mardi 12 janvier 2010

Gianfranco Parolini - Sabata (1969)




En repoussant les limites et la crédibilité du western américain, Bob Robertson alias Sergio Leone savait-il qu'il allait entraîner avec lui la vogue monumentale du western italien (ou spagetthi) et la mort progressive du western ? Après le succès d'Et pour quelques dollars de plus en 1965, les western italiens se comptent par dizaines. Ses réalisateurs se nomment Sergio Corbucci, Sergio Solima, Antonio Margheriti ou Gianfranco Parolini. Ce dernier, habitué des films d'espionnage et des westerns à petits budgets se fait mieux connaître en 1969 avec Sabata, un succès qui entraînera deux suites. Points communs avec Sergio Leone, Parolini utilise le pseudonyme américanisant de Frank Kramer et emploie Lee Van Cleef pour acteur principal.

Lee Van Cleef : l'Aigle le plus dangereux de l'Ouest.

Lee Van Cleef. Une légende. Avec sa face d'aigle, ses fins yeux vitreux et son rictus. Habitué des seconds rôles dans les années 1950, grand alcoolique devant l'Eternel (il ne tourne pas une seule scène avec moins d'une bouteille de whisky dans le cornet), Van Cleef sort d'une carrière peu glorieuse grâce à Sergio Leone dans Et pour quelques dollars de plus et Le Bon, la brute et le truand. Dans Sabata, il joue un pistolero énigmatique imbattable à la gâchette qui arrive dans la ville de Dougherty pour déjouer une tractation financière de l'ordre de 100.000 dollars. Une affaire de rachat de propriété terrienne dont la valeur décuplera après la construction d'une ligne de chemin de fer et d'une gare... Ce qui n'est pas sans rappeler le scénario d'Il était une fois dans l'Ouest de Leone lui aussi sorti en 1969... La spéculation terrienne et immobilière est définitivement un sujet intemporel.

William Berger : joueur de banjo hippie perdu en plein western italien.

Lee Van Cleef n'est pas le seul acteur de renom de Sabata puisqu'on y trouve aussi William Berger. L'acteur autrichien a joué dans de nombreux westerns italiens dont les mythiques La Corde au cou de Sergio Garrone, Sartana dans la vallée des vautours de Roberto Mauri, Le Dernier face à face de Sergio Solima ou la parabole christique Keoma d'Enzo Castellari. Sans compter ses rôles pour des films de Mario Bava et Jess Franco ! Dans Sabata, il joue un joueur de banjo vaguement hippie (doux anachronisme) qui se révèlera être un fin joueur de colt. Il utilise même un fusil caché dans le manche de son banjo ! Une idée que reprendra Robert Rodriguez dans son jouissif Desperado en 1995 (jubilation surpassée par sa suite, le déjanté Il était une fois au Mexique... Desperado 2 en 2003). Le côté hippie de Berger est particulièrement amusant quand on sait que l'Autrichien, véritable hippie à l'époque, fut arrêté et mis un temps en prison en 1970 pour possession de drogue.

Le banjo de William Berger joue une drôle de mélodie.

Outre Lee Van Cleef et William Berger, on trouve la délicieuse Linda Veras, une actrice italienne comme il en existait tant à l'époque et qui fait penser parfois à Estelle Lefébure. Son rôle est somme toute classique pour un western : celui d'une fille de joie, danseuse de cabaret, qui n'aspire qu'à partir en Europe avec un homme riche. Pour l'anecdote, elle fait une apparition dans Le Mépris de Jean-Luc Godard en 1963.

Linda Veras : Actor's Studio ?

Pour finir, l'identité de Sabata (Lee Van Cleef) est ici ambiguë. Plusieurs détails ainsi que la dernière réplique, "vous n'avez pas deviné qui je suis ?", laissent penser que Sabata est une émanation du Diable lui-même. Une dimension religieuse qui n'est pas sans rappeler Le Grand silence (1968) de Sergio Corbucci, western où Klaus Kinski incarne le Mal absolu et Jean-Louis Trintignant le Justicier solitaire. Décidément, le western, c'est plus que des fusillades entre des hors-la-loi cradingues et mal rasés...

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Lee Van Cleef fait de l'humour : "Je t'avais bien dit de bouffer !"

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