vendredi 14 novembre 2008

Une introduction à Jess Franco, acte 4

Franco contre Franco: le cinéma face à la censure (1ère partie)

L'état du cinéma espagnol sous le franquisme

Le régime franquiste prône un ordre moral dans la tradition catholique. Le catholicisme est une véritable religion d’Etat et le prêtre est une figure emblématique du pouvoir, aux côtés du Caudillo, le général Franco (ironiquement, l'homonyme de Jess !). La liberté d’opinion est réduite et la censure omniprésente. Pour réaliser un film, il faut préalablement présenter son projet à un comité, qui valide ou non le film. Un film projet accepté peut quand même être interdit par la suite. Nous allons voir l’action de cette censure au cinéma à travers trois exemples: Luis Garcia Berlanga, Luis Buñuel et Jess Franco.

Luis Garcia Berlanga: haï par le gouvernement espagnol dans années 50-70, aujourd'hui honoré par la profession cinématographique espagnole.

Luis Garcia Berlanga est aujourd’hui célébré en Espagne mais il dut subir les affres de la censure dans plusieurs de ses films.

En 1957, le scénario et les dialogues de Los Jueves Milagro (Les Jeudis miraculeux) sont modifiés par la censure ce qui retarde la sortie du film de plusieurs années. Le scénario est le suivant: des villageois organisent un faux miracle dans un spa abandonné pour attirer les touristes. L’Eglise et le régime franquiste condamnèrent le film pour attaque à la foi catholique. Le film a subi de nombreuses réécritures en cours de tournage et de montage, des séquences ont dû être coupées au dernier moment… La maison de production a été rachetée par l’Opus Dei pendant le tournage ! Le résultat final est loin d’être celui espéré au début du tournage. Le film sort finalement en Espagne en 1959.

En 1963, Berlanga réalise El Verdugo (Le Bourreau), un portrait cruel de l’Espagne et de la peine de mort. L’ambiance satirique du film passe de la farce à l’humour noir. le plus grinçant. Un bourreau proche de la retraite cherche à marier sa fille dont personne ne veut. La critique est moins frontale que pour Los Jueves Milagro, plus subtile mais le film est tout de même mal reçu par les autorités.

1973 est l'année de Grandeur Nature, filmé à Paris, et qui développe l’histoire d’un fétichiste (Michel Piccoli) qui a une histoire d’amour avec une poupée. Le film sort en Espagne cinq ans plus tard, en 1978.

Jess Franco, qui a été l'assistant de Berlanga sur Los Jueves Milagro, témoigne: « J'ai été l'assistant d'un metteur en scène qui s'appelle Luis Berlanga. Un jour, alors qu'il était très malheureux parce que la censure lui avait demandé de changer l'histoire, il m'a dit : "Écoute Jess, finalement, pour faire du cinéma il faut une caméra et la liberté !". Il avait raison. »

Une poupée, objet sexuel: le Vatican et le Général Franco détestent, Michel Piccoli adore.

Buñuel est entré dans le cinéma avec des films surréalistes forcément provocants: Un Chien andalou et l’Age d’or, tournés en collaboration avec Dali. L’Age d’or fit scandale à Paris et le film fut saisi par la police. Il faut attendre 1981 pour que le film intégral soit autorisé. Buñuel quitte l’Espagne en 1936, en pleine guerre civile, peu de temps après la mort de son ami, le poète, Garcia Lorca, sauvagement assassiné. Il y reviendra 24 ans plus tard, avec appréhension, tout de même, pour réaliser Viridiana. Ce film réunit les thèmes chers à Buñuel: le fétichisme sexuel, l'inceste, l'hypocrisie de l'Église, la bestialité populaire, la bêtise et la suffisance de la bourgeoisie.

Luis Buñuel rentre en Espagne en 1960, attention, il flingue !: "Où est Franco !? Où est Franco !? Le Général Franco ! Pas mon ami Jess !"

L'histoire ? Viridiana va bientôt prononcer ses vœux et s'enfermer dans un couvent. Elle vient une dernière fois saluer son oncle, un riche bourgeois. L'oncle la drogue et fait semblant d'abuser d'elle afin qu'elle accepte de l'épouser. Elle refuse horrifiée. Rongé par le remords, l'oncle se donne la mort. Héritière du domaine avec son cousin, Viridiana renonce au cloître et décide de consacrer sa vie et sa propriété aux pauvres. Un soir de fête, où Buñuel reproduit la Cène du Christ avec des mendiants, les gens qu'elle a aidés se saoulent, pillent la maison et essaient de violer leur bienfaitrice. Sauvée par son cousin, elle cède à ses charmes et accepte à la fin de s'installer avec lui et la servante dans un ménage à trois.

Palme d’or au Festival de Cannes, le film scandaleux est jugé impie et blasphématoire par Franco et le Vatican. Le film est alors interdit en Espagne. Sacré Buñuel !

