vendredi 27 mars 2009

Johnnie To - Breaking News (2004)


Johnnie To. Réalisateur et producteur hong-kongais de très bon goût. Satkhanoviste de la pellicule, on lui doit les chefs-d'œuvre que sont The Mission (1999), Fulltime Killer (2001) et Exiled (2006). Trois polars où To réinvente les scènes de fusillades et fait évoluer le statut de gangster, après Jean-Pierre Melville et John Woo. C'est bien ça: Johnnie To est le successeur de John Woo. On se demande même qui est le meilleur, en comparant The Killer à The Mission ou Exiled à A Better Tomorrow 2. Impossible de trancher. To semble moins chevaleresque mais s'avère un metteur en scène hors pair.

Tout misogyne qu'il est, Johnnie To n'oublie pas de donner le beau rôle à une femme, ici Kelly Chen, sublime, froide et brûlante.

Pour ce qui est de la mise en scène, Breaking News est un sommet du genre. A partir d'un scénario très mince (des gangsters poursuivis par la police et coincés dans un immeuble), To réalise un film haletant sans temps mort. Dans ce film, quatre gangsters organisant un méfait sont découverts dès le début du film par la police. L'embuscade tourne mal et les gangsters s'échappent, ce devant une équipe de télé qui s'empresse de diffuser la défaite policière. La population hong-kongaise conspue alors la police.

Sam Luet, père de famille pris en otage par des gangsters humanistes.

Les gangsters font la bouffe avec plaisir. Un temps mort dans le récit qu'apprécie Johnnie To.

La chasse aux gangsters va vite virer au show télévisé quand la police décide d'organiser leur intervention comme un sitcom. Il ne s'agit plus d'une intervention policière mais d'une guerre médiatique. La police se fait d'ailleurs prendre à son jeu quand les gangsters diffusent par internet leurs propres images de la prise d'otages. Un huis clos très convaincant. Johnnie To est particulièrement brillant quand il donne âme aux gangsters et les fait préparer le repas avec leurs otages (dont Sam Luet en père de famille !). Le repas, scène typique des films de To, tout comme les discussions entre gangsters pendant les fusillades (courtesy of John Woo ?)


video

Ci-dessus, le début du film, un plan séquence de sept minutes qui vaut le coup, contrairement au plan séquence parfaitement gratuit de Brian de Palma dans Mission To Mars. Cette séquence est à l'image de Johnnie To: un metteur en scène de génie qui transcende l'histoire la plus banale. Mais pas au point d'être aussi banale qu'un barbecue entre astronautes sur le départ. Ne soyons pas ridicules. Il s'agit ici d'une affaire de police.

jeudi 26 mars 2009

Elwood Perez - Silip (1985)

elwood perez silip
Film philippin d'Elwood Perez, Silip est un film assez étonnant... assez extrême. Perez mélange violence et érotisme, à la limite du gore et de la pornographie. On ne sait pas s'il faut prêter au film une valeur anthropologique mais c'est à tout le moins une illustration de la condition humaine: Silip ou le film philippin existentialiste. Le spectateur ne peut que se comporter en voyeur face aux intrigues de ce huis clos - et aux nombreuses scènes dénudées. Silip signifie d'ailleurs "voyeur".

elwood perez silipMaria Isabel Lopez et Sarsi Emmanuelle sur la plage abandonnée.

Dans un village philippin reculé de toute civilisation, Tonya, jeune femme sublime (incarnée par Maria Isabel Lopez, Miss Philippines 1982) mais tourmentée par le péché, enseigne la religion aux enfants. Tonya refuse de s'avouer qu'elle aime Simon, un des chasseurs du village et lutte contre ses désirs charnels en se plongeant dans le catholicisme et en considérant le sexe comme le Démon. Un jour, son amie d'enfance Selda (Sarsi Emmanuelle) revient au village qu'elle avait quitté cinq ans plus tôt. Selda est accompagnée d'un amant américain trouvé à Manille. Au contraire de Tonya, elle assume totalement sa vie sexuelle et multiplie les aventures. Pourquoi revient-elle au village ? Officiellement, elle est en vacances pour dix jours. Bientôt, ses motivations se révèlent être tout autres. Amoureuse de Simon dans sa jeunesse, elle souhaite rattraper le temps perdu... La vie du village va en être bouleversée.

elwood perez silip"C'est l'heure de la prière les enfants !"

elwood perez silipMais qu'est-ce qui se passe ?

elwood perez silipDécor désertique, ciel menaçant, drame humain... David Fincher s'est-il inspiré de cette scène pour Seven ?

