jeudi 14 mars 2013

Masterclass de Sono Sion au Festival asiatique de Deauville


Sono Sion était l'invité d'honneur du 15ème Festival asiatique de Deauville, qui s'est déroulé du 6 au 10 mars 2013. Plusieurs films de Sono Sion ont été projetés : I am Sono Sion (1985), Love (1986), The Room (1992), Bad Film (1995), I am Keiko (1997), Suicide Club (2001) et The Land of Hope (2012). Le réalisateur japonais s'est également prêté au jeu de la Masterclass, interrogé par Stéphane du Mesnildot, spécialiste du cinéma nippon. Voici la vidéo de cette Masterclass :



Pour en savoir plus, lire cette interview de Sono Sion datée du 6 février 2010. Sono Sion y revient sur plusieurs film de sa carrière ainsi que sur des projets toujours non finalisés, comme le biopic sur Varg Vikernes, chanteur de Burzum, groupe phare de la scène de back metal en Norvège. Une histoire trash qui n'est pas sans rappeler les ambiances de Cold Fish...

samedi 9 février 2013

Ryuichi Honda - Pussycat Great Mission (2004)

Ryuichi Honda est un fan des années 60. Son film le plus célèbre est peut-être GS Wonderland, une comédie assez réussie sur le mouvement pop-rock Great Sounds, inspiré des Beatles, qui déferla sur l'archipel nippon à la fin des années 60. C'est toujours agréable d'écouter The Spiders, The Carnabeats, The Mops ou The Golden Cups (leur morceau "LSD Blues" à écouter ici). Ce n'est pas original mais c'est rafraichissant et plein d'énergie. Avant GS Wonderland, Ryuichi Honda a rendu hommage à un autre courant sixties : les films de sexploitation, notamment ceux de Russ Meyer. En 2004, à l'occasion de la sortie DVD de Faster, Pussycat! Kill! Kill!, il se voit proposer la réalisation d'un moyen métrage (43 minutes). Il accepte.

La contre-plongée est de rigueur pour ce film.
Pussycat Great Mission! reprend les principaux éléments de Faster, Pussycat! Kill! Kill! Trois jeunes femmes sexy à forte poitrine sont en cavale dans le Japon rural. Elles sillonnent les routes à bord d'un pick-up... dans lequel se trouve le cadavre d'un homme. Qui est-il ? Pourquoi est-il mort ? Nous ne le saurons pas. Interpelées par un policier pour excès de vitesse, les trois jeunes femmes provocantes (les combinaisons en latex et autres tops ultra-moulants remplacent le kimono traditionnel) ne vont pas réfléchir à deux fois pour user de violence. Harry (oui, c'est apparemment un prénom féminin), décalque de Tura Satana, interprétée par la plantureuse Kei Mizutani, boxe à mort le policier. Au moment du meurtre, un camion conduit par une jeune fille, croise les trois bad girls. Ni une ni deux, celles-ci remontent dans leur pick-up à la poursuite du témoin potentiel.

Ce policier n'aura pas vraiment le temps de se détendre.
Pussycat Great Mission!, un film sur la libération sexuelle.
L'une des Pussycats est danseuse. Et très chaude.
Pussycat Great Mission! est visiblement tourné avec un budget très limité.Mais l'ssentiel est là : prêcher la bonne parole russmeyeresque au Japon. Le trio des Pussycat est menée par la froide tueuse Harry (Kei Mizutani), le corps bien serré dans sa combinaison moulante... mais accusée d'être frigide. La rigolote de la bande est interprétée par Nao Eguchi (connue pour ses photos de charme). Yukari Nunokawa joue le rôle la pussycat bien obéissante et amoureuse de Kei Mizutani. Ce trio se frote à une faune locale un peu freak, comme dans les films de Russ Meyer. Ici, on a le droit à un riche propriétaire en chaise-roulante (sa jambe a été mangée par un requin !) qui vit reclus avec deux serviteurs : un colosse muet et une jeune fille innocente (Chiharu Muraishi, en maillot de bain pendant tout le film).

