques et théoriques sur le cinéma d'avant-garde et révolutionnaire des années 60. Rappelons que Masao Adachi est le réalisateur de treize films dont Sex Game et Female Student Guerilla. Il a également joué l'acteur pour Nagisa Oshima et a écrit pas moins de 23 scénario pour Koji Wakamatsu entre 1966 et 1972. On peut citer le désormais classique Quand l'embryon part braconner et La Femme qui voulait mourir.

Masao Adachi sur le tournage de Le Bol en 1961.

De formation universitaire, Masao Adachi aime manier le concept et la théorie dans ses écrits sur le cinéma. C'est parfois un peu trop au sérieux, trop universitaire. Malgré tout, on apprend beaucoup de choses sur l'avant-garde japonaise des années 60, l'effervescence du milieu cinématographique. Au début des années 70, Masao Adachi décide prolonger la révolution du cinéma par la révolution terroriste en rejoignant le Front populaire de libération de la Palestine. Il s'en explique clairement dans de longs textes.

Pour les moins familiers de l'oeuvre de Masao Adachi, voici un extrait de sa "lettre au spectateurs français", rédigée à l'occasion de la rétrospective de son œuvre à la Cinémathèque française en 2010.

Titres des films de Masao Adachi.
Lorsque j'étais étudiant, la seule école où l'on pouvait étudier le cinéma était le département de cinéma à l'Université Nihon. Il commençait à y avoir des écoles qui enseignaient le technique. Mais moi, je suis allé à la fac. Cette Université étais alors une sorte de repaire d'étudiants passionnés. Nous étions tous fascinés par le mouvement surréaliste, certains d'entre nous appartenaient à des groupes néo-dada. En fréquentant ces camarades, j'ai été très influencé par le surréalisme, je l'ai même considéré comme le plus important courant de pensée à m'avoir construit. Ma conception théorique et ma conception pratique du cinéma sont toute deux ancrées dans ce mouvement.

Au sortir de l'université, la plupart ont commencé à travailler. Après avoir réalisé Le Bol et Vagin Clos, j'ai travaillé dans le but de ressembler le budget nécessaire afin de tourner les films qu'on voulait faire notamment dans des productions de spots publicitaires ou des documentaires. Bien sûr que ces expériences étaient intéressantes, mais j'avais toujours en tête de gagner de l'argent pour financer nos propres films.

Image de Galaxy (1967).
Par la suite, j'ai créé avec mes aînés le Van Institute for Cinematic Science, dont le nom paraît un peu austère. Nous y avons approfondi nos idées et y avons débattu. Pendant ce temps-là, le commerce du cinéma continuait d'évoluer. Du coup, nous aussi, il fallait s'y mettre pour de bon. Alors, j'ai frappé à la porte de Wakamatsu qui avait présenté Les Secrets derrière le mur au Festival de Berlin. Le film fut traité de honte nationale ! Pour lui, j'ai écrit de nombreux scénarios. J'ai aussi réalisé quelques films à petit budget, toujours dans le champs du cinéma pink. J'ai également travaillé avec Nagisa Oshima, un ami avec qui je buvais souvent dans les bars. Il m'a proposé de collaborer avec lui. C'était une époque plus simple, les réalisateurs pouvaient facilement s'entraider s'ils s'entendaient bien. C'est ce que je pense avec le recul. Je parle souvent du "cinéma comme mouvement", et non du cinéma d'auteur.

Après le mouvement néo-dada, les échanges avec des artistes et des auteurs m'ont énormément enrichi. ils m'ont beaucoup appris. Beaucoup d'amis m'ont permis de réfléchir à quel film je devrais faire et comment je devrais le faire. Ensemble, nous pensions que s'il y avait de moins en moins de films intéressants, c'était dû au déclin de la critique du cinéma. C'est ainsi que nous nous sommes intéressés à la critique cinématographique : il était temps de créer un lieu où l'on pouvait débattre des œuvres, pas juste pour les présenter ni donner nos impressions. Alors, nous avons publié une revue intitulée Critique cinématographique.

Image de Gushing Prayer (1970)
Puis, j'ai réalisé A.k.a Serial Killer. Plus tard j'ai développé la "théorie du paysage". Ma vie après cette période attire souvent plus d'attention. Mais c'est le même élan qui, après mon passage au Festival de Cannes avec Wakamatsu, m'a poussé à me rendre en Palestine pour voir la réalité de la lutte pour la libération. Avec des images tournées à cette occasion, nous avons réalisé Armée rouge/FPLP : Déclaration de guerre mondiale. Jusqu'alors je filmais des paysages selon ma "théorie du paysage", mais je voulais développer cette théorie en allant voir concrètement le paysage que je montrais. C'était ça, ma motivation. Voilà, en bref, mon parcours.

