vendredi 23 juillet 2010

Nina Antonia parle de Johnny Thunders


Nina Antonia a publié en 1987 la première et seule biographie sur Johnny Thunders, un des musiciens les plus talentueux du 20è siècle. Dans son livre In Cold Blood, réédité et augmenté en 2000, Antonia aborde les heures glorieuses (et moins glorieuses) de Johnny Thunders, guitariste des New York Dolls, puis chanteur-guitariste des Heartbreakers, puis chanteur-guitariste de Gang War (avec Wayne Kramer des MC5), puis guitariste-chanteur plus ou moins solo, jusqu'à sa mort à la Nouvelle-Orléans en 1991. Une mort très controversée puisqu'on ne sait toujours pas aujourd'hui s'il est mort d'une overdose ou s'il a été assassiné. D'autant que Johnny Thunders était atteint de leucémie. Mais peu importe...

L'unique album des Heartbreakers: "Down to kill like a motherfucker".

Ce qu'on retiendra de Johnny Thunders, ce sont surtout ses concerts exceptionnels donnés avec les Heartbreakers de 1976 à 1980 et 1984. Sur scène, les Heartbreakers étaient les meilleurs. Ils explosaient toute la concurrence punk : Sex Pistols, Buzzcocks, Clash au Royaume-Uni ; Dead Boys, Richard Hell and The Voidoids, Ramones aux États-Unis. Le seul groupe qui pouvait rivaliser avec les Heartbreakers, mais dans un autre registre, était Television. Aujourd'hui, des dizaines et des dizaines de bootlegs de concerts des Hearbreakers sont disponibles pour témoigner de l'excellence du groupe. Qui commençait, on ne sait pourquoi, leurs concerts au Max's Kansas City (mais jamais au CBGB), par des bruits de sirènes et de marches militaires hitlériennes, avant d'enchaîner par "Pipeline" ou "Chatterbox". Et de livrer 40 minutes de musique superbes. Et cela deux fois par soir, car à l'époque, le groupe donnait presque toujours deux concerts par soir, le premier à 22h et le second à 1h du matin.

Please Kill Me, livre à mettre entre toutes les mains. Johnny Thunders à l'extrême droite.

Pour plus de renseignements sur Johnny Thunders, voir la chronique de l'excellent documentaire Born To Lose de Lech Kowalski.

Peu avant sa mort, Johnny Thunders a également joué dans le film What About Me de Rachel Amodeo.

Lire Please Kill Me (en anglais de préférence) de Leigs McNeil, le meilleur livre sur le punk new-yorkais et sur la musique en général.

Nina Antonia est l'auteur d'In Cold Blood.



Délire nippon : Vermilion Pleasure Night !


La télévision japonaise est vraiment incroyable : on y trouve des émissions qu'on dirait émaner du cerveau de post-adolescents cultivés et cyniques sous acide. C'est le cas du programme Vermilion Pleasure Night, conçu par Yoshimasa Ishibashi et diffusé sur TV Tokyo entre juillet et décembre 2000. L'émission est composée de plusieurs sketches parodiant les séries TV. Le plus connu des sketches récurrents est The Fuccon Family, qui narre les aventures d'une famille américaine (père, mère et fils) au Japon. Les acteurs sont en fait des mannequins ! Les histoires sont tellement tordues que le tout vire à la farce. Ce sketch a tellement plu qu'Ishibashi en a fait une série à part entière appelée Oh! Mikey, dont des extraits sont visibles sur des sites de partages vidéos, comme ici :



Autre sketch hilarant, One Point English Lessons, une parodie des cours de langue où une jolie jeune femme habillée en oirin (courtisane) apprend au téléspectateurs nippon comment prononcer des phrases sexuellement connotées, comme "I give good head" ou "You're so good". Le tout avec le sourire et le plus grand sérieux, bien sûr. On trouve également une parodie de leçons de cuisine où l'animatrice concocte des plats à partir d'organes humains.


Les meilleurs moments de Vermilion Pleasure Night sont réunis en DVD !

Les sketches récurrents laissent parfois la place à des courts métrages "one shot", comme Bar Frederico, qui se veut sûrement être une parodie des fêtes bourgeoises et décadentes romaines popularisées par Frederico Fellini dans La Dolce Vita.

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Le sketch Bar Frederico.

lundi 19 juillet 2010

Pavel Lounguine - Luna Park (1992)


En 1992, le russe Pavel Semionovitch Lounguine réalise son deuxième film, Luna Park. Le sujet explosif : deux ans après l'effondrement du régime soviétique, une bande de "jeunes" racistes, antisémites et homophobes surnommés les "Nettoyeurs" font leur loi dans le quartier du parc d'attractions Luna Park. Leur quotidien est parsemé de bagarres de rue, de larcins et de pillages dans des restaurants tenus par des "étrangers" et bitures monumentales à l'alcool fort.

