mardi 22 septembre 2009

Marc-Edouard Nabe revient !




Le 21 septembre 2009, jour d'automne, marque le retour de Marc-Edouard Nabe sur Internet. alainzannini.com, le "site des lecteurs de Marc-Edouard Nabe" vient d'ouvrir ses portes. Le batteur Sam Woodyard, Antonin Artaud, le Wu-Tang Clan, Morgan Sportès, Gérard Miller et Mazarine Pingeot participent tous à l'ouverture de ce site ! Le swing et le jive se mêlent à la fange et l'abject pour saluer le talent de l'auteur de La Marseillaise.

Ce message des fondateurs du site:
"Ce site lancé par un groupe de personnes provenant d'horizons très divers, une vingtaine de passionnés se situant hors du milieu littéraire ou culturel, a pour vocation de rassembler le maximum d'informations sur un écrivain contemporain emblématique de ce qu'ils attendent de la littérature."

Une nouvelle n'arrivant pas seule, on apprend que Marc-Édouard Nabe a gagné son procès contre les éditions du Rocher (voir ici pour un résumé de l'affaire) et va s'auto-publier. Finies les soirées à regretter de ne pas avoir acheter Oui, Non ou Alain Zannini quand ils étaient disponibles.

Auguste Strindberg, l'auteur d'Inferno, selon le peintre Marc-Édouard Nabe.

Dernière nouvelle, et non des moindres : un nouveau livre de Marc-Édouard Nabe est prévu pour les prochains jours. Vive ce retour en force et cette nouvelle liberté éditoriale qui, on l'espère, annoncent un avenir radieux à l'Art et aux piétons de Saint-Germain-des-Prés.

samedi 19 septembre 2009

Sono Sion - Love Exposure (2008)

Sono-Sion-Love-Exposure
"Les dieux sont des distances morales que nous
cherchons à rapprocher sur le sentier de la prière."

Saint-Pol-Roux

Love Exposure était très attendu par l'amateur de Sono Sion (voir ici et ). Depuis la mise en ligne de la bande-annonce du film et sa projection au festival de Berlin en décembre 2008, les rares personnes (hors Japon) à avoir vu ce film épique (4 heures) le considèrent comme l'œuvre la plus aboutie de Sono Sion, déjà réalisateur des excellents Suicide Club et Le Testament de Noriko. Love Exposure poursuit l'exploration de la destruction de la cellule familiale japonaise de ces deux films et clôt la trilogie de fort belle manière.

Sono-Sion-Love-ExposureTakahiro Nishijima dans le rôle de Yu.

Love Exposure raconte les tribulations de Yu, un adolescent, élevé dans le catholicisme et dont le père est devenu prêtre. L'arrivée d'une femme va bouleverser l'équilibre familial. Le vice, le péché et la perversion vont devenir le quotidien de Yu, pressé par son prêtre de père, en roue libre totale, de pécher quotidiennement pour se confesser. Malgré lui, Yu décide d'accomplir la perversion la plus condamnable par un prêtre : il devient photographe à la sauvette de culottes, en usant de techniques très élaborées pour ne pas éveiller les soupçons des jeunes filles en jupes courtes. Yu devient rapidement un poids lourd de sa discipline jusqu'au jour où il rencontre Yoko. Coup de foudre. Problème : Yoko voue une haine pour les hommes, sauf pour son idole Kurt Cobain. Yoko adhère plus ou moins au catholicisme grâce à Jésus, "plus cool que Kurt Cobain".

Sono-Sion-Love-ExposureHikaro Mitsushima (Yoko) et Sakura Ando (Keiko) tout de blanc vêtues.

Le film part alors dans des voies tragiques où Yu est confronté à une secte appelée Eglise Zero. Les rires du début du film font peu à peu place à l'effroi, à l'angoisse et aux larmes. Bouleversant. Love Exposure est porté par le très bon jeu d'acteurs débutants : Yu est interprété par Takahiro Nishijima, membre du boys (& girls) band AAA, un groupe particulièrement mauvais mais très populaire au Japon. La délicieuse Yoko est interprétée par Hikari Mitsushima ; et Keiko, membre de l'Eglise Zero, par Sakura Ando, qui ferait un malheur dans le rôle d'une James Bond girl sadique. La musique du film est également certifiée haut de gamme : l'allegretto de la 7è symphonie de Beethoven, le Boléro de Ravel et le groupe pop Yura Yura Teikoku. Enfin, la mise en scène est impeccable : comme Le Testament de Noriko, le film est divisé en chapitres et Sono Sion utilise de manière astucieuse la voix-off. Malgré sa durée de 4 heures, le film n'est jamais ennuyeux. Love Exposure est de loin le film le plus abouti de Sono Sion. Chapeau bas.

Sono-Sion-Love-ExposureLa délicieuse Yoko en pleine extase.

Sono-Sion-Love-Exposure
Du sang et des larmes.

Dans une scène clef et particulièrement poignante entre Yu et Yoko, Yoko, en plan séquence, récite en intégralité le chapitre 13 de l'épître de Saint Paul aux Corinthiens.

"Car nous ne connaissons qu'en partie, et nous ne prophétisons qu'en partie ; or, quand sera venu ce qui est parfait, ce qui est partiel prendra fin. Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu homme, j'ai laissé là ce qui était de l'enfant.

"Maintenant nous voyons dans un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face ; aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme je suis connu. Maintenant ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance, l'amour ; mais la plus grande des trois c'est l'amour."


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Ci-dessus, l'initiation de Yu à la photographie.

Pour lire un entretien très long avec Sono Sion : voir ici.

jeudi 10 septembre 2009

Quentin Tarantino - My Best Friend's Birthday (1987)


La matrice tarantinesque ou ce qu'il en reste : 35 minutes sauvées par une VHS pirate de mauvaise qualité qui tourne depuis 2005 sur Internet. My Best Friend's Birthday, le premier long-métrage de Quentin "cutie" Tarantino, le réalisateur des chefs-d'œuvre Reservoir Dogs (1992) et Death Proof (2007) et le scénariste de l'excellent True Romance (1993) réalisé par Tony Scott (son seul bon film avec Top Gun qui met en scène la tête à claques Tom "Maverick" Cruise et l'alcoolique colérique Val "Iceman" Kilmer). Ce premier film voit Tarantino aborder ses thèmes de prédilection : le cinéma, Elvis Presley, le kung-fu, l'amitié, la prostitution, les embrouilles, et surtout, les dialogues interminables haut-de-gamme et futiles entre gens vrais.

Tarantino en pleine conversation sur Elvis Presley. L'Amérique est en jeu.

Quentin Tarantino joue ici le rôle Clarence Pool, un animateur radio qui préfigure Jungle Julia dans Death Proof. Clarence (le nom du personnage principal joué par Christian Slater dans True Romance) anime un émission consacrée à Eddie Cochran mais se révèle être un fan inconditionnel d'Elvis Presley (Elvis qui sera joué par Val "Iceman" Kilmer dans True Romance). Lors d'une scène dans un bar miteux (comme dans Death Proof), il bavardera allègrement avec le patron sur les qualités d'acteur d'Elvis en admettant (comme Christian Slater dans True Romance, le texte est intégralement repris) qu'il "n'est pas pédé mais que s'il devait se faire enculer par un seul type, ce serait Elvis". Et Quentin Tarantino, gomina dans les cheveux, de singer le chanteur au bassin le plus célèbre.

Linda Kay et Graig Hamman (Mike). Ce dernier se fait entuber par sa Eve. Comme tout américain qui fréquente les hôtels, Tarantino a lu la Bible.

My Best Friend's Birthday raconte la journée de quelques amis le jour de l'anniversaire de Mike, qui apprend malheureusement qu'il vient de se faire plaqué par sa petite amie. Sa petite amie étant interprétée par Linda Kaye, présente dans Reservoir Dogs et Pulp Fiction. Entre une pseudo-overdose à la cocaïne, des délibérations sur les mérites d'acteur d'Elvis, une scène de kung-fu et un dialogue entre Quentin Tarantino et une prostituée, il ne se passe pas grand chose. Mais "Cutie" montre déjà ce qu'il fera par la suite : par exemple un plan séquence tourné à 360 degrés. Voir la scène d'ouverture de Reservoir Dogs - qui n'est pas séquence mais l'idée y est - et la scène de restaurant dans la seconde partie de Death Proof. Autre bribe de dialogues utilisés ultérieurement : ce dialogue entre Tarantino et le fan d'Eddie Cochran: "you're cool ?" - "yeah, I'm cool" qui est repris dans Reservoir Dogs (et dans la chanson "Scooby Snacks" des Fun Lovin' Criminals), "Are you cool ?" - "Yeah, I'm cool". Des faits anecdotiques qui montrent pourtant la cohérence artistique de Tarantino.

Craig Hamman dans le rôle de Mike. Il est la voix de l'animateur radio dans Reservoir Dogs.

Pour terminer, notons que Tarantino, en cinéphile maniaque et averti, montre une conversation entre lui et une prostituée sur les bienfaits de travailler dans un vidéo-club (métier qu'exerçait à l'époque Quentin). Les affiches de cinéma placardées sur les murs sont également explicitement mentionnées. Mais la qualité de l'image ne permet malheureusement pas de découvrir les noms des films.

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Ci-dessus un extrait du film. Les films de Tarantino permettent au moins au spectateur de passer un bon moment et d'éviter la dépression nerveuse.

Morale et philosophie de la vie contemporaine : on a donc une scène d'un film de Quentin Tarantino ; "I'm not down down" des Clash ; un tableau tahitien de Gauguin ; un bain à Venise qui, après le coucher de soleil, dans ses feux améthyste et topaze, embrase la lagune tout entière ; et, au réveil, le visage de la femme qu'on chérit, pur et démaquillé, pour être heureux dans ce monde abject.

samedi 5 septembre 2009

Les Rolling Stones à Altamont


Le 6 décembre 1969, les Rolling Stones donnèrent un concert gratuit à Altamont, San Fransisco, devant à peu près 300.000 personnes. Le groupe choisit les Hells Angels pour faire le service de sécurité. Ceux-ci, des motards violents imbibés de bière, passèrent la journée à castagner le public à coups de poings et de cannes de billard. Lorsque les Stones montèrent sur scène vers 5 heures du matin, le pire arriva. A la fin du morceau misogyne "Under my thumb", Meredith Hunter, 18 ans, sortit un pistolet (pour tuer un Rolling Stones ?) et se fit poignardé mortellement par Alan Passaro, membre des Hells Angel. A son procès, Passaro fut acquitté pour cause de légitime défense.

Meredith Hunter en costume vert. Une chanson plus tard, il n'est plus.

Keith Richards et son biberon.

Les Hells Angels ne jouent pas au billard.

La scène a été filmée par les frères Maysles qui réalisaient un documentaire sur les Rolling Stones. Le concert d'Altamont est l'objet principal de leur film Gimme Shelter (1970). Ce meurtre en direct fait de Gimme Shelter le plus célèbre snuff movie de l'histoire. Cet événement est toujours resté tabou dans l'histoire des Rolling Stones. S'il vous le croisez, demandez à Keith Richards ce qui s'est passé à Altamont et vous recevrez une bouteille de Jack Daniel's sur la tête.

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Lorsque les Rolling Stones entament "Sympathy or the devil", un mouvement de foule oblige le groupe à arrêter le morceau et calmer le public. On peut noter le regard de haine de Sonny Barger, chef des Hells Angels, à l'encontre de Mick Jagger.

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Keith Richards, visiblement excédé par le comportement des Hells Angels, menace d'arrêter le concert. Mick Jagger tente de gérer la situation mais on voit bien qu'il commence à se chier dessus. On peut voir aussi sur scène un homme faire un mauvais voyage d'acide. Et le meurtre de Meredith Hunter.

vendredi 4 septembre 2009

Faire la fête avec Suicide




Faire la fête avec Suicide, c'est possible et même conseillé. C'est le Dr David Servan-Schreiber qui me l'a dit lors d'un colloque sur "l'épanouissement des cellules humaines par la musique minimaliste, répétitive, bruitiste et violente". Pour goûter la musique de Suicide, écouter leur premier album (Suicide, 1977) est bien, écouter les performances du groupe sur scène est mieux.


