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mercredi 1 octobre 2008

Amos Poe: The Foreigner (1977)

Quelques mois après Unmade Beds, Amos Poe tourne The Foreigner avec 5.000 dollars. Il le précise à la fin du film, c'est pourquoi je note des considérations financières éloignées de mes considérations artistiques, etc... et bla bla bla... on sait que le cinéma est une industrie qui demande du pognon monstre, souvent archi-monstre, et c'est une bénédiction de voir des films tels que ceux d'Amos Poe tournés avec le budget gloss d'Angelina Jolie pour Tomb Raider...

Amos-Pose-Foreigner

Amos-Pose-ForeignerUn générique à l'esthétique punk...

The Foreigner est largement moins bon que Unmade Beds. The Foreigner enchaîne les scènes mémorables mais le problème est que le scénario est inexistant – ou si peu. Et que c'est pénible au bout d'un moment, surtout quand Amos Poe filme en plan séquence de cinq minutes ce qui pourrait l'être en une minute. Par exemple: Eric Mitchell au Chelsea Hotel filmé deux fois d'une façon interminable ; les imitations de punks, crachant et explosant leurs bocks de bière bon marché sur le plancher d'un appartement à loyer modéré ; et, enfin, la mort d'Eric Mitchell sur les docks de Manhattan (oups! spoiler!).

Dans ce film, un terroriste allemand (Eric Mitchell) vient se réfugier à New York mais ne trouve aucune aide. Et il meurt à la fin. L'histoire est assez simple. Entre temps, il erre dans New York, du Chelsea Hotel au CBGB's notamment.

On retient surtout certaines scènes prises sur le vif et des clins d'oeil au mouvement punk de l'époque: les mots du générique collés façon Do It Yourself sur les pages d'un cahier, les cheveux ras et blond platine de l'acteur principal Eric Mitchell (à la Lou Reed 1973), la combinaison SM en latex noir d'Anya Phillips « achetée chez Sex », un reportage télé sur le punk rock avec un extrait sonore des Damned, Blondie qui pousse encore la chansonnette en allemand dans une ruelle, le Chelsea Hotel, et le CBGB's où le spectateur assiste à la première apparition filmique des Cramps.

Amos-Pose-Foreigner-Anya-PhillipsAnya Phillips (REP), dominatrice en latex, revient de la boutique SEX à Londres.

Amos-Pose-Foreigner-BlondieBlondie chante en allemand et fume une cigarette. Quelques semaines après le tournage, c'est une superstar.

Amos-Pose-Foreigner-Cramps-CBGBEric Mitchell au CBGB's. Deuxième en partant de la gauche, Bryan Gregory des Cramps. Trois ans avant la première sortie discographique des Cramps ! Pour l'instant, il écluse des bières au comptoir.

Amos-Pose-Foreigner-Cramps-Eric-MitchellLux Interior des Cramps s'attaque à Eric Mitchell dans les toilettes du CBGB's. “T'as rayé mon 45-tour de Link Wray, enfoiré !”

Amos-Pose-Foreigner-Any-Phillips-Patti-AstorNew York City girls: Anya Phillips & Patti Astor, égéries seventies. L'une des d'eux est vraiment morte.

Amos Poe: Unmade Beds (1976)

Lu dans la brochure du festival cinématographique de Saint-Denis “Combat Rock” en février 2008 : “Né en 1950, Amos Poe est considéré comme le Pape de la New Wave cinématographique, mouvement né à New York en 1976, qui s'inspire de série B, de l'avant-garde et de la Nouvelle Vague française pour créer une nouvelle formule artistique.” C'est vrai. C'est pour cela que je cite cette phrase de David Duez.

Dans Unmade Beds, Amos Poe montre son culte pour la Nouvelle Vague française. Tout d'abord, le film s'ouvre sur une femme noire qui parle en français et raconte le scénario du film. “Bonjour, je suis Amos Poe”... pour celui qui ne sait pas qu'Amos Poe est un homme blanc, c'est forcément déroutant. Cette femme raconte donc l'histoire dont voici des extraits :

“ Bien. Que veut dire ce film ? C'est la simple histoire d'un garçon, d'une fille, d'une caméra, d'un chapeau et de quelques cigarettes. Rico est un petit mec avec de très grandes idées, un petit Napoléon. Comme il dit au commencement du film: un photographe est un chasseur d'images et ses proies sont toujours des garçons ou des filles qui lui apparaissent français.”

