lundi 31 mai 2010

La rencontre Pound / Pasolini à Venise en 1967

Venise, 26 octobre 1967. Vanni Ronsisvalle filme la rencontre lumineuse entre deux des grands poètes du 20è siècle : Ezra Pound et Pier Paolo Pasolini. Quelques mois plus tard, le résultat sort sous le titre Un'ora con Ezra Pound, un documentaire de 50 minutes, bien rarement projeté sur les toiles. Ce fut le cas le 21 juin 1989, sous la Pyramide du Louvre. Marc-Édouard Nabe, également poète, était dans la salle. Extrait :

Ezra Pound.

Je repars sous la Pyramide du Louvre voir un premier programme de documents et d'interviews de Pasolini. Des bribes d'actualités, des émissions italiennes, des émissions italiennes sous-titrées jamais vues. ça va trop vite. J'essaie de tout avaler. Ces archives renforcent encore, par la connaissance, mon amour de Pasolini. J'ai pas fini d'écrire sur ce saint subversif ! Je vois sa mère parler de lui, présenter son bureau, ses affaires... Ensuite, une musique de Roland Kirk au strident stritch accompagne une balade de Pasolini dans une borgada où il parle de l'avant-garde (1967). Et surtout je vois ce film de 23'58" [50' en réalité] que je désespérais de voir un jour : la rencontre Pasolini / Ezra Pound ! Bouleversant moment de 1967, dont je ne perds pas une goutte. Ezra face à la mer, Pasolini dans son fauteuil dessinant le visage du vieux poète qu'il arrive, par la force de son admiration fougueuse, à intéresser. Pound petit à petit voit bien que ce petit Italien ravagé n'est pas un journaliste. Il comprend à qui il a affaire : d'ailleurs, il lui dit - péniblement et en italien - que Pasolini est trop profond pour lui désormais. Alors, Pasolini lit des poèmes de Pound, le persuade qu'il existe une cohérence là où le vieux Yankee brisé ne voit que chaos ancien...

Pier Paolo Pasolini.

Pasolini l'a devant lui ce quaker fasciste, roux comme un vieux renard enragé ! Poète, traducteur, imprésario, speaker, scribe, Ezra a la tête pleine comme dans une cage, et qui piaillent et pépient sans cesse des poèmes courtois, des odes provençales de troubadours, des hiéroglyphes égyptiens, des idéogrammes chinois, des vers de Laforgue et de Corbière, de drôles d'oiseaux ! Ezra Pound se laisse admirer comme au zoo : il ressemble à un fauve sur le pelage duquel les rayures des barreaux ont laissé des traces indélébiles... Avec son air de cow-boy chercheur d'or crispé, barbichu à la Méphistophélès, ex-râleur devenu muet, Pound est là, face au cinéaste. Il le regarde comme un mandarin "wasp" (c'est en se gargarisant des histoires sanglantes de missionnaires protestants massacrés par les Chinois que Pound a pris goût à la Chine !)... Ezra et Pier Paolo !... Peut-être revient-il à l'instant à l'esprit du futur auteur de Salo les cantos XIV, XV, particulièrement pasoliniens ?



Extrait du Cantos XIV:

Au-dessus de la pourriture d'enfer
le grand trou du cul,
rompu par les hémorroïdes,
stalactites qui pendent,
gras comme le ciel sur Westminster,
les invisibles, dont maints Anglais,
lieu qui manque d'intérêt,
derrière les crasses, décrépitude absolue,
croisés du vice pétant dans la soie,
agitant les symboles chrétiens,
.......... tripotant un flageolet,
Mouches qui portent les nouvelles, harpies en chiant en l'air

Bourbier de menteurs acariâtres,
fosse de stupidités,
stupidités néfastes, et stupidités,
pus vivant du sol, plein de vermine,
vers morts engendrant vers vivants,
propriétaires de taudis,
usuriers extrayant les morpions, entremetteurs de l'autorité,
*pets-de-loup*, bien assis sur les piles de livres pétrifiés,
obscurcissant les textes avec leur philologie,
les cachant sous leur personne,
l'air sans refuge de silence,
dérive des poux, se faisant les dents,
et par-dessus les orateurs qui déblatèrent,
la pétaudière des prédicateurs.
Et Invidia,
corruptio, fœtor, fungus,
animaux liquides,ossifications amollies,
lentes pourriture, combustion fétide,
bouts de cigares mâchés, sans dignités, sans tragique,
......m Episcopus, secouant un condom plein de blattes,
monopolisateurs, obstructeurs du savoir,
obstructeurs de la distribution.

samedi 29 mai 2010

Kazuo Komizu - Entrails of a Beautiful Woman (1986)


