vendredi 15 mai 2009

Lily Allen et le football

Lily Allen, la chanteuse anglaise, auteur de "Smile", "Fuck You" et "Cheryl Tweedy", a été interrogée par le magazine So Foot. Guère avare de méchanceté et de franchise, la pop star, supportrice de Fulham, a ouvert son cœur sur le foot et le comportement des footballers. Morceaux choisis.

lilly Allen smile

C'est faible Fulham, quand même, non ?
Clairement, si on s'en tient aux résultats. Mais le club a beaucoup de choses que Chelsea ou Liverpool n'ont pas. Je déteste les équipes du Big Four. Je ne veux pas rentrer dans des trucs politiques mais ces clubs ont complètement perdu l'esprit foot. C'est du libéralisme à l'état pur. Money, money, money. J'en ai plein le cul. L'argent des Ricains, l'argent des Russes... C'est vraiment puant. Je n'ai même pas envie d'en parler plus que ça.

A la fois, Fulham, c'est le club de Mohamed Al-Fayed, pas vraiment un pauvre.
Ce rat ne donne pas au club ce qu'il mérite, mais c'est sans doute une bonne chose. Trop de fric ruinerait l'âme du club. Si on se mettait à acheter des joueurs connus, cela ferait bizarre. A une époque, Al-Fayed avait insisté pour que Rivaldo vienne jouer chez nous. Et Rivaldo avait refusé pour une seule raison: Fulham n'était pas un grand club.

Attends, c'est l'ancien club de Steve Marlet.
Malheureusement, ouais. Lui, il nous a coûté plein de fric pour que dalle, à part quelques buts de merde. La France et le foot de toute façon... Une brochette de merde ! J'ai un mépris considérable pour l'équipe de France, j'avoue.

Ils aiment quoi comme musique, les joueurs ?
Du hip-hop, de la musique américaine misogyne. 50-Cent plus que Jay-Z, c'est sûr. En même temps, je ne peux rien dire, j'aime bien cette merde aussi.

Ashley Cole : défenseur gauche pour Arsenal, Chelsea et la sélection nationale. Un "queutard", d'après Lily Allen.

Qu'est-ce qu'il a, Cole ?
Ashley Cole ! C'est le pire ! Il me dégoûte, il saute sur tout ce qui bouge. C'est un vrai queutard. Je ne le critique pas pour le critiquer, mais je l'ai croisé à plusieurs reprises, il est infect.

D'ailleurs, tu as écrit une chanson sur sa femme, Cheryl Tweedy...
C'est juste une chienne... Elle représente tout ce que je déteste. Elle est stupide, superficielle, aussi laide à l'extérieur qu'à l'intérieur.

Est-ce que toi aussi tu te demandes comment David Beckham fait pour faire jouir sa femme ?
Oh putain ! Tout le monde sait que Victoria est un monstre qui prend tout ce qu'elle peut prendre de son mari, excepté ça, et lui couche avec le monde entier, excepté elle.

jeudi 7 mai 2009

Eloge de Karine Gambier, actrice

Karine-Gambier
Il faut que justice soit faite à Karine Gambier, la plus belle actrice française des années 1970, cette déesse disparue des écrans en 1981. L'oubli a assez duré. Nous parlons ici de la meilleure actrice française entre 1975 et 1981. Sa beauté plastique et sa chevelure bonde platine ont séduit les érotomanes et les cinéphiles de tous les continents.

Karine-GambierKarine Gambier avec une perruque brune dans Luxure de Max Pécas.

Karine-GambierTout simplement sublime...

Situons la carrière de Karine Gambier, actrice pour les metteurs en scène que sont Jess Franco, Max Pécas, Francis Leroi, Alain Payet et Claude Bernard-Aubert. Ce dernier, ancien reporter de guerre en Indochine et auteur du censuré Patrouille de choc (1957) et de L'Affaire Dominici (1973) est mieux connu sous le nom de Burd Tranbaree. Karine Gambier a débuté sa carrière dans Shoking ! qui met en scène les derniers jours de bourgeois avant la fin du monde. Elle est remarquée par Jess Franco et joue le rôle d'une femme folle nymphomane et persécutée par sa sœur dans Deux sœurs vicieuses. Sa blondeur irradie littéralement l'écran et sa maîtrise du rôle éclipse sa partenaire Pamela Stanford. Jess Franco fera tourner Karine Gambier dans Voodoo Passion (1977), dans Cocktail spécial (1978) et dans le WIP (Women in Prison) Frauen für Zellenblock 9 (1977). Elle y joue le rôle d'une prisonnière. Elle sera directrice de prison dans l'autre WIP Gefangene Frauen (1979) d'Erwin Dietrich, le célèbre producteur suisse de Jess Franco.