Séance transcendantale avant la baston.

Au beau milieu de cette vie rêvée, Andrei, l'homme fort des "Nettoyeurs", qui n'a jamais connu son père et dont la mère est morte peu après sa naissance, apprend que son père est juif et se nomme Naoum Kheifitz. Bouleversé, Andrei n'a qu'une idée en tête : retrouver Naoum Kheifitz et, pourquoi pas, le tuer. Quand il le retrouve, le dégoût et la haine d'Andrei font peu à peu place à de la sympathie et un certain amour filial. Le tout orchestré par des scènes de ripailles, d'orgies et de fêtes joyeuses bien éloignées des bitures à l'alcool bas-de-gamme entre ultra-nationalistes dans des sous-sols crasseux.

Naoum Kheifitz, le fameux père d'Andrei.

Des kippas, de l'argent et des références à Ella Fitgerald : la nouvelle vie d'Andrei.

Luna Park n'est pas sans rappeler Israël, une pièce de théâtre de Henry Bernstein, de 1908. Dans cette pièce, Thibault, prince de Clar, un farouche antisémite, provoque en duel Justin Gutlieb. Mais le jeune Thibault apprend bientôt que Justin Gutlieb n'est autre que son père ! Ne le supportant pas, Thibault se suicide. Comme l'explique Marc-Édouard Nabe, préfacier du seul recueil d'œuvres de Bernstein :
"Comment ce déménageur psychologique de Bernstein arrive-t-il à bouger de si lourds sentiments sur scène, sans que l'ironie vienne en pervertir l'horreur montrée ? C'est le sortilège du mélodramaturge de haut niveau. Je pense à Rainer Werner Fassbinder ou à Douglas Sirk : le mélo chez eux est exacerbé au-delà du supportable, les situations sont scabreuses jusqu'à la nausée, le pathos trône impudiquement au milieu de l'action, et pourtant... Personne n'a envie de rire : le moindre être humain est pris au piège de l'émotion presque grossière dans sa volonté d'être aussi subtile."

Luna Park n'est certes pas aussi dramatique qu'Israël ou un film de Fassbinder, et ce malgré quelques scènes effroyables. Pavel Lounguine parvient petit à petit à désamorcer les sentiments extrêmes pour finir dans la farce cruelle.

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Extrait de Luna Park : Andrei apprend la judéité de son père.

vendredi 16 juillet 2010

Elia Kazan - The Last Tycoon (1976)


Le dernier film d'Elia Kazan, The Last Tycoon (Le Dernier nabab en français), est un chef d'œuvre. Meilleur qu'Amercia America (1963). Chaque plan, chaque jeu d'acteur est juste. On atteint la perfection à ce niveau-là. Dans la série des films aussi impeccablement montés (et pas comme des chevaux), on trouve Citizen Kane d'Orson Welles (1941), Wild Bunch de Sam Peckinpah (1969) ou Seul contre tous de Gaspar Noé (1998). Évidemment, plusieurs films d'Éric Rohmer tombent sous ce couperet glorifique.


Tout est limpide. Elia Kazan, rejeté par les incultes politicards qui ne connaissent rien à l'art et se lavent de boue politique, utilise le script de Francis Scott Fitzgerald pour en tirer un film superbe et mémorable. Ce même F. S. Fitzgerald, auréolé du titre de meilleur écrivain des années 1920 qui finit sa vie alcoloo tricard et renié à Hollywood dans les années 1930 avant de mourir de foie et de lames dans la misère la plus crasse. Depuis Gérard de Nerval en France, on avait jamais autant traité un écrivain talentueux comme de la merde. Donc Kazan s'affranchit de l'écrit de Fitz' pour faire un film sur le cinéma totalement touchant et humain, à l'encontre de la vie californienne.


Que voit-on dans ce film ? Des acteurs fabuleux dont Robert de Niro (impérial de sobriété et de facilité), Robert Mitchum (l'Irlandais respectable adultère), Jeanne Moreau (la pute française), Tony Curtis (l'acteur imbu de lui-même) et Jack Nicholson (dans le rôle du communiste épaté par le paraitre des capitalistes). Il y a certes des acteurs superbes. Mais on y voit aussi un maquillage impeccable, des lèvres peintes et des robes couleur crème comme jamais vues dans les années 1930. Et des sentiments : défoncés au valium et aux cachetons, les êtres (car ce ne sont pas hommes) californiens n'atteignent pas le bonheur.

