dimanche 30 janvier 2011

Alain Robbe-Grillet - Glissements progressifs du plaisir (1974)


On peut penser ce qu'on veut d'Alain Robbe-Grillet (1922-2008), une chose est certaine : il était meilleur cinéaste que romancier. Certes, Le Voyeur (1955) vaut son pesant de cacahuètes et témoigne des tics de l'auteur : goût pour les petites filles, les meurtres glauques, le viol et les "motifs récurrents" et "variations". Des variations qu'on peut constater dans L'Année dernière à Marienbad (1961) d'Alain Resnais, un film audacieux mais un peu chiant. Il est vrai que Robbe-Grillet avait seulement écrit le scénario et les dialogues. Quand le Brestois se met lui-même à la caméra, c'est autre chose.

Anicée Alvina et Olga Georges-Picot s'amusent.

Anicée Alvina et Olga Georges-Picot s'amusent encore.

Un des barreaux est scié.

Car si Alain Robbe-Grillet se commet dans un cinéma qu'on qualifie d' "expérimental" ou "d'avant-garde" (complètement à tort, d'ailleurs), un élément le sauve du préjugé de cinéaste ennuyeux : le sexe. Il est bien connu que Robbe-Grillet est un érotomane sans pareil, mâtiné d'un goût pour les poils pubiens, le sadomasochisme, le viol, les relations maître-esclave et la torture. C'est donc fort de cette érotomanie que Robbe-Grillet réalise ses films. Glissements progressifs du plaisir est son cinquième film. Un bon bijou esthétique, doté d'un titre superbe qui laisse rêveur.

Alain Robbe-Grillet ne sait plus à quel saint se vouer.

Alain Robbe-Grillet titille la libido du spectateur.

Le scénario est très sommaire : Alice (Anicée Alvina, ce nom sublime !), une brunette prostituée, est accusée du meurtre de Nora (Olga Georges-Picot), sa colocataire, également prostituée, "comme tout le monde aujourd'hui", précise-t-elle. Alice est arrêtée et passe ses jours dans une prison tenue par des religieux... et où les mœurs ne sont pas celles que l'on croit. Sur ce scénario bien mince, Alain Robbe-Grillet multiplie les scènes montrant de très belles femmes nues, parfois menottées et molestées, avec un certain sadisme mais un esthétisme certain. Les images sont superbes. Alain Robbe-Grillet a vraiment le sens du plan et du montage. C'est futé, très beau et jamais chiant. Pour faire bref, c'est l'exact contraire des films de Marguerite Duras, cette poivrote sans talent qui a sévit à la fois sur papier et sur écran.

Hans Bellmer est dans la place...

Anicée Alvina se peint le corps. Body painting.

Notons, dans Glissements progressifs du plaisir, la présence de deux grands acteurs français : Jean-Louis Trintignant et Michael Lonsdale. Trintignant dans le rôle du flic et Lonsdale dans le rôle du juge. Savoureux.

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Alain Robbe-Grillet en action.

samedi 22 janvier 2011

Jess Franco - La Comtesse perverse (1973)


La Comtesse perverse : "le plus sophistiqué des films érotiques", selon une publicité du producteur du film, Robert de Nesle ! Ou l'art d'aguicher le public pour mieux le tromper... La Comtesse perverse n'a rien d'érotique... sauf si l'on regarde la version de 92 minutes qui contient quatre ou cinq inserts semi-pornographiques, ajoutés par le producteur, au grand dam de Jess Franco. D'ailleurs, au moins deux des inserts sont complètement sans rapport avec le reste du film ! Dans le premier, sans aucune cohérence avec la scène précédente et la scène suivante, Lina Romay fait l'amour avec un couple ligoté.. Dans le second, Alice Arno (la "comtesse perverse") fait l'amour à un type complètement inconnu. Hors sujet total. Sans ces inserts, le film ne dure guère plus de 72 minutes. Et c'est bien suffisant puisqu'il contient de nombreuses longueurs.

Lina Romay dans un des inserts semi-pornographiques.

Baiser furtif entre Alice Arno et Lina Romay.

La Comtesse perverse est inspiré de la nouvelle de Richard Connell, The Most Dangerous Game, déjà porté à l'écran en 1932 par Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack (qui tournaient King Kong en même temps !). On peut y voir la délicieuse Fay Wray. Le film, connu en France, sous le titre de La Chasse du comte Zaroff, est visible intégralement ici. Au programme donc : chasse aux êtres humains et cannibalisme.

Howard Vernon, comte Zaroff et cuisinier à ses heures perdues.