Nao Eguchi : la danseuse très chaude des Pussycats.
Chiharu Muraishi, l'ingénue de service.
Pussycat Great Mission! n'atteint pas la qualité des films de Russ Meyer. Mais ça reste un bon divertissement de 43 minutes.

dimanche 20 janvier 2013

Takashi Miike - For Love's Sake (2012)

Avec For Love's Sake, Takashi Miike adapte une nouvelle fois un manga : Ai to Makoto. Très populaire dans les années 70, ce manga a déjà été adapté à l'écran à plusieurs reprises : une série TV en 74-75 et trois films entre 1974 et 1976. Trente-six ans plus tard, le stakhanoviste de la pellicule Takashi Miike décide de s'y mettre. Depuis quelques années, Takashi Miike adapte beaucoup de mangas et de dessins animés : Crows Zero, Crows Zero 2, Yatterman, Ninja Kids! et donc Ai to Makoto. A ce rythme-là, Takashi Miike sera plus connu pour ses adaptations de manga que ses films de yakuzas.

Une des meilleures scènes du film : danse dans un bar à hôtesses.

Ai to Makoto raconte l'histoire d'amour entre Ai Saotome, une fille d'une famille riche, et de Makoto Taiga, un jeune bagarreur d'une famille pauvre. L'amour d'Ai (qui signifie justement "amour") pour Makoto (qui signifie "fidélité") remonte à l'enfance, le jour où le jeune garçon a porté secours à Ai, qui skiait tout schuss sur une piste noire sans pouvoir s'arrêter. Ce geste héroïque n'est pas sans conséquence pour Makoto : celui-ci se blesse au front, lui laissant une large cicatrice pour le reste de sa vie. Ai tombe immédiatement amoureuse de son nouveau "chevalier" mais celui-ci lui témoigne son hostilité : il lui explique que s'il avait su qu'elle était la fille d'une famille riche, il ne l'aurait pas secourue. Dix ans plus tard, Ai et Makoto se retrouvent à Tokyo. Si la jeune fille est une lycéenne modèle, Makoto passe son temps à cogner tout ce qui bouge (y compris des yakuzas) et se retrouve dans un lycée de cas sociaux.

Emi Takei dans le rôle de la samaritaine Ai Saotome.
Satoshi Tsumabuki dans le rôle du mauvais garçon torturé Makoto.

Toujours éperdument éprise de Makoto, Ai demande à son père (homme riche et respecté) de faire intégrer le jeune délinquant dans un lycée prestigieux (genre Janson de Sailly). Ai espère ainsi éloigner de la violence (douce vision rousseauiste) et gagner enfin son amour. Peine perdue : le rebelle sans cause frappe un professeur dès le premier jour. Il est donc expédié au lycée Hanazono : le lycée de cas sociaux où ne règne que la violence. Makoto va vite marquer son territoire en s'attaquant à un puissant gang de filles, dirigée par la teigne Gumko (interprétée par Sakura Ando, cheftaine de la secte Zéro dans Love Exposure de Sono Sion). Makoto va ensuite fréquenter Yuki, une lycéenne mystérieuse au visage d'ange triste... De son côté, Ai ne désespère toujours pas de conquérir le cœur de Makoto.

Sakura Ando à la tête d'un gang de jeunes filles.
Ito Ono, 17 ans, dans le rôle de la mystérieuse Yuki.

Avec For Love's Sake, Takashi Miike renoue avec un genre qu'il avait déjà abordé en 2001 avec La Mélodie du malheur : la comédie musicale. For Love's Sake contient six ou sept chansons kitschissimes qui s'intègrent plutôt bien au film. Comme dans le récent Ace Attorney, les décors du films sont un des points forts du film, surtout le lycée Hanazono et le bar à hôtesses dans lequel travaille brièvement Ai. Miike a toujours quelques éclairs de génie dans la mise en scène. C'est le cas dans la scène littéralement théâtrale dans laquelle Yuki raconte son enfance. Simple et efficace. En son temps, Seijun Suzuki aurait pu imaginer une telle mise en scène.

