samedi 25 juillet 2009

Takashi Miike - Imprint (2005)

takashi miike imprint
Takashi Miike, l'homme aux lunettes noires qui ne dort jamais, a placé très haut la barre de l'horreur et du sadisme dans le moyen métrage de commande Imprint, sous-titré La maison des sévices en français. Initialement prévu pour être diffusé à la télévision américaine dans le cadre de la série Masters of horror, Imprint fut déprogrammé à cause de son contenu trop explicite, susceptible de heurter la sensibilité des jeunes (et moins jeunes) téléspectateurs.

takashi miike imprintBilly Drago, complètement largué dans un film cinglé.

Au programme: prostitution, torture, inceste, avortement (à mains nues, très vintage), meurtre, monstres, effusions de sang et morceaux de cervelle. L'histoire est simple: à la fin du 19è siècle, un journaliste américain (interprété par Billy Drago) part à la recherche de Komomo, une prostituée dont il est amoureux. Billy Drago se rend donc sur une île où la seule activité économique est le commerce de femme. Une île-bordel, en quelque sorte. L'américain rencontre une courtisane difforme qui lui raconte le funeste destin de sa bien-aimée, tuée par les maquerelles de sa maison de passe.

takashi miike imprintUn foetus.

takashi miike imprintUne main vivante qui sort de la tête d'une enfant. Chronique de la folie ordinaire.

Évidemment, l'histoire ne s'arrête pas là. La courtisane va peu à peu se dévoiler et raconter ce qui s'est vraiment passé. Billy Drago est complètement dépassé par les événements. En quelques heures, il va perdre sa santé mentale.

Ci-dessous, une scène de torture particulièrement violente. Une des raisons, parmi d'autres, de la déprogrammation d'Imprint à la télévision américaine.

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vendredi 24 juillet 2009

La roulette russe est vietnamienne

deer hunter voyage au bout de l'enfer
Beaucoup de légendes perdurent quant à l'invention de la roulette russe, le jeu "le plus mortel et le plus stupide" de tous les temps. Dans Dead or alive 1 de Takashi Miike, la roulette porte sur l'attribution d'un contrat criminel. La scène est jouée dans un ton froid mais réaliste. Une fois de plus, Miike évite le sujet en œuvrant dans l'outrance.

Un peu d'histoire:

Aux environs de l’année 1937 un premier témoignage fait son apparition. Le témoignage appartient à un sergent russe de la légion étrangère. Celui-ci affirmait, à l’époque, que la roulette russe était l’invention des soldats russes.

Jusqu'à présent, une seule personne a témoigné de la roulette russe, il s'agit du réalisateur Michael Cimino, dans son film traumatisant Deer Hunter où Robert de Niro et Christophen Walken s'affrontent dans un duel insoutenable. Même si les scènes de roulettes russes ne sont pas un fait avéré de la guerre du Vietnam, l'interprétation de Robert de Niro (en 1978, assurément le meilleur acteur de sa génération) laisse perplexe.


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Ci-dessus, la scène (coupée) la plus insoutenable du cinéma mondial. Bienvenue au Vietnam.
Au centre

Akio Jissoji - Les Prospérités du vice du marquis de Sade (1988)


Akio-Jissoji-Marquis-Sade
Paradoxalement, l'héritage du marquis de Sade est beaucoup plus présent au Japon qu'en France. Une fois de plus, l'hexagone a laissé fuir un génie français, non contente de l'avoir enfermé 27 ans dans des prisons et des hospices pour malades mentaux. Sade survit aujourd'hui en France grâce à Guillaume Apollinaire et Gilbert Lely tandis que des donneurs de leçons (au sens littéral du terme) comme Michel Onfray rabaissent Sade au rang de délinquant sexuel. Même les admirateurs et "théoriciens" de Sade comme Annie Le Brun ou Philippe Sollers (hum hum) rendent le divin marquis insipide.

Akio-Jissoji-Marquis-SadeUne femme japonaise se peint les lèvres. Magnifique.

Après avoir inspiré le réalisateur espagnol Jess Franco (voir le magnifique Justine ou les infortunes de la vertu avec l'illuminé Klaus Kinski dans le rôle de Sade) et l'italien Pier Paolo Pasolini (le non moins excellent Salo), l'auteur du chef-d'œuvre Histoire de Juliette suivie de l'histoire de sa sœur Justine (2500 pages de délires picaresques philosophico-pornographiques à lire pour la première fois de préférence à l'adolescence) a inspiré Akio Jissoji, connu pour une adaptation cinématographique d'Ultraman.