Là est la morale, qu'on ne trouvait pas dans le roman inachevé de ce cher F.S. Fitzgerald : le cinéma atteint l'essentiel mais ne l'atteint pas. Une réponse toute simple mais un existentialiste imposteur comme Jean-Paul Sartre n'a qu'à se faire le mettre bien profond. Car, ivrogne borgne, il n'a rien compris, ni au cinéma ni à la vie.



Conclusion : au lieu de délatter sur Elia Kazan, faites des films aussi bien que Le Dernier Nabab. Vous afficherez votre couleur politique plus tard.


dimanche 11 juillet 2010

Pyotr Mamonov, une légende russe


Pyotr Mamonov est une légende vivante en Russie. Dans les années 1980, il est d'abord chanteur du groupe de rock moscovite Zvuki Mu. Un des albums du groupe a été produit par Brian Eno. Pyotr Mamonov quitte bientôt la musique pour le théâtre et le cinéma. En 1988, il joue le rôle d'un médecin vendeur de morphine dans L'Aiguille de Rachid Nougmanov. A l'époque, Pyotr Mamonov est le sosie de l'écrivain américain William Burroughs. En 1990, il joue le rôle d'un saxophoniste alcoolique dans Taxi Blues de Pavel Lounguine. Le film obtient le prix de la mise en scène au festival de Cannes. Mamonov jouera dans deux autres films de Pavel Lounguine : L'Île (2006) et Tsar (2009). Exit la ressemblance physique avec William Burroughs. Pyotr Mamonov est maintenant le sosie de Robert Le Vigan ! Un Le Vigan russe au visage décharné et aux dents limées.

Pochette du premier album de Zvuki Mu.

Sosie de William Burroughs dans L'Aiguille en 1988.

Dans L'Île, Mamonov est Anatoly, un moine orthodoxe rongé par le remords après avoir été contraint par les nazis de tuer un homme, 33 ans auparavant. Le chiffre 33 n'est évidemment pas laissé au hasard. Se coupant volontairement du monde des autres moines, Anatoly jouit auprès de la population d'une grande popularité puisqu'il est inexplicablement doué de clairvoyance de thaumaturgie. Ces dons ne l'empêchent tout de même pas d'oublier son meurtre passé. Film mystique, L'Île est une quête de rédemption divine portée par la prestation magistrale de Pyotr Mamonov qui s'identifie parfaitement à Anatoly. En effet, Mamonov s'est converti à l'orthodoxie au début des années 1990 et vit d'une manière ascétique dans un village à deux heures de Moscou.


Dans Tsar, Pyotr Mamonov est un Robert Le Vigan barbu.

Si L'Île est une quête de rédemption, Tsar est une furie furieuse vers l'Apocalypse. Dans ce film, Pavel Lounguine s'intéresse à la confrontation entre Ivan le Terrible et le chef de l'église russe, Philippe, en 1565. Selon le réalisateur, "c'est un film sur la contradiction entre le pouvoir absolu et l'idée du Christ, de spiritualité. Il y a là quelque chose de profondément antinomique". Ivan le Terrible est ici un monarque autoritaire tiraillé entre une volonté de transcendance divine et une cruauté sanguinaire paroxystique. Pyotr Manonov est un terrible Ivan. Si, dans Apocalypse Now, Marlon Brando impressionnait par son corps massif de bonze, dans Tsar, Manonov étonne par son regard perçant, ses traits décharnés et ses silences mauvais.

Affiche de L'Île.

Sur sa carrière d'acteur, Pyotr Mamonov explique :
Est-ce que j'ai l'impression d'être un acteur ? Je suis Pyotr Nikolaevich Mamonov. J'essaie de faire mon travail du mieux que je peux. Je m'y efforce à chaque instant. Dans cinq ans, je me tournerai vers le passé et je me demanderai : "comment as-tu pu aussi mal jouer ?" J'aurai la conscience tranquille parce qu'au moins j'aurai fait du mieux que je pouvais.

C'est ce qui s'est passé avec L'Île. J'ai essayé de m'aider moi, et tous ceux qui m'entouraient. Quand le Christ est entré à Jérusalem à dos d'âne, on L'a reçu avec des fleurs et des acclamations. L'âne a cru que ces acclamations étaient pour lui. Nous sommes tous comme l'âne qui porte le Christ. De quoi ai-je à me vanter ? Ce que Dieu donne à un homme, il le demande en retour. Nous devons juste vivre dans la plus grande pureté possible.


