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jeudi 28 novembre 2013

Marc-Edouard Nabe - "La dérision, c'est le bon filon"

Éloquent  extrait de Rideau de Marc-Edouard Nabe (1992) sur le recyclage autocannibale de la télévision et les commentateurs en tout genre qui pullulent aujourd'hui, de Jean-Marc Morandini à Bruno Roger-Petit en passant par Yann Barthès et Daniel Schneidermann. Quand la mort se nourrit de la mort dans une autocélébration forcément macabre - mais avec le sourire. Réjouissant...



Caricaturer les caricatures, c'est facile. A quoi servent les salariés de la dérision qui travaillent toute l'année à mettre en gags les ondes de la télévision ? Rien n'est plus effrayant que ces poupées à l'effigie des idoles du show-biz et de la télé gigotant devant nous qui avons déjà tant de mal à supporter les pantins originaux, en chair et en os. Et lorsque les marionnettistes s'inspirent des animaux pour "croquer" un homme politique, j'ai un peu honte ensuite quand je croise mon chat dans un couloir.

La dérision, c'est le bon filon. Elle a raboté l'humour pour le faire entrer dans la morale. Le détournement rentre dans le bon chemin. Ô satire intégrée !...

La subversion des gens de télé payés par la télé pour se moquer de la télé est nulle. Ceux-là sont encore plus tristement engloutis par le système que ceux qui font le même boulot au premier degré : en quelques pirouettes, imitations, clins d’œil, pignoleries dignes du dernier des monômes de grande école, ils espèrent porter un coup à la bête molle, mais elle les écrasera en temps voulu. On ne voit plus très bien la frontière qui sépare la dérision de la névrose. Les gagmen de l'autotélévision sont tenus d'amuser les seigneurs en cabriolant dans la grande salle du château et au moindre faux pas, les oubliettes les attendent. Les noms de ces gais larrons se sont choisis anticipent déjà sur l'avenir de leurs carrières. Quand ça tournera mal, les cachots de l'oubli grouilleront d'inconnus jadis célèbres et de nuls désormais mauvais.



Sans arrêt les médias se remangent eux-mêmes. Ils ont besoin de cet autocannibalisme. Les vedettes sont ces poulets élevés en batteries qui ne se nourrissent que de leurs propres excréments. On voit des choses extraordinaires : Mourousi vient présenter son livre chez Drucker qui vient présenter le sien chez Gildas qui, n'en ayant pas écrit lui-même, parle de celui de Claude Sérillon. A la petite cuillère, la logorrhée ! Le matin, vous avez même une émission de radio qui commente l'émission de radio qui commente l'émission de télé de la veille au soir, qui la refait, la rebouffe, avec les protagonistes et des auditeurs qui glosent dessus comme si ç'avait été une œuvre d'art, et toujours en direct, car on ne dégueule jamais mieux que dans les chiottes du restaurant d'où l'on vient de dîner. De même, les shows de variétés sont composés des meilleurs moments du même show diffusé des meilleurs moments du même show diffusé les semaines précédentes. L'hommage, le souvenir, le "medley" et le "best of" deviennent la matière même du présent. Tout ce qui sera est flanqué automatiquement de ce qui était. L'instant télévisé n'est instantané que s'il est gonflé par la rétrospective.

L'anthologie se fait sur place. Ça vient de ce que personne n'a digéré l'avant-garde du début du siècle, et cette nausée rejaillit de toute la terre.

Si nous subissons la dictature de la débilité mentale, c'est parce que les libérateurs du passé sont allés trop loin dans le futurisme de l'intelligence. Marinetti nous vaut Patrick Sébastien, Picabia ne pouvait enfanter que Jospeh Poli. Après Gertrude Stein, seule Dorothée pouvait apparaître sur cette planète.

samedi 29 octobre 2011

Marc-Edouard Nabe - L'Enculé

Vingt-deux mois après son pavé de 686 pages, L'Homme qui arrêta d'écrire, Marc-Édouard Nabe revient avec L'Enculé, premier roman sur l'Affaire DSK, qui passionna les journalistes et les futurs électeurs français pendant près de cinq mois, du 14 mai (jour du viol de Naffisatou Diallo au Sofitel, à New York) au 18 septembre (soir de l'entretien déjà mythique entre DSK et Claire Chazal, sur TF1). L'Enculé : un beau bébé de 250 pages, beau papier, belle typographie et même maquette de couverture que L'Homme qui arrêta d'écrire. Trois semaines après sa publication, le livre a peu fait parler de lui : un article de Patrick Besson (un ami) dans Le Point (hebdomadaire dirigé par un autre ami, Franz-Olivier Giesbert) et un entretien sur Europe 1 dans l'émission "Des clics et des claques". C'est maigre pour un livre consacré à "l'événement de l'année" !

Nabe DSk L'enculé
Nabe : éternel commentateur de l'actualité

L'Enculé : livre opportuniste sur un sujet qui a défrayé la chronique ? C'est vite oublier que Nabe n'a jamais cessé de la commenter, l'actualité ! Dans son Journal intime, évidemment, parsemé de commentaires sur les événements politiques et médiatiques quotidiens ; mais aussi dans ses articles pour L'Idiot International entre 1989 et 1990, et L'Imbécile de Paris en 1991 ; dans Une Lueur d'espoir (sur les attentats du 11 septembre 2001) ; dans Printemps à Bagdad (sur l'invasion de l'Irak par les États-Unis) ; dans ses articles publiés dans son journal La Vérité (et réunis dans le recueil J'enfonce le clou) ; dans ses huit tracts collés sur les murs de Paris entre juillet 2006 ("Zidane la racaille") et janvier 2009 ("Enfin nègre !") ; et donc, en octobre 2011, dans L'Enculé, sur l'"affaire Dominique Strauss-Kahn".

Ce livre sur l'affaire, s'il est inattendu, n'en est pas moins cohérent. Il est d'autant plus inattendu que lors de l'émission "Ce soir ou jamais" du 2 mai dernier, consacrée à la mort de Ben Laden, Marc-Édouard Nabe avait déclaré écrire un livre sur l'après-11-septembre et le printemps arabe. Il a donc préféré le printemps new-yorkais, en compagnie de Strauss-Khan, Diallo, Sinclair, Brafman, Taylor et compagnie.

DSK Dialo SofitelReproduction chinoise des neuf minutes de la suite 2806 du Sofitel de New York.

Nabe : mystique de l'anus, thuriféraire de la sodomie

Le titre L'Enculé sonne d'abord comme une énième provocation - hilarante - de Nabe. C'est sans compter sur l'habitude qu'à Nabe de faire référence à l'anus et à l'enculage depuis trente ans. En voici quelques extraits, pour rafraîchir la mémoire des amnésiques :

Dans Au Régal des vermines, déjà, Nabe exprimait son amour des Noirs et du jazz : "j'espère que les Noirs vont finir par enculer tous les Blancs" (phrase - tronquée - préférée de Gérard Miller)

Dans Une Lueur d'espoir, Nabe comparait le crash des avions sur le World trade Center à l'enculage du monde occidental : "évidemment c'est sexuel. La mort ne demande pas à la vie son avis lorsqu'elle l'encule. Sodomie surprise ! Pas le temps d'écarter les fesses, quelque chose est déjà dedans".