Ensuite, pendant des années, je suis resté avec des guérilleros palestiniens. C'était donc après trente-cinq ans d'absence que j'ai réalisé Prisonnier/Terroriste. Pour faire ce film, j'avais l'envie d'aller plus loin que Armée rouge/FPLP : Déclaration de guerre mondiale, qui avait plutôt la forme d'un documentaire journalistique, et de faire rebondir la "théorie du paysage". Moi-même j'ai été guérillero pendant de longues années. Je voulais faire face à cette réalité et en faire un film. C'est le thème du film. Voilà le chemin qui m'a mené jusqu'à aujourd'hui.

mercredi 17 octobre 2012

Koji Wakamatsu est mort (1936-2012)

Alors qu'il venait d'être élu "réalisateur asiatique de l'année" au Festival international du film de Busan, en Corée du Sud, Koji Wakamatsu vient de mourir à Tokyo, après avoir été percuté par un taxi. C'est un des réalisateurs les plus importants du Japon (et du reste du monde) qui s'éteint. très prolifique dans les années 1960-70, Koji Wakamatsu continuait de tourner et avait retrouvé une nouvelle vitalité ces dernières années.

Une des dernières photos de Koji Wakamatsu, au Festival de Busan.

En 2012, pas moins de trois films sont sortis dont Le Jour où Mishima a choisi son destin. En France, United Red Army, son film sur l'Armée Rouge Japonaise, avait connu un certain retentissement médiatique, alors qu'en 2007, son classique des années 60, Quand l'embryon part braconner, film sadien par excellence, avait été interdit au moins de 18 ans. La Cinémathèque française lui avait consacré une rétrospective en 2010. Cette même année, une première monographie en français avait été publiée : Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte (éditions IMHO).

 Image de La Vierge violente (1968)

Plusieurs billets sur koji Wakamatsu ont été écrits ici.

Critiques de films :

- Secrets Behind The Walls (1965)
- Quand l'embryon part braconner (1966)
- Season of Terror (1969)
- La Femme qui voulait mourir (1970)
- Serial Rapist (1978)

Interview de Koji Wakamatsu en 1970

Autour de Koji Wakamatsu :

- Sex Game de Masao Adachi (1968)
- Interview de Go Hirasawa sur l'Art Theatre Guild of Japan
Xenophon, l’Armée Rouge Japonaise et le cinéma d’avant-garde

samedi 8 septembre 2012

Sono Sion - Bicycle Sighs (1990)

Bicycle Sighs est le premier long-métrage de Sono Sion, réalisé après quatre courts-métrages (dont I Am Sono Sion !). On y trouve un Sono Sion très jeune, un film en 8mm sur le baseball et des êtres invisibles, des courses poursuites en bicyclette, un masque de dragon, des ours qui fument la pipes... Un premier film assez délirant qui fit le tour des festivals internationaux au début des années 1990.


Shiro (interpété par Sono Sion) et Keita, à peine vingt ans, sont deux amis d’enfance qui gagnent leur vie comme livreurs de journaux à bicyclette, dans la ville provinciale de Toyokawa (la ville de naissance de Sono Sion). Dans un Japon où la réussite professionnelle est primordiale, Shiro et Keita sont deux perdants. Si Shiro semble s'accommoder de cette situation, Keito commence à se poser des questions. Pour passer le temps, Shiro incite Keita à continuer à tourner un court-métrage qu'ils avaient commencé au lycée. L'histoire de jeunes gens qui jouent au baseball et sont bientôt accompagnés par un être (d'abord invisible) à la tête de dragon (vous avez dit surréalisme ?). Keita refuse de tourner le court-métrage, qui lui rappellent son amour perdu pour Kyoko, ancienne camarade de lycée partie étudier à Tokyo il y a trois ans.

Keita et Shiro sur bicyclette.
Les "êtes invisibles" du court-métrage.
Bicycle Sighs est rempli d'absurde et de désespoir, comme dans beaucoup de films de Sono Sion, mais la mise en scène est ici très "légère", avec un ton bon enfant, qu'on ne retrouvera pas dans les longs-métrages suivants : The Room (1992) et I Am Keiko (1997). Les extraits en noir et blanc du court-métrage sur le baseball et les "êtres invisibles" sont particulièrement drôles, comme un mélange de Godzilla/Bioman sous amphétamine tourné à l'époque du cinéma muet. Autre scène absurde : la conversation entre Teika et son père, transformé en... ours qui fume la pipe ! Pour l'anecdote, la voix du "papa-ours" est celle de Noboru Iguchi, réalisateur de films gore aujourd'hui bien connu. On lui doit notamment The Machine Girl, Zombie Ass et Sushi Dead. Noboru Iguchi a même réalisé plusieurs films pornographiques... comme Sono Sion ! Et tous deux ont réalisé des films pour la société de production Sushi Typhoon. C'est donc réjouissant de les voir réunis dans Bicycle Sighs, au début de leurs carrières.