Alice Arno, comtesse Zaroff, passe plus de temps nue qu'habillée !

Dans son film, Jess Franco laisse un peu de côté le comte Rader Zaroff (Howard Vernon) pour mettre en évidence la comtesse Ivanna Zaroff (Alice Arno). C'est typique de la part de Jess Franco de donner les rôles les plus importants à des femmes, surtout si elles sont belles et déshabillées, ce qui est effectivement le cas pour Alice Arno. Dans La Comtesse perverse, les époux Zaroff, habitant seuls sur une île, se paient les services d'un jeune couple, Tom et Moira (Robert Woods et Tania Busselier), pour leur trouver des filles, véritables gibiers humains, qui sera chassé à l'arc par la comtesse Ivanna Zaroff. Le gibier du jour n'est autre que la candide Sylvia (Lina Romay). Parviendra-t-elle à éviter les flèches mortelles de la comtesse et à ne pas finir en steak ?

Robert Woods : veste en denim et pantalon pattes d'eph' : très 1973.

Tania Busselier, toujours aussi charmante.

En 1998, Jess Franco réalisa une nouvelle version du film : Tender Flesh. Une catastrophe cataclysmique dans laquelle on peut voir le français Alain Petit (le fan numéro 1 de Jess Franco !), Lina Romay (toujours dans la place) et les actrices de seconde zone Monique Parent et Amber Newman (bien moins charmantes que les actrices employées par Jess Franco dans les années 1970). Si La Comtesse perverse contient des longueurs, Tender Flesh est tout simplement un ennui perpétuel. A éviter.

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Lina Romay découvre le terrible secret des Zaroff.

samedi 15 janvier 2011

Masao Adachi - Sex Game (1968)

Masao-Adachi-Sex-Game
Quelques mois avant d'illustrer en film sa théorie des paysages, Masao Adachi a réalisé Sex Game (Sei Yugi en japonais), un film nihiliste produit par Koji Wakamatsu. A la vision de ce film, rien n'augure les futurs engagements de Masao Adachi dans la révolte étudiantes, l'extrême gauche nippone et la libération de la Palestine. Dans Sex Game, Adachi va plutôt à rebours du mouvement gauchiste étudiant en se moquant ouvertement et de façon plus qu'outrée de l'activisme politique. Sex Game sonne comme un doigt d'honneur à la "cause", magnifiant plutôt l'ennui et la provocation. Deux éléments essentiels du futur mouvement punk. Question de journaliste bas-de-gamme : Masao Adachi, punk avant l'heure ?

Sex Game s'ouvre sur une séance de partouze où sept étudiants (cinq garçons et deux filles) veulent "jouer au viol" de façon "sérieuse", le consentement des filles, peu farouches, décevant l'attente des garçons frustrés. Plus tard, pour tuer l'ennui, trois des garçons (dont Ken Yoshizawa, belle gueule récurrente des films de Koji Wakamatsu), sillonnent les alentours de l'université de Nihon (la faculté dans laquelle était vraiment inscrit Masao Adachi) pour trouver une proie à leur désir de viol. Il croise alors le chemin de Taeko, une militante de gauche. Après un viol collectif dans un amphithéâtre désert, un des trois violeurs (Ken Yoshizawa), "sympathise" avec Taeko, pour qui le viol a été un élément déclencheur de l'affirmation de sa féminité et de son existence (un poncif du pinku eiga). Taeko entraîne Kenji chez elle. Elle habite avec son frère, un geek apprenti terroriste qui fabrique des coktails molotov pour tuer "les flics et les CRS".

Koji-Wakamtsu-Running-Madness-Dying-LoveKen Yoshizawa dans Running in madness, dying in love de Koji Wakamatsu (1969).

Sex Game vaut surtout pour ses dix dernières minutes, où, après une récitation d'extraits du poème Black Dada Nihilismus de LeRoi Jones,
Come up, black dada nihilismus.
Rape the white girls.
Rape their fathers.
Cut the mothers throats.
Black dada nihilismus, choke my friends in their bedrooms with their drinks spilling and restless for tilting hips or dark liver lips sucking splinters from the masters thigh

on voit les trois protagonistes, en uniformes militaires, en pleine rue tokyoïte, faire le salut hitlérien (guerilla shooting !), crier "Sieg Heil" et embrasser des femmes sur un passage piéton. S'ensuit une dernière scène, devant le Parlement japonais (moins bien connu sous le nom de Diète du Japon), où les trois hommes, toujours en uniforme militaire, mitraillette à la main, et accompagnés de femmes nues, descendent l'avenue de façon vindicative. Du nihilisme pur, foutraque, à la limite de l'extrême droite, qui tranche avec l'esprit d'extrême gauche dans lequel baignaient Masao Adachi et Koji Wakamatsu à l'époque. Dans son livre Behind the pink curtain, Jasper Sharp considère cette scène comme "une des plus provocatrices du cinéma".