Dans le chapitre "Sodomie chez Saddam" de Printemps de Feu, Nabe enculait Schéhérazade : "juste à côté de son sexe, le revoilà : l'Autre ! Le Seul ! Le Point d'extravagance ! Le Joyau des Bijoux ! L'endroit le plus chic de l'Être ! La noblesse du Moi à l'état pur !"

Et dans L'Enculé, donc, avec, au hasard, ces quelques phrases de coït entre Dominique et Anne dans l'appartement luxueux du 153 Franklin Street : "je la retournai, écartai les deux fesses flasques de son gras cul, et plaçai ma queue de présumé innocent entre. Comme dans du beurre, et sans beurre (je n'ai jamais compris cette mythologie du beurre venue du Dernier tango à Paris). Première lambada à Manhattan ! L'anus d'Anne me happa comme un siphon, je me retrouvai en deux coups de cuillère à pot au fin fond de son rectum".

DSK Anne Sainclair
Anne Sinclair et DSK : le couple le plus balèze de l'univers.

L'Enculé

L'Enculé
est un roman, c'est écrit sur la couverture. Le lecteur se retrouve donc la tête de DSK, à partir de son réveil, le 14 mai, dans sa suite du Sofitel. C'est donc une sorte de monologue intérieur, plus dans la manière de Les Lauriers sont coupés d’Édouard Dujardin (1887) que du monologue de Molly Bloom dans Ulysse de James Joyce (1922). Dominique Strauss-Khan nous apparaît tour à tour répugnant, obsédé sexuel pathologique, sensible, attendrissant et finalement, très humain. La sympathie du lecteur pour DSK vient surtout de l'entourage détestable qui gravite autour du président déchu du FMI, notamment sa femme Anne Sinclair, ultra-sioniste névrosée et guerrière, et son avocat Benjamin Brafman, cynique plus ultra.

L'Enculé est un roman éminemment drôle, surtout dans sa première moitié : le Sofitel, le déjeuner qui s'en suit avec sa fille Camille (qui en prend plein la tronche), son arrestation, sa détention à Rikers Island (lire la scène dans laquelle un DSK diarrhéique se torche avec les pages de La Nuit d'Elie Wiesel - scène pourtant lue avec dégoût lors de l'émission "Des clics et des claques" d'Europe 1), son installation au 153 Franklin Street, sa lassitude envers Anne Sinclair, etc... Simplement une phrase, pour ne pas dévoiler tout le livre, cette scène dans laquelle DSK, libéré de sa femme, peut enfin passer plusieurs jours tout seul : "Je m'allonge sur le divan du salon, les yeux fermés, mon chien à mes côtés, et je m'écoute trois heures de chants SS".

DSK Sofitel DialoDSK et ses fameuses chemises bleues.

Tout roman qu'est L'Enculé, on ne peut pas ne pas se demander si Nabe risque un procès pour injure ou diffamation. On sait les gens tellement procéduriers. Au détour de la page 74, Nabe y fait allusion, avec amusement. Anne Sinclair dit à son mari : "Rachel aussi l'aime bien, ce Nabe... Je ne sais pas ce qu'elle lui trouve. En tout cas, qu'il ne s'avise pas d'écrire sur ton affaire. Sinon je lui fous un procès un cul !" Alors, procès ? Comme a conclu DSK son entretien TV avec Claire Chazal : "on verra... !"

vendredi 22 octobre 2010

Le Monde s'interroge sur Nabe

Le Monde (le torchon, pas la planète) s'interroge sur la sélection du dernier roman de Marc-Édouard Nabe, L'Homme qui arrêta d'écrire, roman des années 2000, pour le prix Renaudot. On se souvient qu'en 2002, Alain Zannini, roman des années 1990, était sélectionné pour le Goncourt des Lycéens. Des lycéens qui, à l'époque, n'avaient pas beaucoup manifesté... pour Nabe.

Peinture christique de Marc-Édouard Nabe.
L'homme n'est pas seulement cruciverbiste.

Comme d'habitude dans la presse torche-cul, une allusion est faite au prétendu antisémitisme de l'auteur. C'est le comique récurrent depuis les années 1980, et, bien que cela soit totalement faux, les journalistes ne peuvent s'empêcher d'y faire référence, pour discréditer Nabe, qui est pourtant le premier défenseur de juifs comme Jésus de Nazareth, Henry Bernstein ou Simone Weil. Et bien d'autres. La presse torche-cul est ce qu'elle est...

Reproduction de l'article du Monde qui est très drôle en raison des témoignages de Louis Gardel (accusation d'antisémitisme), de Patrick Besson (défenseur nabien depuis 1988) et de Franz-Olivier Giesbert (qui est, avec Frédéric Taddéi et Thierry Ardisson, le seul animateur TV à inviter Nabe). Nabe au Renaudot : un coup d'épée dans l'eau ? On s'en fout. Le Renaudot a tout à y gagner, Nabe n'a rien à y perdre.

Est-ce un pied de nez au monde de l'édition ? Un "coup" médiatique ? Ou, comme le dit Dominique Bona, membre du jury Renaudot, la volonté de rester fidèle à l'esprit d'irrévérence qui a présidé à la naissance du prix ? Toujours est-il que, pour la première fois dans l'histoire des prix littéraires, un livre autoédité entre en compétition. Et pas n'importe quel roman puisqu'il s'agit de L'Homme qui arrêta d'écrire, de Marc-Édouard Nabe. Un choix qui ne manque pas d'ironie. D'une part, le roman de Nabe fustige copieusement les milieux artistico-littéraires en changeant à peine le nom des personnes qu'il attaque - notamment certains membres du jury, comme Patrick Besson ou Franz-Olivier Giesbert. D'autre part, ce livre diffusé sur Internet et dans quelques commerces (boucherie, fleuriste...) se veut l'illustration d'un nouveau concept lancé par l'auteur : "l'anti-édition". Pourtant, ni le boycottage des intermédiaires traditionnels du livre que sont les éditeurs, les diffuseurs et les libraires - des "parasites" selon Nabe - ni le contenu du roman ne semblent avoir vraiment posé de problème au jury, comme l'explique Patrick Besson : "C'est davantage sur le côté scandaleux du personnage qu'il y a eu des oppositions." Louis Gardel, par exemple, est catégorique : "Je n'ai pas ouvert le livre de Nabe car, il y a quelques années, lors d'un dîner, j'ai quitté la table après qu'il a tenu des propos antisémites. Il est hors de question que cela aille plus loin."