Akio-Jissoji-Marquis-SadeSeiran Li, la femme du comte, fouettée et contente de l'être en pleine représentation théâtrale. Malaise dans l'assistance.

Dans ses Prospérités du vice du marquis de Sade, Akio Jissoji narre l'expérience de quatre bourgeois qui s'isolent du monde dans une maison baroque dont la décoration est influencée par l'Occident. Nous sommes ici dans les années 1920, c'est-à-dire dans le Japon de l'ère Taisho. Un "comte", fanatique des écrits et de la philosophie de Sade, a réuni des repris de justice, des voleurs, des tueurs et des prostituées pour en user selon son bon vouloir et mettre en scène une pièce de théâtre inspirée par Histoire de Juliette suivie de l'histoire de sa sœur Justine. Le "comte" n'hésite pas utiliser sa femme, une ancienne prostituée, et la soumettre à de multiples sévices sexuels plus moins violents, plus ou moins consentants. Bientôt le comte ne maîtrise plus ses acteurs : sa femme s'identifie vraiment à Juliette, des meurtres ont réellement lieu, la réalité se mêle à la fiction. Le comte passera-t-il vraiment au meurtre pour rester fidèle à la philosophie de Sade ?


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Ci-dessus, le début du film : civilité, nourriture raffinée, ambiance feu de camp, respect de la femme, réflexions philosophiques. 100 % Sade.

vendredi 17 juillet 2009

Joe Dante - Small Soldiers (1998)

small soldiers
Dans le filon du divertissement mettant en scène les jouets (voir le très bon Toy Story en 1995), Joe Dante, maître du film à la fois réjouissant et subversif, a réalisé Small Soldiers, à la demande Steven Spielberg. Après la série des Gremlins et Matinee, un hommage au réalisateur de série B William Castle, Dante relève le défi du film de jouets. Pour éviter le côté "gentil" de Toy Story, Dante mise sur un aspect plus critique et met en scène des jouets de guerre qui échappent à la maîtrise de leurs créateurs. La lutte sera sans merci.

small soldiersGlobotech: une industrie qui vous veut du bien.

Dante exploite la thématique du golem, ce personnage hébraïque qui se rebelle contre son créateur, un sujet fécond en littérature dont les figures de proue sont le Frankenstein de Mary Shelley, la femme du grand poète romantique Percy Bysshe, l'Eve future de Villiers de l'Isle-Adam ou, tout simplement, Le Golem de Gustav Meyrink.

small soldiersGod Bless America...

kirsten dunst small soldiersKirsten Dunst, 10 ans avant l'alcool et la célébrité.

Dans Small Soldiers, Globotech, une firme militaro-pharmaceutico-industrielle décide de révolutionner le monde du jouet en créant un jouet autonome capable de communiquer avec les êtres humains. Lorsque les concepteurs incluent un logiciel militaire super-sophistiqué dans les jouets, ils n'imaginent pas qu'ils ont programmé des jouets dont le but est de s'entretuer quoiqu'il en coûte. Le spectateur assiste donc à une lutte armée entre l'Amérique et les Gorgonites, un peuple extra-terrestre. Les Américains jouant le rôle des méchants et des brutes sanguinaires. Une application de l'expansionnisme militaire étasunien expliqué aux enfants, en quelque sorte.

small soldiersLutte armée entre les Américains et les extra-terrestres Gorgonites.

small soldiersKevin Dunn, tout droit sorti d'Hot Shots !

Joe Dante livre ici un film satirique où il raille la prétention de la science moderne à rivaliser avec la nature et dénonce le mercantilisme d'une multinationale qui confond la guerre et le divertissement. Le film met en scène Kirsten Dunst (16 ans), Dick Miller (acteur dantien par excellence) et Kevin Dunn.