La Cène selon Buñuel: les auditeurs de Radio Courtoisie crient au scandale.

Avec Buñuel, Jess Franco est considéré comme le réalisateur le plus dangereux. Le mieux est maintenant de laisser la parole à Jess Franco lui-même. Ce qui va suivre est tiré d’une entrevue publique donnée à Bruxelles le 22 mars 2002, dans laquelle Jess Franco dresse un état des lieux des années 60 en Espagne.

Question: En Espagne, durant la période du franquisme, quelle liberté aviez-vous et comment avez-vous réagi à tout cela ?

"Le cinéma espagnol était un cinéma officiel, un cinéma protégé mais pour cela, il fallait accepter le diktat. Avant le tournage, il fallait présenter le projet avec un scénario terminé, signé et précis. Alors, ils étudiaient le cas et vous rappelaient pour vous dire ce qui devait être modifié. Par exemple, si vous aviez envie d'engager un acteur communiste, vous ne pouviez pas ou si vous aviez envie de raconter l'histoire d'un militaire espagnol qui trahit sa patrie, c'était interdit, etc… C'était super négatif, vous ne pouviez pas parler librement de choses qui vous intéressaient. Il fallait faire des histoires stupides et naïves. C'est pour cela qu'il y a eu des films avec "Joselito", des gosses, des chansons, etc… Merde quoi ! Il y avait aussi des réalisateurs qui n'étaient pas des imbéciles et qui essayaient de faire des films historiques mais même ces histoires étaient chamboulées pour plaire au général Franco. Ils ont essayé de me mettre aussi dans cette soupe mais j'ai refusé violemment. C'est pour ça que je me suis réfugié dans le cinéma d'épouvante, c'est un des genres les plus nobles et les plus intéressants du cinéma..."

Dans les Griffes du Maniaque (1965): trop érotique pour le Caudillo, pas encore assez pour Jess !

"Lorsqu'on essayait de faire quelque chose de bien et d'intéressant et qu'ils s'en rendaient compte, ils interdisaient le film. Il faisaient même des choses plus méchantes, ils déclassaient les films dans la dernière des catégories. Tu n'avais pas le droit de sortir ton film dans les grandes salles mais dans les cinémas de quartiers en double programme. Ils tuaient le réalisateur. Ils ne l'ont pas fait seulement avec moi mais avec d'autres aussi. C'était l'équivalent du maccarthysme à Hollywood quand ils ont commencé à interdire des films, des réalisateurs et des comédiens formidables. Ils sont même allés jusqu'à changer les scénarios de films comme Mogambo de John Ford. C'était pathétique. Dans cette histoire, Monsieur Clark Gable était amoureux de sa femme mais ça donnait également l'impression qu'il avait une aventure avec une autre femme interprétée par Grace Kelly. Dans la version espagnole Grace Kelly est devenue la sœur de Clark Gable…"

"Bref, on en avait ras-le-bol, on faisait du cinéma plat qui n'avait plus aucun sens. Plus tard, on a commencé à avoir une certaine liberté concernant les images. Par exemple, montrer un fille en bikini était interdit en Espagne, mais à partir d'un certain moment, on pouvait les montrer dans cette tenue. Imaginez-vous quel exploit et quelle merveille c'était. C'était une évolution très très lente et très stupide mais concernant les choses importantes comme les problèmes sociaux ou politiques, il n'y avait toujours pas d'ouverture."

Le Fürher Adolf Hitler et le Caudillo Francisco Franco: ils se sont toujours fait une certaine idée du cinéma...

"Personnellement, je n'ai pas voulu rester, je n'ai pas voulu être le camarade de cette bande de salauds, alors je suis parti d'Espagne. J'y suis revenu deux ou trois fois parce que je ne me suis pas fait officiellement bannir, mon nom n'était pas un nom à tuer mais tout simplement un nom à ne pas laisser travailler. Comme j'ai vu que tout était toujours pareil, je suis reparti. Je ne suis rentré définitivement que lorsque les socialistes ont repris le pouvoir."




Le début de Venus In Furs, exploration et expérimentation de Jess Franco... Un classique du cinéma onirique, que semble avoir regardé David Lynch...

En 1969, à l'époque de Venus In Furs, Jess Franco a déjà quitté l'Espagne franquiste pour tourner avec une plus grande liberté dans le reste de l'Europe. Il va alors réaliser des films plus expérimentaux, plus ou moins improvisés.

Suite de l'étude sur Jess Franco:
Jess Franco, acte 1: présentation du cinéaste
Jess Franco, acte 2: les premiers films
Jess Franco, acte 3: la collaboration avec Orson Welles
Jess Franco, acte 5: le cinéma libre de Jess Franco (1967-1971)
Jess Franco, acte 6: depuis les années 70, érotisme et fantastique
Jess Franco, acte 7: depuis les années 70, le WIP
Jess Franco, acte 8: les héritiers de Franco

jeudi 13 novembre 2008

Une introduction à Jess Franco, acte 3

La première époque de Jess Franco: du fantastique au film d'aventure (2è partie)

Le talent de Franco est établi dès le milieu des années 60. Ce qui n’a pas échappé à Orson Welles, considéré comme un des pus grands réalisateurs du septième art.