Joli décor de studio.

Malgré ces bons points, For Love's Sake est loin d'être une grande réussite. Le film est trop long (2h13) et souffre de plusieurs baisses de régime. Surtout, c'est le scénario qui n'est pas très stimulant. Miike s'attache surtout à raconter la bluette entre Ai et Makoto et à filmer des bagarres ennuyeuses (heureusement moins longues que Crows Zero). Miike fait l'impasse sur l'élément fondamental de l'incompréhension entre Ai et Makoto : les différences sociales. Dommage. For Love's Sake est donc un film moyen, ce qui est devenu la norme pour Takashi Miike depuis de longues années.

dimanche 6 janvier 2013

Zhao Liang - Paper Airplane (2001)

Zhao Liang est un documentariste chinois qui s'intéresse aux laissés pour compte de la société. Dans son premier film, Farewell Yuanmingyuan (1995), Zhao Liang montre l'affrontement entre la police et un groupe d'artistes installé dans un district rural près des ruines de l’ancien Palais d’été. Ce village d'artiste a finalement été fermé en 1995, les autorités craignant la propagation d'idées subversives. Dans son deuxième film, Zhao Liang suit le "parcours" d’héroïnomanes à Pékin. Les scènes ont été tournées entre 1997 et 2001.

Certaines scènes peuvent choquer les personnes sensibles aux aiguilles.

Dans cette période de quatre ans, Zhao Liang filme une dizaine de jeunes Chinois vivant d'abord en communauté dans des squats, se droguant et en jouant vaguement dans un groupe de rock. Au fil des années, presque tous les drogués sont arrêtés par la police, envoyés en cure de désintoxication ou des camps de travail. Quelques uns ont réussis à décrocher. On apprend dans ce film que la police préfère arrêter les consommateurs plutôt que les vendeurs. Les policiers gagneraient ainsi 10.000 yuans pour chaque drogué arrêté. Vérité ou mensonge de junkies ? On ne le saura pas vraiment. On apprend aussi qu'au début des années 2000, le gramme d'héroïne coûtait 350 yuans, ce qui est très cher par rapport au niveau de vie du Chinois moyen. Les drogués passent donc leur temps à trouver de l'argent pour acheter leurs doses à des dealers, souvent des Ouïghours. Un de ces dealers ressemblerait même à Paul McCartney !

Cela s'appelle "chasser le dragon".

Le groupe de drogués vit constamment sous la peur d'une descente de police. Un des drogués doit déménager deux fois par an pour éviter de se faire prendre. Le système judiciaire pour les drogués est particulier. A la première arrestation, le drogué est mis en cure de désintoxication pendant trois mois... aux frais du drogué, ce qui pose problème car leur famille est souvent pauvre. A la deuxième arrestation, la peine de prison passe à 18 mois. A la troisième arrestation, c'est trois ans dans un camp de travail.


Zhao Liang filme sans concession. On y voit donc de nombreuses scènes de prise de drogue. L'héroïne se pique ou se fume. Les promesses de décrocher ne tiennent pas plus de trois jours. L'addiction est trop forte. Zhao Liang a la pudeur de s'effacer et de ne pas juger. Sa proximité avec les drogués (dont l'un est son cousin) fait que ceux-ci semblent oublier la caméra. On est dans le cinéma-vérité. Une vérité que les autorités chinoises n'aiment pas divulguer. Mais quel gouvernement met en avant ses jeunes drogués ?