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Ci-dessus, une prise d'otage façon Small Soldiers. La belle et pauvre Kirsten Dunst en fait les frais.

jeudi 9 juillet 2009

Joe Dante - Gremlins 2, The New Batch (1990)

gizmo mogwai gremlins
Joe Dante est malheureusement un des grands perdants du cinéma hollywoodien des trente dernières années. Formé à l'école Roger Corman, c'est à dire à la bonne école (perdue) de la série B et du film fauché indépendant, Joe Dante a connu un succès populaire mérité pour Gremlins en 1984, un film de noël superbe qui introduit le personnage de Gizmo, le mogwai, la boule de poils la plus célèbre de l'histoire. Dans la tradition chinoise, le mogwai est un lutin doté de pouvoirs surnaturels. Fort de son succès, Joe Dante a réalisé une suite à Gremlins : Gremlins 2 - The New Batch, boudé à la fois par la critique et le public. C'est à se demander pourquoi quand on revoit le film aujourd'hui, superbe, tant dans sa réalisation que dans son propos.

gizmo mogwai gremlinsGizmo fait les gros yeux face à la crise financière.

Réalisé en 1990, Gremlins 2 est, en plus d'un divertissement, une critique de la société. En quelque sorte, c'est Pour qui sonne le glas des années 80 ou l'équivalent populaire et trivial de la critique des années 1980 entamée par Bret Easton Ellis dans American Psycho. Ici, nul courtier (quoique) mais un magnat de la presse qui dispose d'un immeuble gigantesque réunissant média, divertissement et industrie pharmaceutique : le fameux Clamp Building. Joe Dante s'amuse à critiquer le ridicule de l'adage techniciste du "tout est possible dans le monde moderne". Les uns le diront réactionnaire, les autres le diront humaniste. Et c'est véritablement l'axe du Bien (les valeurs et les traditions) contre le Mal (le progrès inhumain) qui s'opère dans ce film fantastique.

gizmo mogwai gremlinsGizmo : le meilleur ami de tous les enfants.

Le scénario n'a pas grand intérêt : Gizmo, le mogwai, est aspergé d'eau dans un immeuble moderniste new-yorkais et reproduit les monstres néfastes que sont les gremlins. Ces gremlins se mettent à semer le trouble dans l'immeuble. Pour le meilleur et pour le pire. En réalité, les gremlins représentent la caricature du libéralisme sauvage et anthropophage de l'époque. Pour aperçu : l'immeuble Clamp, une version cheap de Metropolis (de Fritz Lang), se veut ultra-moderne, mais n'est pas foutu de faire fonctionner ses portes d'entrée. Dans un souci ultra-sécuritaire, un employé peut se faire licencier pour avoir fumé pendant sa pause. Contrôlant une chaine de télévision, Clamp se permet de recaler les films d'horreur à 3h du matin et d'interdire les films en noir et blanc. On entend même cette hérésie fantasque digne d'Orwell : "Ce soir sur CCN, ne ratez pas Casablanca, enfin colorisé et avec une fin gaie".

gizmo mogwai gremlinsLe gremlin "intelligent": à cause des lunettes ?

Joe Dante se permet même de faire des référence au Gremlins de 1984 et au réalisateur William Castle en incluant dans son film une séquence où le spectateur est pris à partie. C'est trop compliqué à décrire mais la scène (mêlant le catcheur Hulk Hogan, Joe Dante lui-même et des films nudistes des années 1960) est mémorable.

gizmo mogwai gremlinsChristopher Lee dans une variation de Frankenstein.

La recherche génétique est également mise en cause. Christopher Lee, superbe en généticien fou furieux, christianisent les dérives scientifiques de l'époque, y compris l'inoculation de maladies infectieuses et le clonage. Joe Dante critique aussi l'hypocrisie et l'arrivisme d'une trentenaire carriériste frustrée et castratrice, comme notre société l'a banalisée. Enfin, Joe Dante critique l'urbanisme mégalomane accro au béton à l'acier.

gizmo mogwai gremlinsLe méchant gremlin ! La société de consommation l'énerve !

Gremlins 2 est donc un film populaire éminemment critique. De fait, un film de Joe Dante est par essence beaucoup plus subversif qu'un film de Jean-Pierre Bacri. On ne peut que regretter que le divertissement populaire cinématographique ait dévié dans des puits d'inculture et de vulgarité idoines à la teen culture. Preuve de cette chute : Joe Dante est actuellement en perte de vitesse, après son échec relatif (financier pas artistique) avec Small Soldiers en 1998.

Pour finir : Gremlins 2 est un chef-d’œuvre, non seulement de la culture populaire mais du cinéma mondial.

Ci-dessous, un extrait de Gremlins 2, où Gizmo se prend pour Rambo et où le gremlin "intelligent", en émule de Goebbels, présente sa notion de la civilisation et convoque Susan Sontag et la musique de chambre.

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