Interrogés sur la question de l'autoédition, les membres du jury expriment des points de vue divergents. "D'abord ce n'est qu'une deuxième liste, observe Dominique Bona. Ensuite, il est évident que si Marc-Édouard Nabe est maintenu dans la dernière sélection, il faudra en parler dans la mesure où ce procédé court-circuite une profession qui est aujourd'hui en souffrance. Lui décerner un prix serait un véritable camouflet à l'égard des libraires, auxquels tous les auteurs sont redevables." Un avis que ne partage pas Franz-Olivier Giesbert : "Je ne vois pas où est le problème ? Proust en son temps s'est autoédité." Pour Patrick Besson, "c'est une manière de saluer l'importance d'une œuvre originale qui demeurera une curiosité dans le paysage littéraire de la deuxième moitié du XXe siècle". Et puis, ajoute-t-il, "je suis sensible à l'aspect industriel. C'est de l'autoédition telle que la pratiquaient en leur temps Tolstoï et Dostoïevski." Message reçu par Nabe, qui s'est dit agréablement surpris par cette entrée en lice au Renaudot : "Au moins cela démontre qu'un livre sorti en janvier hors du système traditionnel peut encore avoir une existence en septembre. Il y a quelque chose de très réjouissant à voir l'anti-édition entrer dans une liste de prix prestigieux." Surtout si, comme l'affirment Christian Giudicelli et Louis Gardel, c'est Franz-Olivier Giesbert, patron du Point et figure influente de la vie littéraire, qui a parrainé Nabe, autoproclamé "paria" des lettres... Ce que Giesbert dément.

mercredi 15 septembre 2010

Nabe continue le guerilla marketing !

Après les huit tracts collés sur les murs de France et de Navarre entre 2006 et 2009, tous disponibles ici, et ses nabettes au Salon du livre le 30 mars 2010, Marc-Édouard Nabe continue de se passer de publicités dans les pages en papier recyclé des journaux qui salissent les doigts.

Retour au bon vieux mur pour faire la promotion de son dernier bébé, L'Homme qui arrêta d'écrire, chronique des années 2000 sous influence dantienne. Disponible sur marcedouardnabe.com, bien sûr.

lundi 19 juillet 2010

Pavel Lounguine - Luna Park (1992)


En 1992, le russe Pavel Semionovitch Lounguine réalise son deuxième film, Luna Park. Le sujet explosif : deux ans après l'effondrement du régime soviétique, une bande de "jeunes" racistes, antisémites et homophobes surnommés les "Nettoyeurs" font leur loi dans le quartier du parc d'attractions Luna Park. Leur quotidien est parsemé de bagarres de rue, de larcins et de pillages dans des restaurants tenus par des "étrangers" et bitures monumentales à l'alcool fort.

Séance transcendantale avant la baston.

Au beau milieu de cette vie rêvée, Andrei, l'homme fort des "Nettoyeurs", qui n'a jamais connu son père et dont la mère est morte peu après sa naissance, apprend que son père est juif et se nomme Naoum Kheifitz. Bouleversé, Andrei n'a qu'une idée en tête : retrouver Naoum Kheifitz et, pourquoi pas, le tuer. Quand il le retrouve, le dégoût et la haine d'Andrei font peu à peu place à de la sympathie et un certain amour filial. Le tout orchestré par des scènes de ripailles, d'orgies et de fêtes joyeuses bien éloignées des bitures à l'alcool bas-de-gamme entre ultra-nationalistes dans des sous-sols crasseux.

Naoum Kheifitz, le fameux père d'Andrei.

Des kippas, de l'argent et des références à Ella Fitgerald : la nouvelle vie d'Andrei.

Luna Park n'est pas sans rappeler Israël, une pièce de théâtre de Henry Bernstein, de 1908. Dans cette pièce, Thibault, prince de Clar, un farouche antisémite, provoque en duel Justin Gutlieb. Mais le jeune Thibault apprend bientôt que Justin Gutlieb n'est autre que son père ! Ne le supportant pas, Thibault se suicide. Comme l'explique Marc-Édouard Nabe, préfacier du seul recueil d'œuvres de Bernstein :
"Comment ce déménageur psychologique de Bernstein arrive-t-il à bouger de si lourds sentiments sur scène, sans que l'ironie vienne en pervertir l'horreur montrée ? C'est le sortilège du mélodramaturge de haut niveau. Je pense à Rainer Werner Fassbinder ou à Douglas Sirk : le mélo chez eux est exacerbé au-delà du supportable, les situations sont scabreuses jusqu'à la nausée, le pathos trône impudiquement au milieu de l'action, et pourtant... Personne n'a envie de rire : le moindre être humain est pris au piège de l'émotion presque grossière dans sa volonté d'être aussi subtile."

Luna Park n'est certes pas aussi dramatique qu'Israël ou un film de Fassbinder, et ce malgré quelques scènes effroyables. Pavel Lounguine parvient petit à petit à désamorcer les sentiments extrêmes pour finir dans la farce cruelle.


Extrait de Luna Park : Andrei apprend la judéité de son père.

lundi 31 mai 2010

La rencontre Pound / Pasolini à Venise en 1967

Venise, 26 octobre 1967. Vanni Ronsisvalle filme la rencontre lumineuse entre deux des grands poètes du 20è siècle : Ezra Pound et Pier Paolo Pasolini. Quelques mois plus tard, le résultat sort sous le titre Un'ora con Ezra Pound, un documentaire de 50 minutes, bien rarement projeté sur les toiles. Ce fut le cas le 21 juin 1989, sous la Pyramide du Louvre. Marc-Édouard Nabe, également poète, était dans la salle. Extrait :

Ezra Pound.

Je repars sous la Pyramide du Louvre voir un premier programme de documents et d'interviews de Pasolini. Des bribes d'actualités, des émissions italiennes, des émissions italiennes sous-titrées jamais vues. ça va trop vite. J'essaie de tout avaler. Ces archives renforcent encore, par la connaissance, mon amour de Pasolini. J'ai pas fini d'écrire sur ce saint subversif ! Je vois sa mère parler de lui, présenter son bureau, ses affaires... Ensuite, une musique de Roland Kirk au strident stritch accompagne une balade de Pasolini dans une borgada où il parle de l'avant-garde (1967). Et surtout je vois ce film de 23'58" [50' en réalité] que je désespérais de voir un jour : la rencontre Pasolini / Ezra Pound ! Bouleversant moment de 1967, dont je ne perds pas une goutte. Ezra face à la mer, Pasolini dans son fauteuil dessinant le visage du vieux poète qu'il arrive, par la force de son admiration fougueuse, à intéresser. Pound petit à petit voit bien que ce petit Italien ravagé n'est pas un journaliste. Il comprend à qui il a affaire : d'ailleurs, il lui dit - péniblement et en italien - que Pasolini est trop profond pour lui désormais. Alors, Pasolini lit des poèmes de Pound, le persuade qu'il existe une cohérence là où le vieux Yankee brisé ne voit que chaos ancien...

Pier Paolo Pasolini.

Pasolini l'a devant lui ce quaker fasciste, roux comme un vieux renard enragé ! Poète, traducteur, imprésario, speaker, scribe, Ezra a la tête pleine comme dans une cage, et qui piaillent et pépient sans cesse des poèmes courtois, des odes provençales de troubadours, des hiéroglyphes égyptiens, des idéogrammes chinois, des vers de Laforgue et de Corbière, de drôles d'oiseaux ! Ezra Pound se laisse admirer comme au zoo : il ressemble à un fauve sur le pelage duquel les rayures des barreaux ont laissé des traces indélébiles... Avec son air de cow-boy chercheur d'or crispé, barbichu à la Méphistophélès, ex-râleur devenu muet, Pound est là, face au cinéaste. Il le regarde comme un mandarin "wasp" (c'est en se gargarisant des histoires sanglantes de missionnaires protestants massacrés par les Chinois que Pound a pris goût à la Chine !)... Ezra et Pier Paolo !... Peut-être revient-il à l'instant à l'esprit du futur auteur de Salo les cantos XIV, XV, particulièrement pasoliniens ?