mercredi 26 décembre 2012

Pierre Clémenti et le pouvoir du cinéma

Le site Derives.tv a traduit et publié une conversation entre Pierre Clémenti, Miklos Janscó, Glauber Rocha et Jean-Marie Straub, animée par Simon Hartog à Rome en février 1970, initialement publiée dans la revue Cinematics. A cette époque, Pierre Clémenti venait de tourner dans des films clefs comme Porcherie de Pier Paolo Pasolini, La Voie Lactée de Luis Bunuel et Le Lit de la Vierge de Philippe Garrel. Il avait déjà réalisé une poignée de courts films expérimentaux, sortes de journaux de bord psychédéliques tournés en 16 mm. L'époque était à l'effervescence. La culture underground était en plein essor tandis que le cinéma des grands studios hollywoodiens vivait une période de transition difficile. Voici quelques extraits des propos de Pierre Clémenti sur sa vision du cinéma, le rôle néfaste de la télévision et l'essor du cinéma underground. L'intégralité de la conversation est disponible ici.


[Le pouvoir du cinéma]

Quand les gens découvriront le cinéma, ils changeront, en créant leur propre cinéma.

Quand les gens voient un film, ils expérimentent une sorte d’identification, ils subissent l’influence de la star du film. Je pense que lorsque les gens se mettront à filmer avec leurs propres caméras, quand ils les pointeront sur leurs familles, leurs maisons, leurs boulots, quelque chose va faire tilt dans leurs têtes, ils découvriront que dans les films ça n’a rien à voir.

[Le cinéma et la télévision]

Pour les gens, le cinéma, c’est ce qu’ils ne voient pas à la télé. Comme la télé leur apporte ce qu’ils trouvent généralement au cinéma, tôt ou tard ils ne bougeront plus de chez eux. Ils iront directement à l’usine. La télé sera la nouvelle machine divine qui les comblera, qui satisfera tous leurs désirs. Le cinéma disparaîtra. C’est une possibilité, parce que je suis certain que si des gens très intelligents s’emparent de la télé, ça deviendra quelque chose de très puissant, de fabuleux, colossal. Quand la télé recouvrera tout son pouvoir, chacun, tous ceux qui travaillent seront ramenés à leur ghetto. Elle aliènera des nations entières, les gens ne sortiront plus, sauf pour aller à l’usine – ils seront complètement aliénés par une machine, qui prendra la place de la religion, des histoires, des grandes histoires. Je crois que le seul art capable de combattre cela aujourd’hui est le cinéma. Au moins le cinéma en tant qu’extension logique de ce qui se passe aujourd’hui.

Pierre Clémenti et Catherine Deneuve.

[Le cinéma underground et la révolution]

Quand les gens voient un film underground, ils réalisent soudain qu’ils pourraient faire pareil, voire mieux. Et c’est le stimulus qu’il faut pour leur faire acheter une petite caméra. Ces jeunes cinéastes qui passent un ou deux ans à trouver l’argent pour finir leurs films… Une caméra super 8 ou 16mm leur permet de faire le film qu’ils veulent, et rien que pour ça, le cinéma underground est révolutionnaire. Et le cinéma underground a aussi de positif qu’il éveille quelque chose dans les consciences.

Les livres, c’est fini. Les livres disparaîtront pour laisser la place à des bibliothèques de films super 8. En Amérique maintenant on trouve des caméras super 8 qui développent 1000 ASA et qu’on gonfle en 35mm. Donc je suis persuadé que l’industrie du film va complètement changer, et qu’elle va périmer… Je crois que les géants comme la Paramount se désagrègent en ce moment. A cause de quoi ? Parce que des gens ont fait des films à petits budgets et ont gagné des millions. Les grands studios ne savent plus quoi faire. Ils sont finis.