Orson Welles en Europe: c'est avec Jess Franco que le surdoué tourne son Falstaff.

Il faut se remettre dans le contexte. En 1965, Welles n’est plus le réalisateur adulé des années 40. Son dernier grand film, Le Procès, adapté de Kafka, est une condamnation sans concession du totalitarisme, ce qui cadre bien avec la pensée de Franco. En parlant de totalitarisme, ou du moins de système, il faut préciser que Welles a eu des problèmes avec les producteurs et le public dès son premier film, Citizen Kane. Enfant terrible du cinéma, son intransigeance et son désir de contrôle total lui ont valu l’animosité des producteurs comme du public. Tout talentueux qu’il est, Welles n’atteint pas le public. C’est une des raisons pour lesquelles il décide de venir en Europe pour trouver des producteurs. En 1965, il réalise Falstaff, adapté de Shakespeare. Il convoque Jess Franco pour diriger sa deuxième équipe de tournage. Le film est évidemment excellent. Welles considère d'ailleurs Falstaff comme son meilleur film.

Falstaff: le nom de Jess Franco n'est pas sur l'affiche mais les gens savent... "Vrai reconnaît vrai..."

Enthousiasmé par le talent de Jess Franco, Welles lui propose de réaliser L’Île au Trésor avec, dans le rôle de Long John Silver, Welles lui-même (qui est également un très grand acteur). Malheureusement, le tournage s’arrête après quelques semaines par manque d’argent. Il était devenu courant pour Welles d’arrêter ses tournages pour raisons financières, tant ses demandes étaient exigeantes. Les rushes de L’Île au Trésor, qui existent, n’ont jamais été dévoilés pour l’instant.

La rencontre entre Welles et Franco se termine par un autre classique de la littérature. Après Shakespeare et Stevenson, le duo se consacre au Don Quichotte de Cervantès. Ce qui paraît normal pour un espagnol comme Franco. Mais pour dire vrai, l’initiative vient d’Orson Welles, qui a commencé à tourner depuis 1957. Le film ne verra pas le jour avant 1992, monté par Franco d’après les images tournées par Welles entre 1957 et 1975. Pour l’anecdote cervantesque, Terry Gilliam, l'ancien Monty Python, tenta de réaliser un Don Quichotte il y a quelques années, il échoua également malgré une distribution haut-de-gamme réunissant Johnny Depp, Vanessa Paradis et Jean Rochefort. Il y a des projets qui sont maudits. Les fanatiques de Don Quichotte peuvent se rabattre sur la version de Pabst de 1933.

Don Quichotte: le film mythique d'Orson Welles monté par Jess Franco.

Que retenir de la collaboration Welles/Franco ? Welles est l’exemple même du manque de considération des producteurs envers les réalisateurs, envers les artistes. Nous touchons là à un aspect essentiel du cinéma, à la fois art et industrie. Welles était un artiste. Peut lui importer le budget, il dépensait sans compter pour son art. Malheureusement plusieurs de ses projets en ont pâti: Don Quichotte et L’Île au Trésor entre autres. Peut-être que cette collaboration à ouvert les yeux de Jess Franco quant à la poursuite de son œuvre. Vers 1967-1969, Franco jouit d’un certain prestige dans le monde du cinéma. Son Necronomicon est un succès international, tout comme son Justine et les Infortunes de la Vertu. Pourtant, Franco va se disperser dans des productions à faible budget. La situation du cinéma espagnol sous le franquisme n’y est pas étrangère.

Suite de l'étude sur Jess Franco:
Jess Franco, acte 1: présentation du cinéaste
Jess Franco, acte 2: les premiers films
Jess Franco, acte 4: le cinéma espagnol sous le franquisme
Jess Franco, acte 5: le cinéma libre de Jess Franco (1967-1971)
Jess Franco, acte 6: depuis les années 70, érotisme et fantastique
Jess Franco, acte 7: depuis les années 70, le WIP
Jess Franco, acte 8: les héritiers de Franco

Une introduction à Jess Franco, acte 2

La première époque de Jess Franco: du fantastique au film d'aventure (1ère partie)

Franco a réalisé de nombreuses adaptations de classiques de la littérature: On peut citer Bram Stoker (Dracula), Sacher-Masoch (qui popularisa la fétichisme), Sax Rohmer (l’auteur de Fu-Manchu), Mary Shelley (Frankenstein), Sade (Justine et Juliette), Poe (La Chute de la Maison Usher), Lovecraft (l’inventeur du Necronomicon, le livre maléfique qui inspira le film du même nom).