Karine-Gambier-Susan-HemingwayKarine Gambier et Susan Hemingway enchaînées dans Frauen für Zellenblock 9.

Karine-GambierKarine Gambier en cuir dans une dictature sud-américaine : Gefangene Frauen d'Erwin Dietrich.

Karine Gambier joue le rôle principal dans Luxure de Max Pécas. Dans ce film, elle incarne une femme décidée à suicider qui rencontre le sosie de son amour perdu. Pécas fait preuve d'une psychologie fine pour peindre les troubles et les fantasmes de Karine Gambier. Lors des scènes oniriques, les acteurs évoluent parmi de mannequins immobiles. Le film se termine par un rite érotico-maçonnique dont Stanley Kubrick a dû se souvenir pour Eyes Wide Shut.

Karine-GambierLe regard troublant de Karine Gambier.

Karine-GambierKarine Gambier dans Les Délices de l'adultère (1979).

Outres ces œuvres classiques, Karine Gambier a joué dans une cinquantaine d'œuvres pornographiques dont les mémorables Bangkok Porno (1977), Les femmes des autres (1978) et Partie de chasse en Sologne (1979), le film préféré de Maurice Genevoix. Dans ces films, elle fait preuve d'une certaine froideur et d'une distance hautaine presque aristocratique ; elle ne se livre presque jamais et son manque d'émotions faussement exacerbées lui donne un côté mystérieux et inaccessible. Elle est dans la digne lignée de Greta Garbo et Catherine Deneuve.

Karine-GambierLe mystère Karine Gambier...

En 1981, Karine Gambier décide de se retirer du cinéma. Peut-être était-elle lasse de jouer dans des œuvres pornographiques. On ne peut que blâmer le manque de clairvoyance des réalisateurs qui n'ont pas su voir en Karine Gambier une grande actrice. Reste une question essentielle : qu'est devenue Karine Gambier ?

Ci-dessous, deux extraits vidéos. Le premier est issu des Délices de l'adultère (1979) de Burd Tranbaree et le second de Luxure de Max Pécas (1976).

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A la recherche du temps perdu: des bons dialogues dans un film pornographique.

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Discussion philosophique autour d'une piscine.
L'amour et la mort. Georges Bataille apprécie.

dimanche 3 mai 2009

Koji Wakamatsu - Quand l'embryon part braconner (1966)

Périsse le jour où je suis né
Et la nuit qui dit : un enfant mâle est conçu !
Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de ma mère ?
Pourquoi n'ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles ?
Livre de Job

Wakamatsu-Quand-Embryon-Part-Braconner
Deuxième film de Wakamatsu diffusé hors du Japon après Secrets behind the walls, Quand l'embryon part braconner est son film le plus connu et le plus controversé, surtout en Europe. Écrit par Masao Adachi, réalisateur et scénariste d'extrême gauche, le film est un huis clos où Sado Marukido séquestre Yuka, une de ses employées qu'il a invitée chez lui. Pendant plusieurs jours, Sado (en référence au marquis de Sade) va fouetter, molester et torturer moralement Yuka pour en faire sa femme. Une femme soumise, domestiquée comme un caniche qui lui obéirait au doigt et à l'oeil. Sado est un homme déçu et désespéré depuis que sa femme l'a quitté car il ne voulait pas d'enfant. Sado considère la vie comme un enfer et ne comprend pas qu'une femme veuille mettre au monde un enfant pour qu'il souffre et meurt. Sado maudit même sa mère de l'avoir mis au monde et ne rêve que d'une chose : retourner dans son ventre paradisiaque, tel un fœtus angélique. Psychanalyse, psychanalyse... Sado réussira-t-il à faire de Yuka sa femme ? Yuka échappera-t-elle des mains de ce sadique ?

Wakamatsu-Quand-Embryon-Part-BraconnerUn noir et blanc superbe.

Projeté au festival de Knokke-le-Zout en 1968, une partie du public conspua le film pour son sadisme et sa violence gratuite. La ressortie du film en France en 2007 fut minimisée par une stupide interdiction au moins de 18 ans. L'exception culturelle française, sans aucun doute... Bravo. Le fait est que contrairement au Japon, les films décrivant des séquestrations ou des sévices infligés à des femmes passent mal en Europe. Le réalisateur est taxé de misogynie, d'apologie de la violence, d'amoralisme, de fascisme... La liste est longue. Au Japon, il est par contre fréquent de mettre en scène la violence faite au femme, notamment le viol, la séquestration et les pratiques sadomasochistes. Témoignage de nos différences sociales et culturelles.