Filmé dans un village traditionnel perdu sur le littoral philippin, Silip a tout du film en huis clos, avec l'ambiance pesante et malsaine qui peut y reigner. A l'abri du regard extérieur, le village pourrit de l'intérieur malgré les apparences d'ordre et de rigueur. Les seules activités des villageois sont travailler la terre, chasser, manger et baiser. Une crudité toute pasolinienne. Dans cet univers près à s'asphyxier, Elwood Perez montre l'effondrement des valeurs et des croyances, la perte de la quiétude et de l'innocence. Malgré leur alibi de catholicisme, les hommes et femmes ne peuvent aller à l'encontre de leurs pulsions physiques (charnelles et sanglantes). Ils n'ont qu'une possibilité de pardon, comme dans la poignante scène finale.

video
Attention: cette scène peut choquer les plus sensibles.

Ci-dessus la première scène du film où Simon, le chasseur du village, tue et dépèce un buffle devant les enfants du village en pleurs. Simon leur explique que les animaux doivent mourir pour nourrir les hommes, que tout le monde meurt sur cette terre. Cette scène préfigure le drame final. Un final qui rappelle Les Chiens de Paille de Sam Peckinpah, où la violence en groupe dépasse en ignominie la violence individuelle. Une bien belle vision de la société...

mercredi 25 mars 2009

John Francis Dillon - Call Her Savage (1932)

Clara-Bow-Call-Her-Savage
Call Her Savage est l'avant-dernier film de l'actrice Clara Bow (1905-1965). Tourné de septembre à novembre 1932 et sorti dans la foulée (ça c'est de la blitz post-production !), le film est l'œuvre de John Francis Dillon, un vétéran du cinéma hollywoodien, puisqu'il totalise 130 films à son compteur. Call Her Savage est d'ailleurs un de ses derniers puisqu'il meurt en 1934. Comme beaucoup de films produits entre 1930 et 1934, c'est-à-dire avant l'instauration du code Hays, Call Her Savage met en scène des personnages riches et pervers, des femmes fatales et des hommes goujats. Les sous-entendus sexuels, le péché et la luxure y sont omniprésents mais, Hollywood oblige, la dernière bobine fait place à l'apaisement et la rédemption.

Clara-Bow-Call-Her-SavageClara Bow mélomane fanatique: "Combien de fois il faudra que je te le dise ? Je déteste les guitares désaccordées !"

Il est vrai que le film part sur de bons rails. Un chemin de fer biblique, dirons-nous... A la fin du 19è siècle, des migrants américains se font attaquer par des Indiens. La lutte est sévère et plusieurs colons sont tués. Un homme mourant reproche à Salis Jennings son comportement immoral, notamment le fait qu'il trompe ouvertement sa femme. Colérique, Salis l'achève. Son crime ne restera pas impuni, le prévient-on. Dieu se vengera sur lui ou ses descendants... Justement, 18 ans plus tard, Ruth, la fille de Salis, accouche d'une fille, qui est le fruit d'une liaison adultérine avec un Indien. La revanche de Dieu commence...

Clara-Bow-Call-Her-SavageA Hollywood, on ne plaisante pas avec la Bible... Enfin, pas trop...

La fille adultérine n'est d'autre que Nasa Springer alias Clara Bow. Une véritable peste incontrôlable qui passe en quelques secondes de la douceur à la rage folle. Être la fille d'un des plus riches propriétaires terriens du Texas ne la réjouit pas vraiment. Elle est du genre à fouetter un homme parce qu'il rit trop fort ou à casser une guitare sur la tête d'un chanteur mexicain. Une dure à cuire, une bad girl. Son seul ami est Moonglow, le fermier de la famille, d'origine indienne et secrètement amouteux de Nasa. Excédé par son comportement, son père décide d'expédier Nasa à Chicago dans une école privée pour jeunes filles. Elle y passe deux années de bringues et de rixes et acquiert le surnom de "Dynamite". Sur un coup de tête, elle épouse Lawrence Crosby, un riche noceur qui s'avèrera souffrir de troubles mentaux. La roue commence à tourner...

Clara-Bow-Call-Her-SavageUne blonde et une brune dans une soirée mondaine: Catfight !