De plus en plus le cinéma devient une entreprise de crétinisation. Sauf pour le cinéma lié aux ciné-clubs et ce genre de choses, où tout ce qui est projeté est complètement nul, où on n’entend pas le son, où l’image est pénible, les copies terribles. Pourquoi ? Parce que les jeunes distributeurs n’ont pas l’argent pour faire de bonnes copies ou bien n’y croient pas. Et donc on aura des bibliothèques de films super 8, avec des millions de copies de chaque. Je crois que c’est la fin de l’industrie du film… Il y a eu tous ces chamboulements révolutionnaires. Le cinéma en France est de plus en plus aliéné, en harmonie avec la télévision, avec les chaînes de télé. Et j’ai l’impression que le cinéma qui essaie d’être en rapport avec les gens, de changer leur conscience, sera mis de côté. Le travailleur qui veut acheter un livre, achètera un film. Mais ça sera circonscrit, car la société sait très bien que…

Je sens de plus en plus la nécessité d’aller vers les gens, de ne pas attendre qu’ils viennent vers nous. Pourquoi ? Parce que le travailleur qui passe de huit à neuf heures par jour dans une usine n’a pas la chance de pouvoir se dire : je dois voir tel ou tel film. Tout le système est à refaire.

samedi 22 décembre 2012

La prostitution lisboète par Dominique de Roux


En mars 1977, deux semaines avant sa mort, Dominique de Roux publie le roman Le Cinquième Empire, une "histoire possible imaginée" sur la révolution portugaise et le mouvement de décolonisation en Angola, au Mozambique et en Guinée. Un roman inspiré du véritable engagement de Dominique de Roux, alors conseiller spécial de Jonas Savimbi, fondateur de l'UNITA, un mouvement politique et militaire antimarxiste en Angola. Un combat voué à l'échec dans une période où la Guerre Froide imposait deux attitudes aux pays africains indépendants : rejoindre l'Empire étasunien ou adhérer à l'axe russo-cubain. Partisan d'une troisième voie africaine, Jonas Savimbi prit les armes mais ne reçut pas les soutiens escomptés pour mener à bien sa révolution.

Les cent premières pages du Cinquième Empire se déroulent à Lisbonne. On y trouve notamment trois paragraphes sur la prostitution lisboète. Une prostitution qui diffère de la froideur industrielle qu'on trouve à Paris. Échoppe familiale contre usine. Un Lisbonne aujourd'hui disparu ?

Dominique de Roux et Jonas Savimbi en Angola.
Glycines, fleurs du pin, les bouquets de roses en forme de pomme de pins, odeurs, la nuit, lorsque je me glissais sur les pentes de la Misericordia. Chaque fois, on change d'atmosphère. Une ville dont certains itinéraires n'ont pas bougé depuis le XVIIè siècle, qui ne connaissent pas l'asphalte - avec de vraies putains qui reçoivent en famille les permissionnaires, discutant du prix sous les voûtes manuélines aussi fuyantes que cette langue portugaise en z qui exprime si tristement que tout s'en va, tout file et meurt.

Elles attendent dans l'ombre, les échassières, passant indéfiniment de l'essence à l'existence, et leurs clients, au contraire, de l'existence à l'essence. Mais, si vous arrivez à baiser trois fois consécutivement, vous ne payez pas, "c'est l'amour". A Paris, au contraire, la première roulante venue proteste : "Pars, je n'ai pas le temps ou donne un cadeau ! Et je t'avertis, on paie d'avance ! Et t'imagine pas que je vais me déshabiller entièrement (adverbe de manière)". Sur son établi, elle doit faire cent clients par jour. Elle n'est que la marmite, la soupière du dos-vert. "Les clients, pour moi, c'est un piquet, un rideau. Rien, je ne sens rien".

A la Misericordia, point de répertoire ni de créneaux précis qui répondent aux demandes. On ne tremble pas à observer les réactions de la michetonne. Discrètement, on dépose les escudos dans son sac. Elle ne veut pas le savoir. Et un seul whisky, si vous voulez consommez ensemble. La pute lisboète ne vit pas une économie marchande. Elle ne maximise pas le profit. Il lui arrive même de danser par besoin de l'illusion romantique et, mourriez-vous pendant l'acte, qu'elle s'accuserait d'homicide par imprudence".

dimanche 16 décembre 2012

Jang Sun-woo - The Resurrection of the Little Match Girl (2002)