L'avenue du Parlement nippon, sur laquelle est tournée la dernière scène de Sex Game.

Interrogé par Johannes Schönher sur Sex Game, Masao Adachi a expliqué : "dans ce film, j'ai essayé de montrer que les émotions humaines engendraient les comportements humains. L'activisme politique, d'accord, mais en même temps, les différentes factions politiques violentes étaient tellement devenues idéologiques qu'elles avaient tué toute émotion personnelle".

mardi 11 janvier 2011

Interview de Jess Franco sur le porno


Le très bon blog Zines a publié les scans du magazine Ciné Star Vidéo, daté de 1983, qui consacre quinze pages à Jess Franco. En plus d'une présentation générale de l'œuvre de l'Espagnol, de 1959 à 1982, illustrée de très belles et nombreuses photos, le magazine reproduit un entretien avec Jess Franco, réalisé à Madrid le 4 février 1983 par Joan Bassa et Ramon Freixas. Le réalisateur y parle du cinéma porno, du choix de ses actrices et de la chaotique distribution de ses films dans les pays européens. Un régal dont voici quelques extraits.

Ta tradition érotique remonte déjà aux doubles versions de tes films de terreur. De ce côté-là, tu es l'un des pionniers...

Bon, je déteste les doubles versions, je n'en suis pas partisan. Mais ce n'est pas de ma faute, je faisais un film - érotique, si tu veux - et tout de suite, les censeurs allaient faire des coupures... Nous n'allions pas passer un film de 20 minutes ! En plus, si le film m'appartient et qu'il n'y a pas d'autre solution que de re-tourner d'autres séquences, je préfère que ce soit moi qui les fasse, et pas un autre. Par ailleurs, la censure ne limite pas son travail aux coupures. Je suis las que les titres de mes films soient changés. Je remets Deux sœurs vicieuses aux mains des distributeurs et d'autres personnes, voici qu'il devient Aberrations sexuelles d'une blonde brûlante. Ou bien La Déesse blanche devient Les Déesses du porno et - un comble - l'un de mes derniers films allemands, où il n'était nullement question de collégiennes mais de femmes mariées et qui faisaient l'amour avec les messieurs qui leur plaisaient, a eu comme titre d'exploitation Collégiennes violées. Quel pays...

La belle Estella Blain dans Miss Muerte / Dans les Griffes du maniaque (1966).

[...] Ta filmographie est énorme, épuisante, avec un nombre multiple de titres, les uns curieux, les autres amusants.

Oui, mais ce n'est pas de ma faute. Je suis fatigué de voir mes titres changés. Qu'on se figure que j'ai voulu adapter un roman de Perry Mason, L'Affaire des culottes transparentes, titre que j'aimais beaucoup, qui était celui du scénario et de la première copie. Mais pour imiter La Fille à la culotte d'or d'Aranda, on en a fait La Fille aux culottes transparentes.

[...] Tu as une prédilection pour Sade plutôt accusée.

J'ai beaucoup admiré ce gars-là. Beaucoup, beaucoup. Et je l'aime pour ses contes moraux. Ils sont, disons-le, fort moraux. Il me semble que c'était un écrivain audacieux parce qu'il se moquait de la réalité d'une manière précieuse. Et en plus, de fait, il est de plus en plus évident que c'était une sainte nitouche que sa femme faisait emprisonner pour lui faire l'amour.

L'entretien complet sur Zine.

lundi 10 janvier 2011

Jess Franco - Shining Sex (1975)


1975. En villégiature dans le sud de la France, Jess Franco, accompagné d'une fine et mince équipe, tourne une flopée de films produits par Eurociné dont Shining Sex (ou La Fille au sexe brillant) et The Midnight Party (ou La Partouze de minuit) : les deux films partagent exactement les mêmes décors (les verrues touristiques de la côte d'azur construites pendant les années 1970) et mêmes acteurs. Les deux films ont dû être tournés en même temps en dix jours. Du classique chez ce cher Jess Franco.

Dan L. Simon, pseudonyme de Jess Franco pour Shining Sex.

Lina Romay dans une énième scène de danse lascive.