Wakamatsu-Sex-Quand-Embryon-Part-Braconner
Une image inadmissible en France.

Wakamatsu, habitué à montrer du sexe et de la violence dans ses films, s'explique : "Pour moi l’homme représente le pouvoir, ou en tout cas tous ceux qui l’ont, et la femme représente le peuple. C’est mon interprétation mais elle peut très bien ne pas être celle de tout le monde".

Wakamatsu-Quand-Embryon-Part-BraconnerRegard d'horreur et de frayeur.

Tout de même marginal dans l'industrie cinématographique japonaise des années 1960, Wakamatsu autoproduisait ses films ce qui en limitait les budgets. Le réalisateur devait donc tourner des films avec une équipe technique réduite, peu d'acteurs, peu de de décors et dans un minimum de temps. Quand l'embryon part braconner a été tourné en cinq jours avec trois acteurs dans l'appartement de Wakamatsu : "J’ai interdit à toute l’équipe de sortir et j’ai fait d’eux en quelque sorte des prisonniers. Au fur et à mesure tout le monde devenait fou, moi y compris. Le tournage s’est donc déroulé dans cette sorte de folie. Cet internement provisoire a permis à l’équipe de travailler vite. Ils avaient tellement envie de sortir qu’il ont bouclé le tournage dans des temps records".

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Certaines images peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes.

Le film est placé sous l'exergue de l'Ancien Testament et des paroles du Livre de Job reproduites plus haut. La bande sonore du film est d'ailleurs composée de chants religieux, d'orgue d'église et de musique classique. Il faut enfin remarquer que, cinq ans avant Stanley Kubrick et Orange mécanique, Wakamatsu emploie de la musique classique pour accompagner ses scènes de violence.

samedi 2 mai 2009

Rainer Werner Fassbinder - La Troisième Génération (1979)



La Troisième Génération de Rainer Werner Fassbinder aborde le terrorisme des années 1970. Lors de la rétrospective du réalisateur allemand en France en 1988, l'écrivain Marc-Edouard Nabe vit ce film et en fit la chronique dans Kamikaze, le quatrième tome de son journal intime (p. 2940-2942). Laissons lui la parole.


C'est le film qui terrorise les terroristes en montrant leur terreur. La terreur qui est en eux, et non la terreur qu'ils inspirent. J'aimerais bien savoir si les membres d'Action directe ont vu ce film à sa sortie au moment où ils fomentaient leurs attentats. Pour Fassbinder, la troisième génération (dégénérée) c'est celle des terroristes mécaniquement animés dans une confusion pathétique. Plus rien de vraiment politique ne les intéresse. Le film est présenté, pendant son générique alphabétique aux noms clignotants dans une pulsation cardiaque, comme "une comédie en six parties, pleine de tension, d'excitation et de logique, de cruauté et de folies comme les contes que l'on raconte aux enfants pour les aider à supporter la vie jusqu'à leur mort". Chaque partie est exerguée d'une inscription obscène ou d'un dialogue contre les Turcs trouvé dans les W.C. pour hommes d'une gare.


Eddie Constantine est un boss dans l'informatique, et malgré sa cinéphilie (il regarde du Bresson, admire le Solaris de Tarkoski, et parle du cinéma, cette "utopie minimale", comme du "mensonge 24 fois par seconde"). Il est bien cynique, il sait que rien de tel pour relancer une entreprise qu'un bon attentat. Sa secrétaire Hanna Schygulla, qui "se méprise", est une terroriste en cachette (ce qui ne l'empêche pas de coucher avec le commissaire chargé de protéger Constantine), elle retrouve d'autres petits bourges désorganisés dans un appartement: il y a une droguée toujours nue qui couche avec un Noir ex-taulard, un gangster qui couche avec Bulle Ogier, un fan de Bakounine qui souligne méticuleusement toute la journée des phrases de son idole (on lui pique son livre et on se le passe comme un ballon de rugby pour se foutre de sa gueule), une grande rousse (Margrit Cartensen) qui cite Schopenhauer (le nom de code du groupe est "le monde comme volonté et représentation") et un colosse blondinet fourbe (Volker Spengler) dont le faux nom à apprendre par coeur (ils s'entraînent tous à ça) en cas d'arrestation est Lous-Ferdinand Céline, "de Lorraine"...


Aucune action réelle au coeur de ces parties mal séparées. Le gang de cons glauques patrouille dans l'appartement de la clandestinité. La droguée lèche par terre l'héro qui traîne, le bakouninien somme hystériquement les flics d'arrêter tous les objets à la place des hommes (ils sont davantage coupables), la petite frappe pisse dans son froc lors d'un dévalisage d'une soute à munitions (ce qui les fait tous rire alors que le Noir pleure parce que sa droguée vient de mourir).


