dimanche 14 novembre 2010

Maurice Talmeyr et les possédés de la morphine

Marie-Justin-Maurice Coste (1850-1931), connu par son nom de plume Maurice Talmeyr, est aujourd'hui à peu près inconnu. Il est parfois cité par les pourfendeurs de la franc-maçonnerie pour son ouvrage La Franc-maçonnerie et le Révolution française. Comment on fabrique l'opinion (1904). Talmeyr est du genre corrosif. Il flingue sur tout ce qu'il n'aime pas. Journaliste en vue à la fin du 19è siècle, sa plume acide est particulièrement remarquable dans son recueil de textes Les Gens pourris (1886), un bréviaire réactionnaire très réjouissant au titre bloyien. En 1892, il publie Les possédés de la morphine (1892), une attaque violente contre la "mode" du morphinisme. En voici le premier chapitre.


Quand on prononçait, autrefois, ce joli et funèbre mot de Morphine, c'était seulement à propos des malades. Ils endurait le martyre, n'avait souvent à vivre que quelques jours, et la Morphine, alors, mettait la pédale douce à leur supplice. Ils ne souffraient plus que lointainement, avec une légèreté qui ressemblait à une jouissance, dans un détachement de la terre semblable à une envolée, et mouraient insensiblement, comme ces morceaux de musique qu'on a cessé d'entendre avant qu'on les ait finis.

Le temps a marché terriblement, et la Morphine, aujourd'hui, est un fléau. Elle est le Nouvel Opium, plus diabolique que l'autre, et elle a ses ivrognes et ses alcooliques, ses monstres et ses possédés. Ce sont ceux-là que j'ai voulu voir, et je voudrais maintenant les montrer. J'en ai trouvé un peu partout, et il y en a dans tous les mondes ; les uns ont des seringuettes d'or, précieusement mises dans des écrins, d'autres de vieilles "Pravaz" crasseuses qui trainent dans la saleté de leur garni, et chacun ou chacune demande à "son aiguille" des exaltations et des ébranlement différents, mais il y a une chose qui ne varie pour aucun, c'est la mort. Ils ont tous la même fin horrible et désespérante. Ils y vont tous ! La Morphine, à ce moment-là, éthérise et amortit l'agonie, pour ceux qu'elle ne connait pas, mais gratte et pince de toutes ses griffes toutes les cordes de la torture pour ceux qui ont été les siens.

1 commentaire:

Cedric Garcia a dit…

Bonsoir, que pensez vous de ce fléau? qu'implique t'il? comment a t'il évolué? je parle des addictions...