S'il n'est pas ouvertement outrancier (à part la réplique de Clara Bow: "Vous savez que vous êtes le premier homme que je connais depuis un mois avec qui je n'ai pas couché ?"), le film est imprégné d'un parfum pervers. Les personnages, surtout Clara Bow, victime du péché originel (deux générations adultères), se comportent de façon odieuse. Surtout les riches des grandes villes. Opulence et corruption. Évidemment. Le spectateur la sachant marquée par le Seigneur, il ne peut juger les actes de Clara Bow sans y voir le mal: le sadisme, la zoophilie (oui!), l'égoïsme, la colère, la fierté et, pour finir, le soupçon d'inceste...

Clara-Bow-Gilbert-Roland-Call-Her-SavageNasa Springer (Clara Bow) et Moonglow (Gilbert Roland)... Y a ambiguité...

Clara-Bow-Nude-Call-Her-SavageUne fille belle, seule, riche et désespérée, une bouteille d'alcool fort, des cigarettes et une nuisette: la flapper dans toute sa splendeur.

Ironiquement, il existe beaucoup de points communs entre l'héroïne du film et Clara Bow. Issue d'une famille pauvre de Brooklyn, elle a vécu dans le dénuement et la folie avant de percer dans le cinéma. Sa mère épilpetique la battait régulièrement et essaya même une fois de la poignarder dans son sommeil avant de faire une crise d'épilepsie. Clara elle-même, Cosette américaine, souffrit toute sa vie de troubles mentaux et de dépressions, le mode de vie d'actrice superstar n'arrangeant rien. Mais elle perça et devint la plus grande actrice de son temps, devenant la It Girl, selon l'expression d'Elinor Glyn. Sa filmographie comprend entre autres The Plastic Age (1925), Wings (1927) et It (1927). Elle se retira définitivement du monde du cinéma en 1933 après Hoopla. Grande actrice. L'idole de Louise Brooks, d'ailleurs.

lundi 23 mars 2009

Nick Zedd et New York (1979-1983)

nick zedd
Cinéaste underground très actif dans les années 80, Nick Zedd est le théoricien du Cinéma de la Transgression. Parmi ses œuvres, on compte They Eat Scum (1979), Geek Maggot Bingo (1983), Police State (1987) ou War Is Menstrual Envy (1990-1992). Voir l'ouvrage Deathtripping, The Extreme Underground de Jack Sargeant pour plus de détails. Zedd est aussi l'auteur d'une autobiographie, Bleed Part One (1992) où il revient sur son enfance, ses débuts de cinéaste, sa rencontre avec Jack Smith, les trois mois passés en compagnie de Lydia Lunch (actrice, musicienne et auteur phare de l'époque), ses nuits de dèche et de débauche et les films tournés avec Richard Kern, ici surnommé "Nazi Dick". Un des passages décrit l'ambiance artistique de New York entre 1979 et 1983. Témoignage historique important que nous reproduisons ici.

nick zeddNick Zedd, vilain garçon armé...

1979 was a time of renewed energy in the New York film scene. Simoultaneously, people who didn't even know each other were making low budget super-8 features starring members of local bands. I would go to the New Cinema, a storefront on St. Marks Place equipped with a video projector. They would show super-8 movies by Eric Mitchell, James Nares, Vivian Dick and John Lurie. Max's [Kansas City] would show the films of Scott and Beth B. in between bands. Meanwhile, I was showing They Eat Scum at places like Tier 3 and OP Screen, a room on Broadway that had shown Amos Poe's and John Waters' early films. The owner Rafik was an early supporter of underground movies and the only curator left from the sixties who was still open minded enough to show the movies of the "para punk cinema".

nick zedd richard kernNick Zedd, acteur, dans Thrust In Me de Richard Kern (1984).

I met David Mc Dermott, the diminutive star of Rome 78. He was a skinny painter who dressed clothes from the turn of the century and drove around town in a souped-up Model T. He became the star of my 1980 film The Bogus Man before submerging into his fantasy o living in the year 1900. Lydia Lunch was appearing in films while playing around in a succession of noise bands. Her band Teenage Jesus and The Jerks would do ten minute sets while the audience screamed, "Less!"

lydia lunch nude teenage jesus jerks45-tour de Teenage Jesus and The Jerks, groupe éphémère de Lydia Lunch.