Extrait du Cantos XIV:

Au-dessus de la pourriture d'enfer
le grand trou du cul,
rompu par les hémorroïdes,
stalactites qui pendent,
gras comme le ciel sur Westminster,
les invisibles, dont maints Anglais,
lieu qui manque d'intérêt,
derrière les crasses, décrépitude absolue,
croisés du vice pétant dans la soie,
agitant les symboles chrétiens,
.......... tripotant un flageolet,
Mouches qui portent les nouvelles, harpies en chiant en l'air

Bourbier de menteurs acariâtres,
fosse de stupidités,
stupidités néfastes, et stupidités,
pus vivant du sol, plein de vermine,
vers morts engendrant vers vivants,
propriétaires de taudis,
usuriers extrayant les morpions, entremetteurs de l'autorité,
*pets-de-loup*, bien assis sur les piles de livres pétrifiés,
obscurcissant les textes avec leur philologie,
les cachant sous leur personne,
l'air sans refuge de silence,
dérive des poux, se faisant les dents,
et par-dessus les orateurs qui déblatèrent,
la pétaudière des prédicateurs.
Et Invidia,
corruptio, fœtor, fungus,
animaux liquides,ossifications amollies,
lentes pourriture, combustion fétide,
bouts de cigares mâchés, sans dignités, sans tragique,
......m Episcopus, secouant un condom plein de blattes,
monopolisateurs, obstructeurs du savoir,
obstructeurs de la distribution.

mercredi 5 mai 2010

Nabe donne des anecdotes sur Abel Gance

Abel-Gance-Accuse
Dans son journal intime Kamikaze, en date du 21 mars 1989, à l'occasion de l'ouverture de la rétrospective Abel Gance à la cinémathèque française, Marc-Édouard Nabe rencontre Jean Tulard, "le cinéphile napoléonien, avec sa gueule allongée de moine d'Inquisition dreyerienne". S'ensuit une discussion sur Abel Gance, parsemée d'anecdotes dont voici quelques passages...

Abel-Gance-AccuseLes poilus morts pour la France se réveillent dans J'accuse !

Gance est né le même jour que Picasso, et même le même jour que le monde ! En effet, c'est Claudel qui avait calculé que la Terre avait été créée par Dieu un 25 octobre ! Voilà bien l'ambition de ces trois-là, Picasso, Abel Gance et Dieu : créer un monde. Gance fut moins chanceux...

Dans J'accuse, en pleine guerre de 14, pendant que Barbusse fait son Feu, Gance a l'idée de ressusciter les morts avant qu'ils ne meurent. Il engage des centaines de vrais soldats entre deux assauts et leur demande de jouer leurs propres rôles en morts qui se relèvent pour aller voir ce que les vivants font sans eux et à quoi a servi leur sacrifice. Ils acceptent pour la cause pacifistissime de Gance le pervers. Cette anticipation menée par Blaise Cendrars lui-même qui venait de perdre son bras (et qu'on voit sur la gauche de l'écran !), est hallucinatoire quand on sait - et Gance le savait - que ces figurants allaient bientôt vraiment mourir dans les tranchées et qu'ils ne se relèveraient pas comme au cinéma.

Abel-Gance-Fin-du-MondeScène orgiaque de La Fin du monde.

Dans La Fin du monde (film commencé en muet et fini en parlant), il a parqué les figurants par centaines pendant deux jours et deux nuits, les empêchant de manger et dormir. Au moment de les nourrir, il a lâché les opérateurs comme des fauves et ils ont dévoré avec leurs caméras tous les affamés. Personne n'a pu voir dans leur intégralité ces séquences de folle orgie très bestiale que Gance a filmée là, dans la vraie panique qu'il souhaitait. Certaines, trop "hard" avec des figurantes aux seins nus ne jouant plus du tout, n'ont même pas été montées. On était en 1929, bien sûr.

Abel-Gance-Artaud-Marat-NapoleonArtaud / Marat dans Napoléon.

Tulard et moi parlons aussi du parlant. Sur le Napoléon, je savais que Gance avait demandé à ses acteurs du muet de dire quand même le vrai texte, prémonitoirement ans doute. Ce que Tulard m'apprend, c'est que Gance avait remarqué que les films passaient dans la salle plus vite qu'ils n'avaient été tournés : soit douze images/seconde (on est au temps du muet) au lieu de seize... La raison ? C'est le dernier métro que les projectionnistes tenaient à ne pas louper et qui leur faisait presser la diffusion ! En bon révolutionnaire (artistique), Gance comprit qu'il serait vain de faire ralentir le rythme des projectionnistes : il entourloupe en tournant directement en vingt images/seconde pour que le film, l'air de rien, retrouve son allure originale. C'est grâce à ce subterfuge que plus tard, quand le cinéma passa parlant, il put, sans difficulté, synchroniser labialement à quatre secondes près le son nouveau à ses images anciennes, en faisant se doubler eux-mêmes les acteurs presque tous encore vivants.

vendredi 5 mars 2010

Philippe Sollers mijoté façon Nabe

Extrait de L'Homme qui arrêta d'écrire, ce passage sur la remise d'un prix littéraire. Franz-Olivier Giesbert n'a pas voulu citer les passages concernant Philippe Sollers (extrait non intégral) dans son émission, en voici la teneur. Rien d'important pourtant. Mais le milieu littéraire et médiatique (deux termes contradictoires souvent incestueux) ne le permet pas. Relire ce qu'a écrit La Boétie dans son adolescence pour juger, n'est-ce pas ? [les fautes d'orthographes des noms propres sont d'origine]



Antoine Galimard s'avance vers son ex-femme, intrigué sans doute de la voir tenir un bébé inconnu dans ses bras. J'ai à peine le temps de serrer la main d'Antoine et de l'entendre me dire: "c'est original de remettre le prix de cette année dans un endroit pareil, non ?" qu'une espèce de monstre enragé se jette sur lui par derrière, et lui enfonce presque ses dents dans le crâne comme s'il voulait lui dévorer la tête. Apparemment, ça ne plaisait pas à l'animal sauvage qu'on se parle, Galimard et moi.

C'est Philippe Solers. Solers, ivre, en sueur et si défiguré par la fausseté hystérique que j'ai du mal à le reconnaître... Grossi, vieilli, aigri, les cheveux blancs, la peau rougeaude, les dents tordues et jaunes et noires, il prend dans ses mains la tête de son patron comme si c'était le globe terrestre, comme s'il voulait s'approprier le monde entier. Anny recule, craignant que des postillons, ou même du sang, n'éclaboussent notre enfant...

- Moi il me fait peur... me dit-elle.

Antoine finit par dégager sa tête d'archevêque des crocs du cannibale bordelais, le directeur de L'Infini éclate de ce rire étouffé, forcé, triste qui le caractérise. Lui aussi a tout trahi, et pas seulement moi, et pas seulement lui. Je l'ai bien connu, trop sans doute pour qu'il n'en soit pas gêné.

- Tout le monde a compris que tu n'entreras vraiment chez Gallimard que lorsque Solers sera vraiment mort, me souffle Anny.