Resurrection of the Little Match Girl est le dernier film de Jang Sun-woo, le réalisateur phare sud-coréen des années 90. On lui doit des succès internationaux (Hwa-Eom-Gyeong en 1993) et surtout des films controversés très portés sur le sexe : To You From Me (du Bukowski sous soju), Bad Film (un faux documentaire-vérité sur des adolescents en roue libre) et Lies, ce dernier ayant subit les affres de la censure en Corée du Sud en raison de scènes scatologiques. Lies, film sur la relation SM entre un adulte et une adolescente, est même d'abord sorti en Europe jusqu'à ce que la Corée du Sud autorise sa sortie. C'est donc un réalisateur sulfureux qui réalise Resurrection of the Little Match Girl, adaptation à grand budget du conte d'Anderson, La Petite fille aux allumettes, revue à la sauce Matrix / jeux vidéo. Film le plus cher de Corée du Sud à l'époque, ce fut un four sans précédent. Après cela, Jang Sun-woo mit fin à sa carrière pour vivre sur l'île de Jeju et prier Bouddha.


Avec un budget record de 9,2 millions de dollars et plus d'un an de retard dans le montage et la post-production, The Ressurection of the Little Match Girl a causé la faillite de Tube Entertainment, obligé d'être racheté par CJ Entertainment. A ce titre, le film fait penser aux Portes du Paradis de Michael Cimino... On peut se demander pourquoi des producteurs ont choisi Jang Sun-woo pour réaliser un film de science-fiction à grand budget... Mais l'échec du film est-il imputable au seul Jang Sun-woo ?


L'histoire est donc une adaptation de La Petite fille aux allumettes dans une Corée du Sud high-tech dopée aux jeux vidéo. Le film commence par une séquence où une petite fille essaie de vendre des briquets dans la rue avant de mourir de froid. Cette séquence rythmera le reste du film. Ju, le personnage principal, aspire à devenir joueur de jeux vidéo professionnel, le summum de la "coolitude" qui plait aux filles. Il fréquente un cyber-café où travaille Hee-mee, qui a les mêmes traits que la petite fille aux allumettes. Un jour, la réalité et le monde du jeu-vidéo se brouille : Ju se retrouve plongé dans un jeu où il doit "protéger" la petite fille aux allumettes... c'est-à-dire la laisser mourir de froid ! Ju est alors confronté à des hordes de yakuzas... Ju pourra compter sur plusieurs alliés dont Lara, une "Lara Croft lesbienne".  Mais Ju décide d'outrepasser les règles du jeu et de sauver la petite fille aux allumettes... Il se retrouve alors pourchassé par "Le Système", la matrice qui contrôle le jeu (et le monde entier ?).

Ambiance jeu vidéo...
Jin Xing, la Lara Croft lesbienne.

Naviguant entre premier degré, film d'action et pastiche de Matrix, The Resurrection of the Little Match Girl est un film bancal. Sans compter que l'histoire elle-même n'est pas très stimulante. Visuellement, c'est exubérant comme des jeux vidéos. Les scènes d'action montrent des chorégraphies qui miment celles de Tigre et Dragon et Matrix... on a même droit à des séquences "bullet time photography" ! Autre anecdote : la "Lara Croft lesbienne" est jouée par Jin Xing, un Chinois devenu... Chinoise à l'âge de 28 ans.


On ne voit pas très bien où veut en venir Jang Sun-woo avec son film... Était-il sérieux ou voulait-il faire rire ? Sans compter sur les effets spéciaux qui ont assez mal vieillis... On comprend le flop commercial du film et l'acharnement des critiques... Après cela, Jang Sun-woo a essayé de rebondir en travaillant sur le film d'animation Princess Bari, projet abandonné... Jang Sun-woo a ensuite voulu tourner un documentaire sur la Mongolie, sans trouver de financement... Son retour dans le cinéma est plus qu'improbable. Restent des films excellents comme From Me To You et Lies, qui font de Jang Sun-woo un des réalisateurs sud-coréens les plus passionnant des années 90.

Une scène d'action façon Matrix.