lundi 19 juillet 2010

Pavel Lounguine - Luna Park (1992)


En 1992, le russe Pavel Semionovitch Lounguine réalise son deuxième film, Luna Park. Le sujet explosif : deux ans après l'effondrement du régime soviétique, une bande de "jeunes" racistes, antisémites et homophobes surnommés les "Nettoyeurs" font leur loi dans le quartier du parc d'attractions Luna Park. Leur quotidien est parsemé de bagarres de rue, de larcins et de pillages dans des restaurants tenus par des "étrangers" et bitures monumentales à l'alcool fort.

Séance transcendantale avant la baston.

Au beau milieu de cette vie rêvée, Andrei, l'homme fort des "Nettoyeurs", qui n'a jamais connu son père et dont la mère est morte peu après sa naissance, apprend que son père est juif et se nomme Naoum Kheifitz. Bouleversé, Andrei n'a qu'une idée en tête : retrouver Naoum Kheifitz et, pourquoi pas, le tuer. Quand il le retrouve, le dégoût et la haine d'Andrei font peu à peu place à de la sympathie et un certain amour filial. Le tout orchestré par des scènes de ripailles, d'orgies et de fêtes joyeuses bien éloignées des bitures à l'alcool bas-de-gamme entre ultra-nationalistes dans des sous-sols crasseux.

Naoum Kheifitz, le fameux père d'Andrei.

Des kippas, de l'argent et des références à Ella Fitgerald : la nouvelle vie d'Andrei.

Luna Park n'est pas sans rappeler Israël, une pièce de théâtre de Henry Bernstein, de 1908. Dans cette pièce, Thibault, prince de Clar, un farouche antisémite, provoque en duel Justin Gutlieb. Mais le jeune Thibault apprend bientôt que Justin Gutlieb n'est autre que son père ! Ne le supportant pas, Thibault se suicide. Comme l'explique Marc-Édouard Nabe, préfacier du seul recueil d'œuvres de Bernstein :
"Comment ce déménageur psychologique de Bernstein arrive-t-il à bouger de si lourds sentiments sur scène, sans que l'ironie vienne en pervertir l'horreur montrée ? C'est le sortilège du mélodramaturge de haut niveau. Je pense à Rainer Werner Fassbinder ou à Douglas Sirk : le mélo chez eux est exacerbé au-delà du supportable, les situations sont scabreuses jusqu'à la nausée, le pathos trône impudiquement au milieu de l'action, et pourtant... Personne n'a envie de rire : le moindre être humain est pris au piège de l'émotion presque grossière dans sa volonté d'être aussi subtile."

Luna Park n'est certes pas aussi dramatique qu'Israël ou un film de Fassbinder, et ce malgré quelques scènes effroyables. Pavel Lounguine parvient petit à petit à désamorcer les sentiments extrêmes pour finir dans la farce cruelle.


Extrait de Luna Park : Andrei apprend la judéité de son père.

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