J'ai arrêté, ça ne se voit pas ? Pas la peine de se mettre dans des états pareils... Lui qui a donné des leçons de stratégie à tout le monde s'est avéré pour lui même le pire des stratèges. Il croyait pouvoir devenir un artiste subversif de l'écriture tout en étant admiré par les pires de ses contemporains, nager à contre-courant de l'institution et en même temps écrire de grands livres qui se vendant.


Pauvre Philippe. Il s'imagine passer par tous les médias sans que ça ne lui porte le moins du monde ombrage, comme un saint-Jean de Saint-Germain qui se tremperait de lui-même dans toutes les marmites d'huile bouillante qu'on lui présenterait et qui s'en porterait toujours comme un charme...

Solers a choisi sciemment l'enfer des médiocres, il est avec eux dans les flammes toute la journée, et il y est bien, comme un poisson pourri dans l'eau croupie. C'est Purgatoire qu'il aurait dû écrire au lieu de Paradis, car c'est bien un sacré purgatoire qui l'attend. Un purgatoire interminable qui va s'enclencher dès sa mort. Et vouloir être enterré à l'île de Ré auprès d'aviateurs anglais tombés pour la "libération" de l'Occident ne changera pas son destin posthume... Sur a tombe, monsieur Joyau veut qu'on inscrive "Vénitien de Bordeaux" et tout Solers est là. Il ne suffit pas d'aimer Venise pour être "vénitien", même de cœur. Solers est bordelais, point. Et "les Bordelais, comme dit Feydeau dans Chat en poche, c'est si blagueur!..."

[...] Solers va laisser [le souvenir] d'un gros bourgeois lâche, très maladroit au fond, d'une prétention contreproductive et qui surtout s'est trompé sur tout, comme il continue à le prouver tous les mois dans Le Journal du Dimanche où son ironie cache mal une incompréhension tragique de l'actualité de son temps. Il n'y rate pas un cliché de la bien-pensance.


A soixante-douze ans, Philippe Solers est le plus méprisé de tous les écrivains d'aujourd'hui, il est considéré comme un clown des lettres qui s'est abîmé dans le cirque médiatique, qui n'a écrit que de bons articles sur des figures indiscutées de la littérature mais qui n'a jamais su créer ni un univers romanesque, ni un myhte de sa personne, ni une aura autour de ses livres, de plus en plus vulgaires et vides, que personne n'achète ni ne lit [...]

jeudi 7 janvier 2010

Page de réclame pour Marc-Edouard Nabe


Le 14 janvier, Marc-Édouard Nabe publie son premier texte inédit depuis Printemps de feu en 2003, Le vingt-septième livre en 2005 et quelques tracts publiés de ci de là sur les murs des villes. Autopublié, Nabe propose à 1000 exemplaires L'Homme qui a arrêta d'écrire, un roman de 695 pages.


L'histoire : le narrateur est l’auteur qui aurait arrêté d’écrire. Un jeune blogueur très actif se prend d’amitié pour lui et l’entraîne dans une visite mouvementée du monde d’aujourd’hui. La mode, la télévision, l’édition, l’art contemporain, le théâtre, la virtualité sont passés au crible. Une vision hallucinée d’un Paris en pleine décomposition, avec une centaine de personnages connus, inconnus, fictifs et réels, tous terriblement vrais.

Jérôme Dupuis donne quelques précisions sur l'opus dans L'Express du 7 janvier : "le contenu ne devrait pas réconcilier Marc-Edouard Nabe avec le « milieu » : sous couvert d'une longue déambulation dans le Paris des années 2000, où il fustige aussi bien Facebook que les boîtes branchées tendance Le Baron, Jack Bauer que les conspirationnistes du 11 septembre, son double de papier allume férocement tout ce que la France compte d'écrivains, d'éditeurs et de journalistes en vue - BHL, Beigbeder, Philippe Katerine, Pierre Lescure... « La chair est triste hélas, et j'ai lu tous mes mails », soupire le « héros », étranger à son époque. Nul doute qu'un éditeur classique eût demandé à Nabe de couper 200 pages et que des dizaines de passages auraient été « caviardés » à la demande des avocats.

A commander seulement sur marcedouardnabe.com.

jeudi 1 octobre 2009

Nabe parle du Professeur Choron




Dans Choron Dernière de Pierre Carles et Martin, Marc-Édouard Nabe donne son avis sur celui qu'il considère comme un "mystique de la subversion". Morceaux choisis dans la vidéo ci-dessous.


Marc Édouard Nabe et Phillipe Vuillemin.

Dans son Journal Intime, Marc-Édouard Nabe évoque à de nombreuses reprises ses soirées passées avec Choron. Nabe retranscrit les monologues et les saillies du Professeur. En voici deux extraits. Violent et jubilatoire !

Le 6 novembre 1984, dans les locaux de Hara-Kiri :

"Les crève-la-fin du tiers monde ? Qu'ils crèvent ! Assez de charité, de pitié, de crasse chrétienne... Les affamés nous emmerdent. Rien à bouffer, ça les empêche pas de baiser ! Le "Secours catholique" de mes couilles les encourage ! Vingt-six camions affrétés et pas un seul plein de foin pour les chèvres du Sahel ? Je dis que l'homme pense toujours à l'homme : qu'il crève !

"Moi j'ai connu des avaleurs de sabres. Place de Bastille, je peux devenir avaleur de saucisses au tiers monde, je te fais un spectacle ! En plein Sahel, je viens apporter la distraction, avec simplement une saucisse ! J'avalais les saucisses boulevard Saint-Germain. Aucun succès. Je suis allé en Érythrée : un triomphe ! Y a que les nègres qui ont de l'humour !

"Encore une ? J'avale une saucisse ! Jetez vos pièces ! Jetez vos pièces ! Y a pas de pièces ? Très bien, j'en mange une autre ! Ah ! Je fais salle comble ! Je fais désert comble !"

Choron et Nabe à l'abordage de la télévision !

[plus loin, Choron se lance dans une ritournelle]

Je ne suis pas un père inceste
Mais quand ma fille me branle
Je bande.

Je n'ai pas de mauvaises pensées
Mais quand ma fille me suce
Je bande.

Je ne suis pas pédé pour deux ronds
Mais quand mon frère m'encule
Je bande.

Je ne suis pas pour l'amour des animaux
Mais quand mon chien me lèche
Je bande.

[puis une colère contre Gandhi]

"Ce gros con de Gandhi ! Le non-violent ! Toujours un bâton à la main. Gandhi et son bâton, qui tape sur tout le monde : "laissez-moi passer !" Non-violent et végétarien de merde ! C'est les carottes qui l'ont assassiné. Elles lui en voulaient à mort. Gandhi a été assassiné par une carotte : il l'a pas volé !..."


Le 13 novembre 1984, sur la participation de Nabe à une émission de Michel Polac :

"Qu'est-ce que tu vas faire dans des émissions de gros cons, Nabe ? Tu ne vois pas que c'est un piège ? Ça t'amuse ? Tu as perdu deux heures, tu n'as rien dit, tu étais au milieu des connards, avec ce rondouillard de Polac qui se croit cultivé parce qu'il est allé à l'école ! Mais il faudrait les empêcher d'apprendre à lire et à écrire à ces mecs-là ! Cette fausse culture de merde ! Le gros con de Sollers ! La connasse de Laforêt qui se croit forte de dire "Je vous emmerde" alors que jamais elle n'a dit de gros mots dans ses chansons de merde ! Et ce jeune con à côté de toi ! On ne voyait même pas ta femme ! Je pensais me branler en regardant la femme à Zanini chez Polac ! Même pas ! Tu n'as pas pu parler : on te fait venir par bonne conscience ; il n'y a même pas ton nom écrit dessous ! T'as un abonnement ou quoi ? Va pas te faire chier chez Polac, espèce de con !"

mardi 22 septembre 2009

Marc-Edouard Nabe revient !