Kazuo "Gairo" Komizu a débuté sa carrière à la fin des années 1960, en tant que scénariste, assistant-directeur et acteur pour le grand Koji Wakamatsu. Il a ainsi écrit les scénarii du mythique Go Go second Time Virgin (1969), d'Histoire d'amour contemporaine : la saison de la terreur (1969) et de Confidentiel : les lycéennes - petits boulots de l'extase (1972). Du raffiné. On peut voir ses talents d'acteur dans Sex Jack (1970) et Gushing Prayer : a 15-Year-Old Prostitute (1971), cette fois de Masao Adachi, compagnon de route de Wakamatsu. Du raffiné, encore une fois. Entre Wakamatsu et Adachi, on peut assurer que Kazuo Komizu a été élevé à la bonne école.

Ne jamais s'embrouiller avec des yakuzas...

Ce n'est qu'en 1986 que Komizu tourne son premier film, Entrails of a Virgin, suivi la même année d'Entrails of a Beautiful Woman et de Female Inquisitor en 1987, le tout formant une trilogie "sexe et gore". Entrails of a Beautiful Woman est particulièrement extrême. Une bande yakuzas spécialisée dans le viol collectif et la traite des jolies jeunes femmes, "vendues en Afrique via Manille", laisse échapper une de leur proie, qui se retrouve secourue par une infirmière. Malheureusement pour la jeune fille récemment violée, son organisme réclame de la drogue. En effet, lors de son viol, les yakuzas lui injectèrent une dose d'"angel rain," une drogue très puissante rendant dépendant dès la première prise. L'"angel rain" a la propriété de rendre les femmes les plus frigides en farouches nymphomanes. Ne pouvant supporter son sevrage, la jeune fille se suicide en sautant du toit de l'immeuble. Komizu, en roue libre totale, filme l'explosion d'une pastèque sur le trottoir pour "signifier" l'explosion sanglante du corps de la jeune fille sur l'asphalte nippon. Un Génie...

Du sexe...

... et du sang !

Bouleversée, l'infirmière décide de venger la jeune fille morte en retrouvant les yakuzas et les exterminer. En quelques minutes, elle a déjà le nom et le numéro de téléphone et l'adresse du bar préféré d'un des yakuzas ! Après avoir séduit un des yakuzas et l'avoir amené chez elle pour une séance de sexe, l'infirmière s'avère en réalité être une hypnotiseuse : alors qu'elle masse tendrement le sexe du yakuza, elle l'hypnotise et lui ordonne de tuer ses compagnons. Le coup de l'hypnose sera plus tard utiliser par Kiyoshi Kurosawa dans Cure (1997) et Takashi MIike dans Ichi the Killer (2001).

Un sexe avec des dents au bout du gland ! Une interprétation libre d'Alien...

Manque de chance, son plan ne se passe comme prévu et l'hypnotiseuse devient la nouvelle proie des yakuzas ! S'ensuit une séance de viol collectif assez pénible. Komizu pousse le vice jusqu'à faire de la dame une vierge... Juste pour le sang. Son calvaire ne finit pas là : on lui injecte également une dose d'"angel rain"... Elle ne supporte pas la drogue et meurt... avant de ressusciter sous la forme d'un monstre hermaphrodite vengeur ! Lors de la meilleure scène du film, le monstre hermaphrodite s'attaque à la femme du yakuza en chef dans une scène tout droit sortie d'Alien !

Un beau paquet de poudre... Komizu en a sûrement pris un peu pour réaliser ce film.

Le film se termine par la victoire de l'infirmière et l'explication de sa métamorphose : sans "angel rain", son corps se transforme en monstre sanguinaire. Pratique pour exécuter des yakuzas et se procurer leur drogue. Tout est bien qui finit bien !

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La fameuse scène inspirée par Alien.

mercredi 12 mai 2010

Interview de Spacemen 3 en 1991


L'année 1991 est une bonne année pour la musique. Screamadelica de Primal Scream, Loveless de My Bloody Valentine et Nevermind de Nirvana. Sans oublier Recurring, l'album posthume de Spacemen 3, un des groupes les plus essentiels des années 1980. Un groupe porté sur les drogues, la spiritualité, le Velvet Underground et le MC5. Un bon mélange. Malheureusement des dissensions musicales et comportementales vont entraîner la fin du groupe, concentré sur le duo Jason Pierce et Sonic Boom.