Dans les dernières parties, ça s'accélère comme toujours chez Fassbinder. Un hold-up est tenté dans une banque où travaille Margrit Carstensen, le directeur la reconnaît parmi les outlaws, elle l'abat froidement. Le gangster se fait liquider dans un restaurant japonais, puis c'est au tour du Noir qui, déguisé en aveugle, tenait à aller sur la tombe de sa droguée, de se faire canarder au cimetière sous la neige par les flics... Y aurait-il un traitre dans la bande ? C'est Volker Spengler - le chef - bien sûr, qui les laisse tous perpétrer leur dernière connerie: l'enlèvement d'Eddie Constantine le mardi 27 février 1978, jour du mardi gras. Les terroristes sont tous déguisés en clownesse, pirate, libellule, Miss Monde... Cette grotesque troupe séquestre le patron dans une cave et lui font répéter le rôle qu'il doit jouer pour la vidéo qui sera envoyée aux autorités pour la rançon (libération de tous les prisonniers politiques de R.F.A.). Très docilement, Constantine fait plusieurs prises de la scène à filmer jusqu'à ce que ses ravisseurs et leur chef soient contents. Alors, sûr de regonfler ainsi son usine de computers, il sourit à la misérable caméra de ces clowns déjà foutus. Fin.


Techniquement et romanesquement je dirais, La Troisième Génération n'est pas un des meilleurs Fassbinder, mais la lucide désespérance qui en suinte le rend précieux. Dédié "à un vrai amant comme à aucun, certainement", il n'est pas coincé entre deux chefs-d'oeuvre (L'Armée des treize lunes et Berlin Alexanderplatz) pour rien. Cette apologie-critique compatissante du terrorisme dérisoire restera pour sa cruauté. L'ironie ne fait pas rire chez Fassbinder, ici moins que jamais. Manipulés par leur bêtise et leur sentimentalité plus policières que les vrais flics, les terroristes pataugent dans un brouhaha permanent. Un peu trop godardien à mon goût, La Troisième Génération est comme un film de jeunesse de Fassbinder qu'il aurait fait tard. Ça ce sent, il n'est même plus motivé pour exprimer son désarroi. D'autres choses l'occupent. Son génie va si vite que La Troisième Génération aurait dû se tourner à l'époque de Maman Küsters s'en va au ciel ou de Pourquoi Monsieur R. est-il atteint de folie meurtrière ? que je n'ai pas vu mais qui me manque beaucoup (je le renifle essentiel...), soit en 69 ou 74 : en 78, c'est déjà le Fassbinder fresquiste sophistiqué, plus du tout le conteur attristé d'allégories sociales... La Troisième Génération est encore un de ses films où il pouvait y faire dire des choses du genre: "Tant que les films sont tristes, la vie reste gaie."

vendredi 1 mai 2009

Koji Wakamatsu - Secrets Behind The Walls (1965)


Dix-huitième film de Koji Wakamatsu (en seulement deux ans !), Secret Behind The Walls est le premier a connaître une diffusion en dehors du Japon. Il fut en effet nominé au festival du film de Berlin et provoqua le deuxième scandale de l'industrie cinématographique japonaise de l'année après Daydream de Tetsuji Takechi. Secret Behind the Walls est en effet critique vis à vis du Japon, "baisé par la guerre et déçu par la paix". Wakamatsu, en mélangeant érotisme et politique, s'attache à décrire la vie de la classe moyenne d'une cité "moderne" - comprendre laide et bétonnée.



Intéressé par le marxisme et l'extrême gauche en général (voir les références à Staline et la guerre au Vietnam), Wakamatsu montre l'aliénation, la frustration et le malaise de la société japonaise à travers plusieurs personnages dont une femme au foyer qui s'ennuie et qui trompe son mari avec un ancien militant communiste déçu par l'échec de la révolution ; et un étudiant qui refuse d'aller à l'université et reste chez lui à regarder des magazines érotiques et épier ses voisins. Ces deux personnages étouffent littéralement et ne veulent qu'une chose, quitter cet endroit.



Le "choc" du film a lieu a la fin lorsque l'étudiant tente de violer sa soeur et la tue. Pris de panique et déterminé à tomber au fond du gouffre, il se rend chez la femme au foyer adultère et menace de révéler à son mari qu'elle le trompe. La femme lui propose de coucher ensemble mais l'étudiant ne parvient pas à lui faire l'amour. Pris de rage et constatant qu'il n'est "bon à rien", il tue la femme d'un coup de couteau.


Ci-dessous, l'ouverture du film qui convoque Staline et la bombe atomique.

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