Le 21 septembre 2009, jour d'automne, marque le retour de Marc-Edouard Nabe sur Internet. alainzannini.com, le "site des lecteurs de Marc-Edouard Nabe" vient d'ouvrir ses portes. Le batteur Sam Woodyard, Antonin Artaud, le Wu-Tang Clan, Morgan Sportès, Gérard Miller et Mazarine Pingeot participent tous à l'ouverture de ce site ! Le swing et le jive se mêlent à la fange et l'abject pour saluer le talent de l'auteur de La Marseillaise.

Ce message des fondateurs du site:
"Ce site lancé par un groupe de personnes provenant d'horizons très divers, une vingtaine de passionnés se situant hors du milieu littéraire ou culturel, a pour vocation de rassembler le maximum d'informations sur un écrivain contemporain emblématique de ce qu'ils attendent de la littérature."

Une nouvelle n'arrivant pas seule, on apprend que Marc-Édouard Nabe a gagné son procès contre les éditions du Rocher (voir ici pour un résumé de l'affaire) et va s'auto-publier. Finies les soirées à regretter de ne pas avoir acheter Oui, Non ou Alain Zannini quand ils étaient disponibles.

Auguste Strindberg, l'auteur d'Inferno, selon le peintre Marc-Édouard Nabe.

Dernière nouvelle, et non des moindres : un nouveau livre de Marc-Édouard Nabe est prévu pour les prochains jours. Vive ce retour en force et cette nouvelle liberté éditoriale qui, on l'espère, annoncent un avenir radieux à l'Art et aux piétons de Saint-Germain-des-Prés.

samedi 2 mai 2009

Rainer Werner Fassbinder - La Troisième Génération (1979)



La Troisième Génération de Rainer Werner Fassbinder aborde le terrorisme des années 1970. Lors de la rétrospective du réalisateur allemand en France en 1988, l'écrivain Marc-Edouard Nabe vit ce film et en fit la chronique dans Kamikaze, le quatrième tome de son journal intime (p. 2940-2942). Laissons lui la parole.


C'est le film qui terrorise les terroristes en montrant leur terreur. La terreur qui est en eux, et non la terreur qu'ils inspirent. J'aimerais bien savoir si les membres d'Action directe ont vu ce film à sa sortie au moment où ils fomentaient leurs attentats. Pour Fassbinder, la troisième génération (dégénérée) c'est celle des terroristes mécaniquement animés dans une confusion pathétique. Plus rien de vraiment politique ne les intéresse. Le film est présenté, pendant son générique alphabétique aux noms clignotants dans une pulsation cardiaque, comme "une comédie en six parties, pleine de tension, d'excitation et de logique, de cruauté et de folies comme les contes que l'on raconte aux enfants pour les aider à supporter la vie jusqu'à leur mort". Chaque partie est exerguée d'une inscription obscène ou d'un dialogue contre les Turcs trouvé dans les W.C. pour hommes d'une gare.


Eddie Constantine est un boss dans l'informatique, et malgré sa cinéphilie (il regarde du Bresson, admire le Solaris de Tarkoski, et parle du cinéma, cette "utopie minimale", comme du "mensonge 24 fois par seconde"). Il est bien cynique, il sait que rien de tel pour relancer une entreprise qu'un bon attentat. Sa secrétaire Hanna Schygulla, qui "se méprise", est une terroriste en cachette (ce qui ne l'empêche pas de coucher avec le commissaire chargé de protéger Constantine), elle retrouve d'autres petits bourges désorganisés dans un appartement: il y a une droguée toujours nue qui couche avec un Noir ex-taulard, un gangster qui couche avec Bulle Ogier, un fan de Bakounine qui souligne méticuleusement toute la journée des phrases de son idole (on lui pique son livre et on se le passe comme un ballon de rugby pour se foutre de sa gueule), une grande rousse (Margrit Cartensen) qui cite Schopenhauer (le nom de code du groupe est "le monde comme volonté et représentation") et un colosse blondinet fourbe (Volker Spengler) dont le faux nom à apprendre par coeur (ils s'entraînent tous à ça) en cas d'arrestation est Lous-Ferdinand Céline, "de Lorraine"...


Aucune action réelle au coeur de ces parties mal séparées. Le gang de cons glauques patrouille dans l'appartement de la clandestinité. La droguée lèche par terre l'héro qui traîne, le bakouninien somme hystériquement les flics d'arrêter tous les objets à la place des hommes (ils sont davantage coupables), la petite frappe pisse dans son froc lors d'un dévalisage d'une soute à munitions (ce qui les fait tous rire alors que le Noir pleure parce que sa droguée vient de mourir).


Dans les dernières parties, ça s'accélère comme toujours chez Fassbinder. Un hold-up est tenté dans une banque où travaille Margrit Carstensen, le directeur la reconnaît parmi les outlaws, elle l'abat froidement. Le gangster se fait liquider dans un restaurant japonais, puis c'est au tour du Noir qui, déguisé en aveugle, tenait à aller sur la tombe de sa droguée, de se faire canarder au cimetière sous la neige par les flics... Y aurait-il un traitre dans la bande ? C'est Volker Spengler - le chef - bien sûr, qui les laisse tous perpétrer leur dernière connerie: l'enlèvement d'Eddie Constantine le mardi 27 février 1978, jour du mardi gras. Les terroristes sont tous déguisés en clownesse, pirate, libellule, Miss Monde... Cette grotesque troupe séquestre le patron dans une cave et lui font répéter le rôle qu'il doit jouer pour la vidéo qui sera envoyée aux autorités pour la rançon (libération de tous les prisonniers politiques de R.F.A.). Très docilement, Constantine fait plusieurs prises de la scène à filmer jusqu'à ce que ses ravisseurs et leur chef soient contents. Alors, sûr de regonfler ainsi son usine de computers, il sourit à la misérable caméra de ces clowns déjà foutus. Fin.