Dès lors chacun va suivre sa propre voix artistique. Jason Pierce au sein de Spiritualized et Sonic Boom au sein de Spectrum. Ce dernier va surtout exceller entre 1989 et 1994, avec des titres psychés ravageurs inspirés de Suicide, tandis que Jason Pierce va mener Spiritualized au zénith du psychédélisme gospel noisy en 1997 avec le chef-d'œuvre Ladies and Gentelemen we're floating in space, véritable voyage musical entre Sun Ra, Bessie Smith et les Beatles de 1967.

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En janvier 1991, l'émission anglaise Rapido, animée par la grenouille Antoine de Caunes, propose des entretiens séparés de Jason Pierce et Sonic Boom. Fait rare : Jason Pierce arrive à aligner plus deux phrases à la suite. C'est un exploit.

Aujourd'hui, Jason Pierce jouit d'une véritable reconnaissance grâce à Spiritualized tandis que Sonic Boom se fait plus discret, recevant les lauriers d'une minorité, dont le groupe MGMT. En effet, Sonic Boom vient de produire Congratulations, l'excellent deuxième album de MGMT, qui convoque également Jennifer Herrema de Royal Trux, ce qui prouve le bon goût musical des musiciens de MGMT (qui rendent aussi hommage à Brian Eno).

lundi 10 mai 2010

Pete Doherty - Live @ La Maroquinerie (09.05.2010)




Deuxième concert de Pete Doherty à la Maroquinerie, annoncé seulement quelques jours avant la performance, comme le précédent, le 28 novembre 2008. Par bonheur, le bootleg du concert est déjà disponible en bas du post, grâce à la générosité de l'ingénieur du son... puisque le bootleg est un "sounboard", comme on dit.

En premières parties, Anto Dust, chanteuse folk très british ; puis Alan Wass, l'éternel protégé de Pete Doherty, qui n'arrive toujours pas à percé depuis plus de 5 ans et enchaîne les premières parties. Il a pourtant quelques bonnes chansons à son répertoire.


En grande forme et de bonne humeur, Pete Doherty monte sur scène à 21h30 pour la quitter à 22h40, après avoir délivré un bon set incluant des titres de son album solo, des classiques des Libertines, quelques raretés (la sympathique "Hooligans on E", au texte assez drôle) et même une nouvelle chanson. A noter, qu'à part "The Lost Art of Murder", aucun titre écrit avec les Babyshambles n'a été joué.

Bonne ambiance, bon public, pas trop de téléphones portables tenus à bout de bras par des groupies hystériques à la voix stridente. Pete Doherty s'amuse parfois avec le public, fait une pause clope, fait plaisir à certains en jouant des titres demandés à la sauvette. Étrangement, le concert se termine par un "For Lovers" poignant, interprété par un Pete ému qui venait de faire référence à l'auteur original du morceau, Wolfman, "probablement en train de mourir dans une cave", dixit Doherty. Un ange passe.

Le prochain rendez-vous avec l'artiste est prévu pour le 7 juillet. A moins d'un nouveau concert impromptu.


Extrait de la nouvelle chanson de Pete Doherty.


"What Katie Did", classique parmi les classiques.

Setlist
01. Lady Don’t Fall Backwards
02. From Bollywood To Battersea
03. Last Of The English Roses
04. Dilly Boys
05. What A Waster
06. Love Reign O’er Me
07. You’re My Waterloo
08. Ballad of Grimaldi
09. Time For Heroes
10. The Lost Art Of Murder
11. Music When The Lights Go Out
12. New Song (« You’re Going Nowhere »)
13. The Good Old Days
14. Salomé
15. Albion
16. Can’t Stand Me Now
17. What Katie Did
18. Hooligans On E
19. For Lovers

Bootleg "soundboard" du concert : http://www.sendspace.com/file/s4ilqa

mercredi 5 mai 2010

Nabe donne des anecdotes sur Abel Gance

Abel-Gance-Accuse
Dans son journal intime Kamikaze, en date du 21 mars 1989, à l'occasion de l'ouverture de la rétrospective Abel Gance à la cinémathèque française, Marc-Édouard Nabe rencontre Jean Tulard, "le cinéphile napoléonien, avec sa gueule allongée de moine d'Inquisition dreyerienne". S'ensuit une discussion sur Abel Gance, parsemée d'anecdotes dont voici quelques passages...

Abel-Gance-AccuseLes poilus morts pour la France se réveillent dans J'accuse !

Gance est né le même jour que Picasso, et même le même jour que le monde ! En effet, c'est Claudel qui avait calculé que la Terre avait été créée par Dieu un 25 octobre ! Voilà bien l'ambition de ces trois-là, Picasso, Abel Gance et Dieu : créer un monde. Gance fut moins chanceux...