Before the club scene was corrupted by overpriced tickets and the invasion of out of towners, CBGBs and Max's were a vortex of energy with bands like The Cramps, The Ramones, Suicide, Richard Hell & The Voidoids, Blondie, Stell Tips, The Blessed, The Contortions, James White & The Blacks, DNA and others playing almost every night of the week. Club 57 was the best club in town, featuring joke bands, drag queens, old TV cartoons Japanese animation, fake rappers, lady wrestling tournaments, underground cartoonists and filmakers and a succession of pre-sell-out weirdos like John Sex, Wendy Wild, Klaus Nomi, Ann Magnuson and an endless list of exotic hipsters and shitfaced low life in the days before gentrification ruined the neighborhood. Club 57 lasted until 1983 when, under the tutelage of a junky with itchy fingers, it succombed to mismanagement.

dimanche 22 mars 2009

Rachel Amodeo - What About Me (1992)

rachel amodeo what about me
Apparemment le seul long métrage de Rachel Amodeo, What About Me raconte les péripéties de Lisa (Rachel Amodeo elle-même) dans les rues de Manhattan. Sans ressources, Lisa se voit forcer de vivre dans la rue au milieu des rejetés de la société américaine. Le film a était tourné dans le Lower East Side et comporte plusieurs séquences filmées dans Tompkins Square Park, un lieu fréquenté par les SDF et les toxicomanes dans les années 80 avant que la municipalité décide d'y instaurer un couvre-feu et d'en exclure tous les SDF en août 1988. Cet événement est d'ailleurs explicitement évoqué dans le film. What About Me réunit une dizaine de personnalités mythiques du New York des années 70 et 80. Dressons la liste des plus célèbres d'entre eux.

rachel amodeo what about meRachel Amodeo et Richard Edson: clochards plus ou moins célestes.

Richard Edson joue le rôle de Nick, un vétéran du Vietnam paumé qui prend un temps Lisa sous son aile. Richard Edson fut le batteur de Sonic Youth en 1981-82 avant de se tourner vers le cinéma et jouer pour Jim Jarmush, Oliver Stone ou Spike Lee.

Rockets Redglare joue le rôle d'un propriétaire immobilier qui n'hésite pas à violer Lisa avant de la mettre à la rue. Redglare (1949-2001) est né d'une mère héroïnomane de 15 ans et d'un père criminel. Par malchance, il est devenu accro à l'héroïne in utero à cause de la toxicomanie de sa mère. Redglare fut le garde du corps et le dealer de Sid Vicious. La nuit où le bassiste des Sex Pistols "tua" sa copine Nancy Spungen dans leur chambre du Chelsea Hotel, Redglare venait de leur fournir 40 capsules d'hydromorphine. Sa fréquentation du milieu punk et underground n'a pas empêché Redglare de poursuivre une carrière cinématographique puisqu'il a joué pour Jim Jarmush et Martin Scorsese.

rachel amodeo what about meJohnny Thunders: "Get Off The Phone".

Gregory Corso joue le rôle du réceptionniste du Carlton Arms Hotel. Corso (1930-2001) fut un poète affilié au mouvement Beat et grand ami de Burroughs, Kerouac et surtout Ginsberg.

Johnny Thunders joue le rôle du frère de Lisa. Guitariste des New York Dolls, fondateur des Heartbreakers et de Gang War, on ne présente plus Thunders. Malheureusement, il mourut avant que le film soit terminé. What About Me contient plusieurs extraits musicaux de Thunders dont "So Alone" et "You Can't Put Your Arms Around A Memory".

rachel amodeo what about meNick Zedd: l'homme qui ne dormait jamais.

Nick Zedd joue le rôle de Tim, un bohémien qui recueille Lisa pour quelques nuits. Nick Zedd est un cinéaste et un acteur phare du New York des années 80. ll a collaboré avec Richard Kern et Lydia Lunch dans de nombreux courts métrages. Il est le théoricien du Cinéma de la Transgression.

Jerry Nolan joue le rôle de Joey, un type qui se fait descendre en pleine rue. Nolan (1946-1992) fut le batteur des New York Dolls et des Heartbreakers. Il mourut (pour de vrai) avant que le film soit terminé.

rachel amodeo what about meDee Dee Ramone, Rachel Amodeo et Richard Edson à Tompkins Square Park.

Dee Dee Ramone joue le rôle d'un vétéran du Vietnam revenu traumatisé de la guerre. Dee Dee (1952-2002) fut le bassiste des Ramones.