Franco connaît le cinéma, c’est un fait. Son premier film reconnu, L’Horrible Docteur Orlof, s’inspire d’un classique du cinéma: Les Yeux sans visage de Georges Franju sorti en 1959, film lui-même adapté d’un roman de Jean Redon. L’histoire est celle du Docteur Orlof, un ancien médecin de prison, qui, aidé par son assistant aveugle Morpho, kidnappe des femmes afin d’utiliser leur peau pour la greffer sur le visage de sa fille, défigurée. S’ensuit une enquête policière pour découvrir la cause des disparitions inexpliquées des femmes. L'inspecteur Tanner est chargé de l'enquête. Pour ce film, Jess Franco est considéré comme le père du cinéma d’horreur espagnol.

Diana Lorys dans le rôle de Wanda Bronsky, fiancée de l'inspecteur Tanner. Tombera-t-elle dans les mains du Dr Orlof ?

Cette matrice de l’épouvante espagnole, aura plusieurs suites dont Les Maîtresses du Docteur Orlof en 1964, qui s’inspire plutôt du mythe de Frankenstein. Dans ce film, le Docteur Jekyll (encore un clin d’œil aux classiques de la littérature) se rend au chevet du Docteur Orloff afin d' obtenir des informations pour redonner la vie à un mort. Le Docteur Jekyll va se servir de sa créature ressuscitée pour tuer des danseuses de cabaret avec lesquelles il a eu des relations sexuelles. Cette partie du scénario n’est pas sans rappeler l’histoire de Jack l’Eventreur qui tua à Londres 5 prostituées en 1888. Il faut d’ailleurs noter que Franco réalisera en 1976 un film sur le tueur en série anglais, joué par Klaus Kinski ! Sans vouloir vous égarer par tant de références, vous apercevez l’entremêlement des fils de Franco, qui tissent un monde propre et cohérent, fait de redites et de variations. Franco n’hésitant pas d’un film à l’autre à se citer lui-même, que ce soit pas le nom des personnages, les acteurs qui les incarnent et les lieux de tournages utilisés.

Pour terminer sur les variations du Docteur Orlof, notons en 1988, Faceless/Les Prédateurs de la Nuit qui utilise le même scénario que l’horrible Docteur Orlof, film avec Helmut Berger, acteur viscontien, et Brigitte Lahaie, actrice... française.

Dans ce film, Brigitte Lahaie ne se déshabille pas mais joue quand même le rôle d'une belle salope.

Si Franco est bien le père de l’épouvante espagnole, il se tient dans la lignée des films produits par la Hammer. La Hammer est une maison de production britannique fondée en 1935 qui connaît un franc succès du milieu des années 50 à la fin des années 60 grâce à des films d’horreur et fantastiques. Son réalisateur phare est Terence Fisher qui a réalisé des adaptations de Dracula, de Frankenstein ou du mythe du loup-garou. Pour ce qui est du mythe du vampire de Transylvanie, c’est lui qui a pour la première fois montré les canines proéminentes de Dracula en gros plan sur le cou des victimes, instaurant une nouvelle dimension érotique au personnage. Fischer a également révélé un acteur, Christopher Lee, qui joue dans pas moins de six films de Franco. Dans le rôle de Dracula évidemment mais aussi dans celui de Fu-Manchu, le génie du mal asiatique créé par l’écrivain Sax Rohmer.

Alors, parlons de Dracula, parlons des vampires, qui est un des thèmes primordiaux de Jess Franco. Franco a une bonne trentaine de films de vampires à son actif (qui a vraiment compté ?). Il voue une réelle obsession à ce thème et il passera très vite du vampire masculin au vampire féminin. En cela, il continue les travaux de Terence Fisher. Il érotise de film en film le personnage du vampire. Avant cela, bien sûr, il a voulu donner une version fidèle au Dracula de Bram Stoker. Cette fidélité est le film Les Nuits de Dracula en 1969. Evidemment c’est un tâche impossible et Franco a dû faire certaines concessions. Il a dû réduire le nombre de personnages mais l’histoire reste fidèle à celle de Stoker. Plus fidèle que celle Coppola en tous cas, notamment en ce qui concerne la mort de Dracula. Franco n’a pas voulu de faire de sensationnalisme. Il reprend même l’esthétique gothique des films de la Hammer. En cela, Franco est classique. Son film n’en est pas moins original, ne serait-ce que par la présence toujours surprenante de Klaus Kinski dans le rôle du fou Reinfield et surtout par la manière de filmer. On voit ici les gros plans et les flous qui feront la renommée de Franco.

Soledad Miranda et Christopher Lee dans Les Nuits de Dracula (1969).