Dans J'accuse, en pleine guerre de 14, pendant que Barbusse fait son Feu, Gance a l'idée de ressusciter les morts avant qu'ils ne meurent. Il engage des centaines de vrais soldats entre deux assauts et leur demande de jouer leurs propres rôles en morts qui se relèvent pour aller voir ce que les vivants font sans eux et à quoi a servi leur sacrifice. Ils acceptent pour la cause pacifistissime de Gance le pervers. Cette anticipation menée par Blaise Cendrars lui-même qui venait de perdre son bras (et qu'on voit sur la gauche de l'écran !), est hallucinatoire quand on sait - et Gance le savait - que ces figurants allaient bientôt vraiment mourir dans les tranchées et qu'ils ne se relèveraient pas comme au cinéma.

Abel-Gance-Fin-du-MondeScène orgiaque de La Fin du monde.

Dans La Fin du monde (film commencé en muet et fini en parlant), il a parqué les figurants par centaines pendant deux jours et deux nuits, les empêchant de manger et dormir. Au moment de les nourrir, il a lâché les opérateurs comme des fauves et ils ont dévoré avec leurs caméras tous les affamés. Personne n'a pu voir dans leur intégralité ces séquences de folle orgie très bestiale que Gance a filmée là, dans la vraie panique qu'il souhaitait. Certaines, trop "hard" avec des figurantes aux seins nus ne jouant plus du tout, n'ont même pas été montées. On était en 1929, bien sûr.

Abel-Gance-Artaud-Marat-NapoleonArtaud / Marat dans Napoléon.

Tulard et moi parlons aussi du parlant. Sur le Napoléon, je savais que Gance avait demandé à ses acteurs du muet de dire quand même le vrai texte, prémonitoirement ans doute. Ce que Tulard m'apprend, c'est que Gance avait remarqué que les films passaient dans la salle plus vite qu'ils n'avaient été tournés : soit douze images/seconde (on est au temps du muet) au lieu de seize... La raison ? C'est le dernier métro que les projectionnistes tenaient à ne pas louper et qui leur faisait presser la diffusion ! En bon révolutionnaire (artistique), Gance comprit qu'il serait vain de faire ralentir le rythme des projectionnistes : il entourloupe en tournant directement en vingt images/seconde pour que le film, l'air de rien, retrouve son allure originale. C'est grâce à ce subterfuge que plus tard, quand le cinéma passa parlant, il put, sans difficulté, synchroniser labialement à quatre secondes près le son nouveau à ses images anciennes, en faisant se doubler eux-mêmes les acteurs presque tous encore vivants.

dimanche 2 mai 2010

Takashi Miike - The Way To Fight (1996)


En 1996, la carrière de Takashi Miike commence à prendre de l'ampleur même s'il œuvre toujours dans le marché de la vidéo. The Way to Fight est tourné entre deux excellents films, Shinjuku Triad Society et Fudoh.


La bagarre : un mode de vie, une philosophie, une mystique...

Dans la première scène de The Way to Fight, à Osaka, deux vendeurs de drogue cavalent dans des ruelles pour échapper à des yakuzas. Alors qu'ils sont cachés derrière une poubelle, l'un deux part précipitamment pour... regarder un match de boxe à la télévision ! C'est le soir de la fameuse rencontre entre les deux grands boxeurs originaires d'Oasaka, Takeshi et Kazuyoshi... Alors que le combat va commencer, le film nous entraîne vingt ans plus tôt, dans les années 1970, alors que Takeshi et Kazuyoshi sont encore lycéens.

Kyosuke Yabe est Kazuyoshi.

Yasushi Kitamura est Takeshi.

Takashi Miike dépeint ici sa vision de l'adolescence à Osaka dans les années 1970, comme il l'a lui-même vécue. Takeshi et Kazuyoshi sont deux lycéens adeptes de la bagarre et ont tous les deux pour but d'être le plus grand bagarreur de la ville. Autour de ce fil conducteur, Miike n'oublie pas de tisser une histoire plus complexe, notamment les relation amicales et amoureuses entre Kazuyoshi, son meilleur ami Toshio et leur camarade de classe Ritsuko. Sans oublier l'arrière plan familial des protagonistes, des cas sociaux, sans verser dans le pathos et la leçon socio-psychologique. Pas le genre de la maison. L'humour est par contre omniprésent, comme dans la scène où le face à face entre Takeshi et Kazuoshi tourne au pugilat général. Scène d'anthologie digne d'une comédie italienne.

Ritsuko : ce à quoi rêvent les jeunes filles d'Osaka.

Baston générale.