Techniquement et romanesquement je dirais, La Troisième Génération n'est pas un des meilleurs Fassbinder, mais la lucide désespérance qui en suinte le rend précieux. Dédié "à un vrai amant comme à aucun, certainement", il n'est pas coincé entre deux chefs-d'oeuvre (L'Armée des treize lunes et Berlin Alexanderplatz) pour rien. Cette apologie-critique compatissante du terrorisme dérisoire restera pour sa cruauté. L'ironie ne fait pas rire chez Fassbinder, ici moins que jamais. Manipulés par leur bêtise et leur sentimentalité plus policières que les vrais flics, les terroristes pataugent dans un brouhaha permanent. Un peu trop godardien à mon goût, La Troisième Génération est comme un film de jeunesse de Fassbinder qu'il aurait fait tard. Ça ce sent, il n'est même plus motivé pour exprimer son désarroi. D'autres choses l'occupent. Son génie va si vite que La Troisième Génération aurait dû se tourner à l'époque de Maman Küsters s'en va au ciel ou de Pourquoi Monsieur R. est-il atteint de folie meurtrière ? que je n'ai pas vu mais qui me manque beaucoup (je le renifle essentiel...), soit en 69 ou 74 : en 78, c'est déjà le Fassbinder fresquiste sophistiqué, plus du tout le conteur attristé d'allégories sociales... La Troisième Génération est encore un de ses films où il pouvait y faire dire des choses du genre: "Tant que les films sont tristes, la vie reste gaie."

vendredi 3 avril 2009

Marc-Edouard Nabe et le chiffre 27


Féru de mystique et de numérologie, Marc-Édouard Nabe affiche le chiffre 27 sur son front. C'est à se demander s'il n'a pas arrêté sa carrière littéraire intentionnellement avec son vingt-septième livre, justement nommé Le Vingt-septième livre, à l'origine une préface à la réédition de son premier ouvrage Au Régal des vermines. Premier et dernier livres mêlés, la boucle bouclée, c'est effectivement tentant d'arrêter là. Dans son roman Alain Zannini (2002), Nabe revient sur l'importance du chiffre 27. Voyons cela de plus près. Cet extrait se passe le 27 décembre 1999, anniversaire de Marc-Édouard Nabe, Alain Zannini de son vrai nom.

Buster Keaton entouré de centaines de prétendantes dans Seven Chances (1925).

Zannini et moi, nés le même jour ! ça valait presque la "résurrection" d'Isidore en direct et de son vivant ! Quelle journée ! Je savais que le chiffre 27 me suivrait toute ma vie comme mon ombre, mais à ce point !... J'étais obligé de remarquer que la plupart de mes idoles artistiques étaient nées un 27 (Bud Powell, Rouault, Lester Young, Céline, Mozart...). Et même ma bête noire (Steiner !). C'est aussi l'âge où sont morts d'autres (Masaccio, Laforgue, Bix Beiderbecke, Jimi Hendrix, Kurt Cobain...). Le marquis de Sade a passé vingt-sept années en prison... Ne parlons pas des 27 tomes des oeuvres complètes de Claudel, ni des 27 secondes où l'on voit Maurice Ravel filmé en train de jouer du piano ! Gertrude Stein habitait bien sûr au 27, rue de Fleurs et 27 est le numéro de la division où est situé le cénotaphe de Baudelaire au cimétière Montparnasse... C'est au chant 27 du Paradis de sa Comédie que Dante passe du huitième ciel au neuvième, et entre dans le premier mobile dans la hiérarchie angélique ! Dans le film Seven Chances, le père de Buster Keaton a fixé à vingt-sept ans l'âge limite pour qu'il se marie sans être déshérité. Je n'oublie pas que Paul Gonzalvès, le saxophoniste de Duke Ellington, était surnommé "Mister 27 chorus", car c'était le nombre qu'il en avait pris pendant son historique solo sur Diminuendo & Crescendo in Blue... Dans l'émission d'exégèse télévisée autour de saint Jean, intitulée Corpus Christi, et qui durait douze heures, les intervenants sont au nombre de 27 ! Enfin, je crois que la plus flatteuse des coïncidences sur mon chiffre 27 reste celle du Nouvau Testament. Oui ! Le Livre des livres contient 27 textes ! De l'Evangile selon saint Matthieu à... l'Apocalypse. Le vingt-septième est donc celui de saint Jean, et il est à la fois le dernier du N.T. et de toute la Bible !

dimanche 25 janvier 2009

Le tract de Nabe sur Barack Obama


Daté du 20 janvier 2009, affiché sur les murs de Paris le lendemain, le dernier tract de Marc-Edouard Nabe a pourtant été peu lu jusqu'à présent. Et pour cause, en quelques heures, le tract nabien était vandalisé, lacéré, déchiré, détruit, illisible, etc... On retrouvait ici ou là des lambeaux de papier blanc où l'on pouvait décrypter quelques mots, quelques phrases, tout au plus. Pourquoi ce massacre ? Par respect de la loi sur l'affichage public ? Pour avoir du papier sur lequel écrire la liste de ses courses ? Par colère ? Par bêtise ?

Quatre raisons peut-être:
1) Le titre: "Enfin Nègre !"
2) L'illustration: La tête de Barack Obama, tout sourire, le fer au cou.
3) L'auteur: Marc-Édouard Nabe.
4) Le texte : heuuu... j'imagine que ceux qui ont déchiré le tract ne l'ont pas lu.

Dans ce tract, l'auteur de L'Âme de Billie Holiday donne son point de vue sur l'élection d'Obama et n'y va pas de main morte:

« L’Amérique se fout d’Obama, ce qu’elle voulait, c’est faire semblant aux yeux des autres de se laver de Bush alors qu’elle l’a plébiscité deux impardonnables fois. Ne pas oublier que les pires bushistes sont ceux-là mêmes qui ont voté Obama. Logiquement, il ne devrait pas y avoir assez d’oreilles pour mettre toutes les puces dedans. Personne ne semble trouver anormal que les néoconservateurs pro-Bush se soient métamorphosés en obamiens de la vingt-cinquième heure. Il y a pourtant une raison à cela: pour mieux réenculer le monde, il fallait à l’Amérique un nouveau gode. »


Voici le début du texte:

« Ça m’étonne. Moi, si passionné par les Noirs américains et si fanatique de l’Afrique en général, je reste de marbre face à l’élection historique de Barack Obama... Ça ne me fait strictement rien. Aucune émotion, pas un tressaillement de bonheur. Suis-je devenu insensible ? Normalement, ça aurait dû me faire plaisir que le petit Blanc McCain se fasse mettre par le grand Noir Obama, je ne comprends pas...

Je regarde autour de moi, ce sont des torrents de larmes. Un Noir enfin à la Maison Blanche! Les plus durs à cuire fondent d’extase. Les incrédules sont à genoux en train de remercier le Ciel, les défaitistes chantent victoire, les revenus de tout y repartent.

Pour les uns, l’élection d’Obama, c’est plus fort que le premier homme qui a marché sur la Lune. Pour les autres, c’est plus constructif que la destruction du mur de Berlin. Le CRAN jubile, les Antillais font des cabrioles... Au Jamel Comedy Club, on a regardé toute la nuit l’élection en direct pour faire la teuf entre « rebeux» et « renois » et entonner en choeur « What A Wonderful World »!

Et moi, je suis étrangement triste... Pourquoi bouder mon plaisir ? C’est encore mon maudit esprit de contradiction... Tout le monde adore Obama, alors forcément je suis contre... Quel rabat-joie ! Je suis bien bête de ne pas profiter de cette joie mondiale. »

Le tract complet ici en format pdf.

samedi 8 novembre 2008

Albert Ayler selon Saint Nabe

Ayler. Nabe. Deux génies du XXè siècle. Il fut évident qu'ils se rencontrassent. Pas physiquement bien sûr. Albert Ayler, nègre mystique, jazzman céleste, fou illuminé, est mort assassiné en 1970, à l'âge de 34 ans. Nabe avait alors onze ans, presque douze. Mais ce grand écrivain français, le seul en activité aujourd'hui, a rendu l'hommage qu'il fallait à Albert Ayler dans son opus La Marseillaise, publié aux éditions Le Dilettante en 1989, l'année du bicentenaire. Dans un chorus de 38 pages, Nabe ramène Ayler à la vie et écrit les plus belles pages consacrées à un musicien. C'est meilleur que son Billie Holliday. Aucune phrase n'est à jeter. Et je lui fait l'injure d'en jeter la plupart car vous lirez ici trois courts extraits de son poème en prose (comment le qualifier autrement ?) sur "ce geyser de larmes qui jaillissait du jazz".

