vendredi 11 mars 2011

Marc Questin et Alain Pacadis - Les Calices de Bali (1974)

Le blog Les Carrefours de l'Étrange a mis en ligne les scans complets d'une plaquette confidentielle : un recueil poétique d'une trentaine de pages de Marc Questin, Les Calices Bali, publié en 1974. Dans l'air du temps seventies plus porté sur le Velvet Underground et William Burroughs que sur le patchouli et les disques de Pink Floyd, Marc Questin livre une poésie fortement influencée par celle de Michel Bulteau, Matthieu Messagier, Patrick Geoffrois et consorts, c'est-à-dire le petit groupe de junkies nervaliens, auteurs du recueil collectif Le Manifeste électrique aux paupières de jupe en 1971 (l'édition originale se monnaie cher aujourd'hui - on la trouvait à 40 euros il y a 5 ans - 300 euros maintenant- mais qui est intégralement disponible dans l'anthologie Précis de dynamitage).

La fièvre amphétaminée et opiacée du New York du Lower East Side warholien et de l'ambiance pré-punk y sont très présentes. Les chemises drapées et les vestes en velours côtoient les vestes en cuirs et la cravate-garrot. Arthur Rimbaud, Jean Lorrain, William Burroughs et Lou Reed sont réunis dans un même maelström de stupre fitzgeraldien, de visions oraculaires et de délires opiacés. Le recueil de Marc Questin s'ouvre par le poème "ETHER / ETERNITE" dont voici les premières strophes :
Blood Velvet of Satin
Jupes Bleues Intra-Veineuses
Bain de Minuit Lunaire
Étire son Corps Félin
L'Air Liquide Transparence
Deux Corps Pâles s'Agglutinent
Palfium & Codéine
Sa Main Grise Éclatée
Syd Barret / John Cale
Frondaisons d'Or Marquis
Lumière Bleutée Liquide
Flashs Éclairs Miroirs

Overdose Diamant / Veine
Dans les Kimonos Verts de Fourrures Glacées
Vertèbres Malcolm Lowry
Flashs Nuits de Satin
Lexington Station
Évanouie aux Quincey des Multiples Splendeurs
Glisse dans l'Eau Limpide d'un Nuage de Fumée Bleue
Voile d'Etain Poignets Verts
Your Body de Velours Suspendu dans l'Air Vide
Alcool de Rubis
Gestes Ardents de la Foudre
Clouée au Bleu du Ciel
Aussi Blanche que l'Amour la Buée Fraiche de tes Lèvres
Dans le Luxe d'AXEL
Fièvres Rares de Crystal
Sous la Pluie Pas à Pas Nos Doigts Bleus S'Etreignant
Illustration des Calices de Bali : toute la provocation punk et les délires californiens
de Charles Manson / Bobby Beausoleil sont au rendez-vous.

Et ça continue comme ça pendant plusieurs pages. Cela sonne vraiment comme un pastiche des recueils de Michel Bulteau. Peu importe. Alain Pacadis, chroniqueur à Libération, obsédé par Berlin de Lou Reed et par le Velvet Underground en général, a signé la préface du recueil de Marc Questin. On y trouve les références habituelles (mais qui ne l'étaient pas à l'époque) au Velvet Undergound, aux Flaming Groovies, à "Rock and Roll Suicide" de David Bowie", à Marylin Monroe, à Jean Lorrain et au mouvement pré-punk. On ne peut d'ailleurs que recommander la lecture d'Un Jeune homme Chic (journal intime sur la naissance du mouvement punk en France) et de Nightclubbing (recueil de chroniques publiées sur Libération entre 1973 et 1986 - journal qui n'était pas le torchon qu'il est maintenant). La préface d'Alain Pacadis s'intitule "Paris Vamp Bleue", elle est reproduite ici intégralement.

Aujourd'hui dans cette vieille Europe, la Nostalgie de l'Age d'Or devient obsessionnelle pour quelques âmes rares et sophistiquées. En quête d'un Impossible Rêve, au creux des boas mauves et des chats angoras, la blonde troublante et platinée sirote un Cognac pour le reste de la Nuit. A l'heure du thé au "Horse", vêtue de flanelle blanche, ses rubis diaphanes comme des perles de sang éjaculées d'une seringue. Dans cette Riviéra nacrée de talent pourpre et de promenade en fiacre, toute Vie un peu Étrange était Vouée au Sublime : "La Sophistication, le goût de la Parure, transforment certains êtres décadents en personnages scéniques, en Intouchables, ceci en hommage au ciel, à la terre, à la rue." Sous l'effet de cette éblouissante piqûre de joie, Paris resourira avant de continuer sa lente et sinistre Agonie.

Délire électrique par une chaude nuit d'été. Le vert est un comme un dollar d'émeraude roulé pour un sniff, le rouge comme le sang, le noir comme les cuirs luisants se reflétant dans des taches d'huile. White light, le soleil brûle dans le désert. La fumée a jeté un voile opaque devant mes yeux, le temps a pris une cigarette / suces un doigt, puis l'autre. Et puis un demi-Mandrax dans le bazar pour avoir des fourmi dans les doigts. J'ai acheté un badge avec une tête de mort pour mettre en sticker sur mon blouson noir, la révolution psychédélique est finie... Back to teenage head ! Espace illimité, coucher de soleil, pleine lune et voiture américaine avec la stéréo K7 et frigidaire incorporé et puis une bière glacée dans le désert, oh you know I am not as strong !/...

Et il y eut un jour et il y eut une nuit. White heat. Mon blouson est plus noir que la nuit et des étoiles brillent dans le ciel ; "Stars Stars" - L'ombre de Marilyn plane sur l'Afghanistan : elle porte des bijoux afghans et un sari indien. Turquoises are the girls best friends. Je me souviens je me souviens une lueur blanche de plus en plus intense et puis un flash. Le train file à cent à l'heure à travers la campagne, la ville est endormie, les beaux métal Kids croisent les dealers les travlos et les junks en manque. Istambul dort, Mashad s'éveille / ... Une Bentley passe devant l'hôtel conduite par une panthère électrique. Costume de flanelle beige et voiture de sport, et toujours cette même musique, le vrombissement des guitares, les riffs saccadés, et les amplis saturés jusqu'à ce que ma tête explose / ..... L'ange aux cheveux blonds s'enfonce vers le ciel à la recherche du MAL dans une vertigineuse descente.

Lire le recueil intégral au Carrefour de l'Étrange.

1 commentaire:

losfeld a dit…

Merci pour le décryptage de cet étrange objet