Shiro (Sono Sion) au téléphone.
La jeune Kyoko filmée par Shiro. Upskirt alert.

Bicycle Sighs, comme les tous films de Sono Sion avant Suicide Club (2001), ne sont toujours pas disponibles en DVD malgré une reconnaissance croissante de l’œuvre du réalisateur depuis Love Exposure en 2008.

dimanche 29 juillet 2012

Sono Sion - Himizu (2011)


Alors que Guilty of Romance est le premier film de Sono Sion a être distribué en France (depuis le 27 juillet), Himizu, primé au festival du film de Venise en septembre 2011 et sorti en salles au Japon en début d'année, est disponible depuis quelques jours sur les sites consacrés au cinéma asiatique... avant une éventuelle sortie en France, qui sait ? Depuis l'excellent Love Exposure (2008), Sono Sion a gagné en notoriété et ses films suscitent de plus en plus d'intérêt - comme Cold Fish (2010), Guilty of Romance (2011) et, justement, Himizu.

Sumida, Keiko et leurs amis réfugiés.
Sumida au milieu des décombres.
Himizu est une adaptation d'un manga de Minoru Furuya, partiellement lisible ici. Sumida, 14 ans, vit avec sa mère (vaguement prostituée) dans une maison délabrée près d’un lac où il loue des bateaux. Son père a quitté le foyer et, quand sa mère part avec son nouvel amant, Sumida se retrouve seul. Il doit alors subvenir à ses propres besoins et abandonner l'école. Un malheur n'arrivant jamais seul, ces événements ont lieu juste après le tsunami qui a dévasté une partie du Japon en mars 2011. Sumida est donc entouré par quatre personnes sans domicile - qui ont tout perdu à cause du tsunami - et vivent dans des tentes à côté du lac. Ces personnes vont tout de même se révéler d'une grand aide pour Sumida, tout comme Keiko, une camarade de classe, amoureuse de lui.

Sumida version cinéma et version manga.

L'adaptation de Sono Sion est encore plus noire et dépressive que le manga, peu distrayant à l'origine. C'est de loin le film le plus noir de Sono Sion jusqu'à présent. Si la trame du manga est reprise dans le film, Sono Sion y a apporté plusieurs changements. Tout d'abord, le Japon post-tsunami. Immédiatement après le raz-de-marée qui a causé la mort de près de 20.000 personnes, Sono Sion a modifié son script pour y inscrire et a littéralement tourné au milieu des débris et des villes sinistrées. Le film est d'ailleurs compris entre deux travellings sur le paysage désolé nippon. Ensuite, Sono Sion n'a pas gardé tous les personnages du manga. Il a ainsi supprimé des amis de Sumida, dont un auteur de manga, mais a ajouté les réfugiés vivant dans des tentes au bord du lac. Il a également fait de Yoruno Chozo, l'ami de collège de Sumida, un homme âgé qui a perdu tous ses biens depuis le tsunami. Enfin, Sono Sion a concentré l'action sur le personnage de Sumida et sa crise existentielle  tandis que le manga s'attarde plus sur des personnages secondaires.

Un peu de couleurs pour changer de la boue.
Un drapeau nazi s'est invité sur le plateau de tournage de Himizu.
Brève apparition de Yoshitaka Yuriko six ans après le Testament de Noriko.

Si la distribution du film met en avant deux jeunes acteurs débutants (dans les rôles de Sumida et Keiko), on retrouve des acteurs déjà présents dans plusieurs films de Sono Sion, notamment Cold Fish. A noter l'apparition de Yoshitaka Yuriko (actrice dans le Testament de Noriko en 2005) et de Takahiro Nishijima (le personnage principal de Love Exposure). Autre élément qui prouve que l'on regarde un film de Sono Sion : l'usage récurrent de la musique classique (le "Requiem" de Mozart et l'"Adagio for strings" de Samuel Barber. Quand sono Sion choisit un thème musical, il n'hésite pas à l'employer à la moindre scène dramatique. Et ces scènes sont légion dans Himizu ! Après la musique, la littérature. Si Guilty of Romance (clin d’œil aux Crimes de l'amour du marquis de Sade) tourne autour d'un livre de Franz Kafka, Himizu se développe autour de la "Ballade des menus propos" de François Villon. Un poème sur la connaissance de soi que récitent Sumida et Keiko :
Je connais bien mouches en lait,
Je connais à la robe l'homme,
Je connais le beau temps du laid,
Je connais au pommier la pomme,
Je connais l'arbre à voir la gomme,
Je connais quand tout est de même,
Je connais qui besogne ou chôme,
Je connais tout, fors que moi-même.
Lors d'un entretien en 2010, Sono Sion avait en effet parlé de son admiration pour la littérature française dont... François Villon !

