vendredi 14 novembre 2008

une introduction à Jess Franco, acte 7

Depuis les années 70: les éternelles variations de Jess Franco (2è partie)

Le WIP: politique et voyeurisme

Franco voue une obsession pour les prisons de femmes. C’est Franco qui a créé le genre en 1969 avec 99 Women, qui connut un grand succès aux États-Unis. Ce genre a connu un grand engouement dans les années 70 aussi bien en Europe, qu’aux USA et au Japon. Pour des raisons politiques, des dissidentes sont enfermées dans des établissements où elles sont torturées. Le spectateur assiste alors à des scènes de lesbianisme, des combats de femmes, des tortures infligées par des geôliers cruels et surtout par la cheftaine sadique adepte du 3è Reich. Franco ridiculise ses amateurs et nostalgiques du Reich et de la dictature en les peignant comme des obsédés sexuels et des débauchés notoires. Ce n’est pas sans rappeler l'univers du Marquis de Sade ou Salo de Pasolini (1975).

video
La bande-annonce américaine de 99 Women : musique haut de gamme !

D’ailleurs, le WIP a dérivé au milieu des années 70 en un sous-genre: le nazisploitation, un courant très décrié pour des raisons éthiques mais qui a connu un certain succès et qui compte une bonne cinquantaine de films. Comme son nom l’indique, le nazisploitation s’intéresse aux prisonnières des camps de concentration et des camps de travail pendant la Seconde Guerre Mondiale. Entre deux expérimentations médicales particulièrement barbares (comme il en a existé), les prisonnières servent d’objets sexuels aux soldats nazis, qui apparaissent comme des êtres lubriques aux fantaisies sexuelles les plus bizarres. Dans cette lignée, les meilleures réalisations de Jess Franco sont Frauengefängnis (1975), Frauen für Zellenblock 9 (1977) et Greta - Haus ohne Männer (1977). Clin d'oeil à l'histoire, ces trois films sont des productions suisses tournées en allemand.

Cette comédie sentimentale réunit Karine Gambier et Susan Hemingway.

Le WIP connaît d’autres déclinaisons plus marginales, comme le nunsploitation: Franco a ainsi réalisé Lettres d’amour d’une nonne portugaise qui prend comme cadre un couvent du XVIIè siècle, résidence de Satan où règne le stupre. Le Vatican ne s’est jamais exprimé sur ce film mais la censure a quand même retardé sa sortie de plusieurs mois avant de se résigner.

Ironie du sort, son premier film de retour en Espagne, après la mort du Général Franco, est Sadomania (1980), un nouveau WIP contenant des scènes particulièrement violentes. Franco montre ici une dictature qui se permet tous les droits et enferme les femmes arbitrairement. Le pouvoir se retrouve dans les mains de personnages corrompus qui répriment les libertés pour mieux satisfaire les leurs. Le personnage du gouverneur, au look de dictateur militaire, achète des prisonnières pour sa consommation personnelle avant de les revendre à un bordel sordide. Il prend aussi part à des chasses à la femme: chasseur dans l’âme, le gouverneur fait évader des prisonnières pour avoir le plaisir de les abattre ensuite.

Le gardien, la directrice nazie (en mini-short) et les prisonnières: une scène classique du WIP. Ici dans Frauengefängnis aka Femmes en Cage (1975).

A vrai dire, le concept du WIP tient autant de la dénonciation du système carcéral que de la volonté voyeuriste de montrer des femmes nues et humiliées dans des cellules exiguës. Franco s’amuse à peindre un univers dégénéré, grotesque mais souvent pessimiste. Il est rare que les prisonnières réussissent à s’échapper. Ou quand elle s’échappe, c’est pour rencontrer des êtres encore plus abjects. On rejoint ici l‘univers sadien, notamment Les Infortunes de la Vertu où Justine ne rencontre que corruption lors sa Passion picaresque.

video

Cet extrait de Frauengefängnis fait une référence directe au nazisme et aux camps de travail. Ici, la directrice sadique, qui a troqué son uniforme militaire pour une nuisette un brin légère, lit tranquillement Au Coeur du Troisième Reich d'Albert Speer, ministre des Armements de la production de guerre entre 1942 et 1945. Par souci de pureté, la directrice (Monica Swinn) demande à sa jeune prisonnière (Martine Stedil, trop rare au cinéma) si elle est toujours vierge. C'est effectivement une information importante.

Suite de l'étude sur Jess Franco:
Jess Franco, acte 1: présentation du cinéaste
Jess Franco, acte 2: les premiers films
Jess Franco, acte 3: la collaboration avec Orson Welles
Jess Franco, acte 4: le cinéma espagnol sous le franquisme
Jess Franco, acte 5: le cinéma libre de Jess Franco (1967-1971)
Jess Franco, acte 6: depuis les années 70, érotisme et fantastique
Jess Franco, acte 8: les héritiers de Franco

Aucun commentaire: