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samedi 12 novembre 2011

Sogo Ishii - Electric Dragon 80.000 V (2001)

Sogo Ishii electric dragon
Cinéma punk ! C'est ce qu'on dit du cinéma de Sogo Ishii, entré en scène avec des films mutli-vitaminés et nihilistes comme Panic in High School (1978), Crazy Thunder Road (1980), Shuffle (1981) et Burst City (1982). Du cinéma coup de poing façon Battle Royale de Kinji Fukasaku ou Shinya Tsukamoto. Ce qui n'a pas empêché Sogo Ishii de réaliser des films plus classiques comme Le Labyrinthe des rêves (1997). Comme dans ses premiers films barrés, Sogo Ishii revient dans Electric Dragon 80.000 V à ses amours punks. Dans film en noir et blanc de 55 minutes (format proche des films de Shinya Tsukamoto), Sogo Ishii délivre un film expérimental passionnant.

Sogo Ishii electric dragon
Au centre
Sogo Ishii electric dragon

Un gamin (Dragon Eye Morisson) monte sur pylône électrique et se prend une décharge. Depuis ce choc, Dragon Eye est irritable et pratique la boxe. La seule manière de le calmer est de lui envoyer des décharges électriques, jusqu’au jour où il découvre la guitare électrique, moyen par lequel, il arrive à se contrôler et à se dégager de cette puissance incontrôlable. Accessoirement, Dragon Eye a un métier : retrouver les lézards et autres reptiles. Un Ace Ventura trash. Sans aucune raison particulière, Dragon Eye est confronté à Thunderbolt Bouddha, un autre homme électrique, portant un semi-masque de métal, dont le métier est d’installer des paraboles électriques dans Tokyo.

Sogo Ishii electric dragon
Sogo Ishii electric dragon

Dans cette ambiance électrique, ode aux ondes électromagnétiques et aux antennes de téléphonie mobile, Sogo Ishi réalise un film dingue. Ci-dessous, un extrait de la passion guitaristique du personnage principal :

mardi 3 novembre 2009

Sogo Ishii - Le Labyrinthe des rêves (1997)

Sogo Ishii Labyrinthe reves
Sogo Ishii est souvent considéré comme le cinéaste punk du Japon. C'est en partie vrai mais depuis les années 1990, Ishii a complètement renouvelé son style et ses intentions, comme on peut le voir avec Le Labyrinthe des rêves (Yume no ginga). En 1977, alors étudiant à la Nihon University de Tokyo, Ishii tourne avec le matériel de l'école le court métrage Panic High School. Dans ce brûlot, il dénonce la pression exercée sur les étudiants pour entrer dans les grandes écoles et devenir un salaryman voué et corps et âme à son travail. Dans Panic High School, un étudiant au bout du rouleau arrive à l'université armé d'un fusil et tue son prof de maths. S'ensuit une prise d'otages qui vire peu à peu au carnage. En 1978, Sogo Ishii fait de Panic High School un long métrage aujourd'hui devenu un classique.

Sogo Ishii Labyrinthe revesDiscussion entre contrôleuses de billets de bus.

En 1980, Ishii réalise Crazy Thunder Road, un film post-apocalyptique où des gangs de motards se livrent une guerre sans merci rythmée par une musique punk incisive. Une variation de Mad Max, pour résumer. Tourné de façon indépendante en 16mm, la maison de production Toei décide de sortir le film en 35mm. Crazy Thunder Road fait partie des dix films préférés du réalisateur et acteur Takeshi Kitano.

Sogo Ishii Labyrinthe revesCigarettes Pall-Mall : Jean Lorrain apprécie.

Sogo Ishii continue en 1981 avec le moyen métrage Shuffle, un coup de poing nihiliste où un désespéré fuit des yakuzas et la police avant de se suicider dans le couloir d'un commissariat. Grosse claque et mise en scène simple et efficace. Le spectateur assiste ainsi pendant plus de dix minutes à une course poursuite en pleine rue filmée caméra à l'épaule, avec les tremblements que cela implique. En 1982, Ishii signe Burst City, sorte de manifeste du mouvement punk nippon du début des années 1980. On y voit des punks faire la fête, se battre avec la police et assister à des concerts des groupes The Rockers et The Stalin. On y voit aussi des motards enragés désireux d'en découdre avec les forces de l'ordre, la société industrielle et les yakuzas. Jusqu'en 1989, Sogo Ishii ne réalisera pas de long métrage à part Crazy Family en 1984. A la place, il fera des clips musicaux pour des groupes punks. C'est alors la fin de sa période punk, débutée en 1977.

Sogo Ishii Labyrinthe revesSogo Ishii Labyrinthe reves
Sogo Ishii Labyrinthe revesTomiko (Rena Kamine) et Niitaka (Tadanobu Asano). Je t'aime moi non plus.

En 1997, après le thriller Angel Dust (1994) et la romance surnaturelle August in Water (1995), Sogo Ishii revient avec Le Labyrinthe des rêves, un film au scénario très simple. Dans un village du Japon d'avant 1940, Tomiko, contrôleuse de billets dans un bus, reçoit une lettre de sa meilleure amie Tsuyako, également contrôleuse dans un autre village. Celle-ci lui annonce que son fiancé, un chauffeur de bus, projette de la tuer. Quelques jours plus tard, Tomiko apprend effectivement que Tsuyiko est morte dans une collision entre un train et un bus. Son fiancé, le chauffeur du bus, a étrangement survécu à l'accident. Peu après, une collègue de Tomiko lui raconte la rumeur selon laquelle un chauffeur de bus séduit les contrôleuses de billets avant de les assassiner mais d'une telle manière qu'il est au-dessus de tout soupçon. Du jour au lendemain, un nouveau chauffeur fait son apparition. Il s'agit justement de l'ancien fiancé de Tsuyako. Tomiko décide se venger de la mort de son amie mais elle tombe bientôt sous le charme du beau chauffeur. Mais est-il vraiment le fameux tueur de contrôleuses ? La mort de Tsuyako était-elle un meurtre déguisé ou un simple accident ?

Sogo Ishii Labyrinthe revesNiikata : tueur en série ou simple chauffeur de bus ?

Sogo Ishii Labyrinthe revesTomiko : son imagination lui joue-t-il des tours ?

Sogo Ishii montre ici un grand talent de cadreur et de metteur en scène. Sur une histoire très simple qui laisse peu de place à de l'action, le réalisateur sort de spectateur de l'ennui en vaporisant une atmosphère lourde et déroutante à coups de gros plans sur les visages de l'actrice principale, de plans statiques du paysage, d'ambiances tantôt brumeuses tantôt surexposées, le tout accompagné par une musique discrète et légèrement angoissante. Le noir et blanc et la photographie du film sont par ailleurs exceptionnels. Les deux acteurs principaux sont très convaincants. Rena Komine joue le rôle de Tomiko. Celle-ci n'a pas persévéré dans le cinéma même si on l'aperçoit dans Into a dream de Sono Sion. Son visage est pourtant très photogénique, ce qu'a compris Sogo Ishii qui multiplie les gros plans. Un réalisateur qui filme de tels visages en gros plans peut rarement faire un mauvais film. Le chauffeur de bus Niitaka est interprété par Tadanobu Asano, un des acteurs phares du cinéma japonais des années 1990-2000. On le voit notamment dans Tabou de Nagasa Oshima, Zatoichi de Takeshi Kitano, Ichi The Killer de Takashi Miike (le psychopathe masochiste blond platine, c'est lui !) et Café Lumière de Hou Hsiao-Hsien.



Ci-dessus un extrait du Labyrinthe des rêves.