Sumida et Keiko. La nuit.

Au final, Himizu s'avère être un seishun eiga [film sur la jeunesse] post-Fukushima violent et dépressif. D'où l'omniprésence des décombres, des détritus, de la boue, et la difficile libération de la parole des personnages. D'où les répétitions et les ressassements des mêmes paroles, comme un mantra. Sono Sion n'était jamais allé aussi loin dans son thème de la destruction de la famille ou de toute autorité. Himizu est un film radical sur la faillite d'une société : les parents n'élèvent plus leurs enfants, l'école n'est pas nécessaire, même l'amour n'a plus de sens. Pendant un temps, seul le meurtre est envisagé comme la seule façon de servir la société.

Le cri final.

 Certains trouveront Himizu excessif et trop "criard" mais depuis Suicide Club en 2001, Sono Sion s'avère être justement le cinéaste de l'excès par excellence : du drame familial (le Testament de Noriko) au gore (Cold Fish), en passant par l'onirisme (Into a Dream), le grotesque (Strange Circus) et l'amour fou (Love Exposure). Le nouveau film de Sono Sion s'appelle Land of Hope... on peut donc s'attendre à un film moins sombre.

dimanche 13 mai 2012

Land of Hope de Sono Sion : la bande-annonce

Injustement oublié de la sélection 2012 du festival de Cannes, Sono Sion va sortir à l'automne 2012 son film Land of Hope, inspiré par le séisme du 11 mars 2011 et le tsunami qui engloutit la centrale nucléaire de Fukushima. Plus de 15.000 morts faut-il le rappeler. Sono Sion s'est déjà attaqué à cette catastrophe dans son film Himizu, tourné juste après le tsunami, dans les décors marécageux apocalyptiques du Japon post-311. Un film encore inédit en France mais primé au festival de Venise.

Land of Hope, tourné en janvier-février 2012 et monté à vitesse grand V, fait plus que se servir du décor ravagé du Japon tsunamisé. Il traite directement du tsunami et de ses conséquences dans une ville japonaise.


Lire également :
- Interview avec Sono Sion
- Interview avec l'actrice Megumi Kagurazaka

jeudi 9 février 2012

Takashi Miike - Ninja Kids (2011)

miike ninja kids
La même année que Hara-kiri, film pour festivals, Takashi Miike réalise un film pour enfants : Ninja Kids, une adaptation du manga de Sōbē Amako, Rakudai Ninja Rantarō, déjà adapté en dessin animé (près de 1500 épisodes depuis 1993) et en jeu vidéo ! Bref, de la référence bien nippone presque assurée de rapporter de l'argent, comme pour l'adaptation de Yatterman en 2009. D'ailleurs, comme Yatterman, Ninja Kids est loin d'être chef-d’œuvre malgré quelques scènes agréables. Il s'agit tout au plus d'une comédie très "manga-esque" (c'est le but) pour jeunes enfants.

miike ninja kids
miike ninja kidsDécors extérieurs et décors carton-pâte.

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Seishiro Kato alias l'apprenti ninja Kantaro.

miike ninja kidsmiike ninja kidsLes Ninja Kids !

L'histoire : le très jeune Rantaro (joué par Seishiro Kato qui aurait commencé sa "carrière" dès l'âge de 13 mois !) rejoint une école de ninja. Ensuite, il n'y a pas vraiment d'histoire, à part des combats entre ninjas, des scènes de leçons de combat et une sorte de défi final pour sonner une cloche... Le tout filmé dans des décors de studio intentionnellement kitchissimes, avec des méchants ninjas qui portent des masques ridicules (dans le style des masques des braqueurs de banques dans Point Break). On est très très loin des films de yakuzas de la fin des années 1990 !

miike ninja kids
miike ninja kidsUne histoire de coiffeur.

Ninja Kids est assez ennuyeux au bout d'une heure mais le film a visiblement eu suffisamment de succès pour que Hollywood en prépare un remake. A part ça, il n'y a pas grand chose à dire, sauf à rappeler que Takashi Miike est vraiment de plus en plus décevant. Quand réalisera-t-il à nouveau un bon film ?


Bout de scène de Ninja Kids : le lancer d'étoile de ninja.