Le film de genre ne se limite pas à l’horreur et au fantastique. Franco a également réalisé des films d’espionnage. A la différence près que Franco traite le film d’espionnage sur le ton de la plaisanterie. C’est le cas dans les deux films réalisés en 1966 et dans lesquels joue Eddie Constantine. Eddie Constantine est un américain qui a connu un grand succès en Europe dans la chanson et dans le cinéma. Il joue notamment dans Alphaville de Jean-Luc Godard, film qui est lui même une parodie de film d’espionnage. Un an après Alphaville, film d’auteur selon les critères établis par une certaine critique française, Eddie Constantine joue dans deux films de Franco. Cartes sur Table et Ca Barde chez les Mignonnes. Ceux-ci ont tout des films d’espionnage de série B: un agent secret qui boit du whisky, tombeur de femmes, pris dans une spirale conspirasionniste à laquelle il échappe après des dizaines de péripéties. Ces films sont des sortes de parodies de James Bond. Franco ne s’y trompe pas quand, dix ans plus tard, dans le polar "pop" érotico-mystique Blue Rita ou le Cabaret des Filles Perverses, il fait un clin d’œil explicite à un certain « Bond James », agent secret à la Jamaïque.

1965: Eddie Constantine dans Alphaville. Un an plus tard, il est agent secret pour Jess Franco. Il n'a pas perdu au change.

Autre époque, autres moeurs. En 1976, dans Blue Rita (un chef d'oeuvre), la mignonne Martine Fléty joue les terroristes dans le plus simple appareil.

Cet espionnage de genre poursuit son cours avec une actualisation « pop » dans la série des Lèvres Rouges qui comptent deux épisodes dont le superbe Sadisterotica en 1967. Ce film a un côté pop-art, bande-dessinée et érotique dans le genre de Barbarella. En effet, Sadisterotica dégage un parfum érotique assez explicite et Franco glisse ici vers des territoires qui sont interdits dans l’Espagne franquiste. La sensuelle Janine Reynaud, actrice française, n’est pas étrangère à cet érotisme transgressif.

Une introduction à Jess Franco, acte 1

Ceci est une étude consacrée au réalisateur espagnol Jess Franco. Ce texte a fait l'objet d'une allocution universitaire à Rennes 2, le 12 novembre 2008, grâce à l'enthousiasme et l'implication fervente du professeur Laurey Braguier. Merci à lui de faire connaître l'œuvre de Jess Franco.


Jess Franco est un réalisateur très controversé, raillé par les tenants d’un cinéma élitiste et adulé par les cinéphiles amateurs de cinéma fantastique et de série B. Depuis quelques années, il est de plus en plus fréquent de prendre au sérieux et de réhabiliter le cinéma de Franco. Ses films sortent en DVD et les cinémathèques organisent rétrospectives et hommages à l’Espagnol. L’hommage le plus significatif est la rétrospective de la Cinémathèque Française en juin 2008. 66 films dont des inédits furent projetés et Jess Franco lui-même vint s’entretenir avec le public.

Franco évolue depuis les années 50 dans les marges de la production mondiale mais a réussi le tour de force de réaliser près de 200 films. Le nombre exact de ses films est difficile à déterminer pour trois raisons.
Premièrement, Franco a utilisé plusieurs pseudonymes donc les plus connus sont David Khunne, Franco Manera, Pablo Villa, Clifford Brown ou James Lee Johnson (ces deux derniers, noms de jazzmen célèbres, montrant la passion de Franco pour la musique). Il a soit choisi ces pseudonymes soit pour ne pas rendre les autres metteurs en scène jaloux de sa prolixité, soit parce qu'ils lui ont été imposés par les nombreux producteurs qui ont croisé sa route (en France, en Italie ou en Allemagne).
Deuxièmement, un même film peut avoir plusieurs titres, au gré des pays ou, plus récemment, au gré des rééditions en DVD. Succubus est ainsi le titre américain de Necronomicon.
Troisièmement, il existe plusieurs versions d’un même film. En 1973, La Comtesse Noire devient tour à tour La Comtesse aux Seins Nus puis Les Avaleuses, le film contenant sous ce dernier titre des inserts pornographiques non voulus par le réalisateur. Dans les années 70, beaucoup de films de Franco existent au moins en 3 versions. Une version « director’s cut » s'il on peut dire, une version « producteur » pour alimenter le marché pornographique et des versions courtes, pour l’Espagne par exemple, où les plans de nus sont supprimés. Aussi, Franco n’hésite pas reprendre un ancien film, à retourner quelques scènes supplémentaires puis à remonter le tout pour créer un nouveau film. Ainsi, Exorcisme et Messes Noires en 1974 devient Le Sadique de Notre-Dame en 1979.

La brune Lina Romay, muse de Jess Franco: elle n'a pas la langue dans sa poche.

Malgré toutes ces particularités propres au cinéma d’exploitation, Franco est un véritable auteur qui a développé un style. Si vous regardez 5 ou 6 films, vous remarquerez par exemple l’usage de très gros plans et de flous.