Patti Palladin joue le rôle d'une diseuse de bonne aventure. Patti fut membre des éphémères Flying Lizards et chanta avec Johnny Thunders sur l'album Copy Cats en 1988.

Judy Carne joue le rôle d'une sans-abri qui rencontre Lisa à plusieurs reprises. Anglaise, Judy Carne a chanté et a joué dans plusieurs films et séries télévisées. Sa carrière fut chaotique à partir des années 70 à cause d'une héroïnomanie dont elle est sortie depuis.

rachel amodeo what about meRichard Hell, toujours dans la partie...

Richard Hell joue le rôle de Paul, une âme charitable qui va aider Lisa à quitter la rue. Richard Hell est la figure fondamentale du punk rock new yorkais. Poète, ses écrits sont réunis dans l'ouvrage Hot & Cold.

rachel amodeo what about meNick Zedd et Richard Edson.

rachel amodeo what about meNick Zedd: il ne peut pas résister à faire ses mimiques à la Antonin Artaud.

rachel amodeo what about meRichard Hell, la statue de la Liberté et Rachel Amodeo: un film politico-social ?

Outre ces personnalités éminentes, What About Me doit sûrement comporter d'autres acteurs plus confidentiels du New York des années 70-80. Une époque bien révolue.

jeudi 12 mars 2009

Pete Doherty au Bataclan (10.03.2009)


Second concert de Pete Doherty au Bataclan. Vers 20h15, un bus anglais à deux étages se gare devant la salle. A l'intérieur, Pete pousse la chansonnette devant une dizaine de gagnants à un concours Virgin Radio.


Paris by night with Pete Doherty: "Can't Stand Me Now"


Le concert est à peu près le même que celui de la veille. Pete commence seul par "Your My Waterloo" avant d'être rejoint par le groupe: trio à cordes, Drew, Adam, Graham Coxon et compagnie. Un groupe bien rôdé qu'on a plaisir à entendre. "I Am the Rain" et le jazzy "Sweet By and By" font forte impression. Mais c'est surtout le rappel qui met les choses au point. L'enchaînement de "Side of the Road", "Time for Heroes" et Fuck Forever" provoque une succession de pogos plus ou moins sauvages. Et il y a encore des gens pour douter du talent de Pete Doherty ?

video
"Music When the Lights Go Out"

Setlist:
1) You’re my Waterloo (solo)
2) Arcadie
3) Last of the English Roses
4) 1939 Returning
5) A Little Death Around the Eyes
6) Salomé
7) Through The Looking Glass
8) Palace Of Bone
9) Love Reign O’er Me (solo)
10) Music When the Lights Go Out (solo)
11) The Good Old Days (solo)
12) I Am the Rain (avec Jack Robinson)
13) Sheepskin Tearaway (avec Dot Allison)
14) Lady, Don't Fall Backwards
15) Sweet By and By
16) New Love Grows on Trees
17) Broken Love Song
18) Albion
19) Back From the Dead
20) Side of the Road
21) Time for Heroes
22) Fuck Forever

PS : courtoisie à LBG pour les vidéos et les photos.

Pete Doherty au Bataclan (09.03.2009)

The boy is back in town. Une semaine avant la sortie de son très bon album solo Grace/Wastelands, Pete Doherty donne deux concerts au Bataclan. En solo ? Pas vraiment puisque la scène accueille parfois jusqu'à neuf musiciens sur scène: un trio à corde, un joueur de mélodica, un pianiste, Adam Ficek à la batterie, Drew McConnell à la basse et Graham Coxon à la guitare. Le guitariste de Blur a d'ailleurs participé à la conception de Grace/Wastelands.

Le concert commence avec Pete seul à la guitare pour le classique des Libertines "Music When the Lights Go Out". Le reste du concert alterne les titres de l'album solo joué en groupe et une petite partie acoustique solo où Pete reprend quelques titres des Libertines dont "Don't Look Back into the Sun".

Grace/Wastelands: l'album tant attendu...

Les points forts du concert sont "The Last of the English Roses", "Palace of Bones", "Broken Love Song" et le final "Times for Heroes". D'un point de vue général, le concert est excellent, sans temps mort, avec un groupe au point et un Pete en grande forme. Et très heureux puisqu'il termine le concert par un slam pour le bonheur du public et du service de sécurité.


"Time for Heroes" et le slam de Pete.