Amos-Poe-Unmade-BedsT-Shirt collector vendu à prix d'or aujourd'hui chez Vivienne Westwood et Agnès B.

Pour la suite, disons que Rico (Duncan Hannah, qui ressemble vraiment à Jean-Pierre Léaud sur certains plans – et Amos Poe joue sur cette ressemblance lors d'une scène), dont on peut regretter que ce soit le seul rôle principal dans un film (il fait depuis carrière dans la peinture), renonce à photographier la présence humaine pour se tourner vers les rues vides ou les façades d'immeuble. Il se rend compte qu'un homme apparaît mystérieusement sur plusieurs clichés. Il décide de le retrouver mais l'homme en question est un gangster qui abat Rico de sang froid. Réplique du gangster: “You want angels ? I'll give you angels.” Et bang ! Rico, une balle dans le corps, parcourt quelques rues, filmé de dos, à la manière de Jean-Paul Belmondo, rue Campagne-Première (rue où a habité Rimbaud, voilà sûrement le pourquoi du comment de cette rue...) dans A Bout de Souffle.

Le film ne finit pas pour autant (vingt minutes encore). A cours de pellicules, Amos Poe enchaîne des photos de tournage sur lesquelles Duncan Hannah et Eric Mitchell lisent un dialogue censé se passer dans un bar, où les deux amis parlent de l'avenir. On y entend la réplique sublime: “Garçon, can we have another pastis, please ?”. Le film se termine sur deux prises du gangster qui joue deux fois la même scène où il crie sa liberté.

Duncan-HannahTruffaut, Godard, Belmondo, cigarette sans filtre, chapeau et lecture dans une chambre de bonne. Le triomphe du cinéma français à New York. Du jamais vu depuis, et ce, à juste titre.

Film fauché avec des acteurs qui jouent gratuitement, Unmade Beds est pourtant un film attachant qui réunit des personnalités clefs de l'époque et a le mérite de montrer plusieurs bonnes séquences dont l'après-générique du début où, sur un plan panoramique de New York filmé d'un building, le spectateur peut entendre en voix off:

“ The naked city, Paris. Bright lights and dirty streets. A strange town. Expensive jewlery, [....... ......]. [....] playing wrestlers, crooked politicians, crooked cops. Rub out a cop and you'd really get the guillotine. Killers wear sneakers and baggy suits, blind men on the Champs-Elysées. This is my town. A passion and an obsession. There are eight millions stories in the naked city but I can't even remember one of them.”

Le texte est retranscrit d'oreille et certains termes m'ont échappés... Pour le premier blanc, je pense qu'Amos Poe parle de cigarettes blondes mais je n'en connais pas la marque... Si quelqu'un peut combler ces lacunes, je lui en saurais gré.

Alain-DelonAlain Delon, acteur génial en son temps: punk français des années 50 ?

Au final, un film à voir, bourré de références, tel un premier roman. Donc maladroit parfois mais au-dessus du niveau de beaucoup de films bénéficiant d'un budget indécent. Soyons clairs, Unmade Beds a été réalisé avec le budget dentifrice de Mike Myers pour Austin Powers 3 mais il est meilleur que ce dernier (malgré quelques gags essentiels à la survie culturelle des Pays-Bas)

Blondie-Unmade-BedsBlondie, sublime, forcément sublime...

Duncan-Hannah-Unmade-BedsDuncan Hannah (Rico): belle gueule du cinéma américain, dix ans avant Johnny Depp.

Duncan-Hannah-Unmade-Beds“ The camera is mightier than the gun, a film more real than bullets ”.

Amos-Poe-Unmade-BedsQui est l'acteur, qui est l'acté ? Amos Poe rend ici hommage au cinéma français (bien mort depuis).