Notre étude se déroulera en trois points. Je précise que cela n’aura rien d’exhaustif. L’œuvre de Franco est trop vaste pour l’étudier dans ses moindres détails. Toutefois, on peut en esquisser les contours. Nous verrons dans un premier temps, les premières années de Franco cinéaste, de la fin des années 50 au milieu des années 60, où il développe un cinéma de genre avec des films d’horreur, des films d’aventure et des film d’espionnage. Nous dresserons ensuite un état des lieux du cinéma sous le régime franquiste et les raisons qui ont poussé Jess Franco à s’exiler , pour continuer une œuvre de plus en libre et de plus en plus expérimentale. Enfin, nous aborderons le cinéma de Jess Franco depuis les années 70, naviguant entre érotisme, fantastique et pornographie, et qui semble raconter toujours les mêmes histoires.

Klaus Kinski dans la peau du Marquis de Sade. L'Allemand fou est aussi présent dans Venus In Furs, Les Nuits de Dracula et Jack L'Eventreur.

Avant cela, nous allons visionner une première séquence vidéo, les cinq premières minutes des Justine ou les Infortunes de la Vertu, réalisé en 1968, d’après l’ouvrage du Marquis de Sade. On y voit Klaus Kinski dans le rôle de Sade, enfermé à la Bastille, en proie à des visions, des fantasmes et de pulsions qui le forcent à écrire son œuvre. On peut établir ici un parallèle entre Sade et Franco, dans leurs œuvres respectives, sont dictées par le fantasme et la volonté de les mettre en scène. Ce passage est aussi une allégorie parfaite des conditions de travail de Jess Franco, la prison de Sade faisant office de l'Espagne franquiste où règne alors la censure. A propos du tournage de cette scène, Kinski a déclaré: « Trois caméras sont braquées sur moi continuellement, je peux donc en finir vite (…). C'est pourquoi mon tournage fut le plus court de l'histoire du cinéma. Deux heures ». Kinski apparaît en effet seulement quelques minutes dans ce film. Mais quelles minutes !

samedi 8 novembre 2008

Albert Ayler selon Saint Nabe

Ayler. Nabe. Deux génies du XXè siècle. Il fut évident qu'ils se rencontrassent. Pas physiquement bien sûr. Albert Ayler, nègre mystique, jazzman céleste, fou illuminé, est mort assassiné en 1970, à l'âge de 34 ans. Nabe avait alors onze ans, presque douze. Mais ce grand écrivain français, le seul en activité aujourd'hui, a rendu l'hommage qu'il fallait à Albert Ayler dans son opus La Marseillaise, publié aux éditions Le Dilettante en 1989, l'année du bicentenaire. Dans un chorus de 38 pages, Nabe ramène Ayler à la vie et écrit les plus belles pages consacrées à un musicien. C'est meilleur que son Billie Holliday. Aucune phrase n'est à jeter. Et je lui fait l'injure d'en jeter la plupart car vous lirez ici trois courts extraits de son poème en prose (comment le qualifier autrement ?) sur "ce geyser de larmes qui jaillissait du jazz".

Avant de citer, précisons une bonne nouvelle. La Marseillaise, épuisé depuis quelques années, sera réédité par Le Dilettante en janvier 2009, tout comme Nuages (sur Django Reinhardt) et Le 27è Livre (sa préface à la réédition d'Au Régal des Vermines, livre lui aussi épuisé en quelques mois).

Albert-Ayler-NabeAlbert Ayler: un sacré fantôme.

"C'est vrai, au début, quand j'ai découvert Ayler, je l'adorais pour sa force fantastique de provocation. J'avais quatorze ans et le coup de knout que cette musique pouvait asséner à un bourgeois normal me réjouissait au plus profond de moi-même. Bien vite, Ayler ne m'apparut plus comme une arme contre les cons, mais une arme contre moi, le plus con de tous, celui qui allait plonger dans l'extase de cette folie. J'écoutais toute la journée Ayler, totalement transporté par cet anti-humour triste à en pleurer."

[...]

"Qu'est-ce que c'est que cette musique ? Je n'en connais pas de plus subversive aujourd'hui où les jazz de Monk et de Parker sont récupérés, intégrés, "revisités" d'une façon vulgaire, en massacrant les thèmes et les tempos... Vous n'entendrez pas souvent Ghosts d'Ayler à la radio. L'aylerisme fait encore peur. Depuis que j'écoute ça, pas de progrès. Les femmes sortent immédiatement de la pièce, les vieillards ont une crise cardiaque, les jeunes gens ricanent et les chats sifflent. Ca ne passe pas. Les imbéciles sont persuadés qu'il s'agit d'un gag ou que mon pick-up est mal réglé, le disque rayé, que sais-je ?... Aucun ne peut reconnaître qu'il s'agit de la musique la plus céleste qui soit, des mannes sonores qui tombent délicatement sur nous. Des chérubins qui perdent leurs plumes ! Tant de joie grandiose dépasse ! Une musique sans notes qui s'adresse au Ciel. Une musique qui peut faire pleuvoir ! Un chaos joyeux ! La naissance de la Gaité ! Les Fleurs qui dansent ! Ça vous descend ainsi dans les membres, et ça vous les détache ! Vous êtes dans un état de purification spirituelle parfait. Vous participez au salut du monde. Vous jouissez dans une vive flamme d'amour de toutes les catastrophes que cette musique raconte."