Le scénario de Shining Sex est pour le moins basique mais très new age : Cynthia, une danseuse de cabaret (Lina Romay, très nue et pour une fois intégralement épilée - d'où le titre du film) décide de se faire un extra pécuniaire en acceptant une passe avec un couple énigmatique et placide. Arrivée dans le domicile conjugal, Cynthia couche avec la femme. Une scène lesbienne sans parole de dix minutes qu'on jurerait jouée par deux autistes. Stupeur et incompréhension du spectateur qui apprendra plus tard que Cynthia aura été contaminée par un virus mortel d'origine extra-terrestre dont le but est de tuer ses partenaires sexuels. En effet, le sexe de Cynthia est maintenant imprégné d'un virus mortel. Cynthia rentre ensuite en contact avec un psychiatre, le Dr. Seward (référence à William S. Burroughs ? Non, plutôt au Dracula de Bram Stoker) joué par Jess Franco lui-même, qui est capable de "ressentir" les activités du couple "d'une autre dimension".

Dr. Seward...

... alias Jess Franco.

ItaliqueS'ensuit une scène où Cynthia rend visite à Madame Pécame, une médium (jouée par Monica Swinn) qui, après une scène lesbienne, meurt. A cause du sexe contaminé de Cynthia. Plus tard, Cynthia apprend - enfin - que le couple qui l'a séquestrée est "d'une autre dimension". La femme du couple n'est autre qu'Alpha. Alpha est jouée par Evelyne Scott, qu'on peut voir dans des classiques du porno gaulois giscardien, tels que L'Arrière-train sifflera trois fois (1975), Couche-moi dans le sable et fais jaillir ton pétrole (1975) ou Les orgies du Golden Saloon (1975). Surprise à la dernière bobine du film : Oliver Mathot (acteur mythique du cinéma bis) fait une brève apparition dans le rôle d'Elmos Kallman, un chasseur d'extra-terrestre. La coupe est pleine.

Un gros plan typique de Jess Franco.

Dans une literie sexy, la très pudique Lina Romay cherche à séduire...

... Olivier Mathot ! Une baise puis s'en va. Sacré second rôle !

Si les dialogues sont rares, ils n'en sont pas moins très drôles (du moins dans la version française... on sait les doubleurs très capricieux et taquins). Ne serait-ce que la première réplique de Lina Romay, qui s'adresse au couple d'extra-terrestres, après son numéro de cabaret. C'est tout simplement à se pisser dessus : "J'espère que mon numéro vous a plus. Vous savez, j'en ai d'autres bien plus piquants, mais nous sommes ici dans un club très chic. On ne me laisse pas faire tout ce qui me plaît. Vous auriez dû me voir à Hambourg, quelle liberté ! Je faisais un numéro merveilleux avec un cheval de course, c'était super porno, comprenez-vous ? Et pourtant, c'était pas dégueulasse ! Oh, c'était fou ! Après, je faisais un numéro avec deux gouines, mulâtres toutes les deux, et c'est là qu'on m'a offert mon premier contrat au Moyen Orient. J'étais tout le temps invité par des sultans. Et je suis rentrée en Europe parce qu'un de ces mecs voulait me kidnapper et me foutre dans son harem." On touche ici au sublime. Ni plus ni moins.

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Un dialogue plus troublant qu'un essai de Kant.

dimanche 9 janvier 2011

The Kinks en concert à Paris en 1965


Le 7 juillet 1965, The Kinks se produit à la Mutualité, à Paris. Un concert de 20 minutes, pas une de plus. L'événement est filmé par l'ORTF pour l'émission Discorama (diffusée le dimanche à 12h30 !). On y voit surtout l'excitation du public, assis, mais criant et trépignant à l'écoute des Kinks. En 18 mois, le groupe, composé des frères Ray et Dave Davis, Pete Quaife et Mick Avory, a déjà publié sept singles et deux albums. Le 4 août 1964, "You Really Got Me" sortait dans les bacs et allait devenir numéro 1 au Royaume-Uni. 3 mois plus tard, The Kinks enchaînait avec "All Day and All of the Night". La machine était lancée.

Le concert intégral de la Mutualité est visible ici.

Setlist
1. Bye Bye Johnny
2. Louie Louie
3. You Really Got Me
4. Got Love if You Want It
5. Long Tall Shorty
6. All Day and All of the Night
7. You Really Got Me (seulement le riff d'introduction)
8. All Aboard

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"You Really Got Me"
On notera la jolie jeune femme à la toute fin de la vidéo.