Setlist:
1) Music When the Lights Go Out (solo)
2) Arcadie
3) Last of the English Roses
4) 1939 Returning
5) A Little Death Around the Eyes
6) Salomé
7) Through the Looking Glass
8) Palace of Bone
9) Death on the Stairs (solo)
10) Tell the King (solo)
11) Don't Look Back Into the Sun (solo)
12) I Am the Rain (avec Jack Robinson)
13) Sheepskin Tearaway (avec Dot Allison)
14) Lady Don't Fall Backwards
15) The Sweet By and By
16) New Love Grows on Trees
17) Broken Love Song
18) Albion
19) Ballad of Grimaldi (solo)
20) Time for Heroes

lundi 2 mars 2009

Nagisa Oshima - Il est mort après la guerre (1970)


Mondialement connu pour son magistral L'Empire des Sens, Nagisa Oshima réalisa en 1970 un film non moins magistral, dans un noir et blanc superbe: Il est mort après la guerre, également connu sous le titre de The Man Who Left His Own Film bien que la traduction littérale du titre japonais soit The Secret Story of the Time after the War of Tokyo. Quoi qu'il en soit...

Nagisa Oshima, six ans avant L'Empire des Sens... Troublant n'est-ce pas ?

Ce film est un peu le Blow Up japonais. A la fin des années 1960, dans un Japon exposé aux manifestions étudiantes et à l'activité grandissante de partis communistes révolutionnaires, un groupe d'étudiants décide de propager la révolution à travers leurs films. Lors d'une manifestation, un des leurs, Endo, échappe à la police en possession de sa caméra. Il est suivi par Motoki. Mais Endo quitte subitement Motoki. Ce dernier tente de le poursuivre mais perd sa trace. Un peu plus loin, Motoki aperçoit Endo sur le toit d'un immeuble. Il se suicide. La police arrive sur les lieux et Motoki essaie de s'emparer de la caméra laissée par Endo. La police la reprend de force. Motoki n'a qu'une idée en tête: voir ce qu'a filmé Endo. Qui y a-t-il sur la pellicule pour la police s'y intéresse ?

Mais Motoki a-t-il vraiment vu Endo se suicider ? Motoki est-il un affabulateur ou un schizophrène ? Motoki récupère très vite le film d'Endo, en quelque sorte son testament. Il n'y voit que des paysages, des rues vides, des autoroutes... Des images bien loin de diffuser les idées de la révolution. Endo était-il fou ? Avait-il perdu la foi du prolétariat ? Endo existe-t-il ? Pour découvrir la signification du film, Motoki interroge Yasuko, la petite amie d'Endo. Une relation spéciale va s'instaurer entre eux...

La caméra d'Oshima a beau dévisager ses acteurs, leurs sentiments et leurs pensées restent impénétrables.

En 1970, Nagisa Oshima fréquente les cinéastes Koji Wakamatsu et Masao Adachi. Proches de l'extrême gauche, ils veulent diffuser un cinéma révolutionnaire et politique comme Jean-Luc Godard en France. Masao Adachi, scénariste de plusieurs films de Koji Wakamatsu (dont Quand l'embryon part braconner - interdit au moins de 18 ans lors de sa rediffusion en France en 2007 - ou Sex Jack) créé à cette époque sa théorie des paysages. Selon lui, l'environnement façonne l'identité personnelle et politique de l'individu. De plus, le pouvoir oppresseur de l’État se manifeste dans l'environnement le plus quotidien. Il est mort après la guerre illustre cette théorie. En 1971, Masao Adachi délaisse le cinéma et rejoint l'Armée Rouge Japonaise, un groupuscule armé. Il militera ensuite pour la cause palestinienne.

video

Ci-dessus, une scène d'un érotisme rare. Motoki projette le film d'Endo tandis que Yasuko se déshabille et utilise son corps comme écran. Par le cinéma et la pellicule, elle entre en communion avec l'art et la pensée d'Endo. Bien vu. A noter, pour terminer, qu'Oshima utilise fréquemment les plans rapprochés, les plongées et les contre-plongées. Le traitement du son est lui aussi particulier. Oshima alterne les silences, les bruits de pas, les bruits de la circulation des voitures ou une musique chill qui rappelle le Grateful Dead.

Pour terminer, cette question: David Lynch a-t-il vu ce film avant de réaliser Lost Highway ? Si oui, l'hommage de Lynch est touchant, si non, le hasard fait bien les choses. Ceux qui verront le film d'Oshima comprendront...