Marc-Édouard-NabeMarc-Edouard Nabe: la tête de turc des minables éditeurs français.

"La Marseillaise d'Albert Ayler en 1970 à Saint-Paul fut le chant de cygne du jazz. Albert Ayler était le dernier jazzman.
Albert Ayler est mort.
Albert Ayler est mort. Déjà son corps pasolinien flotte sur l'East River. Comme celui d'Ophélie encombré de nénuphars. Le corps mort d'Ayler, les yeux au ciel, le corps en fleur d'Albert dérive vingt jours, gonflé d'eau.
Ô la mort fangeuse d'Albert, comme Ophélie tombée à l'eau tandis qu'elle grimpait sur une branche fragile pour suspendre aux rameaux inclinés sa couronne de fleurs d'amour...
Et si Ayler était mort comme la jeune folle d'Hamlet ? Continuant de fredonner des ritournelles spirituelles alors que ses vêtements enfin lourds de ce qu'ils ont bu la précipitent au fond.
Ophélie coule lentement. She chanted snatches of old tunes, comme le dit Shakespeare.

14 juillet 1989. Je suis couché sur mon lit. J'ai éteint la lumière.
Je regarde le plafond.
Le fantôme d'Albert m'empêche de dormir.
Les feux d'artifice seuls m'éclairent.
J'écoute la Marseillaise d'Albert Ayler."

En bonus, car vous avez maintenant envie d'écouter Albert Ayler, ce lien magique, un concert d'Albert Ayler à Paris en novembre 1966.
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http://rapidshare.com/files/59290022/AA-LP.part2.rar
mot de passe: jazzzy

jeudi 6 novembre 2008

Koyu Ohara - White Rose Campus (1982)

koyu ohara white rose campus
Une certaine idée du cinéma japonais. Aux côtés des maîtres Seijun Suzuki, Yasuzo Masumura, Shohei Imamura et tant d'autres, règnent les réalisateurs de pinku eiga, films d'exploitation érotiques développés en sous-genres tels que le SM, le viol, le milieu carcéral féminin ou la sexualité des lycéennes en uniformes. Un sous-genre pour chaque fantasme ou fétichisme des Japonais, pourtant sains d'esprit. Koyu Ohara est connu pour avoir réalisé le SM Fairy In A Cage (1977), le nunsploitation Wet & Rope (1979) ou le terrible Zoom Up: Rape Site (1979). White Rose Campus - Then Everybody Gets Raped (le titre complet et explicite) est dans la lignée des films précédents. Il mélange la prise d'otage, le viol collectif, la sexualité des lycéennes en uniformes et, pour parachever cette ode à la tendresse, l'inceste.

L'histoire est simple. Un classe de lycéennes part en bus pour une sortie scolaire de 2 jours. Trois pervers, bien décidés à assouvir leurs fantasmes les plus crus, s'emparent du bus et prennent tout le monde en otage. Après avoir violé l'institutrice dans l'allée du bus, les trois preneurs d'otage libèrent les filles "moches" au beau milieu de l'autoroute. "Même les pervers n'aiment pas les moches", déclare, philosophe, un preneur d'otage au ventre bedonnant.

koyu ohara white rose campusLe cauchemar commence pour les lycéennes...

Pendant qu'un viol collectif prend forme dans le bus, les "moches" arrêtent un camion et expliquent à ses deux passagers la prise d'otages et les viols commis. "Un bus rempli de femmes nues ?" Ni une ni deux, les compères décident de retrouver le bus.

koyu ohara white rose campusL'institutrice (la belle Mayo Miyamoto dont c'est le seul rôle au cinéma) prend les choses en main. Comme dans un film de Sam Peckinpah.

koyu ohara white rose campusLe gang des violeurs. Quatre styles vestimentaires.

Les kidnappeurs continuent leur besogne et arrivent bientôt dans un hôtel. Ils s'arrangent pour rentrer sans problèmes et continuent leur séance perverse. Jusqu'au moment où l'institutrice s'empare d'un fusil et libère les lycéennes. Fin du cauchemar ? Que non. Le chauffeur du bus prend l'arme des mains de l'institutrice et fait revenir les lycéennes ! Il veut rejoindre le gang des violeurs ! Réponse: "On t'accepte". L'orgie recommence jusqu'à ce qu'on découvre qu'un des kidnappeurs (ou plutôt teennappeurs) est le frère de Yoko, une des lycéennes ! Yoko a tenté de se suicider en raison de rumeurs qui couraient au lycée. Yoko coucherait avec son frère et se serait fait avorter. Le fait est que... c'est vrai ! Le frère de Yoko, qui voulait se venger des méchantes lycéennes, tombe des nues car il ne savait pas que sa soeur était vraiment enceinte. Son inceste est maintenant mis au grand jour ; il pète un plomb.

koyu ohara white rose campusYoko en mauvaise posture. Toute cette histoire est de sa faute, finalement...

