samedi 24 avril 2010

Rachid Nougmanov - L'Aiguille (1988)


A la fin des années 1980, peu avant l'effondrement de l'Union soviétique, le cinéma kazakh connaît un certain renouveau grâce à une poignée de jeunes réalisateurs épris de liberté et influencés par le road movie, la nouvelle vague française et le style Do It Yourself d'un Jim Jarmush. Parmi ses réalisateurs : Serik Aprymov, Abaï Karpykov et Rachid Nougmanov. Ce dernier a débuté en 1986 avec le moyen montage Yahha, un semi-documentaire sur la journée d'un groupe de jeunes à Leningrad, entre musique rock et contre-culture. Parmi les protagonistes, on note la présence de Viktor Tsoï, légende du rock soviétique avec son groupe Kino, et mort dans un accident de voiture à l'âge de 28 ans, en 1990.

Viktor Tsoï à genoux dans la neige.

Marina Smirnova dans le rôle de Dina.

En 1988, Rachid Nougmanov réalise son premier long métrage, Igla (ИГЛА en russe), soit l'Aiguille en français. Viktor Tsoï y tient le rôle principal, celui de Moro, de retour dans sa ville natale d'Alma Ata où il retrouve son ancien amour Dina, devenue accroc à la morphine. Pour la faire décrocher, ils partent tous les deux aux abords de la mer Aral. Un désert de sel et de carcasses de navires. Après une période sevrage, Moro et Dina retournent à Alma Ata. Moro doit alors se faire face à la pègre locale et au mystérieux docteur Ioussoupovitch, trafiquant de morphine. Étrangement, le docteur Ioussoupovitch, interprété par Pyotr Mamonov, est un sosie de William Burroughs, le fameux auteur de Junky et du Festin Nu, lui même accroc à la morphine et à l'héroïne. A noter que Pyotr Mamonov fait également partie de la scène rock russe et qu'un album de son groupe Zvuki Mu a été produit par Brian Eno !


Errance sur la défunte mer Aral.

Pyotr Manonov, sosie de William Burroughs !

Dans l'Aiguille, Rachid Nougmanov alterne différentes ambiances : l'immobilisme et la contemplation dans le désert d'Aral ; l'excitation et l'incongruité dans un bar ; le ridicule et le pastiche de discours politique dans la cour d'une ferme ; le calme et la mort dans une rue enneigée. Un film atypique, à la mise en scène parfois audacieuse, qui vaut le détour. Depuis, Rachid Nougmanov pointe pourtant aux abonnés absents.

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Scène de l'Aiguille : désert drogue et intérieur bourgeois.

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