Avant de citer, précisons une bonne nouvelle. La Marseillaise, épuisé depuis quelques années, sera réédité par Le Dilettante en janvier 2009, tout comme Nuages (sur Django Reinhardt) et Le 27è Livre (sa préface à la réédition d'Au Régal des Vermines, livre lui aussi épuisé en quelques mois).

Albert-Ayler-NabeAlbert Ayler: un sacré fantôme.

"C'est vrai, au début, quand j'ai découvert Ayler, je l'adorais pour sa force fantastique de provocation. J'avais quatorze ans et le coup de knout que cette musique pouvait asséner à un bourgeois normal me réjouissait au plus profond de moi-même. Bien vite, Ayler ne m'apparut plus comme une arme contre les cons, mais une arme contre moi, le plus con de tous, celui qui allait plonger dans l'extase de cette folie. J'écoutais toute la journée Ayler, totalement transporté par cet anti-humour triste à en pleurer."

[...]

"Qu'est-ce que c'est que cette musique ? Je n'en connais pas de plus subversive aujourd'hui où les jazz de Monk et de Parker sont récupérés, intégrés, "revisités" d'une façon vulgaire, en massacrant les thèmes et les tempos... Vous n'entendrez pas souvent Ghosts d'Ayler à la radio. L'aylerisme fait encore peur. Depuis que j'écoute ça, pas de progrès. Les femmes sortent immédiatement de la pièce, les vieillards ont une crise cardiaque, les jeunes gens ricanent et les chats sifflent. Ca ne passe pas. Les imbéciles sont persuadés qu'il s'agit d'un gag ou que mon pick-up est mal réglé, le disque rayé, que sais-je ?... Aucun ne peut reconnaître qu'il s'agit de la musique la plus céleste qui soit, des mannes sonores qui tombent délicatement sur nous. Des chérubins qui perdent leurs plumes ! Tant de joie grandiose dépasse ! Une musique sans notes qui s'adresse au Ciel. Une musique qui peut faire pleuvoir ! Un chaos joyeux ! La naissance de la Gaité ! Les Fleurs qui dansent ! Ça vous descend ainsi dans les membres, et ça vous les détache ! Vous êtes dans un état de purification spirituelle parfait. Vous participez au salut du monde. Vous jouissez dans une vive flamme d'amour de toutes les catastrophes que cette musique raconte."

Marc-Édouard-NabeMarc-Edouard Nabe: la tête de turc des minables éditeurs français.

"La Marseillaise d'Albert Ayler en 1970 à Saint-Paul fut le chant de cygne du jazz. Albert Ayler était le dernier jazzman.
Albert Ayler est mort.
Albert Ayler est mort. Déjà son corps pasolinien flotte sur l'East River. Comme celui d'Ophélie encombré de nénuphars. Le corps mort d'Ayler, les yeux au ciel, le corps en fleur d'Albert dérive vingt jours, gonflé d'eau.
Ô la mort fangeuse d'Albert, comme Ophélie tombée à l'eau tandis qu'elle grimpait sur une branche fragile pour suspendre aux rameaux inclinés sa couronne de fleurs d'amour...
Et si Ayler était mort comme la jeune folle d'Hamlet ? Continuant de fredonner des ritournelles spirituelles alors que ses vêtements enfin lourds de ce qu'ils ont bu la précipitent au fond.
Ophélie coule lentement. She chanted snatches of old tunes, comme le dit Shakespeare.

14 juillet 1989. Je suis couché sur mon lit. J'ai éteint la lumière.
Je regarde le plafond.
Le fantôme d'Albert m'empêche de dormir.
Les feux d'artifice seuls m'éclairent.
J'écoute la Marseillaise d'Albert Ayler."

En bonus, car vous avez maintenant envie d'écouter Albert Ayler, ce lien magique, un concert d'Albert Ayler à Paris en novembre 1966.
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mot de passe: jazzzy

jeudi 2 octobre 2008

Trouver les livres de Marc-Edouard Nabe

Marc-Edouard Nabe (Marc-Eddy pour les intimes - pas forcément de son Journal) (ou MEN pour plus de commodité) est un écrivain dont le talent n'est plus à démontrer. Je sais bien que le fait d'écrire cette phrase prouve le contraire car le monde est peuplé d'aveugles et de gens de mauvaise foi (sans parler du catholicisme hallajien de l'auteur en question).

Ceci n'est pas un post pour exposer le talent du seul écrivain français contemporain - comprendre: le seul qui peut rivaliser avec des classiques sans rougir ni attendre le lendemain littéraire (dans 20 ou 200 ans) sans mouiller d'urine sa panoplie de scribouillard édité... En parlant d'édition, justement... La majeure (avec le majeur, bien comme il faut) partie de son Œuvre est éditée aux Éditions du Rocher, grâce à la clairvoyance et couilles normalement constituées de Jean-Paul Bertrand.

Problème: Jean-Paul Bertrand a quitté la présidence du Rocher en 2005. Depuis plus personne n'édite Nabe (sauf la réédition d'Au Régal des Vermines, premier livre de l'auteur, par Le Dilettante en 2005 - réédition épuisée). Pis que ça: le Rocher a intenté un procès à Nabe. Pourquoi ? Celui qui a la réponse est le bienvenu ! Mais Le Rocher ne s'arrête pas là. Il a ordonné la fin de commercialisation des livres de Nabe publiés en leur nom (bien souillé maintenant !):

"Les Éditions du Rocher informent MM. les Libraires de l’arrêt de commercialisation des titres suivants :
977 950 1 L’Affaire Zannini
914 453 0 L’Âge du Christ
973 222 9 Alain Zannini
903 455 4 Coups d’épée dans l’eau
914 156 8 Journal intime 1. Nabe’s Dream
914 677 8 Journal intime 2. Tohu-Bohu
944 741 3 Journal intime 3. Inch’Allah
964 293 5 Journal intime 4. Kamikaze
959 007 6 K.-O. et autres contes
959 129 1 Non
959 132 1 Oui
914 454 3 Petits riens sur presque tout
979 818 2 Printemps de feu
914 396 6 Rideau
966 120 0 J’enfonce le clou
958 329 6 Une lueur d’espoir
Les retours seront acceptés par la SODIS jusqu’au 31 octobre 2008."

Il est maintenant très difficile voire impossible de trouver les ouvrages mentionnés en librairie. Une véritable honte...

Nabe continue pourtant d'écrire et embellit les murs de Paris de tracts, également disponibles sur son site internet. Dernière prose en date: un texte intitulé "Sauver Siné". A lire de suite.

http://marc.edouard.nabe.free.fr/Accueil.html

Et la vidéo de Nabe chez Laurent Ruquier en 2006 (sans commentaire):