Les deux camionneurs qui ont pris en stop les lycéennes "moches" arrivent bientôt à l'hôtel. Ils maitrisent facilement les trois (non, quatre, avec le chauffeur de bus) violeurs. Pour libérer les écolières ? Que non. L'orgie se poursuit. Scénario sadien s'il en est !

La fin du film est ambiguë. Le lendemain matin, les lycéennes et leur institutrice reprennent le bus comme si de rien n'était, tout sourire. Morale ?


Bande-annonce de White Rose Campus. Attention, certaines scènes peuvent choquer les plus sensibles. Vous n'êtes pas obligés de regarder.

samedi 1 novembre 2008

Peter Whitehead & The Rolling Stones, la suite

Après son documentaire sur la tournée des Stones en Irlande en 1965, Peter Whitehead a poursuivi sa collaboration avec le sulfureux groupe de rock. De plus en plus sulfureux. En sepembre 1966, les Rolling Stones publient leur nouvelle chanson, "Have you seen your mother, baby, standing in the shadow ?". Le titre est soutenu par un clip vidéo (pratique qui commence à se développer) réalisé par Peter Whitehead. On y voit des extraits de Charlie Is My Darling, des scènes d'émeutes et de bagarres pendant les concerts des Stones (c'est toujours très drôle à regarder). Le style de Whitehead est reconnaissable grâce aux subites accélérations des images qui créent un effet kaléidoscopique.

What a "drag" it is getting old. La fameuse photo des Stones pour le 45-tours "Have you seen your mother..." sept ans avant les New York Dolls.

Le clip:

http://www.youtube.com/watch?v=-xeK_1mtYOs&feature=related

Whitehead réalise par la suite le clip de "We love you", un des meilleurs titres des Stones, alors en plein révolution psychédélique. Un rappel historique de la genèse de cette chanson est souhaitable pour apprécier le clip à sa juste valeur.

En février 1967, le journal News of the World publie l'article "Pop stars and drugs: the facts that will shock you" qui décrit la consommation de LSD et de hachich par les musiciens tels que les Who, Donovan ou les Roling Stones. Le journaliste écrit que Mick Jagger l'a invité dans son appartement pour fumer un joint. Il s'avère que le Rolling Stone en question est en fait Brian Jones ! Mick Jagger, invité à la télévision le soir de la parution de l'article, annonce qu'il porte plainte contre le journal. Une semaine plus tard, le 12 février, la police fait une intrusion à Redlands, la propriété de Keith Richards, où se trouvent notamment Mick Jagger et son amie Marianne Faithfull, nue sous un manteau de fourrure (et de la drogue cachée dans son intimité). La police trouve des substances illicites. La Justice prend le relais. Le 9 mai 1967, des charges sont portées à l'encontre de Jagger et Richards. Le jour même, la police fouille l'appartement de Brian Jones et y trouvent du cannabis. Trois des cinq Stones se trouvent dans la tourmente judiciaire. Joli score.

Peter Whitehead et sa shooteuse.

Le 29 juin, Jagger et Richards sont condamnés à de lourdes peines de prison (respectivement trois mois et un an fermes) mais libérés sous caution le lendemain. Le Times publie alors l'article "Who breaks a butterfly on a wheel ?" qui dénonce la sentence excessive d'un délit mineur. Brian Jones est également condamné à une peine de prison en novembre, peine qui se transforme en amende de 1000£ et une mise à l'épreuve de trois ans.

Documentaire radiophonique québécois du 4 juillet 1967 qui relate la condamnation de Jagger et Richards:
http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/musique/clips/4884/

C'est dans cette ambiance que les Rolling Stones enregistrent le 12 juin "We love you", qui remercie les fans pour leur soutien. Paul McCartney, John Lennon et Allen Ginsberg chantent les choeurs de ce morceau psychédélique influencé par la musique répétitive marocaine. Pour le clip, Peter Whitehead filme les Stones en studio. On y découvre, provocation, un Brian Jones sous influence qui a bien du mal à ouvrir les yeux. Vient ensuite une adaptation du procès des Stones. Keith Richards joue le juge, Mick Jagger l'accusé et Marianne Faithfull, le témoin. Le fameux manteau de fourrure de Redlands joue le rôle de la preuve ! Tout ceci relève évidemment de la potacherie. Pour certains, ce procès fait aussi référence à celui intenté à l'encontre d'Oscar Wilde en 1895 pour sodomie.

Sorti le 18 août 1967 au Royaume-Uni, "We love you" atteint la huitième place des charts.