Pour information, Suicide est un groupe composé d'Alan Vega et de Martin Rev. Pour faire simple, Alan Vega c'est Antonin Artaud qui fait du théâtre musical brechtien après avoir écouté Elvis Presley et vu les Stooges en concert. Et Martin Rev est un pré-nerd en cuir qui triture les boutons d'une boite à rythme et un d'un clavier pour un tirer des mélodies simples et répétitives, sans en tirer une gloire quelconque. Dix ou quinze ans plus tard, des types dans son genre deviendront des DJ réputés (DJ Pierre et les acteurs de l'acid house), puis 25 ans plus tard, des blaireaux comme David Guetta seront des superstars adulés de Miami à Ibiza - en en tirant, cette fois-ci, une certaine gloire. Comme dirait Nikos Aliagas, le public a choisi. Le top 50, les charts - et donc l'attitude des majors sur les artistes à signer et la merde à vendre - nous montrent combien la démocratie directe en terme de musique (d'achat de disques, donc de commerce) fait mettre en avant les pires abjections et les pires outrances à l'humanité - qui le plébiscite avec délice et masochisme - ou mauvais goût. Attention, s'opposer à la majorité va bientôt sonner comme du populisme.

Alan Vega et Martin Rev devant le CBGBs (REP) à New York.

Suicide: du latin suicidium, du verbe sui caedere, « se massacrer soi-même ». Bon. Alan Vega, le "chanteur" de Suicide passait plutôt son temps à massacrer le public à coût de chaîne de bicyclette, de chaises, de tables, de bouteilles de bière et d'éructations de quadrupèdes enragés (avec l'écume aux babines en sus).

Donc Suicide en concert. En 2008, le label Blast First a commercialisé un coffret de six disques de performances en concert de Suicide datées de 1977 et 1978. A 3000 exemplaires et à un prix prohibitif. A ce jour, le coffret est toujours disponible. On y trouve des concerts (qui ne durent jamais plus de 25 minutes) donnés à New York mais aussi en Europe (Paris, l'Olympia ! Bruxelles ! Hambourg ! Londres !).

Le premier album de Suicide: aussi essentiel que White Light/White Heat (1968) du Velvet Underground.

Sans se procurer ce coffret (par ailleurs fort bon), on peut se procurer un concert de Suicide à Bruxelles en première partie d'Elvis Costello sur la réédition du premier album de Suicide. L'affaire est connue sous le nom de 23 minutes over Brussels. Une performance mémorable où le groupe fut conspué par le public. Le micro d'Alan Vega fut volé par le public au bout d'une dizaine de minutes. Les insultes fusèrent, les tables et les bouteilles volèrent pour faire arrêter le concert (pourtant génial) de Suicide. Résultat, Elvis Costello ne joua pas, outré par le comportement des spectateurs belges (sûrement trop ou pas assez bourrés).

Autre possibilité d'écouter le groupe en concert : le bootleg, proposé ici, des trois performances du groupe, jouées au CBGB's et au Max's Kansas City à New York. Tout y est bon bon mais le troisième set l'est particulièrement car il montre le groupe jouer avec une boite à rythme plus lente qu'à l'accoutumé mais avec un Alan Vega très déchaîné (devant une audience de pas plus de 30 personnes, il faut être clair) qui n'hésite pas insulter le public et à pousser des cris qui font même peur à l'assistance : on entend distinctement une fille pousser un cri d'effroi. Ce disque est d'autant plus essentiel qu'on entend le groupe interpréter des versions excellentes de "96 Tears" de ? and The Mysterians. Sans compter le chef-d'œuvre "Frankie Teardrop", le morceau préféré du Charlie Chaplin, millionnaire sympathisant communiste, des Temps Modernes, s'il avait vécu jusqu'en 1977.

Live in New York, très bon bootleg.

Set 1
01 Ghost Rider
02 Frankie Teardrop - Girl
03 Che
04 Rocket USA

Set 2
05 Night Time Is The Right Time
06 Ghost Rider
07 Rocket USA
08 96 Tears

Set 3
09 intro - Ghost Rider
10 96 Tears
11 Che
12 Rocket USA
13 Jesus

Le coffret mis en vente pas Blast First en 2008.

Pour se procurer le bootleg en question: http://www.megaupload.com/?d=NJFSBI0V
Je rejette évidement toute responsabilité pour la mise en ligne de ce disque, qui d'ailleurs ne cause de problèmes à personne puisqu'il n'est pas officiel et que cela ne peut qu'accroître la notoriété du groupe.

Pour se procurer en toute illégalité le coffret 6 disques de Suicide, voir ici (il faut avoir téléchargé les 6 disques pour pouvoir extraire les fichiers) un site très bien qui, lui aussi, rejette toute responsabilité, Frédéric Mitterrand, blablabla, etc...