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Extrait de Tsar de Pavel Lounguine.

Jean de Boschère anarchiste

De 1946 à sa mort en 1953, Jean de Boschère a tenu un journal publié partiellement par les éditions de Rougerie, en deux volumes, sous le titre Fragments du Journal d'un rebelle solitaire. L'auteur du roman Satan L'Obscur, de recueils poétiques mystiques et de monographies sur Max Elskamp et Jérôme Bosch, y livre ses pensées, des anecdotes biographiques ou l'état de son travail littéraire (dont La Splendeur de l'Homme, toujours inédit et reposant dans la poussière du Musée de littérature de Bruxelles). Volontairement exilé à La Châtre, dans l'Indre, et largement oublié de tous sauf de ses "trente lecteurs", Jean de Boschère distille à plusieurs reprises des preuves de son anarchisme politique. Savoureux.

Illustration de Jean de Boschère.

12 juin 1948.
Si le public qui lit des romans est "éducable", il serait utile que les romanciers ne soient pas de sinistres bourgeois, adhérents et dociles. A la troisième page d'un livre que la critique recommande, on leur annonce une conversation sur des sujets relevés, musique, littérature, politique. Éduquer serait : on s'aperçut de la présence d'un politicien qui, à titre de menteur, profiteur, escroc des esprits simples, fut sans discours jeté par la fenêtre par ses victimes qui se désinfectèrent aussitôt les mains. Je ne confonds pas les administrateurs d'une nation avec les partisans effrontés de la politique dont meurt toute nation.

12 juillet 1949.
La vérité est un parfum enivrant tous les canaux de notre esprit. Sa griserie est dangereuse, mortelle pour les détournements ; les subterfuges, les montages, les mises en scène. L'État et ses offices de faussaires la prohibent : c'est ainsi qu'il peut gouverner.

5 août 1949.
Le politique veut s'imposer en maître alors qu'il n'est que notre domestique.


Autre écrivain anarchiste, voir le nippon Osugi Sakae.

Autre écrivain un temps anarchiste : Giovanni Papini.

jeudi 8 juillet 2010

Pete Doherty - Live @ La Cité de la Musique (07.07.2010)


Bootleg du concert cliquez ici.

Cinquième ou sixième concert de Pete Doherty à Paris cette année, cette fois-çi dans le cadre du festival Days Off. L'affiche annonçait "Pete Doherty + Guests". En vérité, c'est bien seul que le musicien débarque sur scène, accompagné de sa guitare et d'une bouteille de vin. Dans une salle aussi froide que celle de la Cité de la Musique, qui ressemble plus à une salle de mariage post-moderne, Pete Doherty n'a aucun mal à instauré une ambiance propice à un concert acoustique chaleureux et bon enfant. C'est bien sûr moins intimiste que son dernier concert à la Maroquinerie mais le cœur y est.


Comme ces derniers temps, en France ou à l'étranger, le concert de Pete mélange des chansons des Babyshambles, un ou deux classiques Libertines, des titres de son album solo, des morceaux plus anciens, parfois jamais sortis officiellement (comme ici "The Sweet by By/Song They Never Play On Radio" qui date pourtant de 2004) et des reprises : ici, une tentative de "Blue Moon" et "Robin Hood" d'Ocean Colour Scene. On se souvient que sur les séances d'enregistrement des Libertines de New York en 2003, Pete reprenait déjà seul à la guitare "Huckleberry Grove" d'Ocean Colour Scene, un groupe peu connu en France.



Le public a eu le droit à un peu de spectacle : c'est toujours amusant de voir le comportement de Pete Doherty entre les chansons. Pete a répondu à quelques demandes du public comme le titre "France" et "The Good Old Days" mais a refusé de jouer des chansons comme "The Boy Looked at Johnny" (ma demande personnelle), "Up The Bracket" ou "Music When The Lights Go Out".



Un bon concert donc, bien qu'un peu court : 65 minutes. Un quart d'heure supplémentaire n'aurait fait de mal à personne d'autant que le public était réellement conquis.

Setlist

1) Arcady
2) Last of the English Roses
3) Sweet By and By / Songs They Never Play On Radio
4) From Bollywood To Battersea
5) For Lovers
6) You're My Waterloo
7) Sheepskin Tearaway
8) France
9) Can't Stand Me Now
10) Blue Moon
11) Back From the Dead
12) Salomé
13) The Good Old Days
14) The Lost Art of Murder
15) Robin Hood (Ocean Colour Scene)
16) Smashing
17) Albion