A noter une apparition de Takashi Miike lui-même, ce qui est très rare. Malheureusement pour lui, il meurt poignardé au bout de quelques secondes ! La meilleure intervention de Miike dans un de ses films reste celle d'Agitator (2001) où il joue le rôle d'un yakuza blond platine complètement déjanté qui, dans un bar karaoke, enfonce le micro dans l'anus d'une hôtesse... avant de se faire tuer !

Takashi Miike et ses traditionnelles lunettes noires.
Philippe Manœuvre n'a qu'à bien se tenir.

Takeshi est interprété par Yasushi Kitamura qu'on retrouve dans d'autres films de Miike : Young Thugs : Innocent Blood et Full Metal Yakuza en 1997, The Man in White en 2003 et Like a Dragon en 2007. Kayuzoshi est interprété par Kyosuke Yabe qu'on retrouve également dans Young Thugs : Blood Innoncent en 1997 et le médiocre diptyque Crow Zero (2007 et 2009). Il est d'ailleurs frappant de constater que, sur un sujet assez similaire, The Way to Fight est largement supérieur au fade Crow Zero. C'est la différence entre un simple film de castagne et un film prenant la castagne comme toile de fond à un film sur l'innocence, la liberté et l'amitié.

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Première apparition de Kazuyoshi, au secours de son ami Toshio.

Takashi Miike - Bodyguard Kiba 2 (1994)

Miike bodyguard kiba
Quelques mois après la sortie en vidéo de Bodyguard Kiba, Takashi Miike remet le couvert avec la même équipe pour tourner le deuxième épisode, pompeusement intitulé Bodyguard Kiba 2 : Combat Apocalypse. Encore une fois, le scénario est écrit par Hisao Maki. Si le premier épisode montre plusieurs scènes réjouissantes dans un film globalement anodin, on peut difficlement sauver quelque chose du deuxième épisode, long de 65 minutes. Dans le livre Agitator, the cinema of Takashi Miike, Tom Mes considère Bodyguard Kiba 2 comme "le nadir artistique de la carrière de Miike", avec un scénario ennuyeux et sans consistance, des prises de vue douteuses et négligées, des acteurs monolithiques et des voix doublées dans un anglais guère compréhensible. On peut difficilement le contredire.

Kiba et Natsuki dans les rues pittoresques de Taïpeï.

Dans Bodyguard Kiba 2 : Combat Apocalypse, le garde du corps Kiba de l'école d'arts martiaux Daïto est engagé pour protéger la belle Natsuki lors d'un séjour à Taïwan. Kiba et Natsuki sont hébergés à l'école locale d'arts martiaux Daïto. Les décors sont particulièrement peu soignés : les murs sont délabrés, la peinture défraichie et le mobilier réduit au luxe d'un appartement de l'Europe de l'Est soviétique. Il ne devait pas y avoir beaucoup de femmes dans l'équipe de tournage !

Décor spartiate et problème d'éclairage...

Le mobilier de Taïpeï au milieu des années 1990. A noter, le bout de mur en mauvais état, à droite. Attention au cadre !

Après quelques brèves scènes de combat, Kiba et Natsuki rendent visite à Wang, le directeur de l'école d'arts martiaux. S'ensuit une scène étrange dans une discothèque où Wang exécute quelques pas de danse, familiers à tout amateur de teknivals. Cette scène, sans incidence sur le reste du film, donne à Miike le loisir d'exhiber quelques pairs de seins et d'améliorer ses qualités pour filmer en plan rapproché. En effet, comment éviter de montrer qu'une discothèque, louée pour l'après-midi du tournage, est vide, sauf en utilisant des plans rapprochés ? On note également, au second plan, derrière Wang le danseur, un homme de main avec un téléphone portable de la taille d'un grille-pain collé à l'oreille mais "qui ne parle pas". Il doit écouter sa boite vocale... sûrement... Ambiance surnaturelle ou concept cheap ?

Scène de flashback : le coup du filtre sépia...

Des gangsters armés qui préfèrent parler au lieu de tirer.

Pour le reste du film, on le droit à une scène de flashback où Miike utilise un filtre "sépia avec des effets de pellicule datée et rayée", comme on en trouve aujourd'hui sur un logiciel vidéo Windows. On a également le droit à l'arrivée d'un nouveau garde du corps, Ryo, venu des Philippines pour aider Kiba. Le scénario prend de l'ampleur quand le danger réel menaçant Kiba est révélé : Wang veut prendre la tête de l'école Daïto et éliminer Kiba ! Quelques combats plus tard, le film est fini. Kiba a réussi sa mission, il arpente les rues de Taïpeï, d'un air suffisant. En attendant le troisième et dernier opus de la série Bodyguard Kiba !

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Le point d'orgue du film : la scène de la discothèque.